De Droite

Anarchiste de droite !

L’expression sonne comme une insulte. Ou comme un compliment, c’est selon.

Ça sent le souffre, la pédanterie bon marché, le prétexte facile pour toute méchanceté gratuite.

L’anarchisme de droite n’est pas une école de pensée. C’est une famille recomposée introuvable voire impossible.

L’anarchiste de droite est d’autant plus difficile à reconnaître qu’il ne se définit pas comme tel.

Anarchiste ? Il se moque de tout, à commencer par lui-même.

De droite ? Rien ne l’agace autant que les snobs et les bourgeois.

L’anarchiste de droite n’occupe pas une position facile. Les uns lui reprochent d’être plus de droite qu’anarchiste ; les autres d’être plus anarchiste que de droite. Dans le fond, lui-même ne sait pas trop où il se situe.

Souvent associé à des fascistes désintégrés, artistes exaspérés, réactionnaires fulminants

Ils ne cherchent pas tant à se faire remarquer ; se « distinguer »leur suffit.

Si vous en suspectez un, ne le catégorisez jamais ainsi il se mettrait en colère, se considérerait marqué comme du bétail. Méfiant envers l’engagement, les slogans, les drapeaux, il aurait l’impression de s’enrôler dans un parti. Toute étiquette est compromettante.

On appartient à l’anarchisme de droite essentiellement par tempérament, ses hommes libres ont peu de goût pour le suivisme doctrinal, ont coutume de théoriser par eux-mêmes, quitte à s’attirer quelques inimitiés.

Il serait parfaitement illusoire de les considérer comme les défenseurs interchangeables d’une même cause. Impossible donc de tenter de dresser un portrait robot de ces excentriques individus.

Alliant la verve, le style, ces esprits ne se célèbrent pas dans un anticonformisme de façade ; ils ne cessent d’analyser, de contextualiser et de dialectiser des phénomènes grotesques, qui à force de nous noyer ont fini par apparaître souhaitables au plus grand nombre.

Le terrorisme intellectuel est une mécanique totalitaire. Pratiquant l’injure, l’anathème, le mensonge, l’amalgame, le procès d’intention et la chasse aux sorcières, il fait obstacle à tout vrai débat sur les questions essentielles qui engagent l’avenir. Chacun, dans son art, a du s’affranchir des carcans et des conservatismes pour transcender sa quête de vérité.

Cette chasse à l’absolu doit paradoxalement cheminer à travers les invectives et outrances pour toucher son objectif sans artifice. De façon parfois impatiente, polémique, et souvent forcenée.

Un certain ton, une violence, une intransigeance, une franchise, une hauteur, une exigence, autant d’indices à recueillir. L’anarchisme de droite ne peut être qu’une personnalité, un caractère, une gouaille.

De Céline à Houellebecq, en passant par Gabin, Marcel Aymé, Bernanos, Gainsbourg, les Hussards, Claude Lévi Strauss, Gaspard Proust, Bernanos, Phillippe Ariès, Luchini, Léautaud, Anouilh, Desproges, Audiard, Dutronc, Céline, Jean Yanne et autres trublions constituent cette obscure et sulfureuse famille recomposée dont l’association ne manquera pas de laisser pantois.

Opposés de par leurs activités, tempéraments, époques, réussites ; ces individus partagent une même révolte individuelle qui peut aller jusqu’au refus de toute autorité instituée. Cette opposition ne fut pas seulement littéraire. Elle fut souvent doublée d’une véritable dissidence politique à travers articles, films, sketchs, études, récits, et pamphlets.

Leur vision de la société submerge largement les limites d’un courant artistique : elle envahit tous les domaines qu’embrasse l’activité humaine.

Il n’existe pas d’esthétique de l’anarchisme de droite unifiée, identifiée et uniforme ; mais de profondes et troublantes ressemblances que cette plateforme propose de synthétiser.

 

Les pages se tournent, les clics pullulent, les extraits fusent, inlassablement… Vous commencez à saisir cette fameuse gouaille anarchiste de droite… Jusqu’à ce que la connaissance des péchés de notre société devienne insupportable.

L’entière misère et l’absurde débilité du monde vous broie alors les méninges. La masse des vanités et de l’injustice vous écrasent toujours plus, au plus profond de votre âme trop vite débordée par la lucidité. Vous la pensiez plus grande que cela, votre fameuse âme. Elle aurait dû savoir mieux encaisser, la bougresse.

Le blog refermé, vous voilà anéanti, orgueil pathétique gisant à terre et il ne vous reste plus qu’une solution. Il faut désormais combler cette quête de vérité, enquêter ou même agir. Finalement vous en êtes réchappé. Pas indemne, certes… Oui, vous avez perdu quelque chose. Votre insouciance… votre naïveté. Violé par le démon, voilà ce qu’il vous est arrivé. Et le pire, c’est que vous recommencerez. Il vous tarde d’explorer, d’expliquer désespérément la douce candeur qu’on vous a arraché.

Hélas, il n’y a pas de rédemption ici-bas! Juste la compilation d’existences d’individus, plus ou moins artistes, plus ou moins à prendre au sérieux, qui ont dédié leur art à la recherche de la liberté. Ils s’imposent en s’opposant, ne se refusent aucun excès. Vous ne trouverez aucune réponse aux maux qui y sont dénoncés, aucune doctrine unifiée, aucun théorème politisé. Il est pourtant souvent nécessaire de percer à jour les travers, des hommes comme des institutions, pour mieux les contrer. Ce qui ne tue rend plus fort. Rien n’est plus méprisable que la bêtise teinté d’aveuglement, c’est juré vous n’en trouverez pas ici…

Le mauvais esprit est dit-on à la mode, ces ébouriffeurs de consensus ont un public qu’on espère toujours plus nombreux. Ils sont souvent applaudis des deux bords, en viennent souvent; c’est troublant. Surtout pour les bien-pensants. Qu’ébouriffent donc vraiment ces insolents qui aiment se présenter comme autant de francs-tireurs vaillamment minoritaires ? Seraient-ils paradoxalement libérateurs, pour trouver un écho y compris chez ceux dont ils brocardent les convictions ? Qu’est ce qui les unie? Quels thèmes les réunis? Est t-il pertinent de les associer?

Voilà le cocktail que ce blog propose d’incarner….


 HISTORIQUE

L’anarchisme est né, sous sa forme moderne, à la fin du XIXe siècle. D’où vient ce mot entaché du sens traditionnel de désordre ?

Le terme grec « Anarkhia » signifie absence de chef.

L’anarchisme est né au XIXe siècle. Trop souvent confondu par les politologues avec les théories révolutionnaires de Proudhon et de Bakounine, ou réduit à travers l’imagerie populaire à sa plus simple définition, à son folklore et à sa violence.

Ce refus de toute autorité instituée, que l’on peut considérer comme une apothéose libertaire, a de nombreux antécédents politiques et philosophiques.

Trouve son expression réelle il y a environ un siècle, quand les fondements de la civilisation industrielle apparaissent établis, au moment où l’ordre du monde occidental semble définitivement scellé par le goût du profit, les impératifs économiques et le sens de l’efficacité marchande ; tout ce que les financiers et les politiques de l’époque baptisent alors globalement de l’appellation de « progrès » et que les anarchistes de toutes tendances refusent violemment au nom des droits, des devoirs et du devenir de l’homme.

Cette nouvelle orientation des activités humaines est mal vécue par le prolétariat et la population ouvrière, contestée — radicalement ou non — dans son mode de fonctionnement par les démocrates progressistes et les théoriciens révolutionnaires, combattue par des hommes résolus, parfois violents, souvent idéalistes, les anarchistes. Le contexte est d’autant plus propice à ces libertaires irréductibles que, malgré sa puissance apparente, le nouvel état de choses s’accompagne de bouleversements sociaux considérables (exode rural, immigration, urbanisation, industrialisation de régions entières), d’une perte de légitimité des systèmes politiques et religieux en vigueur.

Il y a plusieurs variétés d’anarchistes mais toutes ont un trait commun qui les sépare de toutes les autres variétés humaines. Ce point commun, c’est la négation du principe d’autorité dans l’organisation sociale et la haine de toutes les contraintes qui procèdent des institutions basées sur ce principe. Ainsi, quiconque nie l’autorité et la combat est anarchiste.

Contrairement à ce que l’on croit communément, l’anarchisme n’est pas un mouvement d’opposition univoque. Il convient donc de délimiter d’entrée la triple variété recensée ; susceptible, à n’en pas douter, d’être grandement contestée :

– Un anarchisme de gauche, issu de la pensée progressiste du XIXe siècle, qui joua un rôle important dans tous les mouvements d’émancipation des peuples et qui survit actuellement dans des groupes libertaires et des communautés autogestionnaires ;

– Un anarchisme brut, qui ne se réfère à aucune idéologie, et qui prône la liberté absolue et le rejet de tout pouvoir quel qu’il soit – dont l’un des maîtres fut Max Stirner – et que l’on assimile à un individualisme excessif;

– Et enfin un anarchisme de droite – celui que nous avons choisi d’étudier – qui a des sources dans le courant baroque et dans la philosophie libertine et qui développe depuis plus d’un siècle, en littérature et ailleurs, des thèmes aristocratistes et libertaires. Cette tentative de synthèse entre un anarchisme foncier, coulé dans l’alchimie littéraire, et des exigences intellectuelles, morales et politiques intransigeantes, a souvent été jugée paradoxale, sinon suspecte par la critique : fascistes, totalitaires, individualistes cyniques, polémistes enragés…

L’anarchisme de droite s’est ainsi très habilement trouvé réduit à son aspect réactif et à sa seule historicité antidémocratique. C’est en tenant compte des affinités qui existent entre les mouvements baroques, libertins et l’anarcho-droitisme contemporain que l’on peut tenter de donner une définition précise de l’anarchisme de droite; il s’agit d’une révolte individuelle, au nom de principes aristocratiques, qui peut aller jusqu’au refus de toute autorité instituée.

L’anar de gauche rêve d’autogestion, même s’il la craint beaucoup. L’anar de droite soupire après une race de seigneurs, même si elle lui paraît sinon utopique, du moins derrière lui. Le premier généralise, le second restreint.

Sans doute pourrait on gloser sur le raccourcissement opéré par beaucoup des membres du clan qui préfèrent se dire « anar ». Le flou culturel, le souffre qui souffle autour de la seule évocation de cette famille (peu ragoûtante selon Houellebecq), la difficulté à en assumer l’appartenance provient moins de l’aspect difficilement saisissable d’une théorie, que du discrédit et de l’occultation dont il a longtemps souffert dans le monde des idées. Il ne faut jamais manquer une occasion de déplaire aux imbéciles…

DE DROITE

L’anarchiste de droite, c’est quelqu’un à qui on ne la fait pas. La façade ne l’impressionne pas car il connaît les coulisses. Anarchiste, il se défie du pouvoir en tant que tel. Comme l’écrit Jacques Laurent « le pouvoir est méprisable, non parce qu’il est bas en lui-même mais parce qu’il est bas de le vénérer » ;

L’anarchisme de gauche possède avec l’anarchisme de droite « un solide lot d’exécrations communes »: l’armée, la magistrature, l’Église, les « honnêtes gens », les « Versaillais » (bourreaux de la Commune), la modernité, la politique politicienne, le snobisme, les « gros » en général. Les uns et les autres ont tendance à adopter le point de vue, sinon à prendre la défense, du « lampiste ». La langue du populo devient une arme politique parmi d’autres. L’anar de droite parle volontiers du petit, aime à en traiter, mais en haine du gros et en mépris de l’inférieur.

Notre anar est particulièrement mû par la volonté de liquider les idéaux égalitaires de 1789. «On n’a quand même pas pris la Bastille pour en faire un opéra»

Les distinctions gauche-droite sont essentielles dans la prévalence accordée aux devoirs par rapport aux droits, la façon d’appréhender les hommes et les choses.

D’un coté on tente collectivement d’incarner des idées, de l’autre on s’efforce individuellement de vivre toutes ses virtualités.« La grandeur de la gauche, commente San Antonio, c’est de vouloir sauver les médiocres. Sa faiblesse, c’est qu’il y en a trop ! »

L’anar de droite déteste tout ce qui finit en « isme », à part peut-être l’individualisme.Il n’aime pas les étiquettes, mais est surtout mécontent de celles qu’on lui applique, facho, réac, cynique, nihiliste..

Certains anars de droite sont d’anciens de gauche, fatigués de gueuler dans le désert. On y soupire une race de seigneurs imaginaires.

Il a ses marottes; Le matérialisme vautré de notre époque, la technocratie, le snobisme du nouveau, l’attention au collectif, l’affirmation d’une égalité, l’exaltation de notre sempiternelle perfectibilité.

Ils aiment à tirer sur tout ce qui bouge, tout ce qui se costume en « avant-garde », esthétique, intellectuelle, politique. « C’est la gauche qui m’a rendu de droite » (Audiard).

S’il est une notion qui lui est étrangère c’est celle de société, un de ces noms qui vous obligerait à croire au collectif. Compassion et empathie sont moqués. L’humanité figurerait plus volontiers dans son vocabulaire. Même si elle apparaît souvent pauvre, sinistre et sordide. Le capitalisme n’est pas dénoncé en lui-même, mais il est coutume d’afficher telle volonté de bouffer du bourgeois, de casser du ploutocrate. Au fond, ils reprochent à la bourgeoisie de ne pas se comporter en aristocrates.

Au fond, ce n’est ni le social, ni l’économique qui rapprochent une certaine droite intellectuelle de l’anarchisme, mais la morale, une conception exigeante de l’homme, de sa dignité, de son honneur.

Sur le plan idéologique, tout le travail historique de l’anarchisme de droite a quelque chose d’une contre-offensive verbale, destinée à montrer que l’histoire démocratique française n’est plus qu’un enchaînement de crimes et de crapuleries. Le régime moderne ouvert par la révolution de 1789 est le triomphe du cuistre, de l’hypocrite et du nouveau riche, tendanciellement réunis en une seule personne.

On pourrait s’offusquer de l’acception contemporaine qu’on en fait. L’expression flirte avec le fourre-tout : vanter un pouvoir fort par exemple ressort plus souvent d’un droitard libertaire que d’un « anar de droite ». De sorte qu’user du terme « anar » semble commode à certains pour se dédouaner d’être de droite auprès des « de gauche », et l’adjonction « de droite » permet d’atténuer le vocable « anar » auprès des « de droite », le tout cachant trop mal l’hypocrisie de ceux qui s’en réclament en se donnant des airs de néo-dandys du paradoxe. (Acception contemporaine, Exemples : Gilbert Collard, Eric Brunet, Jacques Myard).

Deux articles du credo de gauche cristallisent le combat ; ce qui ressemble de près ou de loin à du progressisme, ce qui traite de près ou de loin à la démocratie.

LE REJET DE LA DEMOCRATIE

La référence constante aux critères quantitatifs est d’emblée rejetée ;

« En fait le nombre n’est rien, mais personne n’a le droit de le dire » (Anouilh).

Non seulement ils ne reconnaissent pas la prééminence du nombre, mais en plus ils considèrent la dimension collective comme néfaste à l’homme. Toute cette comptabilité conduit à un nivellement intellectuel et moral qui met en danger les capacités créatrices et la singularité.

Le pouvoir démocratique est décrite comme une oligarchie de fait, qui a engendré un processus d’instabilité permanente, de matérialisme équivoque et de clientélisme dégradant.

La république étant « la surhumaine oligarchie des inconscients et le droit divin de la médiocrité absolue » (Léon Bloy).

D’où le dégout face à « la division de l’Humanité en deux fractions à peu près égales : les bourreaux et les victimes »(Darien), et à l’égard de tout ce qui est foule, brassage indifférencié, mouvement de masses, prédominance quantitative. Il faudrait troquer le goût de la quantité par la qualité.

« Les lèchements de pieds, universels ou restreints sont destinés à tromper le peuple et à lui faire croire qu’il est souverain, comme cela se dit quelquefois au dessous de la devise Liberté Egalité Fraternité que j’interpréterai moi Vanité, Hérédité, Fatalité ! Il paraît que le peuple n’est pas dupe de cette comédie, encore qu’il la réclame et qu’il ait fait pour l’obtenir une révolution formidable» (Daudet).

La liberté est toujours individuelle, elle se choisit, se prend, se mérite. L’égalité est foncièrement injuste et stérile, elle nuit à la diversité. La fraternité servirait quand à elle d’alibi moral à la rudesse et à l’efficacité bourgeoise. L’égalité peut accoucher de la médiocrité, la fraternité d’un étouffant collectivisme, et la liberté du narcissisme généralisé.

L’opposition politique

Sous la triple bénédiction démocratique on peut tout prétendre, tout entreprendre, tout exiger, sans se référer à la moindre transcendance morale ou religieuse ; et sans que cela nous engage aussi peu que ce soit, puisque de la Déclaration des Droits de l’Homme est né un homme abstrait, théoriquement pourvu de tous les droits, mais en réalité livré pieds et points liés à l’Etat.

Nos anars n’ont de cesse d’alerter sur la différence éclatante entre les idéaux proclamés et les réalités existantes.

Le suffrage universel est décrit comme « l’élection du père de famille par les enfants », et comme l’abandon au néant de la conscience collective.

la démocratie républicaine n’apparaît pas seulement illégitime, instable et corrompue ; ils la jugent aussi inefficace et vouée à l’impuissance.

« Depuis 50 ans, sous les noms de progressistes, d’opportunistes, de libéraux, de démocrates, de patriotes ou de nationaux, derrière les chefs les plus divers, on vous a vu perdre sur tous les tableaux, rater misérablement toutes les entreprises » (Bernanos)

L’universalisme est un leurre

La messe du « pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres » n’est pas dite. Ces anarchistes rejettent avec la même violence l’aspect messianique de la démocratie. Cette tendance à l’universalisation agissante des principes Liberté Egalité Fraternité, aujourd’hui fort éloignée de sa genèse antique. La démocratie ne prend en réalité cette signification moderne que sous le sceaux de la fondation de la république américaine et de la déclaration des droits de l’Homme. La nouveauté des penseurs du XVIII ème (Condorcet, Rousseau…) voit l’ère d’une libération généralisée de l’homme apparaître. Ce nouveau moralisme laïque revendiqué sert de caution intellectuelle et morale aux appétits les plus incontrôlés. Cette volonté d’imposer un Ordre Moral apparait comme une tentative unique dans l’histoire de s’assurer une emprise idéologique.

«Les progrès de l’école et de l’éducation à partir du XVI sont interprétés comme les étapes d’une acculturation, comme la mise au pas d’une culture sauvage par une culture raisonnable et morale» (Phillippe Ariès)

Ces valeurs sont aux antipodes de leur univers moral et politique. C’est pourquoi ils ont tous entrepris un combat virulent, non seulement contre la démocratie elle-même, mais aussi contre toutes les orientations culturelles de notre société (surnommée l’Idéologie Dominante) car elles coupent la France et même l’occident de ses véritables racines, de son inaliénable identité, et elles laissent présager l’arasement de toutes les individualités et la consécration d’une homogénéisation.

INCARNATIONS

Comme toute idéologie d’envergure, l’anarchisme de droite a ses héros. Véritables figures tutélaires, les représentations se sont muées en incarnations. On a souvent reproché à certains d’être devenus plus des personnalités que des acteurs ou des écrivains ; d’écraser, une fois installés, leurs rôles sous leur interprétation. A force d’incarner ces personnages marginaux en constante opposition; on s’étonnera de remarquer qu’il n’y a bien souvent plus de frontières entre l’homme, l’oeuvre, l’auteur et l’interprète, le modèle et son image.

Tout seul ?

« C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un individu » écrit Céline dans L’Église et réitère 12 ans plus tard dans l’incipit de Mort à Crédit : « Nous voici encore seuls ».

Plus qu’une solitude subie, le comportement de l’anarchiste de droite impose l’idée d’une solitude choisie. C’est moins un homme seul qu’un solitaire. N’attend rien de la société et des institutions. Il n’est d’aucune tribu ni d’aucune communauté. Seul contre tous, mais fier de l’être, il est un loup parmi les hyènes.

Jean Anouilh dans Les Poisson rouges explose :« Est-ce qu’on ne peut pas lui foutre la paix, à l’homme et le laisser se débrouiller tout seul ? Il en crève, d’assurances sociales, votre homme. Il n’ose même plus faire un pet s’il n’est pas certain qu’il sera remboursé ! Il s’étiole à force d’être assuré de tout et perd sa vraie force – qui était immense ! C’était un des animaux les plus redoutables de la création. »

C’est dans le film policier à la française des années 70 que s’épanouit le plus cette figure du grand fauve trahi puis traqué par la société anonyme des imbéciles et des salauds. La scène d’entrée la plus familière serait une sortie de prison et le visage d’Alain Delon nous faisant comprendre que la vraie souricière est de ce côté-ci des murs. Les films de Jean-Pierre Melville (Le Samouraï, Le Cercle rouge), de José Giovanni (Dernier domicile connu) et bien sûr de Georges Lautner  sur des dialogues de Michel Audiard en constituent l’archétype.

Tous des cons ?

La dénonciation du con fait souvent figure de fond de commerce. A le lire, ou l’écouter on y découvre les nuances, les grains, les applications.

Ses différentes qualités se reconnaissent aux proportions variables des trois composantes caractéristiques :

la médiocrité, la couardise et la malveillance.

« Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ».

Gabin disait quant à lui : « Moi, je divise l’humanité entre les cons et les pas cons. Tout le reste, c’est de la littérature ». Dans le genre métamorphose des cloportes, la scène la plus typique est sans doute dans La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara. Gabin y insulte deux bistrots quinquagénaires qui exploitent une jeune fille juive dans le Paris occupé.

L’OPPOSITION POLITIQUE

Sous la triple bénédiction démocratique on peut tout prétendre, tout entreprendre, tout exiger, sans se référer à la moindre transcendance morale ou religieuse ; et sans que cela nous engage aussi peu que ce soit, puisque de la Déclaration des Droits de l’Homme est né un homme abstrait, théoriquement pourvu de tous les droits, mais en réalité livré pieds et points liés à l’Etat.

Nos anars n’ont de cesse d’alerter sur la différence éclatante entre les idéaux proclamés et les réalités existantes.

Le suffrage universel est décrit comme « l’élection du père de famille par les enfants », et comme l’abandon au néant de la conscience collective.

la démocratie républicaine n’apparaît pas seulement illégitime, instable et corrompue ; ils la jugent aussi inefficace et vouée à l’impuissance.

« Depuis 50 ans, sous les noms de progressistes, d’opportunistes, de libéraux, de démocrates, de patriotes ou de nationaux, derrière les chefs les plus divers, on vous a vu perdre sur tous les tableaux, rater misérablement toutes les entreprises » (Bernanos)

QUËTE INDIVIDUELLE D’ABSOLU

Une Révolte personnelle

La seule forme d’anarchie que ces hommes tolèrent c’est celle qui leur est personnelle.

La révolte à laquelle nous sommes souvent incité peut revêtir de multiples formes ; l’acte individuel de résistance apparaît de l’ordre de la légitime défense.

L’emprisonnement, l’exil, la paupérisation, les pressions de toute nature, la diffamation, l’ostracisme culturel sont les armes les plus couramment utilisées par le pouvoir dans ce combat.

« L’attitude naturelle de l’esprit est une attitude de rébellion… J’en appelle à l’Esprit de révolte, non par une haine irréfléchie, aveugle, contre le conformisme mais parce que j’aime encore mieux voir le monde risquer son âme que la renier» (Bernanos).

A l’heure où tout est théoriquement permis, mais où rien n’est plus pratiquement possible, La « révolution » qu’ils appellent parfois de leurs vœux, est un horizon d’utopie, une tentation à laquelle ils ne succombent que momentanément, lorsque leur lucidité cède le pas à l’exaltation littéraire ; en réalité cette révolte se doit avant tout d’être individuelle.

Beaucoup plus qu’une lutte inspirée de motifs politiques, il s’agirait d’une rébellion instinctive et esthétique contre la platitude et la banalité des esprits, du réflexe à la fois anarchique et aristocratique d’hommes menacés dans leur autonomie de pensée, méfiants à l’endroit des entrainements de foule, et qui s’appuient sur l’esprit d’équipe pour y résister.

On comprend aisément face à cette révolte que l’un des soucis majeurs de ces anars de droite a toujours été de se démarquer de la morale commune, mais aussi de toute tentative de récupération idéologique, au risque de devenir à tout jamais des écrivains maudits, bourreaux des autres et d’eux mêmes, non par une quelconque perversion de la pensée, mais par goût de la vérité, dite, écrite et recherchée jusqu’à l’excès. « Tout homme vaillant doit être un persécuteur, de lui même, du genre humain, et de Dieu. » (Bloy)

Ce souci de la quête d’une autre vérité les isole dramatiquement de la communauté humaine, d’autant qu’ils n’hésitent pas à se critiquer, entre hommes de même famille de pensée (Léautaud vs Bloy, Darien vs Drumont, Daudet vs Bernanos, MicBerth vs Céline, Pauwels vs Gainsbourg…)

Ainsi la révolte anarcho-droitiste ne se limite pas aux domaines intellectuels, politiques, et moraux ; elle est plus globale et plus profonde, enracinée sur une nature d’homme particulière, violente et exigeante.

Un moi au dessus de tout

L’homme ne peut pas s’en remettre aux grandes abstractions humanitaires et aux grands slogans collectifs ; il doit se fier à ses seules qualités, à sa propre capacité d’appréhender. Il convient donc, en toute occasion de garder un esprit critique, non pas en référence à une doctrine extérieure, à des principes admis ou imposés, mais en fonction de ses convictions personnelles.

« La vraie liberté individuelle commence là où la société cesse de prétendre à un but moral ou religieux… quand on cesse de m’aveugler avec du devenir, je vois mon infini »(Pauwels)

Le moi anarchiste de droite est pour la majorité inutilisable, parce que trop violent, trop excessif et surtout trop lucide. Le moi y apparaît constamment comme une préférence instinctive et culturelle, l’origine et le garant de toute spécificité humaine.

Cette exigence qui les pousse à s’exposer aux rudesses de l’histoire, sans y laisser leur âme, et leur intelligence, renforce leur singularité et les isole encore davantage du monde qui les entoure ; car leur refus du pouvoir en place, leur rejet des idéaux progressistes majoritaires, leur dédain à l’égard des mouvements politiques, de quelque obédience qu’ils soient, créent autour d’eux un véritable désert d’hostilité, de peur ou d’incompréhension qui se traduit le plus souvent par une conspiration du silence à leur endroit.

Comme on ne parvient pas à les situer ni à les définir avec précision, on les ignore officiellement ou on les présente comme des personnages sulfureux et anomiques. L’extrémisme est une notion, une nuance qui évolue au fil du temps. Il faut relativiser, ne s’interdire aucune pensée.

Le divorce est donc total, la solitude des anarchistes de droite entière, la réprobation à leur égard quasi universelle.« Il n’y a de pensée que s’il y a du défi » (Pauwels)

Comprendre l’anarchisme de droite, c’est saisir sa psychologie fondamentale, ce « Moi au-dessus de tout », le seul maître qu’il reconnaisse hors Dieu. L’anarcho- droitiste enracine sa révolte et sa critique sociale dans une liberté intérieure intransigeante, qui est fidélité à la nature profonde et authentique de l’individu. Cette radicalité est souvent source de solitude, qui pousse à affirmer un honneur ombrageux.

L ARISTOCRATISME

Ce «Moi au-dessus de tout» fonde l’aristocratisme anarcho-droitiste. En effet, cette survalorisation du Moi n’engendre pas un individualisme démocratique ni une sensibilité romantique, mais bien un aristocratisme intransigeant, moral plutôt que social. L’aristocratisme proclame vouloir privilégier les devoirs sur les droits. Il cultive une intraitable nostalgie du passé, décanté. Cet aristocratisme est donc un traditionalisme, qui reconnaît la nécessité pour tout homme de qualité de se rattacher à une longue tradition culturelle et politique.

La tradition, l’homme de qualité la cherche, l’approfondit et tente d’en vivre, dans sa pensée, dans son écriture et dans son action. La tradition dont il se réclame est toujours une tradition supérieure, parfois une tradition mythique. « L’humanité va, dans le mouvement d’une dialectique irréversible, vers l’indifférenciation des valeurs et des caractères, vers l’uniformisation des instincts et de la décomposition. »(Gobineau)

Si les anarchistes de droite attaquent avec la plus extrême vigueur les hommes de pouvoir, d’argent et les autorités instituées, ils n’éprouvent pas plus de compassion pour les gens qui s’installent dans la soumission et le malheur. Ils jugent extrêmement négative l’attitude de ceux qui embellissent, par esthétisme et sentimentalisme, les « misérables ».

L’homme ne pourrait se réaliser intellectuellement et moralement que si on le met en face, même violemment de la vérité. Responsabiliser les êtres, ce n’est pas se contenter d’inculper perpétuellement les puissants, c’est voir et dénoncer la laideur, la médiocrité, la paresse, la lâcheté partout où elles se trouvent, sans aucune concession, et en espérant, de tous ceux qui en sont les artisans et les victimes, des sursauts salutaires et non un avachissement ou d’inutiles convulsions.

Le choix des différences et des inégalités assumées représente un devoir intellectuel et moral. Si le rôle des hommes est précisément d’organiser et de moraliser l’expression de leurs propres différences et inégalités, ils ne doivent surtout pas négliger l’apport d’une telle multiplicité et nier ces inégalités pour des raisons idéologiques.

« La religion de l’égalité absolue est comme toutes les religions absolutistes, elle rend fou » Pauwels

Tout cela ne signifie pas qu’à l’égalitarisme démocratique doive succéder un élitisme tout aussi absolu, forcené, mais que les options reconnues aujourd’hui comme fondatrices d’une morale universelles sont néfastes et erronées.

C’est à cette répugnance ou impossibilité de l’homme à se servir de son entendement dans la passivité ou dans l’emballement inconsidéré, qui permet non seulement les guerres et les phénomènes totalitaires mais aussi toutes es formes de conditionnement que nous connaissons bien, politiques, commerciales, humanitaires et socioculturelles.

Le film Les Visiteurs est l’actualisation de cette analyse d’aristocrate tombé de cheval que résume Jean Anouilh dans Pauvre Bitos (1958) : « On n’a jamais fait tant fortune que du jour où on s’est mis à s’occuper du peuple ».

Pourquoi ne pas dire clairement que toutes les actions d’envergure qui ont tissé la trame de l’Histoire ont été inspirées, mises sur pied et réalisées par des minorités ou des individualités agissantes avec la complicité, souvent passive, des peuples ? Que toutes les société sont régies par des structures hiérarchiques verrouillées par des critères élitistes, sans que ces titres et cette puissance soient moralement justifiables ?

LA QUËTE DE VERITE

C’est le goût de la vérité qui se doit d’apparaitre comme l’épicentre de toute recherche. Même si cette exigence est exprimée de manière violente et outrancière, elle est le sens même de la vie pour ces pèlerins de l’absolu, un horizon vers lequel ils tendent obstinément.

Plus ces anarchistes de salon ont été acharnés dans leur quête d’une vérité fondamentale, plus ils ont été occultés, diffamés, dévalorisés, persécutés.

Reconnaissons que toute quête réelle de l’absolu entraine fatalement ses auteurs du coté d’une certaine lucidité désespérée et qu’une telle attitude a peu de chances de rencontrer un écho favorable auprès de l’intelligentsia contemporaine.

L’ échec de l’absolu anarcho-droitiste et le discrédit dont souffrent ses représentants en sont les conséquences.

Tout ceci s’incarnerait dans la recherche d’un équilibre entre la nécessité de vivre en commun et la sauvegarde de l’intégrité de chaque personnalité.

Ils n’ont de cesse de déclamer l’ère de décadence dans laquelle nous avançons. Cette constatation lucide les invite à dénoncer le système qui permet la dissimulation de cet état de fait. Elle les conduit aussi à bien souvent flirter sinon avec la dépression, au moins avec le pessimisme. Ils n’attendent guère d’évolution positive du processus de moyennisation de l’individu, de l’égalitarisme ambiant, d’individus déboussolés par la technique.

 

LES INTELLECTUELS

L’intellectuel est honni, faut dire qu’il en rajoute: bon élève, prétentieux. La subtile course à la démolition de son arrogante bien-pensance est une charge constante qui ne cesse d’alimenter la créativité de nos anars.

Les intellectuels ont le mal du réel

L’hostilité des anarchistes de droite à l’encontre des écrivains, philosophes, journalistes « mainstream » n’est pas seulement lié à des options partisanes ; elle vise tout ce qui est d’obédience strictement théorique, tous ceux qui font passer leur goût de l’hypothèse et de la métaphore avant le sens de l’expérimentation et les dures leçons de faits.

Les anars de droite stigmatisent l’enfermement de certains penseurs dans le monde des idées, dénoncent un entêtement doublé d’impuissance.

Il paraît que Sartre, un jour, a défini l’intellectuel comme quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas.

Au premier abord, elle érige l’intellectuel en voyeur sublime, en espion justifié, en enquêteur intempestif mais irremplaçable, en empêcheur de comploter en rond. Quoi de plus héroïque que d’aller chercher la petite bête, l’injustice cachée de l’autre côté du mur, la conduite immorale ?

Mais de même que les droits de l’homme, au nom desquels ces ingérences devenaient des devoirs, ont progressivement servi à la gauche pour camoufler la disparition de toute doctrine, de même ont-ils été utilisés par l’intellectuel pour boucher le trou noir par où disparaissait sa pensée. C’est à ce moment, et afin que la machine donne l’impression de continuer à tourner en dépit de tout, que les intellectuels de l’intellecture se sont constitués en milices de vigilance systématique, en armée des ombres de la Vertu, en donneurs de leçons. L’intellectuel engagé s’est transformé en intellectuel enragé, mais seulement enragé d’épurations édifiantes et de procès avantageux.

A son fondement, il y a le ressentiment à l’égard du mode de reproduction à composante scolaire, à savoir la méritocratie républicaine qui a permis la promotion d’élites auto alimentées. La croyance en l’école est l’illusion sur laquelle repose l’erreur démocratique, à qui l’on doit l’avènement de l’individualisme et de l’utilitarisme matérialiste. C’est pour cette raison qu’ils aiment à se décrire self-made-man, en opposition avec les autres.

Produire des idées ne suffit pas, sinon on reste dans la spéculation gratuite ou les délices de l’imaginaire. Ce mouvement lutte contre ceux qui privilégient le sens de la métaphore au détriment de l’expérimentation, qui se bornent à exceller dans la culpabilisation.

http://www.wat.tv/video/qi-130-pierre-desproges-1reft_2gh7d_.html

La droite intellectuelle n’est nullement épargnée ; aucun accommodement n’est de mise quand il s’agit de dénoncer le divorce entre la pensée et la réalité. Qu’il suffise d’évoquer Pauwels: «La droite la plus bête du monde », « Mauriac sous de Gaulle » qui valut un procès à Jacques Laurent…

Les intellectuels cèdent aux délices de l’imaginaire et aux vertiges existentiels tout en prétendant assumer la responsabilité d’une hypothétique conscience universelle. « la fuite vers l’abstrait est la lâcheté même de l’artiste »(Céline). Au fond il s’agit moins de convaincre le public que de le discipliner. Les représentants du savoir acceptent qu’on pose les questions à condition qu’ils fournissent les réponses.

Les anarchistes de droite, quitte à être empli du plus lourd des pessimismes préfèrent chercher une autre réalité, souvent inconfortable, aux errements et falsifications des intellectuels.

L’illusion progressiste

La première idée fausse qu’il leur paraît nécessaire de dissiper c’est cette représentation que se font les démocrates du « sens de l’histoire ».

Cet ensemble de visions indémontables selon laquelle le finalisme historique serait une réalité et l’émergence de la démocratie un progrès décisif. Nimier : « Les révolutions veulent changer le monde, mais le monde ne les attend pas pour changer. Tant qu’il s’agit d’argent, de réformes, on peut compter sur le cours de l’histoire. Les hommes ne savent que précipiter les situations qu’ils n’ont pas crées. ».

Tous dénoncent la décadence. L’occident vit une ère de décadence, on dissimule cet état de fait par des déclarations incessamment grandiloquentes. Il n’y aurait que peu d’évolution intellectuelle et morale à attendre de la culture contemporaine. Une culture mangée par sa civilisation technique, désertée par sa spiritualité, homogénéisé.

Impasse individuelle, cul-de-sac collectif, réalité de violence et d’impuissance, l’univers contemporain traduit tous les paroxysmes négatifs possibles en matière de choix moraux et politiques. Ils jugent les intellectuels en grande partie responsables de cet état de choses, de la facilité avec laquelle ces penseurs cultivent les utopies.

La bonté originelle de l’homme est le mythe contre lequel ils s’insurgent. « Toute l’ignoble imposture de Jean Jacques : l’homme est bon » (Céline). Les progressistes considéreraient bien l’homme imparfait, mais souvent victime des circonstances, trop sensible aux emballements collectifs, entêtés dans ses vices et dans ses erreurs.

Pour les anarchistes de droite l’homme est au fond animal et instinctif. La fameuse devise d’Hobbes : l’homme est un loup pour l’homme est une hymne qu’ils incarnent. L’homme ne peut prendre une dimension morale, vraiment humaine, que s’il domine et sublime son animalité, sans se soumettre à quelque consensus généralisé. Les intellectuels noient le poisson par des procès d’intention, des bondieuseries grandiloquentes et une phraséologie pseudo-savante. Ils ne s’attendent à aucune évolution positive du processus de moyennisation de l’individu, de l’égalitarisme ambiant, d’individus déboussolés par sa technique.

Ce qui détermine la violence des attaques contre les intellectuels, c’est moins leur irréalisme, que ce qu’ils jugent être une lâcheté morale et politique, qui, répercutée par la médiasphère exerce une influence qu’ils jugent néfaste sur l’opinion publique. Le summum de la rage est de voir l’intellectuel pseudo gauchisant exercer le pouvoir, pire lui donner des ordres. L’Anar de droite est avant tout tête brulée, il ne faut pas le pousser bien loin pour lui faire avouer tout le mépris qu’il ressent devant ceux qu’ils jugent embusqués intellectuels.

De la perversion au terrorisme idéologique

Aucune évolution positive à attendre d’une culture mangée par sa civilisation technique, désertée par sa spiritualité, trop sensibles aux emballements collectifs. Répétitifs dans leurs erreurs et vices, beaucoup d’intellectuels n’analysent plus ; ils confessent en long et en large une foi auto-proclamée de représentants de camp du Bien en vue d’obtenir un brevet de perfection. La bataille qu’ils engagent ne vise plus à éclairer, elle a pour objectif de disqualifier. Leur éthique unis vers l’universalisme les expose à rester pour nos anars un objet d’exécration constant.

Un tel comportement serait sans importance si ces intellectuels se contentaient d’être des créateurs littéraire ou des bâtisseurs philosophiques ; mais comme ils se mêlent de déterminer de nouvelles orientations sociétales : leur confusion, amateurisme, irresponsabilité et de facto immunité constituent un danger qu’ils ne manquent pas de dénoncer.L’intellectuel se distingue du savant et du poète en ce qu’il est compulsivement animé d’un projet d’influence. Ce quémandeur d ’espace médiatique est poussé à parasiter pour exister.

Les médias se sont sanctuarisés en se normalisant. Ils se sont rangés. Les « moi »ont perdu, mais le « nous »a gagné. Il s’émancipe et nous enchaine.

L’homme est au fond animal et instinctif. Ne peut prendre une dimension morale vraiment humaine que s’il domine, sublime, renie son animalité et ne se soumet jamais au consensus général et à la médiocrité. L’homme ne peut jouir que des droits que lui confèrent ses propres qualités. Les droits passent après les devoirs

Notre anarchiste garde une mentalité tête brulé, il ne faut pas trop le pousser pour lui faire avouer tout le mépris qu’il porte à ces embusqués intellectuellement illégitimes, moralement nuisibles.

L’homme moderne, cristallisation des ravages de la médiocrité rampante, rassemble tous les maux. L’homme moderne « peut en même temps vouloir la liberté intégrale et exiger sans cesse de nouvelles lois répressives et de nouveaux carnavals de repentance. Comme le chrétien se prépare à la mort, le moderne se prépare à la retraite »

Intellectuellement illégitimes, moralement nuisibles; non seulement les intellectuels ne remplissent pas leur rôle de guides, mais aussi pourrissent les fondements naturels et culturels de la société. Ils cèdent aux délices de l’imaginaire et aux vertiges existentiels tout en prétendant assumer la responsabilité d’une hypothétique conscience universelle. Leurs prises de position ressemblent trop souvent à des tentatives désespérés de prendre le train en marche en s’efforçant de faire croire qu’ils sont eux mêmes les locomotives. Les médias ont en grande partie perdu leur pouvoir de faire l’opinion. Ils en conservent un autre, tout aussi redoutable, qui est celui d’édicter des normes, de fixer le cadre de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. Au fond il s’agit moins de convaincre le public que de le discipliner.

« La ligue des droits de l’homme est très inquiète. Elle demande tous les jours avec angoisse si on en fusille assez» (Anouilh).

Céline n’a pas plus de considération pour les prolétaires, « ce sont des bourgeois qui ont échoué ». Quant à Frédéric Dard, il laisse au moins San Antonio donner un coup de chapeau aux idéalistes: « La grandeur de la gauche, c’est de vouloir sauver les médiocres ; sa faiblesse, c’est qu’il y en a trop ! » mais écrit aussi que « le pauvre con subit et admire le sale con. C’est lui le peuple ! »

Il ne faudrait pas se méprendre sur son agressivité vis à vis des lâches ; on ne nous propose pas un couple courage-lacheté mais dominateur-dominé. Le con se reconnaît d’abord à ce qu’il se laisse manipuler. Cette tétanie de cons, stupides sous l’agression serait susceptible de renversement si d’aventure ils daignaient se réveiller. En même temps la foule est moins dangereuse dans ses aversions que dans sa versatilité.

 « La démocratie donne aux cons le pouvoir d’étouffer les intelligences ; c’est d’autant plus atroce que l’intelligence ne choisit pas son milieu social pour naître, les prolos donnent autant d’enfants rusés que les profiteurs » (MicBerth)

 

 

 

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