Les Hussards

LES HUSSARDS

Entre la Libération et les débuts de la Ve, la République des Lettres s’enorgueillit d’un petit parti informel qu’on baptisa « Hussards ».

Ses membres les plus éminents s’appelaient Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin.

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Tout est dit et rien n’est vrai puisque, à de rares exceptions près, ces écrivains ne se retrouvèrent jamais tous les trois ensemble, ils se sont néanmoins croisés dans Paris, dans des revues, des magazines, des maisons d’éditions, des bars et des combats, souvent perdus, pour tenter de sauver l’honneur.

Le mouvement Hussard n’est pas une école de pensée. C’est une famille recomposée introuvable voire impossible. Le Hussard est d’autant plus difficile à reconnaître qu’il ne se définit pas comme tel.

Ils n’occupent pas une position facile. Dans le fond, eux-mêmes ne savent pas trop où ils se situent. Souvent associés à des fascistes désintégrés, artistes exaspérés, réactionnaires fulminants ; le nombre d’étiquettes qu’on a collées aux hussards traduit l’embarras de la critique a qualifier leur poétique, ressentie à la fois comme classique et irritante, provocatrice et novatrice.

Ils ne cherchent pas tant que cela à se faire remarquer ; se « distinguer » leur suffit. De façon parfois impatiente, polémique, et souvent forcenée.

Un même mal de vivre dans un demi-siècle épuisé, une approche du monde désinvolte et insolente et, par-dessus tout, le goût de la littérature rassemblait ces enfants de l’entre-deux-guerres. Ils ont cherché à se faire une place entre l’Existentialisme exécré et le Nouveau Roman moqué.

Ces touche-à-tout romanciers, journalistes, scénaristes et éditeurs prirent un malin plaisir à défendre les écrivains bannis de l’après-guerre – Chardonne, Morand, mais aussi Giono et Céline -, et quelques causes politiques perdues d’avance.

A la lecture de leurs romans, ces trois-là ne semblent rassemblés que par leurs différences. De leurs expériences de jeunesse, ils garderont ces amertumes politiques ou existentielles dont leurs œuvres fourmillent au-delà des dissemblances.

De la même génération, 6 ans séparent l’ainé (Laurent) du cadet (Nimier), qui eurent 20 ans (ou un peu plus) en 45, ils débuteront leurs carrières à très peu d’années d’intervalle.

Hussard désigna aussi une manière d’être : un non-conformisme confinant à l’espièglerie ou à l’irrespect, que l’on peut bien taxer de dandysme et de désinvolture. Sans pour autant renier ce nom, légitimé par l’histoire littéraire, le qualificatif moins martial de désenchantés leur conviendrait sans doute mieux.

Qu’est-ce qu’un désenchanté ? Antoine Blondin en donne une définition: « c’est une âme bien née et qui le jour de ses 30 ans, à l’instant de persévérer dans la conquête de plaisir dont elle a déjà reconnu la vanité, sent que tout est fini. »

Ce groupe, identifié par le côté adverse, apparaît comme non organisé, dépourvu de chef véritable. Sans réunion ni manifeste ni profession de foi, il est, en somme, un non groupe,.

Voici la trépidante histoire de ces impétueux intellectuels, libertins d’une décennie féconde, qui traversèrent au galop une époque effervescente. On ferraillait alors pour ou contre la décolonisation, le retour du Général, l’indépendance de l’Algérie, de l’engagement en littérature, de « qualité française » et de Nouvelle Vague, au coeur d’un Saint-Germain-des-Prés où l’on croisait maîtres-penseurs et noctambules cultivés.

« Il faut vivre sous le signe d’une désinvolture panique,

ne rien prendre au sérieux, tout prendre au tragique. »

I. Genèse d’hussard

On pourrait chercher en vain dans l’enfance de nos hussards le tressaillement annonciateur d’un tempérament d’écrivains désabusés. Ils ne sont pas nés dans une banlieue ouvrière, leurs parents ne les martyrisent pas, ils ne souffrent pas d’incompatibilité avec leur corps. Ils vivent même tous dans des cocons cultivés, sous un soleil assez doré, celui de la bourgeoisie parisienne éclairée des années folles.

Jacques Laurent ;

Né le 5 janvier 1919, à Paris, Jacques Laurent est issu d’une famille qui compte surtout des gens de robe et d’épée.

Petit-fils du président du Conseil général de la Seine, fils d’un avocat inscrit au barreau de Paris, combattant de la Grande guerre; son père disait qu’il voulait un fils pour ne pas avoir fait la guerre pour rien.

L’ambiance familiale est morne, sclérosée. L’éclairage blafard et les conversations contraintes déteignent sur l’âme de Jacques : jamais il ne sera capable d’enthousiasme naïf. Dans sa famille chacun occupe une place précise, agit en conséquence. Il n’est pas une action que sa mère ne marque du sceau de la nécessité. Lorsque Jacques découvre le plaisir et la gratuité, les masques tombent. Jacques Laurent ne garde pas un bon souvenir de son enfance. « Les enfants ne m’intéressaient pas. Je n’aimais pas les enfants ; j’avais horreur d’en être un. » Jamais ne s’est autant ennuyé. Heureusement, amoureux des mots, Jacques se mettra rapidement à l’écriture.

« L’histoire était finie mais le progrès continuait. »

En classe, Laurent est un cancre. Le lycée ne l’intéresse pas. Brillant en composition française, le reste le laisse de marbre.

Un oncle, vice-président du Conseil d’État, le pousse à préparer l’un de ces grands concours qui vont disparaître avec la naissance de l’ENA. Son autre oncle sera à la base de la formation pré-terroriste connue sous le nom de la Cagoule.

Ayant suivi des études au lycée Condorcet, il entreprend une licence de philosophie à la Sorbonne, pour laquelle il garde un goût tenace, et s’engage rapidement à l’Action française de Charles Maurras, en écrivant au journal L’Étudiant français. Il subit à cette époque, tout en étant nationaliste, l’influence de Marx. Ne craignant pas le paradoxe, il est déjà dans la mouvance de l’Action Française lorsqu’il prend ses habitudes dans la librairie communiste de la rue Lafayette. Il présentera plus tard son engagement ainsi : « C’est parce que je rencontrais l’Action française que j’échappais au fascisme». « Je n’adhérais pas un parti, je cédais à la civilisation ».

Il y trouve une ouverture et une diversité unique dans le monde politique d’alors, il n’y puise que ce qui l’intéresse. Il tient sa liberté d’action et de penser. Son temps se partage alors entre réunions politiques, comité de rédaction, amphis, café, heureuse fortune. Il partage alors les faveurs d’une étudiante trotskiste bisexuelle.

En 1939, il doit interrompre ses études, à cause de la mobilisation. Il ne joua qu’un rôle limité sous l’Occupation, avec un modeste poste au « Bureau d’études » du Secrétariat général à l’Information du régime de Vichy sous l’autorité de Paul Marion, où il fit entre autre la connaissance de François Mitterrand.

Laurent est mobilisé. Il se rend à sa convocation. « Nous vaincrons parce que ceux nous somment les plus forts » proclamait le gouvernement. Courageuses mais surclassées, nos armées se délient et reculent. 10 millions de civils fuient sur les routes de l’exode. Après cinq semaines de combats, le maréchal Pétain doit demander l’armistice. Certitudes et illusions s’effondrent. Impuissant Jacques verse des larmes de rage et de désespoir. Bientôt il est incorporé dans l’armée d’armistice où il étrenne son ennui devant une ligne de démarcation. C’est alors qu’il commence la rédaction de ses Corps tranquilles.

Au mois d’août 44, le jeune Jacques Laurent jouait les agents de liaison entre Vichy et le maquis, en vue d’une improbable passation de pouvoir du maréchal Pétain au général De Gaulle… Pétain envisageant alors un accord avec la Résistance pour rejoindre le maquis. Ce projet n’aura pas de suite, à cause du départ du maréchal à Sigmaringen. Après un bref épisode dans un régiment FFI devant opérer une jonction avec l’armée du général de Lattre de Tassigny, il se retrouva chez lui dans un Paris libéré mais aussitôt embastillé au fort de Charenton à la suite d’une dénonciation.

Jacques Laurent pouvait difficilement nier ses liens avec le régime vichyste. À sa démobilisation, en 42 il avait délibérément choisi de rejoindre Vichy où il renoua avec plusieurs de ses amis de l’Action Française qui, comme lui, avaient fait leurs premières armes dans les colonnes de l’étudiant français et de combat. Avant la guerre, il avait participé à ce courant national révolutionnaire qui ne partageait pas la fascination d’un Brasillach pour le fascisme : Laurent a toujours soutenu que sa jeunesse maurasienne l’avait préservée de la tentation fasciste.

Quand il s’établit à Vichy, plutôt que de revenir à Paris, c’est bien en raison de sa sympathie pour la révolution nationale en laquelle il ne voyait pas qu’une entreprise de collaboration. Il entra au ministère de l’information. Ce que furent ses activités au sein du ministère n’a jamais été bien clair – rédacteur de note à l’usage de la presse, ce qui s’apparente à de la propagande officielle puis chef de service, ce qui n’est pas un poste subalterne pour un Garçon de 24 ans. Ces années furent aussi consacrées à l’écriture. A de nombreuses reprises, Jacques Laurent a déploré la différence entre l’idéal de la révolution nationale qui prétendait réaliser la synthèse des mouvements non-conformistes des années 30, de droite comme de gauche, et la réalité de son action politique. Il ne fait pas allusion à la politique collaborationniste mais à la dérive bureaucratique.

Après un peu plus de deux mois d’internement, occupé en partie par l’écriture d’un roman policier, premier d’une longue liste, aucune charge n’était retenue contre lui, Jacques Laurent fut renvoyé dans ses foyers, avec une bonne crise de dysenterie qui lui ôta toute humeur guerrière.

Antoine Blondin :

Fils du poète Germaine Blondin et d’un père correcteur d’imprimerie, Antoine est fils unique ; il fut aimé mais le mode de vie de ses parents et leur tempéraments ne les préparaient pas à l’éducation quotidienne d’un enfant. Il vit dans un appartement qu’il ne quittera définitivement tardivement Quai Voltaire face au Louvre.

Alors qu’il avait 2 ans, sa mère eu un terrible accident, fut en partie brulée et restera alitée pendant près de 10 ans.

Antoine est né à Paris en 1922, le collégien Antoine Blondin, assez rapidement pensionnaire, fut plutôt un élève médiocre, notamment au lycée Louis-le-Grand. A la fin de sa scolarité il se révèlera excellent en classe de philosophie et fut dans la foulée un brillant lauréat du Concours Général. Malgré sa légende il n’était à l’époque pas turbulent.

Très tôt attiré par le sport, plus par attirance pour la vie de groupe, que par compétition.Il tient des cahiers où il rédige des chroniques,

Chez Antoine Blondin, le passage de l’enfance à l’adolescence est un seuil difficile à saisir : on a l’impression qu’il est longtemps, et peut-être toujours, resté enfant en menant une vie d’adulte. Étrange mélange de maturité et d’immaturité.

Entre la discipline de la pension, l’autorité incertaine de son père et l’attention brouillonne et intermittente de sa mère ; le petit Antoine avait de quoi s’égarer.

En quelques mois, Antoine allait prendre deux décisions capitales. La première était d’épouser Sylviane, la seconde d’accepter le STO. « On nous fiança entre deux alertes. J’aimais cette main dans la mienne. Quelques mois plus tard, je reçus deux sommations, l’une du service du travail m’enjoignant d’avoir à partir pour l’Allemagne, l’autre de mon beau-père m’enjoignant d’avoir à épouser Sophie. »

En 42, l’Allemagne avait besoin de bras pour faire tourner son industrie à un moment où la guerre prenait une nouvelle dimension sur le front de l’Est. Le Reich avait bien essayé d’attirer des travailleurs volontaires en promettant de hauts salaires, mais leur nombre restait bien insuffisant.

Il fut alors exigé de la France une contribution de 250 000 hommes. Laval imagina, pour faire passer cette sanction forcément très impopulaire, ce qui fut appelé la relève : une façon d’échange qui permettait le retour d’un prisonnier contre trois autres travailleurs. Basé sur le volontariat, appuyée par la propagande – «  fini les mauvais jours !  Papa gagne de l’argent en Allemagne ! ». Cette mesure ne rencontrant pas un franc succès, Laval demanda la réquisition de tous les hommes nés entre 1920 et 1922. Pour cela il fallut promulguer une nouvelle loi en février 43 qui institua le service du travail obligatoire.

La procédure était simple : on recevait une convocation, on passait une visite médicale et, peu de temps après, on touchait une prime pour se procurer vêtements et chaussures puis on partait. Les termes de l’alternative étaient clair : se soumettre ou déserter en ne se présentant pas soit à la visite, soit lors du départ quand on n’avait pas réussi à se faire déclarer inapte.

À Paris, la guerre ne l’avait qu’effleuré. Antoine parti de son plein gré. La version victimaire proposé par lui à la fin de sa vie répond au stéréotype du départ forcé qui efface toute responsabilité personnelle. « Entre deux sursis, je ne choisis pas le moindre : je partis pour l’Allemagne « .

Il écrira à ses parents :« Il m’arrivera sans doute au cours de cette entreprise de voir en face des gens malheureux, peut-être le malheur lui-même : je ne connais pas. Vous l’avez toujours éloigné de moi je saurai puiser dans mes souvenirs radieux, comme dans les projets lourds de bonne tendresse, de quoi escamoter l’objet de mes peines passagères ». Lorsqu’il dépeignit ses compagnons de voyage, ces notations témoignaient d’un polémiste, : « ces Français constituent, hommes et femmes, le plus sinistre ramassis de vulgarités, de vice, de saleté, de bêtises qu’on puisse imaginer. »

Personne ne lui reprochait d’être allé à l’Est, comme des centaines milliers d’autres jeunes hommes. Mais lui paraissait se le reprocher et chercher à compenser par une réécriture terrifiante un épisode qu’il jugeait peu glorieux. Le statut de travailleur requis n’était pas celui de prisonnier, même si parfois ses conditions de vie s’en rapprochent. Les conditions d’hébergement et d’approvisionnement étaient celles d’un pays en guerre, Antoine abattu par le voyage, perdit rapidement ses illusions et son enthousiasme, s’il en avait jamais eu.

Ce qu’il connut à son arrivée en Autriche se peut se placer bien au-delà des épreuves de la pension que les dernières années lui avaient fait oublier. Il mangeait donc très mal, travaillait très dur, on ne gagnait pas là tant d’argent, les relations avec les autres nationalités n’étaient pas des plus cordiales, pourtant l’expérience fut loin d’être négative.

Au contraire, ces deux années d’exil ont correspondu à une forme d’accomplissement qu’Antoine ne retrouvera jamais. « Spirituellement, l’ascendant progressif que je prends sur mes camarades de chambre m’étant un réconfort puissant. Je cherchais un sens profond à ma présence ici, je l’ai trouvé. Elle doit être à la fois celle d’un pitre et celle d’un chef. » La conjonction des deux fonctions n’est pas si surprenante, Antoine ne cultivait pas la distance intimidante.

« J’appartiens à la génération du couvre-feu. 17 ans en 40, marié en 45 – nous sommes des milliers d’hommes qui n’avons jamais eu de vie de garçon. Pour ma part, ayant poussé fort lentement, c’est-à-dire fort longuement, mes études, je n’ai quitté le dortoir de l’internat, que j’avais connu très jeune, que pour celui du camp de travail, je suis passé sans transition de ce dernier à la chambre conjugale. » (Séquence radio et vidéo)

Roger Nimier :

Le 31 octobre 1925, Christine Nimier donne naissance à son second enfant : Roger de La Perrière. Il reçoit une éducation catholique et libérale, couvé par une mère violoniste et un père ingénieur, inventeur de l’horloge parlante. Très vite, Roger aura un visage décidé. Il paraît robuste mais souffre de grippe chronique, ce qui lui donne l’habitude de manquer très tôt l’école. Très bon élève, il a l’arrogance des premiers de la classe mais n’hésite pas à chahuter dans les cours de récréations, se tient par sa précocité en marge des autres, suscite la passion de ses professeurs.

Petit garçon rond, un peu bourru, il souffre de la tranquillité. Son père meurt des suites d’une typhoïde alors que Roger a 14 ans et ne veut surtout pas d’un beau-père. Il a une forte et haute idée du rôle qu’il joue au sein de sa famille. À la fois chevalier servant et mousquetaire, il est avant tout un provocateur.

Adolescent, il lit les journaux, se tient encore en actualité. L’adolescence de Roger se déroule sous la botte allemande. Il vit replié sur lui-même. Il peste contre son époque, oublie la tristesse en s’enivrant de travail. Il décroche un premier accessit au concours général de philosophie et une mention assez bien au bachot. Mais les études l’ennuient.

Depuis ses 15 ans il n’a qu’une obsession : devenir écrivain. Il s’inscrit tout de même en octobre 42 à la Sorbonne y préparer une licence de philosophie. Parallèlement, il gagne sa vie dans une entreprise de philatélie dirigée par un de ses oncles et dans laquelle travaille sa sœur. Sa tâche l’accable. Pendant les heures de bureau il écrit. Sans trop se fatiguer, il réussit ses examens.

Jusqu’à la libération, sa passion des livres emportera tout : lecture, mais aussi fabrication de brochures, pastiche, parodie, anthologie. Jeune bourgeois qui se plaît à écrire, il n’agit pas. Il se divertit dans le seul pays du style. Sa précocité sans équilibre et son tempérament vigoureux, soumis à la pression puritaine, subissent un refoulement qui éclatera à la libération dans l’obscénité débridée des premiers romans et de la correspondance.

Son service militaire dure trois mois. Aucun fait d’armes glorieux ne le couronnera. Il s’engage volontairement au deuxième hussard, Nimier est alors un jeune homme sous influences. Il a rêvé la guerre comme d’autres ont rêvé l’amour. Il se met alors au garde-à-vous devant l’étendard de Bernanos, Montherlant, Malraux, Drieu. Chez ces écrivains au tempérament de droite, la guerre enseigne l’orgueil — l’orgueil d’être un homme —, et celui de mourir la tête haute. Il boitera toujours entre vieillesse et enfance, entre un passé qui se dérobe, un présent qui l’ ennuie et un futur qu’il rêve incertain.

Engagé au deuxième régiment de hussards de Tarbes en mars 1945, le jeune Nimier sera démobilisé en août sans avoir combattu. Engagé volontaire à 19 ans, ce qui dénote un certain courage, il intègre ce régiment en février 1945. Il rêve de combats sur le Rhin et en Indochine. Il ne dépassera pourtant pas Vic-en-Bigorre, avant d’être rapidement démobilisé. Ses faits d’armes ? Avoir lu Pascal en Pléiade à 600 kilomètres du front. Une blessure indélébile qui fera de lui un homme en « permission perpétuelle ».

L’engagement militaire de l’automne 44 doit se mesurer. L’idéologie et la morale importent beaucoup moins que le rêve enfantin d’un certain bonheur et l’appréhension d’un désaccord essentiel avec le temps. Ce refus d’une époque triste engendre ce que l’on appelle un mal du siècle depuis le romantisme. Sa précocité sans équilibre et son tempérament vigoureux, soumis à la pression puritaine, subissent un refoulement qui éclatera dans l’obscénité débridée des premiers romans et de la correspondance.

Alors que se manifeste le lourd passif du pétainisme et que se révèlent les atrocités du système concentrationnaire, les jeunes écrivains hussards nés entre 1919 et 1925 peuvent se présenter comme non compromis par l’engagement politique sous l’occupation même s’ils s’opposent à la gauche.

Non discrédités, les hussards peuvent parler. Leur jeunesse excuse, favorise l’excès, le défi, l’opposition. Ils pénètrent par effraction, et transgressent tabous et Doxa. La politique de la provocation doit d’abord s’entendre au sens non politique, comme la stratégie naturelle d’une jeunesse qui cherche à occuper des places et ne peut s’imposer qu’en s’opposant.

De la guerre la droite sort amorphe, ça tombe bien, les hussards ne cherchent pas à avoir bonne réputation. Il cultivent une droite imaginaire, davantage placé dans le champ éthique et esthétique que dans celui de la politique. De droite certes, mais sans jamais appartenir à une quelconque école de pensée philosophique et encore moins à un mouvement politicien.

Le monde de la culture au lendemain de la libération

En septembre – octobre 44, le territoire n’est pas totalement libéré, et la France, dévastée par la guerre, saignée à blanc par les Allemands, manque d’à peu près tout. Le rationnement est sévère: pénurie de viande, de lait, de matière grasse… Les lettres françaises reviennent vers l’officiel de la guerre, une liste noire vient de paraître.

Le Comité National des Ecrivains (CNE), qui regroupedepuis septembre 43 les écrivains déshonorés se réclamant de la résistance intellectuelle, à l’origine de l’établissement de ces listes, n’est pas doté de pouvoir judiciaire. Il se limite à demander la mise à l’index des collaborateurs en refusant de figurer dans toute publication où l’on trouve un de leurs textes. Une fois appelé le gouvernement engage des poursuites contre les traîtres.

Ensemble hétérogène en tout point de vue, l’union sacrée de l’intelligence nationale comptait aussi bien des académiciens, des intellectuels de carrière, des auteurs en voie de reconnaissance, un fort contingent communiste, de grands anciens, comme Aragon et Éluard. La plupart des membres du comité – à son apogée environ 200 – ne sont pas des auteurs professionnellement ou artistiquement consacrés, mis à part quelques doyens survivants aux circonstances – Mauriac, Gide, Claudel… À l’inverse une partie de ceux qu’ils souhaitent voir sanctionnés ont profité d’une couverture critique auxquels, en temps normal, ils n’auraient peut-être pas été convié.

Aussi était-il compréhensible que la soif de justice s’accompagne d’une recherche de gratification, en particulier dans le journalisme et l’édition, voir même du désir, souvent satisfait, d’être édité dans les maisons les mieux établies. Tous n’avaient pas connu de clandestinité éprouvante. Ils avaient une vie sociale, avaient publié sous contrôle de la censure, fait jouer leurs pièces dans des théâtres rigoureusement contrôlés.

Dès le début de l’occupation, se pose la question de la publication sous la contrainte, c’est-à-dire de la publication officielle chez les études des éditeurs ayant satisfait aux obligations imposées par les nouvelles autorités. Les Allemands avaient exigé une épuration des fonds (Liste Otto) et soumis chaque éditeur à une convention de censure, ou plus exactement d’autocensure, selon laquelle aucun ouvrage ne pouvant déplaire à l’occupant ne devait être publié. Ne rien publier n’était est ce pas abandonner l’intelligence en de mauvaises mains ?

À sa création dans la clandestinité, le CNE ne s’était donné des objectifs rigoureux : réorganiser le monde littéraire en excluant les coupables et en mettant en place une morale de la résistance. Sur les 2 points ces ambitions furent assez rapidement déçues, principalement du fait des rivalités qui se levèrent en son sein dès 45 où la question politique fut plus déterminante que la littérature.

Le clivage au sein des membres se doublant quelque temps après d’un clivage communiste-modéré qui fit voler en éclat l’idéal de renouveau proclamé par les revues et livres clandestins. Quoi qu’il en soit le comité chercha tout de suite à intervenir dans les deux institutions les plus représentatives de la société littéraire : l’Académie Française et l’Académie Goncourt.

Contre l’Académie française, certains vont jusqu’à demander sa dissolution en raison de sa forte implication dans le régime de Vichy. Ce n’était pas faux : le maréchal Pétain lui-même, Charles Maurras, les deux Abel, Pierre Benoît et Henri Bordeaux appartiennent à l’illustre assemblée. Grace à la diplomatie de son secrétaire perpétuel et à l’intemporalité symbolique de l’institution, structure difficile à ébranler, l’Académie française ne connaîtra aucun bouleversement brutal. L’Académie Goncourt se révéle plus fragile. Quatre de ses neuf membres étaient compromis. Le roman existentialiste d’Elsa Triolet fut récompensé. Publié par Denoël, il fournit un certificat de bonne conduite à une maison forte active dans la collaboration.

Les sanctions furent d’autant plus lourdes que les processus furent tenus tôt. Entre octobre 44 et février 45 quatre hommes de lettres, de réputation très différentes, furent condamnés à mort : Robert Brasillach, Henri Béraud (gracié), Georges Suarez et Paul Chack. Les seconds couteaux collaborationnistes, obscurs journalistes et écrivains, premiers à passer en jugement ont été frappé de la plus lourde peine parce que leur nom figurait sur la liste noire du CNE et qu’il a été facile, et qu’il fut facile pour la justice de les retrouver.

C’est le cas Brasillach, rendu de lui-même à la Justice, qui influença le débat sur l’épuration intellectuelle. La question n’était pas entre le châtiment et le pardon mais la personnalité de Brasillach mobilisa pour obtenir sa grâce, y compris parmi ses adversaires. D’un coté il avait pris dès 34 et des nombreux articles écrits durant 10 ans, de l’autre il avait mené de pair une carrière de romancier subtil. La distinction entre collaboration en acte et collaboration de plumes se posa véritablement.

Comme au lendemain de la première guerre, les prix littéraires couronnent en majorité des œuvres ayant rapport avec les années noires. La littérature, par la voix de plusieurs de ses acteurs, aspire à retrouver son autonomie, non pas forcément retour à la littérature pure mais à une littérature déprise du passé récent, pour ne pas dire désengagé.

Cette épuration des milieux littéraires – la mieux réglée, la plus efficace parmi d’autres ; politiques administratives, économiques – ne doit pas laisser penser a une uniformisation de la vie littéraire.

Le monde de l’édition a rarement connu telle effervescence. Gaston Gallimard, avant les guerres, avait accédé à la renommé sur la complémentarité entre l’édition et la revue, la nouvelle revue française (NRF). Sans avoir une audience très large, il constitue dans les sphères influentes, l’instrument de référence grâce auquel l’éditeur avait acquis une autorité qu’aucun de ses confrères ne parvenait à lui contester. C’est à l’attrait élitiste de l’équipe de la NRF que l’on doit l’image intellectuelle de la rive gauche : ne pas être de la Rive Gauche peut alors vous ranger du côté des littérateurs mondains ou boulevardiers.

A la Libération, la NRF paye ses années de collaboration d’une interdiction. Il était indéniable que la réapparition de la Nouvelle Revue Française, sous la direction erratique de Drieu la Rochelle, après la défaite, avait été fortement encouragé par les Allemands. Comme tous les éditeurs Gallimard se voit suspecté : l’abandon du vieux fleuron était un gage de sa bonne foi patriotique. Le nouvel homme fort de la maison, Sartre, possédait la solution de remplacement : Les Temps Modernes, revue dont on voyait bien qu’elle répondait par son titre à une soif de changement radical. Le premier numéro, datant de 45, s’ouvrait sur une présentation dans laquelle Sartre définissait le nouveau statut de l’intellectuel dans la société. Chaque parole à des retentissements. Chaque silence aussi. « Je tiens Goncourt et Flaubert pour responsable de la répression qui suivit la commune par ceux qui n’ont pas écrit une ligne pour l’empêcher. »

Le parti communiste, tout en jouant sur la corde sensible de la morale civique, et de la mythologie du martyr, fait preuve d’un habile réalisme et d’un sectarisme à toute épreuve. Confisque le comité national des écrivains, qu’il exploitera jusqu’au début des années 60.

Généalogie de la nouvelle droite littéraire

Rupture après rupture – Camus, Paulhan, Mauriac… Le CNE se vidait de ses membres non communistes ou non sympathisants. Et ceci autorisa, en retour, une réaction à la politique d’exclusion des écrivains coupables d’imprudence ou même d’accointances. Une certaine presse puis l’édition introduisirent peu à peu des noms bannit quelques mois auparavant. La désunion du comité ne faisait que refléter, dans le monde littéraire, la réapparition des clivages politiques que l’euphorie de la libération n’avait pas masqué.

Pour autant que cette expression « DE DROITE » ait un sens, ce « camp » littéraire s’est retrouvé singulièrement amoindri de la libération. La liste noire vint frapper ses plus illustres représentants.

Dans l’après première guerre, autour et parfois contre l’Action Française s’était développé une pensée de droite assez influente. A la Libération, une pensée dite de droite, hostile au totalitarisme communiste, tenta de se faire entendre.

L’histoire se chargeait de simplifier quelque peu le débat. L’écrivain de droite est aussi bien celui qui a soutenu les caisses de l’ennemi ou du gouvernement de Vichy, que l’indifférent ou l’imprudent qui a décrit sans précaution dans la presse autorisée par l’occupant. Plus simplement, l’écrivain de droite se reconnaît à ce qu’il figure sur l’annuaire de l’indignité de la liste noire. Qui aurait pu douter que Chardonne, Morand, Montherlant, Fraigneau fussent de droite ? Ils étaient sur la liste. Face à l’écrivain de droite se dresse l’avant-garde politique des écrivains engagés, adoubé par Sartre dans les Temps Modernes – Sartre n’a pas besoin du mot droite, bourgeois lui suffit.

Du jour au lendemain, l’homme de droite qui ne peut brandir son certificat de résistance devient un « incivique ». Fasciste ou pas, collaborateur ou non, il doit désormais porter le poids de la condamnation des « vaincus de la Libération ».

Les hussards partagent des références communes mais leur rapport à histoire est différent. C’est pourquoi cet attelage inédit n’adoptera pas forcément par la suite la même attitude. En revanche leurs manières d’être, leurs habitus, et leurs situations dans le champ culturel où ils ambitionnent une place, les disposent à se rencontrer, à s’afficher dans les mêmes lieux et le même milieu.

L’Histoire dessine ses paysages. Il y eut le Montmartre d’avant la Grande guerre, le Montparnasse des années folles, l’air de Saint-Germain-des-Prés aurait commencé au lendemain de la libération. Saint-Germain a été un quartier littéraire, à la fois bohème et bourgeois, où l’on croisait, aussi bien des artistes consacrés que des mondains ou des hommes politiques. Il faut dire que la frontière est souvent ténue.

Sous l’occupation, on prétend qu’une partie des habitués de Montparnasse, trouvant la zone trop occupée par les Allemands, émigra vers Saint-Germain. Les témoignages des biographies renforcent l’image d’un territoire réservé aux soutiens de gauche. On voit, aujourd’hui, la complète réussite de cette entreprise dans le changement de nom de la place Saint-Germain-des-Prés en Place Jean-Paul Sartre – Simone de Beauvoir (sic).

C’est Antoine Blondin qui est le plus porté sur ce combat « géopolitique ». La jeunesse, la terrible jeunesse d’après-guerre, trouva ici une cantine à ces débordements.

Blondin, avec virulence, sera l’intime de tous les bistrotiers du quartier, chez qui il videra la grande part de ses cachets. Laurent, plus philosophe, ne cessera d’écrire chez Lipp. Roger Nimier est plus particulier : il n’était guère rive gauche. Si Roger s’en est pris à l’existentialisme, ce n’est pas dans sa version mondaine dénaturée mais en tant que courant philosophique et littéraire stérilisant :« à la libération, on ferma les bordels et on ouvrit Saint-Germain. »

Les hussards y portaient leur ressentiment contre une image de la jeunesse qui n’allait pas dans le sens imaginé quelques années auparavant. Ils y voyait un changement de civilisation, la fin d’un monde, en grande partie rêvé. En cela résidait leur désenchantement.

Rejetant le nouvel ordre idéologique dominant, les futurs hussards en refusent ses applications et au premier chef l’engagement dans la littérature, qui en est l’expression. Tout l’opportunisme d’un mode de pensée démagogique était cristallisé en la personne de Sartre. A la fois vu en dictateur de la vie culturelle et corrupteur des esprits, il leur gâchait le paysage.

Venus d’horizons différents, les Hussards étaient appelés à se rencontrer dans le Paris de l’après-Guerre en s’agrégeant aux factions hétéroclites des fidèles du Vichysme, des orphelins du Maurassisme, des exclus de la collaboration de plumes et des écuries de l’épuration. Cette minorité qui cherchait à refaire surface ne trouve d’abord pour se faire entendre que des forums subsidiaires : petite ville, éphémère publication, éditeurs aventureux.

Au fond ce petit monde allait constituer, en important désordre, une droite littéraire débarrassée de tout complexe parce qu’elle se plaçait d’abord sur le terrain de la culture.

Le désengagement ne consistait pas à s’interdire de parler politique, mais de tout ce qui lui subordonnait. Plutôt que de solides convictions politiques, ils partagent certaines blessures précoces, dont ils ont à peine besoin de parler : la mort tragique d’un père, les camaraderies fauchées par la guerre, l’opportunisme et autres ruptures des années 40, tout ce par quoi on devient vieux très tôt, nostalgique d’une jeunesse manquée.

Le combat des hussards ne se menait pas sur le terrain moral. Ils ferraillent contre l’asservissement de la littérature à la politique au nom de la liberté de l’élégance, au nom du plaisir d’écrire et de lire, ils ne songeaient pas à la révolution romanesque.

II. Les Débuts (46-49)

À l’État français moralisateur et finalement sanglant succède la résistance euphorique, épuratrice. La libération a dissipée quelques chimères, que les amitiés de régiments n’ont pas suffi à reconstituer. Ni l’avenir ni le passé immédiat n’ouvrent à un nouveau bonheur pour les hussards. Le monde se livre à l’esprit d’orthodoxie.

La Libération paraît aux hussards comme une fiction., ils ressentent l’opportunisme ambiant : toute la France était pétainiste et se réveilla résistante à la dernière heure. Grande désillusion pour qui croyait à la gloire militaire, au prestige de l’uniforme :cette mystification sera fondamental.« Ni victoire ni défaite : la situation de 1945 nous rend libres. » (Nimier)

Où sont les futurs hussards dans ces temps bouleversés d’après-guerre ? À la marge. Trop jeunes pour les uns, échaudés pour les autres, hostiles aux mouvements de masse qui se mettent en place dans la société française ; Ils ne participent encore vraiment, ni à la vie politique, ni à la vie culturelle officielle.

Bachelier à 17 ans, Roger Nimier, toujours impatient, partage son temps entre l’université, une mission de philatélie, et les lectures les plus variées.

Roger Nimier, pour prétendre à la gloire, se met en devoir de faire bonne figure dans un combat. Le royalisme assurera position et posture. La mort des amis favorise, par un sentiment diffus de responsabilité, sa fidélité à un monarchisme sans avenir : manière de venger sa génération décimée, de survivre en restituant les années volées aux amis disparus. Minorité d’une minorité, le monarchisme socialiste dont il se revendique alors débouchait sur une chimère, le 20 janvier 46, avec le départ du général De Gaulle.

Comme bien d’autres familles à Paris, la mère de Roger hébergeait un officier américain, d’ailleurs souvent absent. Un jour, au retour d’un déplacement dans l’Est, il revient accompagné d’une jeune tchèque. Roger la découvre quand il rentre démobilisé. Il lui sert de guide et d’interprète. Il est tombé sous le charme. Au printemps 68 seulement, le public connaîtra par l’Etrangère l’amoureux qu’il fut. Le narrateur se condamne parce que, préférant rester enfant tout en cédant au cynisme, il n’a pas été capable de bonheur. Roger Nimier, être de fuite convaincu d’indignité, recherche le bonheur en dépit d’une impuissance lointaine. « Je suis plus bête que coupable. Croyez-vous que je changerai un jour ? J’ai bien peur d’être né comme ça. ». Ce novice qui dédiait sa première œuvre à Jean-Paul Sartre, n’avait d’autres recommandations que cette petite provocation et la légendaire insolence adolescente de son style.

Contre le siècle, il faut s’armer d’attitude comme s’il s’agissait de certitude. Le dandysme, n’avait pas d’autre objectif. Il emprunte au passé ses figures, incarnations de l’ordre dans le désordre, pour se fortifier et se masquer. Elles offrent une issue à son désespoir.

L’année 46 devient donc l’année de la double impasse, en amour et en politique. Ses parades mondaines peuvent s’expliquer par la timidité du déclassé comme par l’assurance du talent. Les poussées nihilistes de sa correspondance laissent penser que la littérature elle-même lui paraît frappée de vanité.

Nimier, sans histoires compromettantes dans sa jeune biographie, peut s’en donner à cœur joie dans cette époque de vainqueurs d’autant plus arrogants que leur contribution a été faible. Son âge, 20 ans en 45, l’ a mis à l’abri de la guerre et son extraordinaire précocité intellectuelle le dispose à occuper une place importante dans le paysage .

Brutalement au sortir de son STO, Antoine Blondin tombait dans le quotidien sinistre. Il avait vécu cinq ans d’émotions inoubliables, d’abord parce que ce furent celles de ses 20 ans et que tous les gestes étaient alors empreints d’une liberté paradoxale gagnée sur les circonstances. La réadaptation à la vie normale lui parut un appauvrissement. Au fond, la défaite de ses convictions idéologiques n’étaient pas si déchirante que le manque de perspectives stimulantes. Toutes ces années considérées comme une parenthèse sans lendemain. Troquer contre quoi, le mariage, un travail ? Une idée ne le quittait pas, ne l’avait pas quitté même pendant ses 2 ans de STO: écrire. Pas un instant il n’envisagea de continuer sa licence de philosophie et de de tenter l’agrégation.

Son mariage établi selon le rite protestant, ll emménage dans l’appartement de sa belle famille, pas spécialement destiné à un jeune couple bohème. Antoine, à peine installé s’empressa de transformer son foyer en centre de transit de festivités. Antoine, prodigue avec ses amis oubliait de participer aux frais du ménage. En réalité, il continuait à mener une vie de célibataire ou, pour reprendre une formule qui lui était chère, de « fils qui rentre chez sa mère » et n’a qu’à mettre les pieds sous la table. Antoine exerce alors ses talents dans des directions très diverses et revendique le droit de s’exprimer sur un ton personnel. Le Figaro ne lui permettait pas, il partit. Assez souvent, Antoine Blondin liait son alcoolisme à la naissance de sa première fille. Il n’attendit en réalité pas celle-ci..

Jacques Laurent se morfond dans sa prison. Il songea faire fortune en développant la publicité sur les rouleaux de papier hygiénique. Aucune charge n’ayant pu être retenu contre lui, il est libéré au début de l’année 46…

Dominée par la peste d’Albert Camus et par l’exposé de la théorie sartrienne de l’engagement, l’année littéraire 47 n’est pas tournée vers l’écriture du Moi et du plaisir. Quelques événements contrastés condamnent tout extrémisme à l’impuissance.

En avril, le général De Gaulle suscite le Rassemblement du Peuple Français, mais son initiative, suivi du succès électoral en octobre, aboutit au vain ultimatum où il exige la dissolution de l’assemblée. C’est une année de grève longue et dure qui échappe parfois au contrôle de la toute-puissante CGT,.

Dans les deux premiers mois de l’année, alors que le pays frôle l’insurrection, les débuts de la guerre froide et la révocation des ministres communistes par le gouvernement du SFIO ont démontré que le destin de la France s’inscrit dans le cas de affrontement de l’Est et de l’Ouest.

Ces diverses données ont accentué le pessimisme des Hussards, confirmé l’impuissance leur posture d’indifférence adoptée. Les extrémistes, PCF et RPF rassemblent une majorité potentielle du corps électoral, mais les centristes gouvernent. L’attentisme prévaut.

Les Hussards rêvent de restauration dont ils seraient les franc-tireurs. Les conditions sont réunies pour que s’exprime la jeunesse issue des mouvements d’avant-guerre.

En guise de divertissement en ces temps troublés, les Français vont au cinéma. Au cinéma, comme dans la vie, les Français se partagent entre l’histoire immédiate – revue et corrigée dans le sens de l’exemplarité – et le besoin de distraction. À la sortie de la guerre, l’État affermit sa mainmise en subventionnant certains théâtres – le boulevard en est exclu – et en le décentralisant. Cette politique sera à l’origine, par exemple de la création du festival d’Avignon en 47. C »est plutôt un théâtre d’idées, discoureur et conventionnel, qui tient le haut de l’affiche où Sartre et Camus rayonnent.

Les tensions, le Comité National des Ecrivains les éprouvaient au point d’éclater définitivement sous les coups des démissions et exclusions qui allaient le transformer en club de littérateurs ou sympathisants communistes. La distribution des prix en 47 le confirma. Le retour des écrivains proscrits s’effectue par l’intermédiaire des éditions Gallimard, et des éditions de la Table Ronde. Gallimard, blanchi en 46, conclu une habile stratégie de reconquête du champ littéraire. Grâce aux cahiers, Paulhan réintroduit les bannis.

Churchill invente l’expression « rideau de fer » pour qualifier l’emprise soviétique. En politique, le parti communiste, pourtant présent au gouvernement – il en sera exclu en mai –, se radicalise et sous-tend les grèves de plus en plus insurrectionnelles que la CGT déclenche dans tous les secteurs.

La Table Ronde est crée en 48. Elle bénéficie du patronage de François Mauriac, qui réalisait un rêve de jeunesse – animer une revue et accompagner une mission : s’opposer à la domination communiste. Son prestige d’écrivain, augmentée de son attitude face au sectarisme de la gauche, son goût pour la jeunesse attirèrent de jeunes écrivains qui répugnaient à l’endoctrinement. François Mauriac donne son patronage et se pose en maître entouré de jeunes admirateurs. En vérité, il joue à s’encanailler et les délicieux frissons de l’insolence ne tarderont pas à l’effaroucher. J.Laurent, devient vite avec Roger Nimier un des espoirs du futur prix Nobel.

Jacques Laurent apparaît dès le deuxième numéro de la Table Ronde en février 48. Il compte bientôt parmi les collaborateurs attitrés de la revue.

Laurent se fait remarquer par sa liberté d’esprit, son sens de la provocation. Son article « Pour une stèle au docteur Petiot », fait polémique. Laurent lance un appel qui résonnera pendant toute la décennie, il appelle les intellectuels à la démilitantisation. La charge est insolente, le ton provocateur, le propos blasphématoire.

Un soir alors qu’il mène alors une conversation à bâtons rompus avec son ami éditeur Charles Frémanger, une idée va changer sa destinée. Ce dernier veux faire un coup, il veut s’inspirer des best-sellers américains comme Autant en emporte le vent pour vendre à foison. Au courant de la prodigieuse créativité et du talent de son ami Jacques, il lui propose de préparer ce best-seller. L’enjeu est de taille, Laurent accepte et décide de placer son histoire dans la tourmente révolutionnaire.

Il se trouve un pseudonyme : Cecil Saint-Laurent, un titre : Caroline chérie. Fini par se prendre au jeu, par s’enthousiasmer pour son nouveau personnage drapé dans les délices du roman historique. Caroline est une jeune fille légère, étourdie, charmante et inconsciente, capricieuse et égoïste,. Elle traverse les affres de la révolution, sauve sa tête et sa réputation au gré d’aventures galantes. Quand les hommes s’entre-tuent pour des raisons politiques, Caroline songe à la vie et à ses plaisirs.

Les débuts du best-seller sont plutôt décevants. Il faut un mois pour réussir à vendre le premier exemplaire. Un distributeur indélicat profite du peu d’expérience de l’éditeur pour emporter quelques milliers d’exemplaires du livre sans les payer. Il parvient en revanche miraculeusement à les écouler. Le bouche-à-oreille fait son effet. Les ventes se multiplient, Cécile Saint-Laurent devient riche. Il fait la couverture des magazines, enthousiasme des myriades de lecteurs, 7 millions d’exemplaires des aventures de Caroline seront vendu à travers le monde. Financièrement libre, il peut désormais se consacrer entièrement à sa véritable ambition : Les corps tranquilles. Jacques Laurent déménage aux Champs Élysées, réunit autour de lui une confrérie amicale qui s’imagine promise au succès, et plus fortement avec l’aide de boissons fortes.

Laurent choisi de rompre avec l’opinion dominante en menant à terme un roman de plus de 1000 pages. Les corps tranquilles sont publiés en 48 par Charles Frémanger qui en escompte un succès de librairie. On y retrouve tous les thèmes chers à l’auteur. La légèreté, le désengagement, l’amour, le poids du hasard, la nonchalance. Conscient d’avoir créer une œuvre unique en son genre, Jacques en attend une reconnaissance littéraire, Il n’en sera rien : les critiques le délaisse, le public le boude. Cela restera une blessure pour Jacques qui les considéra toujours comme son œuvre majeure, se persuadant que le flux de ses prochains romans était dans ce livre.

Il rencontre à cette période Roger Nimier chez Mauriac ;même s’ils s’estiment réciproquement, ils ne seront jamais ce qu’il convient d’appeler des amis.

L’échec de l’Etrangère a conduit Nimier à un changement d’orientation, un durcissement de l’inspiration et du ton. Ses dons hors du commun, Roger Nimier avait fait en sorte qu’ils ne puissent passer inaperçu. Son cinglant premier roman, Les Épées, publié en 48, s’ouvrait par une scène de masturbation sur une photo de Marlène Dietrich, « ça commence par un petit garçon plutôt blond qui laisse aller ses sentiments » et se poursuivait par l’engagement du héros, amoureux de sa propre soeur, dans la milice, et par le meurtre gratuit d’un juif commis lors de la libération de Paris !

Tout le roman va systématiquement jouer de la provocation en détournant les valeurs qui structurent la société française d’après-guerre. Les deux histoires qui s’entrelacent dans le roman, l’amour incestueux de son héros pour sa sœur et son itinéraire politique qui ne fait pas de différence entre résistance et milice, ne peuvent qu’heurter les sensibilités. Roger ne défend pas plus les vaincus, qu’il ne croit à la morale de la résistance.« Écrire, provoquer, blesser, séduire par l’écriture : il était né pour ça » dira François Nourissier.

Au moment où il est opportun de se découvrir démocrate et résistant, il s’obstine dans les rangs adverses, dont il mesure d’ailleurs la médiocrité. Il ira jusqu’au bout de la provocation. Privilégiant en lui la colère, parce qu’elle contraint à sortir de la mollesse et de l’indifférence, Nimier marque sa différence. Il vit le rêve d’un hussard sans uniforme.

Antoine Blondin a fait sa véritable entrée en littérature au printemps 49. L’Europe buissonnière se déroule de la veille de la guerre à l’effondrement de l’Allemagne. Il comprend deux parties construites autour de deux personnages. Le premier est au centre d’une chronique picaresque qui carnavalise la tragédie historique des années 39-45. Le second est l’antihéros d’un récit initiatique racontant, à travers l’itinéraire d’un étudiant parisien, le passage de l’adolescence à l’âge d’homme. La peinture de la France de l’immédiate avant-guerre et de l’occupation, les railleries sur la résistance, la peinture décalée du travail obligatoire offrent à lire ce premier roman comme une œuvre pamphlétaire.

Elle est en fait une manière de prendre ses distances avec le passé récent, c’est un récit nostalgique et désillusionné sur la jeunesse, la solidarité et l’amitié. Des premiers romans des hussards, l’Europe buissonnière, pourtant publié par une maison marginale est celui qui a connu le plus de retentissement dans la presse : un temps envisagé pour l’Interallié, en réalité couronné par le prix des Deux Magots.

D’être devenu un écrivain ne changea ni sa façon de vivre ni ses revenus. Dès son premier livre, il a su qu’il n’était pas un bâtisseur d’histoire. Il avait des idées, qu’il consignait précieusement, mais de l’idée au roman, il avait mesuré la distance.

Antoine traversait le quotidien comme il pouvait, tantôt avec une désinvolture malicieuse, tantôt avec l’insouciance scandaleuse. Son incapacité à assumer ses responsabilités de père et d’époux, son alcoolisme provoquaient en lui des crises de conscience intermittente. EXTRAIT SONORE RENCONTRE BLONDIN NIMIER

C’est l’époque où les partis communistes s’emparent du pouvoir par la force un peu partout en Europe afin de créer une situation de fait : interdiction des partis bourgeois en Roumanie en 1947, élimination des adversaires hongrois et « coup de Prague » en 1948. L’auréole stalinienne de la victoire sur le nazisme a vécu. Son vrai visage commence à apparaître au grand jour.

Kravtechenko, auteur soviétique d’un livre J’ai Choisi La Liberté, raconte la réalité du régime soviétique telle qu’il l’a vécue (le Parti, les purges, les camps, etc.). En France, certaines officines l’accuse de désinformation, de mensonge et de traitrise au profit des services secrets américains. Victor Kravtchenko attaque et gagne son procès en 1949. D’un simple procès en diffamation, le Tribunal parisien est devenu une tribune où il s’agissait de prouver que l’Union Soviétique était la dicature que décrivait le dissident alors que les communistes français (dont des prix Nobel et des députés), fidèles à la ligne du Parti, clamaient haut et fort l’opposé.

Quoi qu’il en soit dans cette période une dynamique se met en place dont l’un des ciments est le refus de la chape de plomb idéologique qui pèse sur la vie culturelle. Car si dans la société, préoccupée par les problèmes économiques et les inquiétudes politiques aussi bien intérieures qu’extérieures, l’heure n’est plus au règlement de compte, si les déchirements du comité national des écrivains ont provoqué une baisse de son influence dans le monde des lettres, la lutte d’influence est toujours aussi forte. Pour un jeune écrivain qui a fait le choix difficile d’exister contre les Temps modernes, la modification du rapport de force se confirme. Même si la philosophie communiste perd de son rayonnement, la pensée dominante reste bien ancrée à gauche.

Les Hussards se préparent au match. Pétris d’impertinence, ils tendent à traiter d’égal à égal avec leurs aînés, tout en attendant des conseils de pères. Les vieilles fées (Jouhandeau, Aymé, Bernanos, Mauriac, Chardonne et Céline) se penchent sur leur berceau. En plus d’avocats ces vieux loups héritent d’une descendance.

Les inclinations idéologiques des hussards n’est pas sans rappeler l’engagement politique d’opposition de leurs anciens. L’époque n’allait pas dans leur sens. Mais c’est précisément cette allure à contre-courant qui leur permet d’entrer dans le jeu, chacun selon ses dispositions.

Aucun de leurs premiers livres ne fut publié par une maison renommée. De petits éditeurs désireux de profiter de la nouvelle donne misent sur eux. Le choix ou l’obligation d’emprunter des voies sans prestige souligne leur marginalité. Bourgeois déclassé économiquement, et politiquement désavouées, ils renouent avec le style de vie des premières bohèmes romantiques : camaraderie, anticonformiste, et alcool..

Pour les Hussards, la France de l’après-guerre est plongée dans l’obscurantisme, la bêtise et la veulerie. L’ombre de Sartre et de ses disciples fait peser sur l’intelligence tout le poids du sectarisme et de la dictature de l’esprit. Il n’y a selon eux plus de liberté, de pensée, de joie de vivre, d’explosion naturelle.

Seule démarche acceptable la révolution restait à faire; la révolte pouvait encore sauver de l’ennui, du mépris, de la honte une génération éprise du plus pur idéal. « Hélas ! A peine avions-nous fait un pas dans cette voie, nous reculions avec horreur : il y avait une académie de la révolution, un conseil supérieur du désordre et la poussière déjà collait sur une flaque de sang… » Laurent

Dans cette fin de décennie, un certain esprit qui donnera aux hussards leurs lettres de noblesse se met en place. A savoir un refus du moralisme didactique, la défense de l’autonomie de la littérature, et surtout un goût prononcé pour l’ironie et la provocation.

L’invention des hussards est en marche, mais elle s’inscrit dans un mouvement plus large de conquête d’une position dans le champ culturel, dont François Mauriac fait office de chef de file, de la Table Ronde au Figaro – et Marcel Aymé, auteur d’un brillant pamphlet le confort intellectuel, l’aiguille rigoureuse.

III. En route vers la gloire

L’année 1950 est une date symbolique. A l’heure de la création du SMIG, il n’existe pas encore 4000 foyers disposant de la TV, le McCarthysme entame une chasse aux sorcières communistes, et la guerre de Corée ne fait que débuter.

Au même moment qu’Antoine Blondin est récompensé par le prix des Deux Magots pour son premier roman, Jacques Laurent voit son best-seller Caroline chéri porté à l’écran et les ventes continuer à grimper, Roger Nimier fait dans la même année paraître avec une facilité déconcertante trois livres : Perfide, le Grand d’Espagne et Le Hussard Bleu.

Alors que la critique s’apprête à fustiger les jeunes hussards, il faut bien admettre que le trio est loin d’être formé : Nimier n’est pas l’intime de Blondin, leur première rencontre ayant tournée au vinaigre. Quant à Laurent, touche-à-tout, partagé entre l’intellectuel et son double, Cécile, entre Mauriac et Martine Carole, il travaille à se rendre insaisissable.

LITTERATURE 50-52

Il est complexe de restituer la vie désordonnée d’Antoine Blondin. Le présenter comme un être insouciant, transformant l’existence en une interminable nouba nocturne n’a pas plus de sens que de le dépeindre en extrémiste exalté. Le prix des Deux Magots, la naissance de ses 2 filles, sa reconnaissance en tant que romancier n’ont rien changé à ses habitudes.

La rupture avec sa femme Sylviane lui rend la liberté dont il affirmait avoir été privé par toute une série de réclusions. Revenant vivre dans sa chambre d’adolescent, Il s’appliqua à perdre son temps, à vivre sa vie, en s’octroyant un « sursis devant l’existence. »

Les regards du monde littéraire se portent surtout sur Roger Nimier, bon élève provocateur. D’éminents parents des Lettres se penchent sur son berceau : François Mauriac, mais aussi Jacques Chardonne et Paul Morand. Mauriac, Prix Nobel 52, régente l’opposition modérée à la pensée dominante ; les deux autres qui ont connu des jours meilleurs et rêvent de sortir de leur retraite forcée. Ils voient en ce jeune homme très pressé leurs chances de revenir dans le jeu. Plein d’espérances, ils s’imaginent qu’un groupe se forme. En trouvant des avocats,ils ont hérité d’une descendance

Qu’il y ait une part d’opportunisme, de recherche d’affirmation de position dans ces rapprochements entre réactionnaires de différentes générations ne fait aucun doute, toujours est t-il que démarre alors une intense relation triangulaire qui ne cessera jamais.

Du printemps à l’automne, trois livres paraîtront, Nimier atteint une forme d’accomplissement qu’il ne retrouvera plus de son vivant. Mais cet écrivain de 24 ans ne veut pas s’appesantir.

Avant de transformer l’essai des Epées, il persévère dans son entreprise de conquête à la hussarde en jouant avec les codes du roman, de l’essai et du pamphlet : Le grand d’Espagne, par ces raccourcis saisissants, ses emportements contestataire, sa verve et son imagination, renforce son image. « on habillait très vite les enfants en grandes personnes, pendant cette guerre. On a fédéré, on en fit des résistants, les miliciens, des soldats. On leur a demandé des opinions politiques. Chacun, dans son héritage, a trouvé un paquet de haine toute faite. »

Contre le Hussard bleu l’unanimité se fait par le biais de la dernière phrase. « Tout ce qui est humain m’est étranger » : Les critiques se demandent peut-être s’il faut prendre la formule au sérieux, mais leur tropisme idéologique les fait trancher. Il choque par l’exaltation d’un non-conformisme, parce qu’il se fait l’héritier déplacé de valeurs discréditées.

L’occupation littéraire pèse alors tant qu’elle semble condamner les jeunes romanciers à l’engagement révolutionnaire. La littérature se prenait au sérieux. C’est alors que Jacques Laurent médit un attentat contre Jean-Paul. En février 51, le collaborateur impénitent de la Table Ronde y livrait le plus brillante article : Paul et Jean-Paul. L’auteur révèle un compagnonnage inattendu entre Jean-Paul Sartre et le plus ridicule, le plus oublié des auteurs réactionnaires de la fin XIXe siècle : Paul Bourget.

D’un jeu de citations choisies, Laurent tire un dialogue entre les deux hommes ou leurs convergences de vue est confondante. L’attaque était cocasse et brillante. Un jeune homme inconnu affublait le dieu des lettres contemporaines d’un compagnonnage dégradant, le renvoyait à son alter ego bourgeois de la Belle Époque. La pensée sartrienne est ramenée à une imposture. Inattendu, la charge venait en plus du double du populaire libertin Cecil Saint-Laurent. Emoustillant le Tout-Paris, Sartre joue l’indifférence et garde le silence. « C’est pour cette raison que je suis devenu polémiste, parce que j’avais envie de me battre, contre l’hystérie notamment. »

En proie à ses succès, sa grande affaire est alors de collectionner les conquêtes ; cela n’empêche pas d’épouser Claude Martine en décembre 49. Plus tard il donnera une définition au mariage : « la première formalité du divorce ». Millionnaire courtisé à 35 ans, on le voit circuler en Bentley avec son chauffeur, il a horreur de conduire lui-même et « cela impressionne les producteurs de cinéma. »

Cependant derrière les ors et les caresses, Laurent reste lucide et garde un détachement aristocratique à toutes choses. Il est passé de la plus extrême pauvreté à l’opulence sans sourciller. Pour l’instant certains de ses amis craignent surtout que son talent ne reste au fond du cristal des verres qu’il sirote sans fin.

Les Enfants du bon Dieu paru en 52, firent véritablement entrer Antoine Blondin en littérature, se voyant aux yeux de tous gratifié d’un brevet d’originalité.

Le roman suscite des commentaires, dans la quasi-totalité de la presse littéraire et d’information. On louait son élégance de style, sa fantaisie – ce qui autorisait du coup à en souligner la légèreté, pas forcément conçue comme une qualité.

Les amis prirent la plume. Roger Nimier inventa pour l’occasion le verbe Blondiner : « façon d’entrer dans le monde en utilisant son cœur comme ouvre-boîte. »

Le pronostic pour l’Interallié place Antoine en tête. Un climat plutôt délétère entoure le prix. Il ne l’obtient pas, battu par sept voix contre cinq.

LE JOURNALISME

La rupture entre les divers courants de la résistance, la tournure que prit la politique française et les luttes au sein du champ culturel ont facilité l’émergence de courants d’opinion qu’on aurait pu croire rayés de la carte pour longtemps. Sans avoir tout à fait pignon sur rue, une presse d’ultra droite, favorisé à partir d’avril 47 par la suppression de l’autorisation préalable de parution, a promptement refait surface.

Incontestablement, Antoine Blondin fut des 3 le plus engagé dans la presse contestataire, semi officielle. Entre 46 et 48, il se multiplia d’ici France à France Dimanche en passant par La dernière Lanterne, l’Indépendance Française et les éditions Froissart. Il travaille aux rubriques les plus diverses. ces activités ne risquaient pas de lui apporter gloire et aisance matérielle. Il le fit à la manière des écoliers indisciplinés, toujours en retard et prompt à oublier les devoirs. Il promettait, renonçait… Partout, il ne faisait que passer.

Si son manque de fiabilité professionnelle pouvait effrayer d’éventuels employeurs, son exigence artistique et sa difficulté à écrire explique aussi qu’il ait répugné à souffrir sur des travaux sans ambition.Quand elles touchent aux questions politiques, ses collaborations naviguent, la plupart du temps, entre rhétorique extrémiste et scepticisme. Sa complicité à ces périodiques tendancieux est sans doute affective, pas certain qu’il ne suive aucun dogme. Davantage solidaire d’amis que militant.

La naissance de sa seconde fille Anne ne retient pas plus Antoine au domicile conjugal que la précédente. Sa femme tient comme elle peut un appartement impossible à chauffer à la mauvaise saison. Antoine oublie de lui laisser l’argent ou reprend le soir celui qu’il lui avait donné le matin. Il ramène sans cesse de nouveaux invités qu’il faut nourrir et coucher.

La tristesse d’Antoine tenait pour une part à ses rapports avec son père. Pierre Blondin n’apprécie guère le climat de fête des sens et de l’esprit. D’une sensibilité plutôt de gauche, il désapprouvait l’engagement politique de son fils, sa relation avec sa femme et ses enfants, jusqu’aux compagnons qu’il se choisissait. Le 5 août 48, Pierre Blondin se suicide aux barbituriques et à l’alcool dans sa chambre.

Pour répliquer au RPF créé au printemps 47, l’idée d’un mouvement politique était née à gauche parmi les écrivains et journalistes. En février 48 paraissait dans la presse l’appel du comité pour le Rassemblement Démocratique Révolutionnaire : parmi les signataires figure Sartre.

Pour répliquer à cela, Roger Nimier tance dans la revue gaulliste Liberté de l’Esprit «Nous ne pensons pas que la guerre soit nécessaire ou fatale. Nous pensons que nous serons peut-être contraints de la faire. Et comme nous ne la ferons pas avec les épaules de Monsieur Sartre ni avec les poumons de Monsieur Camus, et encore moins avec la belle âme de Monsieur Breton, il faudra bien rester neutre, se faire humble comme la Hollande ou Monaco.»

Cela soulève un scandale qui établit la réputation de fascisme du chroniqueur. Cette phrase où il attaque sur le physique renoue avec le ton de la presse d’extrême droite. En dépit d’un rectificatif publié, Camus, tuberculeux ne pardonnera jamais.

Blondin, Laurent et Nimier ne se sont retrouvés au sommaire d’un même numéro qu’une seule fois. Une nouvelle initiative des éditions Plon rapproche dès février 51 les futurs hussards : l’achat de la revue Opéra. Nimier en devient le rédacteur en chef à 26 ans, et balaye sans ménagement l’ancien personnel, imposant une ligne éditoriale sans compromis… Ce qui le conduira assez rapidement à la faillite. En moins d’un an, Nimier entraîne une jeune équipe (assez changeante), obtient des contributions d’auteurs importants – non seulement Chardonne et Morand, mais Anouilh, Breton, Cendrars, Giono, Jouhandeau, Montherlant – et cause quelques scandales. Le plus considérable, qui précipitera sa perte, est la manchette consacrée à Jean-Louis Barrault, alors au firmament de sa célébrité : «Surprise à Marigny. Jean-Louis Barrault encore plus mauvais que d’habitude». Le syndicat des acteurs et celui des metteurs en scène émettront solennellement un blâme.

Antoine Blondin dans Rivarol saluera en Nimier « le romancier qui s’impose depuis trois ans comme le premier et peut-être le seul écrivain de notre génération avec Jacques Laurent ».

Il est facile de voir dans l’attitude de Roger Nimier, directeur et chroniqueur, son refus de la tiédeur, de l’esprit de compromis. Se faire des ennemis s’impose. Ses outrances et ses provocations testent les gens. Il ne veut pas de complices calculateurs. Mais à Opéra, sa désinvolture et son intégrité s’appliquent au monde de la culture. Le journal de la vie parisienne ne s’occupe ni de l’inflation galopante, ni de grèves, ni de guerre.

Après Opéra, Roger s’occupe en 1952 de la réorganisation des pages culturelles de Carrefour durant un an avant de passer le relais à Jacques Laurent, tout en assurant la direction littéraire du Nouveau Fémina, il collabore au Bulletin de Paris. Roger y a d’ailleurs consacré un article, non dépourvu d’ironie, sur Jacques Laurent : « l’écrivain de 32 ans, du type non émotif, actif, secondaire, le plus doué de sa génération. »

Ils se multiplient dans la presse. Pendant la seconde moitié de l’année 52, les initiés du Paris littéraire se livrent à de grandes manœuvres. À la fin l’été, la rupture consommée entre Sartre et Camus fait les grands titres de la presse quotidienne. L’équilibre des revues et des forces intellectuelles en présence se modifie. Les temps modernes entrent dans une période de vicissitudes et de relatif déclin. Les Temps Modernes publient un compte-rendu très critique du dernier livre de Camus « l’Homme révolté» jugé réactionnaire, et certains de ses jugements erronés. Camus répond directement à Sartre. Le numéro suivant des temps Modernes publie à côté de la lettre de Camus la réponse vigoureuse de Sartre. Ils ne se rencontreront plus.

LA CRITIQUE

L’histoire est connue. En décembre 1952, Bernard Frank, 23 ans écrit, dans Les Temps modernes, alors en pleins remous, un papier intitulé « Grognards et hussards » où il associe sans le savoir pour l’éternité Nimier, Blondin et Laurent comme porte-drapeaux d’un groupe de jeunes écrivains qu’il traitera « par commodité de fascistes ».

« Comme tous les fascistes, les hussards détestent la discussion. Ils se délectent de la phrase courte dont ils se croient les inventeurs. Ils la manient comme s’il s’agissait d’un couperet. À chaque phrase, il y a mort d’homme. Ce n’est pas grave. C’est une mort pour rire. »

En porte flingue de Sartre, Il semble vouloir officialiser la restauration d’un courant idéologique qui, depuis la fin de la guerre, se serait avancé en ordre dispersé. L’article de Bernard Frank visait à la fois à riposter au nom des temps modernes sur le même ton que ces trublions verbeux et à jeter le discrédit sur des écrivains prometteurs. Quand à ceux qu’il nomme les grognards, barons de la critique officielle, ils ne font que couvrir leurs impertinences d’éloges. Cette complicité transparaît dans l’affection que ses anciens portent à ces écrivains qui ont du style, un ton.

« Ils aiment les femmes (Stendhal, Elle), les autos (Buffon, Auto-Journal), la vitesse (Morand), les salons (Stendhal, Proust), les alcools (un peu tout le monde), la plaisanterie (leur mauvais goût). »

Bernard Frank n’inventait rien en associant Nimier, Laurent et Blondin, puisque dès 49, dans Aspect de la France, l’éditeur et ami Michel Laudenbach les avait réunis comme tenant d’une nouvelle école de l’insolence. Le coup d’éclat de Frank ne fut pas tant de découvrir des affinités latentes que de créer une marque déposée.

La charge de Bernard Frank se plaçait plus sur le terrain idéologique que sur celui de la critique littéraire ; ce parti – prix se justifiait d’abord par la posture adoptée par ces auteurs et leur situation supposée au sein d’un ensemble d’intellectuels réactionnaires attachés à combattre la modernité représentée par les Temps Modernes et quelques autres.

Le terme Hussard était avant tout un bon mot : il rimait avec grognard – métaphore militaire dévaluée – il entrait singulièrement en résonance avec le titre du roman le plus abouti de Nimier Le hussard bleu. Cette base polémique est un peu mince pour fonder un courant littéraire ; on l’a ensuite étayée en insistant sur la caractéristique « écrivain de droite », avant de l’élargir, au fil des ans et selon les commentateurs, dans des directions parfois imprévisibles.

Aujourd’hui, n’importe quel plumitif intenterait, pour une telle assertion une action en justice. Ils n’en feront rien. Au contraire, tous ont salué le talent de Bernard Frank, refusant seulement de se voir encager dans un groupe. Jacques Laurent précisa qu’il préférait les fantassins aux « hussards » et Martine Carol, adorable Caroline chérie, à tout le reste.

Proclamé par Frank comme chef de file, les esprits ont tout lieu d’être irrités, ou saturés par Roger Nimier: six livres en trois ans, trois autos dont une Jaguar et une Delahaye, des succès féminins qui ne sont pas plus discrets, la tumultueuse direction d’Opéra où les aînés admiratifs ne sont pas eux-mêmes épargnés. Un jeu de massacre de célébrités qui ne fait pas oublier les autres provocations…

Au sommet de sa gloire et de son art, le voici de nouveau survivant sans raison ni cause à l’heure d’un bilan prématuré. A seulement 28 ans, en suivant les conseils de son grand ami, son maître Chardonne, il fait un serment de mousquetaire qu’il tiendra trop bien « Je te jure de ne plus publier de romans avant 10 ans, si la terre et Nimier durent 10 ans. »

En cinq ans, Laurent Blondin et Nimier vont passer du rang d’aspirants à celui de membres à part entière de la communauté littéraire parisienne. Entre-temps, ils ont été dénommés Hussards. Un tel baptême, vaut reconnaissance de statut. Le club de la Table Ronde est à son apogée.

LES REVUES (LA PARISIENNE – ARTS)

Début 53, avec les recettes de Caroline Chérie, Jacques Laurent lance La Parisienne« qui se voulait des ouvertures à gauche, mais dont le grand patron sera Marcel Aymé et dont les ouvriers seront de droite, de Roger Nimier à Antoine Blondin » (L’Observateur). Si la Parisienne, du moins dans sa période Laurent, peut être considérée comme la revue hussarde par excellence, c’est en raison de son éclectisme et de sa légèreté qui l’incitait à s’intéresser aux maisons closes, aussi bien qu’à Kant et à Heidegger, au couple qu’à la modernité.

La Parisienne ne s’applique pas à la promotion de la jeune droite hussarde ou à la réhabilitation de l’ancienne, plutôt à en souligner la dispersion et les dissensions, révélant par exemple la rivalité Laurent-Nimier. Dès la première livraison Roger demanda à Laurent de retirer du numéro inaugural d’une signature qui lui déplaisait. Devant le refus de Laurent, il reprit l’extrait qu’il devait donné mais en laissa paraître anonymement l’autre. Roger marquait sa distance de la Parisienne à laquelle il ne contribua guère lui reprochant son côté ramasse-tout.

La Parisienne aura tenu cinq ans. Jacques Laurent prétend que le ton était plus celle d’une revue littéraire. La non-rentabilité paraît moins importante dans le procès de relatif abandon de la parisienne que la lassitude et le manque de persévérance.

Ensuite sous la direction littéraire de Laurent puis, à partir de 58, de Nimier, Art a sans doute été le plus brillant, ni le plus profond ni le plus savant, des magazines culturels de la seconde moitié du 20e. cet hebdo éphémère et foutraque où le beau style se dispute à la mauvaise foi est réputé pour ses grondements littéraires; mais aussi pour ses pages cinéma qui furent, après les Cahiers du Cinéma, le repaire des futurs metteurs en scène de la Nouvelle Vague. Si François Truffaut fut le plus assidu, Chabrol, Godard et Rohmer y participèrent fréquemment. Michel Polac, Philippe Lapro et Régis Debray y feront également leurs premières armes.

Mais le hussard n’a pas l’âme d’un chef d’entreprise, il sent l’air du temps mais répugne à accepter les contraintes triviales de la gestion. Un responsable d’un journal doit vendre, sinon se vendre.Cela n’a pas empêché Jacques Laurent de se lancer, en juillet 54, dans une nouvelle aventure éditoriale en reprenant avec l’aval financier du collectionneur Georges Wildenstein l’hebdomadaire Arts, à l’unique condition de ne pas traiter de politique.

En 54, Antoine Blondin débute dans le journal dont il a toujours rêvé ; l’Equipe. Ce journal lui laissait toute latitude dans le choix de ses sujets, mais un peu inquiet du caractère imprévisible de leurs flûtistes échevelé, s’appliquait à veiller sur lui et se tenait prêt à compenser une panne éventuelle. Au long de l’étape, il notait ses bons mots sur son cahier des détails piquants de la course au paysage. Il entrait en sympathie avec les héros, exaltant le vaincu aussi bien que le vainqueur. L’originalité de ses chroniques mélange de gouaille et de culture, à l’invention verbale, au sens de la chose vue qui fait s’attarder sur les mérites d’un 12e au classement ou imagine le monologue intérieur d’un avant-dernier.

La collectivité sportive,jamais mieux incarnée que dans le cyclisme, était la forme la plus accomplie d’un communautarisme vers quoi, on l’a vu, penchait l’idéal politique d’Antoine. La fameuse convivialité d’Antoine est en outre bel élément de sa légende ; elle reposait sur un système complexe où intervenait aussi bien le degré d’imprégnation alcoolique que les affinités intellectuelles ou la générosité naturelle.

LE CINEMA

Les années 50 seront aussi des années cinéma pour les hussards. Par-delà la guerre et l’occupation la production cinématographique française était restée dans la lignée des années 30 : beaucoup de films reposait sur des vedettes confirmées – Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Fernandel, Jean Gabin… Et sur des réalisateurs ayant fait leurs preuves : Claude autant Lara, Jean Delannoy, Julien Duvivier, Christian Jacques, Sacha Guitry.

L’esprit des Cahiers du Cinéma est, au départ formaliste et apolitique et c’est contre ce formalisme et cet apolitisme que Positif, sera marqué par le surréalisme : chaque revue défendra ses auteurs.

Les hussards ne sont pas tous arrivés au cinéma par la même voie ni avec les mêmes ambitions. Les contributions cinématographiques s’inscrivent dans la pleine logique de leur personnage. Leur participation à une presse grand public relevait du refus des hiérarchies intellectuelles autant que du souci d’assurer leur train de vie. S’ils avaient fait parti de la bohème germanopratine de l’après-guerre, ils n’avaient aucun goût pour la figure de l’artiste maudit. Il était logique que le cinéma les intéresse comme support d’expression, comme source de revenus et, pourquoi pas comme occasion de rencontrer de jolies femmes. Il était aussi normal que le cinéma s’intéresse à eux, qui incarnaient une modernité accessible, dont l’écriture et les thèmes coïncidaient avec la société qui peu à peu sortait de l’après-guerre.

En 53 Roland Laudenbach s’associe à Antoine Blondin pour le scénario et des dialogues de la route Napoléon de Jean Delannoy. Aucun de ses films ne manifeste de véritables ambitions ; le travail de Blondin et de Laudenbach montre de l’habileté mais guère de conviction. En 55, Antoine Blondin pour une fois travaille ses besoins alimentaires, La foire aux femmes, qu’il considère comme le plus mauvais film de l’année constituera son dernier projet cinématographique de la décennie.

Cette dimension commerciale est plus évidente encore chez Jacques Laurent, dont toutes les contributions sont signées Cecil Saint-Laurent. Après une première tentative malheureuse en 1950 comme scénariste de son roman La mer à boire, Laurent a délibérément choisi de jouer le jeu de l’industrie. Trois Caroline chérie en ont fait un habitué des premières, des palaces de Deauville et de la Côte d’Azur et un scénariste recherché. Il partage un moment la tâche avec Jean Anouilh. Martine Carole, sex-symbol laissera sans le savoir sa place à celle qui va l’éclipser de la légende : Brigitte Bardot. Le succès de ce film en costume, pour ne pas dire historique, tient au goût du public pour le romanesque, et pour une bonne part aussi à la nudité, généreusement exhibé pour l’époque de Martine Carol.

Les films suivants s’assument dans la frivolité, les titres laissent songeur : La fille de Mata Harry, Froufrou et Paris canaille. Dans ces années 50, l’activité cinématographique de Laurent est bien identifiée Cecil Saint-Laurent : elle en possède le goût de la reconstitution historique, la richesse d’imagination, la rapidité d’écriture ; mais sa médiocrité est évidente. Quelques critiques ont découvert sous les coquineries historiques une relecture scandaleuse de la révolution, un mépris de la France résistante et républicaine, voir même une attaque contre les luttes pour l’indépendance des peuples colonisés. Laurent conservera toute sa vie un certain mépris pour le cinéma, qu’il considère trop dépendant de l’industrie et du commerce.

Contrairement aux deux autres, il semble que Roger Nimier, que son travail romanesque ne satisfaisait pas, ait vu dans le cinéma une nouvelle voie d’expression. Son premier scénario est l’épisode français du film de Michelangelo Antonioni, les vaincus (I Vinti), plus ou moins inspiré d’un fait divers récent. Entre les deux on reconnaît une parenté de sensibilité. On peut lire une proximité dans les dénouements du film d’Antonioni et des Enfants tristes de Roger : dans les deux cas tout finit en suicide par accident d’automobile, dont on sait qu’il deviendra un motif tragique dans l’imaginaire contemporain.

Un jeunes grand bourgeois, tendance progressiste, ex-assistant du commandant Cousteau pour Le monde du silence palme d’or 55 à Cannes, admire Roger et lui propose d’adapter un polar. Louis Malle aime autant les romans que le dandysme des noctambules qui portent leur mal de vivre avec élégance. Miles Davis, visionnant deux fois le montage du film, improvisera sa bande musicale en une nuit. Ascenseur pour l’échafaud, en lequel certains voyaient les marques de la nouvelle vague, remportera le prix Louis Delluc 57, et lancera avec éclat la carrière du cinéaste Nimier. Il flirtera quelque temps avec l’actrice principale, une certaine Jeanne Moreau. Un soir tard, où Gaston Gallimard entre dans le bureau de Nimier, il tombe par hasard sur le « couple» : «Oh ! pardon, monsieur Nimier, j’ai vu de la lumière dans votre bureau et j’ai pensé que vous aviez oublié de l’éteindre», s’excuse Gaston, avant de s’éclipser. «Le concierge ?» demande Moreau.«Le patron», répond Nimier.

Il scénarisera ou dialoguera en outre quatre autres films : les grandes personnes de Jean Valère, l’affaire Nina B,l’éducation sentimentale d’Alexandre Astruc et la notte d’Antonioni.

L’inventaire cinématographique des hussards ne présente pas d’œuvres marquantes. Il s’inscrit dans la routine d’un cinéma dominé par les impératifs économiques et contraints par des structures corporatistes. Blondin et Laurent ont continué, après la période hussarde, leurs contributions irrégulières dans le septième art comme revenu d’appoint.

Les hussards et leurs amis ne tenaient pas forcément la nouvelle vague en grande estime. Ils ne cherchèrent jamais à s’en rapprocher, plutôt même à s’en démarquer.

Alors qu’a bien y regarder la plupart des films Nouvelle Vague sont en réalité assez proches de la sensibilité hussarde : mélange d’esprit juvénile, de cynisme, de désenchantement et de désinvolture.

UNE ECOLE ORIGINALE –

Les hussards sont à leur apogée; leurs places parfois inattendues ont largement contribué a leur forger un statut ambigu. D’une revue à l’autre, l’entreprise de réhabilitation littéraire se poursuit. À l’heure où la vie littéraire sort définitivement de l’après-guerre, où le magistère des Temps Modernes s’essouffle, ces intellectuels de 30 ans réorientent leur droitisme dans le sens de la futilité… Du moins selon leurs adversaires qui persistent à les considérer comme des réactionnaires nostalgiques de Vichy, des fascistes mêmes.

Ils se partagent entre la production restreinte à la grande production, entre l’attachement aux formes traditionnelles issues de la culture scolaire et l’attitude de l’intellectuel libre, indifférent aux hiérarchies, s’occupant aussi bien de littérature que de cinéma, d’actualité ou de sport. Antoine Blondin disait avec ironie qu’il dilapidait sa « petite notoriété entre le soutien-gorge et le survêtement ». Jacques Laurent s’affiche au bras de Martine Carole et les revenus des adaptations cinématographiques sont, en partie, investis dans une Chevrolet jaune, conduite par un chauffeur.

Les hussards devinent l’air du temps, les prémices de la société de consommation. La grande presse leur assurait des revenus, et une forme de célébrité.

Feignant de ne pas croire à leur littérature, ou tout au moins de la prendre avec détachement, se promettant des chefs-d’œuvre dans leur âge mûr ; ils pressentaient la place qu’allait prendre les mass media dans la seconde partie du 20e. Cette conduite dénuée d’ambitions formelles a contribué à les déclasser par la morale universitaire.

La question d’argent, romanesque par excellence, qui hante la littérature balzacienne, est très présente dans la sensibilité hussarde. Ils ne peuvent s’établir durablement ou conduire un projet sur la longue durée. Ils mènent une vie désordonnée et n’ont guère la fibre comptable..

Mais vers le milieu de la décennie, les hussards sont dans leur phase ascendante. Ils occupent le terrain, celui de la culture de goût moyen, où leur talent, nourri de désinvolture, d’ironie et de sérieux est épié par les patrons de presse.

Les hussards, en sursis, vivent une enfance prolongée. La nécessité de grandir se fait sentir. De cet écartèlement entre l’enfance et la maturation précoce naît la tentation de forcer le destin.

ll ne faut jamais perdre de vue que les hussards naissent de la guerre. Le parti pris de renverser le point de vue dominant sur la guerre et l’occupation, incontestable dans leurs livres, a pu renforcer le sentiment que l’on avait affaire à des extrémistes cherchant à relativiser, quand ce n’était pas à justifier, des attitudes que l’histoire avait formellement condamnées. Ils tenaient à exposer une vision non héroïque des événements.

Le retournement du stéréotype de rigueur (héroïsme du résistant – abjection du collaborateur) ne vise pas uniquement à choquer par volonté partisane ou simple esprit de contradiction mais à refuser d’entrer dans le jeu des interprétations trop univoque, à fuir le manichéisme.

Le désarroi du héros hussard – à quoi selon leur tempérament, ils apportent des réponses diverses – est un symptôme de leur jeunesse saccagée par les années de guerre. Le constat est élémentaire : tous ces personnages ont gardé quelque chose de l’adolescent qui ne se résout pas à passer à l’âge d’homme, parce que les adultes n’ont rien à proposer. « Il faut appartenir à ce siècle, ne croire à rien. »

L’histoire chez eux n’a pas de sens, ou plus exactement ne trouve son sens que dans le fait d’être rapporté au présent ; elle n’est que la toile de fond sur laquelle s’inscrit le drame des personnages.

Les mousquetaires cristallisent le mythe hussard dont le rêve des pactes d’amitié alimente leurs aventures. Ils partagent le fait de substituer à ce qu’ils jugent être le récit officiel, un récit qui s’accorde à leurs désirs ou à leur philosophie. Nimier est le plus décomplexé, vis-à-vis d’événements dont il n’a été que le témoin éloigné, cette innocence l’autorise à toutes les audaces romanesques, à tous les irrespects.

Leur production a connu de nombreux soubresauts. Roger Nimier publie la quasi-totalité de son œuvre romanesque en cinq ans, 48-53, Laurent, après ses inclassables corps tranquilles, n’a donné dans cette période qu’un roman, Le petit canard ; seul Blondin a finalement tenu une production assez suivie tout au long de la décennie. Aucune poétique explicite ne semble articuler leurs créations. Les hussards ne se réclament véritablement d’aucune doctrine stricte..

Une petite vingtaine de romans constitue le corpus hussard, les styles, les thèmes et les motifs diffèrent. Mais les héros hussards sont, comme eux, des individualistes écartelés entre leur représentation du monde, celle de leurs idées et la réalité concrète à laquelle ils sont confrontés. C’est ce qui les conduit de la recherche du bonheur à la conscience malheureuse.

Collaborer dans les mêmes revues, subir les mêmes critiques, défendre les mêmes auteurs, nouer les mêmes camaraderie débridées, partager le même goût de l’impertinence : cela suffit-il à donner corps à une sensibilité littéraire ?

À une sensibilité tout court, peut-être. Un effet d’école provoqué par une position dans le champ culturel évalué selon les affinités idéologiques assez vagues ne nous dit pas grand-chose. Il faut aller au-delà des généralités pour comprendre que le rapprochement de Blondin, Laurent et Nimier, ce n’est pas uniquement un classement politique, puis une étiquette qui permet à l’histoire littéraire de leur faire une petite place. Le choix de la légèreté et de la désinvolture n’est pas un aveu de faiblesse, mais un choix mûrement assumé comme seul attitude possible.

Que l’histoire littéraire ait finalement retenue un noyau dur est certainement restrictif, et ceux qui ont élargi le courant en adoptant des qualifications plus larges, comme l’école de la désinvolture, ont argué d’arguments fondés.

Les hussards n’ont élaboré aucune théorie et n’ont pas cultivé la volonté de s’inscrire dans la postérité, mais il ne faut pas y déceler une nouvelle forme de paresse. Leur anti-modernisme est, dans le contexte, une forme de révolte, une revendication à la fois esthétique et morale. Dans une époque sans repères, ils tentent d’incarner l’ordre dans le désordre, le tout drapé d’élégance.

III. Les temps changent

Alors que sonne la mi-temps des années 50, les hussards sont des romanciers connus du grand public, émergent dans des revues réputées, fréquentent les cafés et les maisons d’édition, voyagent, festoient, s’engouffrent dans le cinéma, virevoltent entre femmes et maîtresses… Ne s’interdisent à peu près rien.

Mais les hussards semblent marquer le pas. Leur combat principal, contre la littérature engagée, cesse quelque peu faute de combattants. Le dernier éclat de l’existentialisme romanesque aura été le Goncourt de Simone de Beauvoir pour Les mandarins. La défense des écrivains bannis n’est plus aussi impérieuse, il reste Céline, dont Nimier va s’occuper à partir de 56 quand il entre aux éditions Gallimard.

Leurs romans sont lus et peu récompensés : les hussards souvent cités, sont régulièrement oubliés.

Au début des 50, une littérature, rejetant non seulement l’engagement existentialiste mais aussi les conventions du réalisme, commence à faire parler d’elle dans la critique savante, chez les jeunes universitaires et auprès d’un public averti. Il faudra attendre 57 pour que l’appellation Nouveau Roman lui soit accolée. Entre-temps, ces individualités, assez différentes les unes des autres auront suffisamment publié pour créer, sans concertation, un effet d’école. Comme au final pour les hussards, le rapprochement des auteurs ne s’effectue pas sur des ressemblances de style mais sur une conception de la littérature.Les nouveaux romanciers, peu connu en dehors des sphères élitistes, ont été mieux noté : Robbe-Grillet prix Fainéant 53 pour les gommes, prix des critiques 55 pour le voyeur ; Butor, prix fainéant 56 pour l’emploi du temps, suivi du Renaudot 57 pour la modification.

Les deux camps s’ignorent – ne s’adressent pas au même public, ils ne sont pas en concurrence; mieux ils ont un adversaire commun : la littérature engagée.

En dehors de la rubrique culture, les hussards participent peu à la vie de la cité. Les questions de société ne les passionnent pas et la politique ne les mobilise guère.Il y a pourtant de quoi se mobiliser : de la capitulation de l’armée française à Dien-Bien-Phu (7 mai 54) aux mouvements indépendantistes des colonies, en passant par l’affaire du canal de Suez (octobre – novembre 56) et à l’insurrection hongroise d’octobre 56, sans oublier le grand jeu des crises gouvernementales – 16 gouvernements se succèdent en trois ans et demi (juin 53 – janvier 57).

Évidemment les hussards n’existent pas dans la presse de gauche. Mais ils n’interviennent pas dans le débat sur l’autonomie ou l’indépendance de la Tunisie et du Maroc, ne signent rien dans le journal poujadiste.

En une dizaine d’années, les hussards ont conquis une position originale, mais elle n’est pas si solide. Ils occupent dans le cinéma, la presse et la littérature une place importante ;. Scénaristes et/ou dialoguistes de film sans trop d’ambitions, journalistes impétueux, romanciers aux thèmes décalés.

L’éclectisme de la presse les fait passer d’Art et la Parisienne, de Elle à l’Equipe. Ces intellectuels ne tiennent pas leurs rangs. Sont-ils d’ailleurs des intellectuels ? Des écrivains ? Des journalistes ? On ne sait pas encore si l’école hussarde a brillé de tous ses feux, de quoi ces excentriques sont réellement capables..

Leur statut est cependant conforté, d’une manière oblique, par leurs adversaires qui raniment un débat qu’ils ont, non sans quelque malice, toujours esquivé : le débat écrivains de gauche – écrivains de droite.

Pour chaque génération ce débat, si difficile à cerner car toujours fondé sur des lieux communs, prend des formes différentes : celui des années 50 conjugue l’héritage des années 40 et le thème brûlant des conflits dits coloniaux.

Le communisme n’est plus le cœur du problème, ou seulement à l’occasion de crises internationales : malgré sa victoire aux législatives de janvier 56, et ses 150 députés, le PC se trouve marginalisé dans le débat intellectuel et le sera davantage dans le courant de l’année avec la publication du rapport Khrouchtchev sur les crimes de Staline et la répression de l’insurrection hongroise. Même Sartre, qui avait livré à son retour d’URSS que la liberté critique était totale dans le pays, a finit par rompre avec le PCF aux ordres de Moscou. Il y consacre un triple numéro des Temps Modernes. Pour une fois les Hussards se sont peut être retrouvés inscrits du bon coté du sens de l’Histoire.

Le tout jeune magazine Express lance les hostilités, fin décembre 54 avec une enquête intitulée à la recherche des intellectuels de droite. Il en ressort qu’après lecture des œuvres de Blondin Laurent et Nimier ; Rien n’est moins ouvertement avoué que leur droitisme. On leur reconnaît du talent, de la désinvolture mais pas de signe tangible d’un engagement assumé. Le verdict est limpide :La jeune droite cultive la solitude et le mépris.

Les hussards ne proclament rien, parce qu’ils se réclament d’une esthétique, ludique qui sans contrevenir aux règles classiques du récit, transgresse l’ordre des valeurs morales. Les hussards proposent une subversion maîtrisée. Cette myopie littéraire à la vie dure.

Le choix de Mauriac d’abandonner la table ronde et de transférer son bloc-notes dans le nouvel hebdomadaire de la gauche L‘express semble avoir aiguisé leur agressivité. La parisienne et Arts ne manque pas d’égratigner à toute occasion le transfuge.

Dans les mois qui suivent le débat va s’enrichir de nombreuses contributions. Raymond Aron fera paraître L’opium des intellectuels : l’essai dénonce les mythes, quasi religieux, la théorie de l’histoire et l’aliénation des intellectuels qui caractérisent la réception du marxisme. Aron devient dès lors, et en dépit de ses convictions profondes, le penseur de la droite bourgeoise.

Au mois de juin, la Parisienne organise une table ronde, présentée comme une réponse à l’express, sur le thème : existe-t-il une littérature de droite ? Sont entre autres invités nos trois hussards. Nimier se montre économe et cynique en disqualifiant le débat : « il n’y a en France qu’une gauche, représentée par les communistes ; une vaste droite en pièces détachées : socialistes, radicaux, MRP, indépendants, etc. »

Pour Antoine Blondin, fallait-il tenir pour de droite tout ce qui ne militait pas dans ses écrits ? Le plus sage était de ne pas confondre « les gens de droite qui écrivent avec les écrivains de droite, création en forme d’épouvantail et d’attrape go gauche ».

Jacques Laurent s’ingéniait à brouiller les cartes, avec drôlerie il se demandait s’il ne fallait pas caractériser les écrivains en fonction de leur goût pour les femmes et de la cylindrée de leurs voitures. Et, sur un ton de vieux sceptique, il assurait : « plus encore que classique et romantique, droite et gauche c’est des bêtises ; pourtant de cette folle étoffe nous somme tisés : du moins notre vie publique en couvre-t-elle notre nudité, feint elle d’en cacher ses plaies et ses bosses. »

Tandis que la Parisienne débattait, les Temps Modernes déployait toutes ses forces pour traiter le sujet ; Claude Lanzmann, futur directeur, se consacrait à définir l’homme de gauche, qui ne se comprend que dans son opposition à l’homme de droite, alors que la réciproque, selon lui, n’est pas vrai. Suivant la vulgate sartrienne, le modèle de l’homme de droite, bourgeois épris de luxe et de volupté est incarnée en Nimier l’intellectuel bourgeois qui se doit d’adopter la devise « tout ce qui est humain m’est étranger », puisqu’en aucun cas elle ne peut atteindre à la vérité.

La dispute ne s’éteignit pas aussitôt allumé.

Au contraire, l’actualité de plus en plus conflictuelle que le pays allait connaître dans les mois les années à venir la maintiendra vivace. Au fil des attaques et des ripostes, ce n’est plus vraiment la question de la littérature engagée et de la littérature dégagée, qui est posée, mais plus largement, celle de l’intellectuel de gauche de l’intellectuel de droite. Edgar Morin renchérissait : « être de droite, pour nos jeunes esthètes, c’est d’abord mépriser l’aventure collective de l’humanité pour mieux se consacrer à leur aventure personnelle. L’attitude de droite est une justification égocentrique première. »

Les hussards n’adhèrent pas au mot d’ordre politique de la droite ni à son sens pratique. Ils sont aussi loin du Figaro, le journal auquel collabore Aron et Mauriac, que de l’Humanité. Ils arborent une posture d’aristocrates anarchistes dans laquelle ils cultivent leur différence et leur désenchantement.

Ils semblent s’enfermer dans une tour d’ivoire, prendre le parti de l’art pour l’art. Ils interviennent de façon indirecte, le plus souvent par l’ironie, dans l’affrontement. Ce qui à la fois disqualifie le sujet et brouille leur position. Mais les hussards ne suscitent plus que les foudres de la gauche ; une partie de l’extrême droite est irritée par leur attitude floue.

Qui plus est, ils n’ont plus l’excuse de la jeunesse, ces jeunes vieux ont dépassé la trentaine – âge auquel, selon le général Antoine-Charles-Louis de Lasalle, « un hussard doit mourir, sous peine d’être un jean-foutre », ils cherchent un nouveau souffle. Blondin et Nimier s’essaient à l’écriture à quatre mains sans réussite, et Laurent n’est plus que Saint-Laurent, et pas du meilleur cru.

Blondin commence à se perdre dans le noctambulisme éthylique, mais s’impose rapidement avec brio dans le journalisme sportif,, il devient le correspondant d’exception des grands événements. Il suivra plus de 28 tours de France, 5 olympiades et composera plus de mille chroniques.

Jacques Laurent se désintéresse de La parisienne qui est confiée à François Nourissier, et bientôt ce sera le tour d’Art. L’aventure parisienne survivra cinq ans à de nombreuses vicissitudes. Comme eux, il a abandonné le roman, n’y reviendra qu’au début des 70. C’est avec le prénom Clotilde, qu’il ouvre un nouveau cycle historique. Il se refait une santé pour subvenir à son exigeant train de vie et au fisc.

Nimier, lassé des discussions, de la gué-guerre des clans, du conformisme, préfère s’absorber dans un vrai métier et cultive ses brillantes amitiés. Persistant dans son abstinence romanesque, il entame son parcours d’éditeur chez Gallimard, qu’il va d’entrée consacrer à ramener ses protecteurs sur le devant de la scène littéraire.

Nimier orchestre avec la plus grande délicatesse le retour de Céline. Effet garanti, il fait s’indigner une partie de l’opinion par ses interventions dans l’Express et à la télévision. Mais son livre D’un Château l’autre n’obtient pas le succès escompté.

En 57 Albert Camus reçoit le prix Nobel – « le Nobel couronne une œuvre terminée » titrait Laurent. Le fait le plus marquant des dernières années de la décennie est le bouleversement politique de 58. En quelques mois, la France a changé de république et de constitution par référendum. Au fur et à mesure que la menace d’un troisième conflit mondial semblait s’estomper, que la grande lueur venue de l’Est pâlissait, le monde des idées se tourna vers un autre sujet : la décolonisation et l’élan d’indépendance. Très vite un conflit se dessine: les tenants de l’Algérie française et celui, plus divisé, qui allait des partisans de la négociation à ceux de l’indépendance, voire du soutien aux rebels. L’originalité de cette mobilisation étant de dépasser les clivages des parties classiques, et même parfois la vieille opposition de gauche-droite.

On ne s’attendait pas à voir les hussards prendre part à cette bataille des mots, eux, qui sont censé ne pas se mêler des questions d’engagement. Même si des réactions épisodiques et épidermiques se produisent de temps à autre, ils ne paraissaient pas pressés d’entrer dans l’arène. Fidèles à leur stratégie, ils se contentent de quelques remarques sarcastiques sur la politique des gouvernements et les nouvelles croisades des intellectuels. En 57, Jacques Laurent se rend en Algérie pour le journal l’Aurore. Il en rapportera un feuilleton de plusieurs semaines.

L’agonie tant politique qu’insurrectionnel de la IVème, l’agitation des intellectuels et des artistes occultent un peu la vie culturelle pourtant active : le Nobel de Camus, le retour de Céline, le nouvel Aragon, les mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, l’astucieux Zazie dans le métro de Queneau.

Un prix de premier choix vient enfin récompenser un hussard. La presse est quasi unanime pour célébrer le prix Interallié d’Antoine Blondin pour Un singe en hiver. Ce roman, n’est pas réductible à l’éloge de l’amitié et de l’alcoolisme aristocratique, à quoi peut le limiter le film culte d’Henri Verneuil et les dialogues de Michel Audiard. Il renferme la quintessence du style Hussard : élégance, insolence, et désespoir. Blondin rentre définitivement dans le rang des auteurs estimables, considéré de tous comme un styliste hors pair. Cette reconnaissance définitive de la stature romanesque de Blondin correspond à l’étiage de la production hussarde qui est, en cette fin de décennie en période d’essoufflement.

L’atonie hussarde touche également leur activité cinématographique. Alors que la Nouvelle Vague déferle avec les trois premiers films de Claude Chabrol, que le festival de Cannes 59 l’officialise en présentant Hiroshima mon amour d’Alain Resnais et les 400 coups de François Truffaut (Prix de la mise en scène) que Rohmer tourne le signe du lion et Godard à bout de souffle ; les hussards sont complètement absents.

Il manquait aux hussards, pour finir la décennie, de perdre une bataille honorifique. Pas directement, mais à travers l’un de leurs pairs littéraires, particulièrement proche de Nimier, qu’ils s’étaient tous appliqué à remettre en selle: Paul Morand.

En octobre 57, rétabli dans tous ses droits, revenu en niveau estimable dans le monde littéraire, Paul Morand décide de poser sa candidature à l’Académie française. L’académie avait retrouvé son équilibre après les secousses de la libération, elle avait reconstitué son vivier de personnalités de droite. L’élection de Morand se présentait plutôt bien, mais en mars 58, Mauriac lance une première offensive. Le Monde reprend des accusations de collaboration, une pétition contre lui circule. Il ne lui manquera qu’une voix.

Les hussards trouvent là une occasion de brocarder la magouille académique initiée par Mauriac à qui Les hussards ne pardonneront jamais.

Parvenu à la notoriété, le doute ressurgit. Leur meilleure période fut, au fond, la décennie 45-55, celle du seul contre tous, de l’affirmation dans l’adversité, des provocations, des vaches maigres et des ambitions. Bernard Frank finit par avoir raison, lui qui criait à l’imposture : « eh bien : où sont vos romans ? Vos chefs-d’œuvre ? Mais non, ils monnaient péniblement leur insolence, leur fascisme plus ou moins bien élevé contre des fromages dans des journaux qu’il se devraient de détester. En fait la république n’a pas de meilleur appui qu’eux. C’est normal, leurs feuilles de paye les rendent parfaitement inoffensifs. »

Le mal de vivre n’est pas un vain mot pour les hussards, derrière leurs façades d’impassibilité. Aux difficultés du quotidien, s’agrègent les soucis d’intendance : les hussards n’ont pas de rente de situation.

Nimier, chez Gallimard, n’est pas un nanti. Le patron l’aime bien, la famille aussi mais il n’est pas l’un des pontes de la maison. Lorsqu’il quitte le Nouveau Fémina, il perd une belle source de revenus ; son niveau de vie s’en ressent, il vend sa voiture.

Laurent cultive le best-seller, non par goût du luxe mais pour répondre aux difficultés financières qui l’accablent – il troque un bel appartement pour une chambre d’hôtel et vend lui aussi sa voiture. L’un comme l’autre ne sont pas des économes : voyages, voitures, femmes et fêtes ont percé leurs poches.

Quant à Blondin, qui ne conduit pas, il ne gagne pas d’argent, ou si peu… Et quand il en gagne, il est aussitôt réinvesti dans les bars de Saint-Germain et d’ailleurs, voire distribué aux moindres solliciteurs.

On s’aperçoit qu’ils n’ont pas été les organisateurs de leur carrière. Le hasard des circonstances et des rencontres les a conduit vers une célébrité relative, mais ils n’ont jamais possédé de véritables stratégies.

Les soucis matériels n’ont jamais empêché d’écrire, les états d’âme et les problèmes affectifs constituent même normalement une profonde source d’inspiration. Mais les turbulences de la vie privée ne semblent plus enrichir la production littéraire des hussards. L’image des hussards se brouille; d’où la recrudescence de critiques à leurs égards.

Il est vrai que leurs conduites erratique favorise les mauvaises appréciations. Laurent cède le pas à Saint-Laurent qui fait flèche de n’importe quel bois. Nimier papillonne, au point de faire oublier le sérieux de son travail d’éditeur ; c’est lui qui symbolise le plus l’échec des hussards, lui le plus prometteur, à qui tout semblait sourire. Plus prisonnier de sa propre lassitude que du commandement de Chardonne prescrivant 10 ans d’abstinence; ses extravagances, ses aventures ont entamé l’impertinence de son talent.

L’amitié d’Antoine et de Roger est en outre à double face. Ce qu’Antoine apportait n’était guère mesurable : sa capacité d’amitié, sa disponibilité sans calcul, une complicité enjouée pour tous les complots intime que montait son ami. Antoine était en retour fasciné par l’énergie de Roger qui « possédait l’art de ne pas faire de la vie quotidienne une vie de tous les jours ». De leur collaboration littéraire aux rencontres avec leurs femmes succède souvent l’agressivité, l’attitude inconséquente avec leurs proches, le tout baigné d’un profond alcoolisme.

Lequel fut le mauvais génie de l’autre ? Il n’y avait pas de mauvais génie. Simplement l’esprit d’enfance et la fantaisie finissaient par mal tourner. Ce n’est pas pour rien que ces deux-là partageaient une curieuse nostalgie pour l’enfance et la vieillesse. Ils ne furent jamais des adultes. Ce refus des conventions et de la respectabilité, cet infantilisme assumé dissimulaient mal un désarroi existentiel, que traduisait la difficulté d’écrire.

En réalité, il semble que la mystique de l’œuvre à accomplir leur manque ; ils ne se faisaient pas confiance, dénigraient leurs romans passés, renvoyaient au lendemain les grands livres. Leur vide, ils le noyaient dans la fête. Le pire est qu’ils en avaient pleinement conscience. Frappé par un malaise cardiaque à l’été 58, Nimier, qui savait alors son grand ami Stéphane Hecquet condamné par la maladie, se persuade qu’il faut changer de vie.

Les hussards, moins capables de trouver des compensations rassurantes, c’est-à-dire une bonne conscience de bourgeois de gauche, étaient plus touché que jamais. Ce spleen qui envahit l’esprit hussard n’est pas un désespoir irrémédiable. Ils gardent le goût de la vie, les joies de l’amitié, les vertus de l’insolence.

Entre eux pas de ces mesquineries d’artistes, de ces petites jalousies si fréquentes en tant normal dans ces sphères. Certes ils ne fournissent plus guère de matière à la critique littéraire, mais dans le fond cela les apitoient ils ? Croient ils au rebond ? Il leur faudrait se remettre au travail. Ils le savent trop bien. Celine n’y croyait guère : « Au vrai, il faut travailler beaucoup et je crois que les uns et les autres n’aiment pas ça ! Ils jouissent, ils se vivent… On peut pas vivre et travailler, ce n’est pas possible, ou alors il faut cesser de vivre… On ne peut pas leur reprocher de vouloir vivre… »

VI. LES 60’s

Le 1er janvier 60, la France se réveilla avec une nouvelle monnaie. Le nouveau, le franc lourd, remplaça l’ancien. Il fallut s’habituer à diviser les prix par 100. Cette opération avait quelque chose d’un retour au passés. L’année commença par des deuils.

Le 2, on apprit la mort de Fausto copie, emporté par la malaria. Le 4, Albert Camus disparut dans l’accident de la voiture que conduisait Michel Gallimard, sur la nationale six. Roger Nimier écrit pour l’occasion : « le fossé entre la gauche et la droite, que le chaos de l’occupation avait comblé chez les politiques, se transporta à l’air de la libération chez les écrivains. Albert Camus accepta ce glissement de terrain, auquel il servit, Dieu sait pourquoi, de caution et de porte-drapeau. Le niveau de Camus était alors le niveau juste, pour reprendre un adjectif qu’il aimait : on était situé en dessous ou au-dessus, en deçà ou au-delà de Camus ; d’où cette œuvre d’un parfait bon sens, d’une probité exemplaire, autour de laquelle tous les scouts de la littérature, au nombre desquels nous voici tout d’un coup, se récapituler. Dernier feu de camp. »

Le Nouveau Roman et la Nouvelle Vague ont créer des artistes institutionnalisés. L’un comme l’autre ont régné dans les années 50, plus remué le monde de la critique que le public : ils arrivent à maturité.

Les films de la Nouvelle Vague n’ont pas figuré dans la liste des meilleures recettes, mais sont apparus comme une alternative crédible au modèle traditionnel. Même si la nouvelle vague n’allait pas s’imposer dans le cinéma commercial, elle contribue à démoder un certain nombre de grands noms qui ont de plus en plus de mal à faire des films. Quant au Nouveau Roman, il a atteint son accomplissement : il ne peut plus guère surprendre.

L’Algérie s’imposa pleinement aux esprits de la métropole à l’occasion de la semaine des barricades au cours de laquelle les partis sont européens et musulmans de l’Algérie française organisèrent et manifestations insurrectionnelles. Le premier essai nucléaire français est organisé. L’empire colonial français se réduit comme peau de chagrin (indépendance Sénégal et Togo, bénin, alger, burkina, cote d’ivoire, tchad, congo). Un référendum sur l’autodétermination est fixé au 8 janvier 61.

La France sort de l’après-guerre et entre dans le monde moderne. Tout au long de l’année et des deux a venir, l’Algérie sera au cœur des préoccupations des Français. Au cœur également, de la vie dûment culturelle, en mutation elle aussi.

Que devenaient les hussards ? Marquaient ils le pas ou pire avaient-ils littéralement disparu de la scène ? Un bilan critique de la décennie publié par les éditions Grasset montre que deux d’entre eux avaient encore du crédit : Blondin et Nimier. Ce genre de palmarès, qui prend toujours soin de clamer qu’il n’en est pas un, a le mérite de proposer un instantané d’une période.

Antoine Blondin est certainement alors le plus en vue des hussards, grâce ou Prix Interallié, et du succès de son adaptation cinématographique, mais son actualité débordante dissimulait ses doutes et ses immenses difficultés à écrire. Journaliste relativement prolifique à l’Équipe, Arts, au Nouveau Candide, il s’illustre par son sens des mots également au théâtre et dans l’essai littéraire.

Nimier, toujours vu comme chef de file se dépense sans compter dans son double métier d’éditeur et de critique. Jusqu’en mai 61, il s’efforce de redonner du souffle à Arts. Après avoir grandement participé au retour de Céline avec sa campagne pour d’un château l’autre, il recommence avec Nord pour lequel il rédige, à sa demande, le texte quatrième de couverture. À cela il convient d’ajouter ses devoirs d’amitié : il a veillé avec une attention de tous les instants sur Stéphane Hecquet, qui l’accompagne jusqu’à la fin, comme il se dévoue au fils que Jacques Chardonne a délaissé.

Il a aussi retrouvé son goût pour les nouvelles voitures, il achète une première Aston-Martin, puis une autre, la « Gaston Martin », en hommage à son patron-éditeur-ami-octogénaire Gaston Gallimard, à la grande crainte des plus anciens de son entourage.

Nimier ironise : « cette voiture c’est la sagesse même. Voici pourquoi :

A. elle me donne un peu de confiance, elle me marque de la gentillesse.

B. je ne me tuerai pas en la conduisant, parce que c’est la meilleure voiture du monde, qu’elle freine 10 fois mieux qu’une autre, etc. C’est toute la différence entre Descartes et Sartre. Sartre c’est de la voiture de série.

C. quand on conduit voiture beaucoup plus rapide que les autres, on est bien débarrassé de cette volonté de puissance dont vous parlez si justement qui tient la faiblesse soit l’inquiétude. La volonté de puissance c’est bon pour les DS ou pour les Peugeot. »

L’actualité de Jacques Laurent se concentre sur la politique. Sa bibliographie, prolifique depuis des années, se restreint à l’édition de petites choses sans importance. Ses romans apparaissent comme une réflexion politique sur les rapports entre l’Algérie et la métropole. Laurent n’a plus d’illusions et ne fait pas mystère de ses prédictions, mais il ne livre ni un roman à thèse, ni un pamphlet militant. Ses conditions d’existence et de travail se sont singulièrement dégradé : ce n’est plus le Don Juan flamboyant, mais le dandy bohème qui renoue avec les affres de la vie réelle.

Il est étonnant de noter qu’à la fin de leur itinéraire hussard, ses hommes de 35 à 40 ans ont un mode de vie plus propre à l’adolescence qu’à celui d’adultes bien installés : Nimier campe comme souvent loin de chez lui ; Laurent se replie autour de Saint-Germain, Blondin hésite entre sa chambre d’adolescent au 33 quai Voltaire, l’hôtel du même nom et les commissariats.

Les événements d’Algérie n’ont pas retenti dans toute la production culturelle, la littérature n’a guère exploité le thème. Quant au cinéma, il lui fallait mieux éviter d’aborder le sujet, même de manière allusive. Le petit soldat de Godard fut interdit jusqu’en 63 ; alors que ce film n’avait pas grand chose d’un film engagé. Autre réalisateur nouvelle vague censuré, Jacques Rozier pour adieu Philippine. Plusieurs films ont vu leur sortie retardée ou ont dû subir des coupes. l’impact direct des événements sur la population incitait à ne pas en faire matière à romans ou à film. Les Français du début de la décennie s’intéressaient à la guerre au cinéma… Mais pas celle-là : à la bêtise de la guerre – un taxi pour Tobrouk, à la guerre juste –le jour de plus le plus long, à la guerre pour rire – la guerre des boutons.

L’Algérie provoque dans le monde intellectuel une mobilisation et une fracture que les premières années du conflit laissaient difficilement envisager. Cela devient ce qu’on appelait une guerre des manifestes ou une guerre des pétitions. Les hussards ne s’y précipitent pas. Laurent a apporté son témoignage par des articles devenus livres, mais Nimier dont le gaullisme a tiédi, à cause du tour autoritaire que prend le régime, est resté à l’écart du moins jusque dans les derniers mois. Tout comme Blondin, que sa vie anarchique tient éloigné de tout engagement suivi, mais qui reste toujours aussi prompt à s’enflammer verbalement et physiquement.

Au tout début du procès dit des porteurs de valises, éclata la plus célèbre des protestations contre la guerre d’Algérie : le manifeste des 121. Sa seule annonce provoqua un choc dans l’opinion, en dépit de la faible connaissance qu’elle en avait. Le 6 septembre, un entrefilet du Monde annonce que 121 écrivains, universitaires et artistes ont signé une pétition sur le droit à l’insoumission. Le titre exact de cette édition était : déclaration sur le droit d’insoumission dans la guerre d’Algérie. Ce manifeste qui eut du mal à parvenir au grand jour en raison de la censure qui fit fantasmer l’intelligentsia.

Pourtant les avis diffèrent sur son opportunité et même sur son élaboration. Ces fonctionnaires payèrent cette indiscipline par des suspensions, des révocations, pour les écrivains et artistes, les inconvénients furent largement compensés par l’avantage de s’inscrire dans le sens de l’histoire, de renforcer les relations entre des acteurs venus de divers horizons culturels.

Il ne s’agit pas de transformer les prises de position en posture, de soupçonner l’un ou l’autre d’opportunisme mais ce rassemblement de débutants – Sagan, Truffaut –, de célébrités naissantes, de professionnels de la profession contestataire, d’humanistes avait quelque chose d’un inventaire à la Prévert. Chacun veut en être ; c’est le Mayflower de la gauche.

Le manifeste a marqué tout le monde. La preuve : une autre partie du monde intellectuel – académiciens et membres d’instituts, écrivains souvent peu connus, des professeurs… En tout plus de 300 signatures se réunissent dans un manifeste des intellectuels français publies par le Monde le 6 octobre. Cette réponse aux 121 déclare que la guerre était imposée à la France par une minorité de rebelles fanatiques, terroristes et racistes.

Les hussards le signèrent et on aimerait dire qu’après la pétition en faveur de Maurice Bardèche et les préfaces pour André Fraigneau, ce fut leur troisième action collective, si Jacques Laurent n’avait pas oublié d’envoyer sa signature.

Jacques Laurent, qui allait se révéler le plus engagé, exposa ses idées dans Combat : « Que signifie au juste la guerre d’Algérie ? Au cas ou par exemple, ça signifierait la débat qui fait le déshonneur de l’armée, le massacre par dizaines de milliers d’Algériens de souche européenne ou musulmane, fidèles à la France, le reflux en métropole de centaines de milliers de désespérés, je dit non… ».

Dans le même numéro, Nimier cachait mal sa colère sous l’ironie : « dans une époque plus récente où j’avais le plaisir de porter l’uniforme français, les intellectuels signaient des pétitions pour que le sang coule à flots. On est donc devenu plus humain. Il faudrait dire à l’avance quand le soldat français est comestible ou non. »

Antoine Blondin intervint dans Nation Française : « la bonne conscience de la gauche lui vient de ce qu’elle a le beau rôle, j’entends celui qui peut lui valoir l’approbation des pétitionnaires suédois ou norvégiens. Je ne me sens pas de mauvaise conscience mais à la fin il y a des malentendus qu’on se lasse d’encaisser en pleine poire.»

Le discours sur l’autodétermination (59) et l’allocution télévisée du 4 novembre, évoquant le futur d’une république algérienne, préparait à l’indépendance : une partie de la droite se radicalise. La semaine des barricades est le prétexte de la scission au sein de la droite de tradition Maurasienne et antigaulliste représentée par la nation française Pierre Boutang choisi, au nom d’un pacte monarchique moral avec De Gaulle, de préférer la défense des institutions de la Ve République à la défense de l’Algérie française ; la rupture, inévitable, fut à l’origine de la création de l’esprit public. Les hussards y écriront peu.

En mars 61 apparaît sur les murs d’Alger le signe O.A.S. Rassemblement politico-militaire, l’organisation de l’armée secrète conduit en Algérie une sanglante guérilla et en France sa réplique amoindrie ; un mois plus tard le putsch des généraux amène le premier ministre à la radio et à la télévision pour demander aux Français de s’opposer aux parachutistes.

Jacques Laurent se méfie de l’OAS mais s’agite: écrit des articles plus ou moins incendiaires, joue les comploteurs, est un moment recherché par la police, disparaît… Certaines liaisons de Laurent ne sont pour le moins pas bien vu de tous. Laurent est recherché. Prévenu, il s’arrange à demeurer introuvable et nargue le régime en une de Paris Match tranquillement attablé à St Tropez, se réfugie chez des amis à travers l’hexagone. On croirait ses aventures écrites par Cecil Saint-Laurent. La légende laisse à penser qu’il aurait alors eu deux fiches de polices distinctes..

Les hussards sont tout de même à distance ; certains de leurs amis sont beaucoup plus impliqués. Mais chez tous demeure le côté comploteur du bar de l’hôtel du Pont Royal, sous-sol cosy où se réunit la bande. Jacques Laurent n’y croit plus mais il lui faut rester fidèle à sa ligne de conduite antigaulliste .

De Blondin on ne sera jamais ce qui subsiste de ses anciennes opinions – ses rares articles sont d’un ton littéraire ; il n’emporte pas moins une charge de révolte. Nimier a toujours éprouvé de la sympathie pour les hommes qui vont bout de leurs idées. Il ne dissimule pas ses critiques à l’égard de De Gaulle, ni son soutien aux soldats perdus. Il servit de boîte aux lettres au Capitaine Sergent, terrifiant séide de l’O.A.S.

Le 1er juillet 62, un référendum, en Algérie, scellait à la quasi-unanimité, l’indépendance. Le 3, la France signait la reconnaissance officielle.

Les hussards perdirent toute raison de jouer les frondeurs. Il n’y eu que Jacques Laurent pour continuer le combat antigaulliste. L’année suivante son pamphlet, Mauriac sous De Gaulle le conduira, avec son éditeur, au tribunal pour offense au chef de l’État. Ce sera l’occasion d’un procès politique, littéraire et mondain où on viendra de tous bords témoigner pour Laurent au nom de la liberté d’expression, de Françoise Sagan et Bernard Frank à une lettre de François Mitterrand, vieille connaissance et candidat contre De Gaulle à la présidentielle de décembre 65, qui sera lue à l’audience.

En définitive, l’engagement des hussards dans les dernières années la guerre d’Algérie ne fut que superficielle. Mais cet engagement eut pour effet de renforcer leur image droitière et même très droitière. A nouveau, ils ont éperdument opté pour la fronde démasquée, à rebours de l’opinion majoritaire ! On doit se méfier des couleurs que confère à une histoire la connaissance déjà écrite de sa fin. Ce militantisme de plume aura contribué, au risque d’une dévalorisation de leurs œuvres, à renforcer l’appartenance à un groupe.

END OF THE NIGHT

C’est la fin de la guerre d’Algérie, l’irruption du yé-yé, la vogue du twist, Juan Carlos épouse de Sophie de Grèce, le Nobel de littérature attribué à John Steinbeck, Marylin Monroe chante pour l’anniversaire du président Kennedy, Adolf Eichman exécuté en Israël, une junte militaire prend le pouvoir en Birmanie, on invente la minijupe eton inaugure le concile Vatican II, la crise des fusées à Cuba est à deux doigts de provoquer une troisième guerre mondiale..

Le 28 septembre 1962, alors que, après un silence romanesque de dix ans, Nimier vient de remettre le manuscrit de son D’Artagnan amoureux, il discute avec Antoine Blondin et Louis Malle au bar du Pont-Royal pour évoquer une adaptation de Feu follet de Drieu la Rochelle. Il retrouve une ravissante romancière à la longue chevelure blonde, 27 ans, grande, ambitieuse et fine ; Sunsiaré de Larcône. Ils passent à la rédaction d’Elle, boivent quelques verres à un cocktail et prennent finalement l’autoroute de l’Ouest dans la fameuse Aston Martin.

l’Aston Martin DB 4 GT couleur Bronze roule à plus de 160 Km/h vers l’Eure. Soudain, le cabriolet fait une embardée en amorçant un « freinage à mort », fauchant sept énormes bornes de béton avant de s’écraser contre le parapet du pont. Le véhicule est pulvérisé. Les passagers n’ont survécu que quelques heures à leurs blessures.

La mort de Roger Nimier, 36 ans, avec à ses côtés la jeune Sunsarié de Larcône, insolente de grâce, incite à construire une de ces tragiques fins qui conviennent bien aux jeunes hommes tristes. Tout y est : voiture de sport, alcool, blonde fatale. Sans oublier le les dernières lignes prophétiques de son roman Les enfants tristes : « le seul avantage serait d’acheter une voiture de course qui me permettrait de me tuer : cela me donnerait ce côté humain et touchant qui me manque prodigieusement, si j’en crois les critiques. »

Nimier allongeait la liste des « morts irrégulières », typiques de cette période effervescente -James Dean, Boris Vian, Gérard Philipe, Huguenin, Fausto Coppi- qu’il avait lui-même dressée deux ans auparavant à l’occasion de la nécrologie d’Albert Camus

Moins trivialement la mort semble due à une vitesse excessive et un excès d’alcool. Cela conforte le côté droitier, amateurs de grosse cylindrée et de boissons fortes. Il semblerait que la susnomée Sunsiaré ait été au volant et selon la mode de l’époque conduisait pieds nus.

L’accident de Nimier ne fut que la coïncidence fâcheuse d’une saison qui prenait des allures de fin de l’histoire. La France allait entrer dans les années pacifiées du gaullisme triomphant, où il n’y aurait plus que les événements de mai 68, pour changer la donne.

DEON et D’ORMESSON voient dans les hussards les instigateurs de Mai 68

« J’arrête d’écrire si la terre et Nimier durent dix ans » écrivit t-il en 53. Nimier ne durera pas dix ans. Son avis de décès bravera l’interdiction d’écrire. Mais chez lui le silence n’a jamais rimé avec la prudence. Plutôt avec exigence et intransigeance. Un mois après sa mort sortira son « d’Artagnan Amoureux » dont la couverture critique sera assuré par ses amis. Trop intelligent, pas assez épais pour être bâtisseur et visionnaire ? Reste à savoir si, en se mettant de façon chevaleresque et désintéressée au service des Chardonne, Morand, et autres Céline, en écoutant leurs jérémiades, en endossant leurs problèmes et leurs névroses, il ne s’était pas laissé vampiriser par ces dangereux mentors dont il n’avait pas le formidable vouloir-vivre.

La mort de Nimier n’a pas plus de sens pour signifier la fin des hussards que la disparition romanesque de Blondin, le désintérêt de Laurent qui lança Cécil Saint Laurent dans de nouvelles fresques et dans le documentaire historique. C’est la fin d’une époque que déplore Éric Olivier : « oui, la mort brutale de Nimier avait un sens, le temps passerait lentement avant qu’elle ne vienne la relève de leur garde, notre génération n’était pas l’élu, puisque ces souverains étaient fauchés en pleine vie, elle n’aurait qu’un rôle contemplatif et contempteurs assurés dans la mascarade du monde. »

Les successeurs qui s’avancent pour prendre leur place dans la littérature face au produit préfabriqué et à l’avant-garde connaîtront pour quelques-uns – Jean d’Ormesson, François Nourissier, Bertrand Poirot Delpech, plus de succès et d’honneurs mais ne s’inscriront jamais réellement dans l’impertinence.

Malgré la courte dizaine d’années que dura leur cycle d’activité, les hussards tiennent dans l’histoire littéraire comme lieu d’école de la désinvolture, traînant comme Sisyphe leur désenchantement.

Dominique de Roux tire un bilan cruel de la décennie hussarde : « Aucun ne travaille. Tous ont une certaine pédanterie dans le genre bourgeois qui revient d’Angleterre. Avec ses hommes les carottes sont cuites pour la droite. »

L’histoire culturelle parait pourtant invalider ce verdict qui fait florès: les hussards n’ont pas tout à fait raté ni leur coup, ni leur œuvre puisque à la mort de Nimier, le silence romanesque des autres (et leur nouveau départ au début des 70) va progressivement les faire émerger comme une sorte d’entité mythique. Peut être du simple fait que personne ne vient véritablement occuper leur place dans le champ culturel.

Les hussards vivaient leur désenchantement premier degré, dans la réalité ; ils avaient la chance d’être dans l’original, pas dans l’ersatz, dans la réplique. Trop jeunes, même s’ils avaient participé à la guerre, il n’en avaient été que les jouets. Ils n’avaient pas vraiment pris part au passé immédiat et ils étaient mal à l’aise dans le présent. On ne peut rester hussard toute sa vie.

Ces hussards pénétrèrent dans le siècle par effraction, par provocation, et transgressèrent tabous et Doxa. Ce constat doit d’abord s’entendre comme la stratégie naturelle d’une jeunesse qui cherche à occuper des places et, comme toujours, ne peut s’imposer qu’en s’opposant. Mieux vaut lire la provocation quasi politique des hussards comme l’envers d’une préoccupation tragique, le détour d’une blessure.

Quand, sans se passer le mot, Blondin, Laurent et Déon qui leur est désormais associé, reviennent aux romans, en 70 – Monsieur Jadis, les poneys sauvages (Prix Interralié 70), les Bêtises (Prix Goncourt 71) à quelques mois d’intervalle. Ils ne sont plus les hussards, au sens où personne ne songerait à imaginer une quelconque stratégie, un effet d’école, dans le rapprochement de ces publications. Mais ces trois livres justifient leur établissement (modeste) dans l’histoire littéraire.

10 ans après, tels les héros vieillis de Dumas, ils rehaussent l’uniforme et, à distance, chevauchent de concert. Les hussards, sous des modes différents, se penchent sur leur passé. Blondin, dans Monsieur Jadis, célèbre son amitié avec Roger, réinventant le genre du tombeau, édifice de mots élevés à la mémoire de l’ami disparu, et qui redonne à tous deux (car Blondin commence à devenir posthume) une vie. Ils sont là, à nouveau, et l’on s’aperçoit que les hussards ont bien existé par ce qu’ils retrouvent leur place. On les reconnaît, on les fête, Goncourt pour Les Bêtises, succès public pour Monsieur Jadis.

Antoine Blondin n’ira pas plus loin, hélas, malgré ses bonnes résolutions, que « ses 200 m² de bitume et sa plantation de café tabac. »

La légende qui fomentait, en partie malgré lui, commençait à prendre le pas sur la réalité. Accédant au statut de légende vivante, une sorte de garde rapprochée que fascinait ce personnage sur le déclin se resserra autour de lui. Elle s’était formée, pour reprendre une de ses expressions, en réseau de supporter, apportant affection à une idole en souffrance.

Il lui arrivait de rencontrer Jacques Laurent au hasard des bars, et parfois de discuter littérature et amitié.

il s’exposait de plus en plus des preuves évidentes de l’effondrement de son talent. Les recopiages, les bons mots et les citations maintes fois repris passer inaperçu. Il démissionne du jury Interrallié, appelle à voter Mitterand, se remarie à l’Eglise.

Vers la fin de sa vie, à la question : Qu’est-ce que vous pensez de l’expression une vie de chien ? Blondin répond « une vie de chien, c’est une vie de Blondin. »

Longtemps sa constitution hors du commun, sous une apparence fluette, lui avait permis de récupérer après des accidents qui en auraient abattu bien d’autres. Depuis son hématome cérébral de 82, la dégradation de son état physique apparaissait irrémédiable. Sa femme n’avait pas voulu qu’on lui dise qu’il souffrait d’un concert du poumon, même s’il l’avait certainement deviné. Antoine Blondin meurt le 7 juin 91.

A son enterrement, famille, académiciens et bottin mondain accourent: littérature, journalisme, sport, show-business confondu. Sans compter les inconnus, admirateurs et curieux. Jacques Laurent perdu dans un trench-coat beige, prononça quelques mots d’une voix cassée et incertaine ; Michel Déon parla du Blondin de son souvenir : « La jeunesse d’Antoine Blondin fut parée de tous les dons. Il avait pour lui l’intelligence et un cœur immense. Il était beau et courageux. Il possédait au plus haut degré le sens de l’honneur et de la fidélité. La grâce voulue aussi qu’il fut un grand écrivain dont l’œuvre témoigne de son amour des êtres, mais aussi d’une déchirure d’abord secrète puis de plus en plus difficile à souffrir comme si trop de dons et de vertu l’accablait. »

Disposant d’une grande reconnaissance, Jacques Laurent peut intervenir dans les débats de son temps. Ne s’en privant pas, maîtrisant à merveille l’art noble de la polémique, il publie « Mauriac sous De Gaulle » qui lui vaut une condamnation pour offense directe au chef de l’État, et une belle couverture médiatique.

On le voit encore tempêter contre la bêtise occidentale à propos de la guerre du Vietnam et donner des conseils désabusés aux étudiants de mai 68. Jacques Laurent est présent sur tous les fronts de son époque.

Passablement écœuré par l’échec des causes qu’il a pu défendre, il repose la plume du polémiste et rentre en littérature avec la publication des Bêtises qui lui ouvrèrent les portes du Goncourt, Jacques Laurent est enfin connu du grand public et Cécil perd ses marques.

Purgé de ses revenus par le fisc, il entame un tour du monde, publie son autobiographie « Histoire égoiste ». Laurent obtient le Grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre en 80.

Il est élu au premier tour à l’Académie Française, qu’il a pourtant toujours méprisé, et se permet la même année de refuser la légion d’honneur. Le vieux rebelle reste un solide grognard. Malgré ces succès, Laurent n’est pas heureux et sa terrible lucidité entretient sa mélancolie. Elle ira désormais en s’accentuant, jusqu’à l’engloutir.

Les dernières années de Laurent sont pénibles, lui qui la redoutait tant est perclus de maladie. Il doit supporter une présence médicale de plus en plus pesante, composer avec une douleur continue. Élisabeth malade est condamnée. Il faut envisager l’ultime séparation il songe à la vie qui lui a fait mener. Il publiera après sa mort une lettre ouverte où de l’au delà il lui confie « Je ne sais pas si je parviendrai à te survivre dans un monde que ton absence a transformé en cauchemar. » Son premier cercle d’intimes savait qu’il choisirait la mort volontaire. Il se suicide le 28 décembre 2000

On sait depuis Cocteau que les écrivains traversent un purgatoire après leur mort. Certains restent, s’abiment, d’autres disparaissent à jamais, reviennent. Jacques Laurent est aujourd’hui bien oublié. Quittera-t-il son purgatoire ?

Du bout de la plume, il a infligé des blessures saignantes qui ne sont pas toutes refermées. Ces choses se paient Il est vrai que, en pleine vogue de l’existentialisme, Jacques Laurent détonne. Il a été Maurrassien, vichyste et a aidé l’OAS. Aussi bien diabolisé par l’intelligentsia de gauche et la droite gaulliste, il s’est acheté une mauvaise conduite. Pour ne rien arranger ses œuvres sont pour le moins inégales. Avec les corps tranquilles il a livré un roman roman porteur, prometteur mais peut-être pas pleinement achevé, trop ambitieux. Laurent n’a jamais écrit le très grand livre dont il était, qui sait, capable.

Épilogue :

En 1985, dans les colonnes de L’Événement du jeudi, Jérôme Garcin inventait le néologisme «néo-hussards» à l’occasion de la réédition du libelle de Bernard Frank. Patrick Besson, Éric Neuhoff, Denis Tillinac et Didier van Cauwelaert avaient certainement en commun de ne se ranger ni dans l’avant-garde, ni dans la production courante. ils faisaient preuve aussi d’une indépendance d’esprit face au prêt-à-penser, maniaient l’insolence de la nostalgie sans verser dans la confession, pouvait être rattaché à cet objet littéraire difficilement identifiable : le hussard.

Au palmarès du prix Roger Nimier crée après sa mort, on relève quatre néo hussard cité : en 83 84 et 90. Patrick Besson est le seul à ne pas la pour obtenu, se consolant avantageusement ces mêmes années avec le Grand prix de l’Académie française en 85 et le Renaudot en 95.

Il semble bien que leur sympathie, leur admiration parfois, pour les hussards soient avant tout liée au désengagement (ou au dégagement) hussards, cet art de vivre au milieu de la société sans en respecter les principes. La plupart sont, ou ont été, journaliste à une époque où la presse écrite se soucie moins du style et se voient concurrencées par le toc choc culturel le blog parfois d’une grande pauvreté. Les hussards leur apparaissent comme les acteurs d’une période bénie.

Mais est-il indispensable de rechercher les traces ADN d’une parenté incertaine ? Qu’importe, au fond, le degré d’exactitude du rapprochement ? Il est avéré par maintes occurrences, les intéressés ne le démentent pas, des critiques hostiles s’en servent pour dénoncer ses héritiers nostalgiques d’une droite pas très républicaine. Le grand mérite de cette invention journalistique et de boucler la boucle

Les hussards ont bien existé : 30 ans après, on leur a trouvé des successeurs. De tout ce tumulte, ces embardées, que reste t-il aujourd’hui ? esprit hussard, es-tu là ?

Cette invention plus publicitaire que littéraire d’un Jérôme Garcin ne les remplace pas. L’image des hussards s’estompe donc peu à peu dans notre mémoire. Ils ont le teint blafard des actualités en noir et blanc des années 50. Ils font partie d’une génération dont beaucoup ont fait le deuil. « Hussard », ça n’a jamais été une école, plutôt un mode de vie. Force est de constater cependant un retour en force des idées hussardes. Demain, peut-être, verront nous apparaitre de jeunes auteurs, prêts à endosser la tunique du Hussard pour pourfendre à coups de plume les dogmes de l’époque …

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Une réflexion sur “ Les Hussards ”

  1. salut, je tenais à te feliciter pour la pertinence des articles de ton blog ! je gère moi aussi un blog depuis peu et j’espère pouvoir faire aussi bien 🙂 A bientôt, ZAK

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