Paul Léautaud

 Acerbe et impitoyable, Léautaud existe hors du monde et du temps; solitaire et misanthrope, il n’aime que ses bêtes et sa solitude, n’écrit qu’à la plume d’oie en s’éclairant à la chandelle, ne possède pas de poste de radio, déteste la modernité avec ce qu’elle apporte de pire… le bruit! Plus anar qu’anarchiste, libertaire égotiste, cet homme sans autre parti que le parti pris jouissait sec et ne manquait pas de le faire savoir.

Les propos que Léautaud tient sur les femmes, la morale ou l’art soulèveraient aujourd’hui des tollés, protestations, poursuites judiciaires, demandes de rétractations et excuses publiques… De toute manière, trop sincère, trop tendre, Léautaud ne passerait pas la rampe…  Il appartient à cette étrange race d’hommes «nés vieux». De ce ricanant édenté, André Gide disait: «Tout me ravissait en lui, et d’abord ceci: qu’il ne cherchait nullement à plaire.»

Aphoriste émérite, il entretenait son look négligé pour mieux laisser s’exprimer l’érotomane illuminé qu’il ne cessa d’être. S’il était si jaloux, si soupçonneux, parfois si acrimonieux, c’est qu’il souffrait de ne pas être suffisamment désiré ou bien juste de prouver qu’il pouvait toujours bien bander. Allez savoir. Régnant avec fantaisie, distillant une causticité et une franchise unique chez les diaristes les plus désinhibés. De son journal, ses romans ou de ses critiques; on n’échappe pas à son injuste finesse. Sa lecture enivre, désespère, excite. L’important étant de ne pas laisser indifférent.

Paul Léautaud, né le 18 janvier 1872 à Paris et mort le 22 février 1956 au Plessis-Robinson, est un écrivain français. Ses dernières paroles avant de mourir auraient été: « Maintenant, foutez-moi la paix ».

De Paul Léautaud nous conservons le cliché du crasseux clochard de Fontenay-aux-Roses puant le pipi de chat ; son portrait photographique par Henri Cartier-Bresson et son autoportrait radiophonique par Robert Mallet n’y sont pas étrangers ; le fait est qu’en raison de cette image, on ne l’imagine guère en amant irrésistible.

Il semble que l’on ait eu tort. Du moins l’intéressé s’emploie-t-il à nous en convaincre, les parties les plus intimes de son Journal en témoignent : de ce côté-là non plus, il n’était pas animé par la haine de soi. Elle se campe volontiers en grand fouteur devant l’éternel, cette pipelette priapique qui ne décharge jamais complètement si sa plume d’oie n’en a pas rédigé le méticuleux compte-rendu à la lumière d’une paire de bougies.

Il naît d’un père comédien puis souffleur vingt-trois années à la Comédie-Française. Cinq jours après l’accouchement, il est abandonné par sa mère, une des « compagnes temporaires » du géniteur. Élevé par un père indifférent, le petit Paul acquiert très tôt le sens de l’indépendance et possède une clef du domicile à l’âge de dix ans (Paul Léautaud, Amours, Mercure de France, 1965).

Dans son adolescence, il se lie d’amitié avec Adolphe Van Bever et partage avec lui une vie d’employé pauvre. Leur passion commune de la poésie les conduira à publier en 1900 l’anthologie Poètes d’aujourd’hui.

À vingt ans, il découvre Henri Beyle alias Stendhal. Cette rencontre littéraire demeurera comme une étape essentielle dans sa constitution d’écrivain. Il débute cette même année son Journal littéraire qu’il tiendra soixante-trois ans, témoignage essentiel sur l’homme qu’il était et panorama monumental et hautement subjectif sur la première moitié du vingtième siècle et le microcosme littéraire d’alors, principalement vu de son bureau d’employé sous payé au Mercure de France.

Misanthrope à la trogne voltairienne, d’une efficacité incisive dans son écriture, il fait le choix d’une existence retranchée, bien que toujours en contact avec les gens essentiels du microcosme littéraire : il suscite l’admiration d’Octave Mirbeau et de Lucien Descaves, qui l’auraient volontiers soutenu pour le prix Goncourt, et il compte parmi ses amis Marcel Schwob, Remy de Gourmont, Alfred Vallette, Guillaume Apollinaire, Paul Valéry et André Gide.

Sous le pseudonyme de Maurice Boissard, Léautaud devient en 1907 critique dramatique au Mercure de France, puis à la Nouvelle Revue française et aux Nouvelles littéraires. « Tranchant sur l’ordinaire » (expression de son cru) il confirme son attitude face au monde et les axes premiers de sa nature et de sa pensée. L’auteur du Petit ami concilie un retranchement forcené dans sa demeure de Fontenay-aux-Roses (à partir de 1911) entouré de dizaines de chiens et de chats, et une fréquentation du monde culturel, toujours empreinte d’une distance cynique.

Pour assumer son minimum vital, il travaille trente-trois ans comme secrétaire général du Mercure de France. La popularité ne viendra que sur le tard, en 1950, grâce aux interviews radiophoniques de Robert Mallet. À quatre-vingts ans sa verve et ses indignations, portées par une voix aux timbres singuliers, sont plus puissantes que jamais. Il s’éteint dans son sommeil à la Vallée-aux-Loups, dans la Maison de Santé du Docteur Henry Le Savoureux sise sur l’ancien domaine de Chateaubriand, où il logeait depuis un mois.

Léautaud est un aristocrate par l’esprit, dans sa certitude de lui-même, par une pratique tous azimuts d’une lucidité souvent caustique, par une fidélité sans faille à sa manière d’être et de penser. Alfred Vallette, directeur du Mercure, l’un des hommes à l’avoir le plus côtoyé, lui déclare en 1924, « Au fond vous êtes un aristocrate. Tous vos faits et gestes, vos façons d’agir, le prouvent. » Son parti-pris de la subjectivité en toute chose se concilie sans peine avec une efficacité reconnue de la plume et du verbe. Il est un parangon de l’aristocratisme en solitaire, sans quête du pouvoir, misanthrope attentif de ses contemporains, écrivain par plaisir.

Ses positions politiques étaient réactionnaires. Son respect de l’ordre établi, son horreur du désordre et de la nouveauté, son dégoût du peuple, son mépris pour le patriotisme, la violence, la guerre, l’esprit de sacrifice et l’esprit grégaire le conduisirent toujours à adopter les opinions qui lui semblaient le mieux garantir sa tranquillité. Dans son journal d’après-guerre, il regrette l’Occupation allemande et se montre antisémite (alors qu’il raillait dans sa jeunesse les antisémites et les antidreyfusards), il vitupère les ouvriers, jugés fainéants, les allocations familiales (car il prétend détester les enfants, ce que démentira Marie Dormoy, les syndicats et les partis, surtout de gauche. La politique n’était pas son fort : il n’a milité dans aucune faction, n’a jamais voté, et s’il a entretenu de bonnes relations avec des personnages aux idées totalement opposées aux siennes (comme Jean Paulhan, qui s’amusait à faire déposer Les Lettres françaises devant sa porte ou Julien Benda), c’est que ceux-ci ne prenaient pas ses opinions au sérieux.

Vingt chats, une dizaine de chiens et quelque chose comme une guenon. Il vivait dans une ménagerie, ce qui lui a valu l’indulgence éternelle des nombreux amis des bêtes que compte la société des gens de lettres. Plus anar qu’anarchiste, libertaire égotiste, cet homme sans autre parti que le parti pris jouissait de l’indéfectible amitié de Gide, Paulhan, Valéry. On a vu de plus médiocres protecteurs. Ce moraliste se donna un ton bien à lui en faisant macérer ses humeurs dans la sauce du XVIIIème siècle, même si, de Voltaire, il n’avait retenu que la maigreur et les grimaces ; il en pinçait plutôt pour Diderot ce qu’on ne saurait lui reprocher. Gaston Gallimard, qui le poussa à paraître, l’évoquait sur le tard comme « un vieillard imbécile obsédé du nichon ». Un peu réducteur mais bien vu. Encore que la parution ces jours-ci des pages inédites de 1935 de son Journal particulier (345 pages, Mercure de France) accompagnée par la réédition de celles de 1933 (146 pages, Mercure de France), toutes établies, présentées et annotées par son attentive biographe Edith Silve, confirme le point de vue de M. Gallimard.

Un journal obscène en sus du journal intime. Plus précisément : « la relation d’une liaison érotique qui ne se cache pas sous la métaphore poétique ». C’est le moins qu’on puisse dire. Au vrai, tout y est focalisé sur le dilemme d’un misogyne entre deux culs. On ne fait pas plus dissemblables que ses deux maîtresses : d’un côté Anne Cayssac, dite « le Fléau », épouse d’un M. Cayssac   manifestement conciliant, une femme dans la place depuis 1914, odieuse de caractère, égoïste, autoritaire et névrosée, mais baiseuse sans limite, d’une sensualité aussi débridée que son imagination, libertine mais sans conversation ; de l’autre Marie Dormoy dite « M.D. », intellectuelle jugée assez laide et plutôt bête, pas de croupe ni de hanches, un boudin à la peau affreuse, mais des seins splendides, désespérément grave et mutique pendant l’amour, insensible aux caresses qu’il lui prodigue et aux cochoncetés qu’il énonce, « une créature complètement démolie comme santé, surtout côté organes sexuels », qui vient de débarquer dans sa vie, suffisamment éprise pour accepter de coucher dans son lit encombré de chats abandonnés, et de supporter le fumet d’un homme édenté qui ne se lavait pas et ne se changeait guère.

« L’une a ceci mais pas cela. L’autre n’a pas ceci, et a cela ».. On sait qu’en pareil cas, il ne faut surtout pas choisir et garder les deux, d’autant que , comme le reconnaît l’intéressé, la Dormoy n’est pas encombrante eu égard à son travail à la Bibliothèque Jacques Doucet. Et il arrive même que la plus froide des deux se montre plus vicieuse. « Il faudrait les deux : l’une pour l’hiver, l’autre pour l’été. ». On mesurera la perversité du personnage de Léautaud, 61 ans, au fait que la Dormoy, 46 ans, admirative au point de dactylographier l’immense Journal littéraire de son amant, doit taper et se taper les descriptions détaillées des « polissonneries » (positions, fantasmes, exploits, atouts naturels) de l’autre, de même que l’énumération de ses propres insuffisances. On comprend que, éditrice du monstre journalier à titre posthume, elle ait jugé bon en distraire certaines parties, au moins pendant un certain temps. Ce Journal particulier de 1935, date à laquelle l’auteur reconnaît que ses notes à leurs dates prennent « une singulière tournure » trois ans après le début de sa liaison avec sa « secrétaire », ne touche que lorsqu’il est la chronique d’une jalousie ; c’est le seul moment où il s’extrait des bas-fonds crapoteux où l’écrivain a fourré ses réflexions secrètes pour accéder enfin à l’émotion ; alors, le tourmenté imagine mille choses qui le rongent, soupçons qui se dissipent dès qu’elle près de lui. Car, si attachée soit-elle à son nouvel amant, Marie Dormoy n’a pas pour autant lâché l’ancien, l’architecte Auguste Perret, inversement proportionnel de Léautaud question lubricité. Pour le reste, c’est comme chez tout le monde : menteries, fâcheries et raccommodages.

Contrairement à une certaine légende colportée par ses ennemis littéraires marxistes qui lui reprochaient sa condamnation sans équivoque de l’Union Soviétique, Paul Léautaud n’a jamais été “réactionnaire” : les volumes 10, 11, 12 et 13 de son “Journal Littéraire” (correspondant à la fin des années 1930 et à la seconde guerre mondiale) démontrent à quel point le “Chamfort de la rue de Condé” méprisait la droite réactionnaire française et l’Allemagne nazie…

Loin d’être partisane, la vision du monde dont témoigne l’œuvre de Léautaud s’inscrit dans une tradition libertaire toute française qui dépasse les clivages droite-gauche : en ce sens, il est l’héritier de Chamfort justement, de Molière, de La Fontaine…, et, surtout de voltaire et Stendhal (dont il admirait “l’égotisme”), ses deux écrivains préférés.

 » Je n’ai rien vu de grand dans la vie que la cruauté et la bêtise.  »

 » La douceur, la générosité, l’amour valent mieux dans ce monde que la cruauté, la vengeance et la haine.  »

 » La cruauté, l’ignominie, la bêtise de la guerre, ne sont que la cruauté, l’ignominie et la bêtise des hommes.  »

 » J’écris sur l’amour, et j’ai passé la moitié de ma vie à être privé de le faire !  »

 » Pour être heureux en amour, il faut être un imbécile.  »

 » Dans la vie, ce qui compte uniquement, c’est de n’être pas médiocre.  »

 » La prudence est une médiocrité ; la hardiesse est une supériorité.  »

 » La moyenne en tout est haïssable comme égale médiocrité.  »

 » L’amour est gai, vif, sans retenue : C’est l’esprit pendant le plaisir, et le rire quand on en sort.  »

La vie sexuelle de Paul Léautaud
Par Jérôme Dupuis (L’Express), publié le 26/04/2012 à 10:30

L’ami des chats était aussi un chaud lapin. La chronique inédite de sa relation avec sa « bonne amie » Marie Dormoy livre les détails les plus intimes. Mais leurs amours cachaient un autre enjeu: la publication de son monumental Journal littéraire. Quand Paul Léautaud, 61 ans, débute sa relation avec Marie Dormoy, 47 ans, il la trouve froide et faite comme « un gros boudin ».

Lorsque nous avons demandé à l’attachée de presse du Mercure de France si nous pouvions venir voir la table située dans le hall d’accueil de sa vénérable maison, nous avons senti comme un blanc au téléphone. La table?! Oui, car c’est autour d’elle que tout a commencé. Tout? L’incroyable idylle entre Paul Léautaud, pilier du Mercure, et Marie Dormoy, alias « M.D », amie des arts. Mais lisons plutôt ce que le principal intéressé en disait, à la date du vendredi 13 janvier 1933, dans son Journal particulier: « Ce matin, visite de M.D. J’étais debout devant la grande table, à trier le courrier […]. Elle se colle à moi et me tend sa bouche. Un baiser. Je passe ma main dans l’échancrure de sa robe et lui pelote un sein. Je bandais déjà. » Bigre de bigre, comme dirait Léautaud!

Quatre-vingts ans plus tard, la grande table noire est toujours là, dans l’entrée du Mercure, au 26, rue de Condé, à l’ombre du théâtre de l’Odéon. On la contourne lentement, en essayant d’imaginer la silhouette un peu frêle de Léautaud plaquant contre lui cette Marie Dormoy plutôt hommasse. Détail pittoresque: au moment du fameux baiser, un sac de croûtons de pain destinés aux chats de l’écrivain est étalé à côté du courrier… De cette « scène de la table » va naître une entreprise littéraire unique en son genre: le fameux Journal particulier, tenu par Léautaud entre 1933 et 1939, dans lequel l’ermite de Fontenay-aux-Roses va consigner cliniquement tous les soubresauts de sa relation avec « M.D » -petits bonheurs, humiliations diverses et exploits sexuels. Le Journal particulier de l’année 1935, inédit, paraît enfin ces jours-ci, un quart de siècle après celui de l’année 1933, réédité pour l’occasion (l’année 1934 a hélas disparu).

Il rêve de lui faire « minette », elle préfère jouer du piano
Journal très particulier, pourrait-on dire, même. Car de la table au lit, il n’y a qu’un pas. Que Paul, 61 ans, écrivain redouté, et Marie, 47 ans, conservatrice à la bibliothèque Jacques-Doucet, sautent allègrement. Enfin, surtout Paul. Elle le découvre « priapique », il la trouve froide comme « du marbre ». Il rêve de lui « faire minette », elle l’agace avec ses interminables morceaux de piano (« J’ai trouvé ça bien bruyant », maugrée-t-il un soir). Il la « pelote » dans un escalier, elle croit qu’il lui ôte une poussière de sa jupe. Voici l’aimable portrait qu’il trace de sa maîtresse à la date du 5 juin 1933: « C’est triste à dire: pas du tout jolie de visage. Elle est, de plus horriblement faite. Pas de taille, pas de hanches, pas de croupe. Aussi grosse en haut qu’en bas. Un gros boudin. » Pourtant, de l’appartement de Marie, près du parc Montsouris, au petit pavillon qu’il habite à Fontenay-aux-Roses avec ses chats, ses chiens et sa guenon, l’auteur du Petit Ami ne rêve que plaisir. « M.D », elle, est la reine de la « migraine ». Elle a l’impression d’avoir « adopté un vieil enfant perdu » -l’un des drames de Léautaud fut d’avoir à peine connu sa mère- qu’elle ne laisse jamais repartir de chez elle sans gamelle de viande ni crème au chocolat. Les deux amants se livrent néanmoins parfois à des « séances » assez hot, allant jusqu’à l’ondinisme. Le diariste note tout: « érection de vingt-cinq minutes », le 27 juin, Marie « bien servie, quatre fois », le 3 mai… Pourtant, rien n’y fait, cette femme à la silhouette flamande n’est décidément « pas son genre ». Et ce Journal particulier ressemble à une sorte d’Amour de Swann moins le style, l’écriture sèche de Léautaud étant aux antipodes de la longue phrase proustienne.

Soudain, au cours de l’année 1935, tout change. « Plus l’intimité grandit, plus le plaisir est grand! » se réjouit l’Alceste de Fontenay-aux-Roses. Maintenant Marie ressemble à une Baigneuse de Renoir, a de « merveilleux seins », un « visage très expressif ». Mieux, l’écouter chanter au piano est un « plaisir »! Il arrive désormais chez elle, comme un soupirant, avec son petit paquet de marrons glacés et son bouquet de fleurs. En retour, décontenancée par l’hygiène douteuse de son amant, Marie lui offre un litre (!) d’eau de Cologne et une couverture pour leurs ébats à Fontenay, lasse de nager parmi les poils de ses chats, qui dorment avec le maître des lieux. « Je l’aime », s’enflamme Léautaud, le 17 janvier 1935, lui pourtant bien peu suspect de sentimentalisme.

Mais il sera dit que le bonheur n’a pas sa place dans cette relation très particulière. Un troisième personnage, odieux, s’invite au coeur de l’histoire: la jalousie maladive de Léautaud. Ce grand solitaire ne supporte pas les relations mondaines de Marie -le marchand d’art Ambroise Vollard, l’écrivain André Suarès et, surtout, le célèbre architecte du Trocadéro, Auguste Perret. Aux « séances » succèdent désormais les scènes. « Elle a encore déjeuné, ce matin, avec Vollard. Elle ne s’en cache jamais. S’il y avait quelque chose? » rumine-t-il le 12 août. Et voilà notre amant jaloux abandonnant sa « ménagerie » -composée, en 1935, de vingt chats, quatre chiens et la guenon…-, le soir, pour filer à Paris vérifier s’il y a bien de la lumière à la fenêtre de Marie!

« Catin, certainement, malgré ses moments charmants. Je me suis encore fourré, là, dans une liaison… Je néglige mes bêtes », soupire-t-il. A peine Marie a-t-elle le dos tourné qu’il fouille dans ses livres de comptes à la recherche de libéralités d’un amant, lui qui, élevé au milieu des prostituées de la rue des Martyrs, ne conçoit les relations amoureuses que sur le mode « catin »-client. A la moindre sonnerie de téléphone il la harcèle. Infernal, il ose même lui faire une scène alors qu’elle va enterrer sa mère une heure plus tard!

Pourquoi la stoïque « M.D » supporte-t-elle tout cela? Parce que, comme dans toute histoire de couple qui se déchire, il y a le problème de la garde de l’enfant. Oh! pas un enfant de chair et d’os -Marie n’en a jamais eu, à son grand désespoir, et Léautaud a dit dans un célèbre aphorisme tout le mal qu’il pensait de ces petits êtres: « Lorsque l’enfant paraît, je prends mon chapeau et je m’en vais! » Non, un enfant de papier: le fameux Journal littéraire de Léautaud, véritable monument sur la vie des lettres de 1893 à 1956, où l’on croise Apollinaire, Valéry, Gide, et où affleure la solitude d’un homme qui préfère les chats aux humains, la bougie à l’électricité et, plus que tout, son indépendance d’esprit aux conventions. Lorsqu’il paraîtra, à partir des années 1950, ce Journal représentera 19 volumes et 6000 pages.

Certaines pages sont dévorées par sa guenon
Mais justement, en 1935, rien ne dit que ce monument, encore à l’état de cahiers et de feuilles volantes, dont certaines pages sont parfois dévorées (au sens propre) par la guenon Guenette, sera publié un jour. C’est là le projet secret de Marie Dormoy, celui pour lequel elle est prête à tout endurer. Plus tard, elle écrira même que c’est le « sauvetage » du Journal littéraire qui fut à l’origine de sa relation avec Léautaud. Entre deux ébats, Marie ne manque jamais d’arracher quelques pages du fameux Journal à dactylographier. Léautaud consent, puis se récrie, puis cède à nouveau, reprend ce qu’il a donné… Il rêve sexe, elle songe littérature.

Alors, « M.D » a une idée lumineuse: et si la bibliothèque du couturier et mécène Jacques Doucet, dont elle est l’un des piliers, rachetait purement et simplement le manuscrit du Journal littéraire? L’entreprise va tourner au feuilleton. Léautaud hésite, mais se laisse fléchir, lorsque son ami Paul Valéry, membre du collège littéraire de la bibliothèque, estime l’ensemble à 100 000 francs. Une somme.

Pour la réunir, Marie Dormoy sollicite quelques riches dames de la haute société. Mais celles-ci veulent juger sur pièces. Et c’est ainsi qu’un beau jour de juin, un trio de femmes du monde monte à Fontenay-aux-Roses pour voir la « chose ». Arrivées devant le pavillon de l’écrivain, rue Guérard, ces dames doivent traverser la forêt vierge du jardin, abandonnant quelques lambeaux de leurs robes Patou ou Lanvin aux ronces. A l’intérieur, l’odeur de chat est si âcre qu’elles s’empressent d’allumer des cigarettes. Devant elles, entre des plumes d’oie et un vague réchaud, un gros paquet d’environ 1 mètre cube entouré de vieux journaux: le fameux Journal littéraire. Elles y jettent un vague coup d’oeil, un peu dégoûtées. Fiasco total. Léautaud, lui, est parti bouder au jardin, assis sur un rondin de bois: « Qu’est-ce que c’est que ces donzelles qui n’ont jamais lu une ligne de ce que j’ai écrit! Qu’on me laisse tranquille », lance-t-il, furieux, à Marie Dormoy.

Négociations rompues. Pour tenter de faire plier Léautaud, le recteur de la Sorbonne, à laquelle la bibliothèque Jacques-Doucet est rattachée, s’en mêle. Il rédige un beau contrat qui précise toutes les modalités pratiques du rachat du Journal. L’écrivain est sur le point de le signer quand, le 12 janvier 1937, passant devant le département sciences de la Sorbonne, il aperçoit un fourgon rempli de chiens, qu’un homme en blouse blanche dirige vers les laboratoires de l’université. « Bandit! » lance Léautaud à l’individu, devinant le cruel destin promis à ces pauvres chiens. Confier ses manuscrits à une institution qui martyrise les animaux? Jamais! Contrat déchiré.

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Dans une caisse, le manuscrit suit les routes de l’exode
Il faudra la guerre et l’avancée des troupes allemandes pour que l’ami des bêtes consente à confier le volumineux manuscrit à Marie Dormoy. Au gré de l’exode, la caisse contenant le Journal littéraire va voyager dans le coffre de la voiture de cette dernière: château de Poligny, Limoges, Royan, puis retour dans une cave, à Paris. En 1943, Marie et la bibliothèque Jacques-Doucet parviennent enfin à acheter une partie du manuscrit pour 45 000 francs, donnés de la main à la main à Léautaud. En 1950, ils arracheront le reste pour 110 000 francs. Le Journal littéraire est sauvé.

Reste encore à l’éditer. Marie Dormoy y consacrera trente ans de sa vie, décryptant la petite écriture de son ancien amant. Pourtant, quelques cahiers lui demeureront interdits. Dans sa cession à Jacques Doucet, Léautaud avait en effet pris soin de sceller à la cire les feuillets du fameux Journal particulier, soumis à des dispositions spéciales après sa mort, en 1956. Sans doute a-t-il voulu épargner à la pauvre Marie Dormoy l’épreuve de dactylographier elle-même des passages où elle était si aimablement traitée de « gros boudin »..

PAUL LEAUTAUD (1872-1956) est l'auteur du «Petit Ami» (1903) et d'«In Memoriam» (1905). Critique dramatique sous le nom de Maurice Boissard au «Mercure de France» et à « la NRF », il est l'auteur d'un monumental «Journal littéraire» (1893-1956). Son «Journal particulier. 1933» vient d'être réédité au Mercure de France. (Sipa)

PAUL LEAUTAUD (1872-1956)  «Journal particulier. 1933» vient d’être réédité au Mercure de France. (Sipa)

12 janvier – «Gros chien»

Elle m’a fait cette remarque, curieuse pour moi, que dans mes démonstrations amoureuses, comme amant, je suis plus chien que chat. Elle venait de me dire: «Je t’aime comme un gros chien.» Ce n’est pas la première fois qu’elle emploie cette image, à propos de ma façon, quand elle est couchée, de m’asseoir sur le tapis près de son lit, en lui tenant une main, que je baise de temps en temps, ou quand nous partons ensemble en voiture, et que je me tiens à côté d’elle, sans bouger. «J’ai toujours rêvé d’avoir un gros chien avec moi dans ma voiture. Tu me le remplaces.»

21 janvier – «Première déchéance»

Dîner avec Marie Dormoy à la Brasserie alsacienne dans une rue voisine de l’église de Montrouge. Ensuite chez elle. Le temps de me faire et de prendre du café, nous sommes au lit. Plaisir habituel pour elle. Comme je lui fais la remarque qu’elle avait plus d’entrain boulevard Jourdan, quand elle me laissait recommencer jusqu’à deux et trois fois, elle se met à pleurer, et comme je lui demande ce qu’elle a, me répond que c’est peut-être la dernière fois (qu’elle est capable de jouir) et qu’elle sent qu’elle devient de plus en plus une vieille femme, propos que je contredis, alors qu’elle est si loin de paraître son âge et si jolie dans le plaisir. […]

Comme je le lui ai dit je pense que la capacité de faire l’amour constitue une grande part de l’être, une part qui a aussi son élément spirituel: le plaisir d’aller à un rendez-vous avec sa maîtresse. Le plaisir des baisers, de la vue, des caresses. Le plaisir du retour dans la rêverie du plaisir qu’on vient de donner et de recevoir, tout cela ajoute aux capacités de l’esprit, les complète, leur donne une excitation. On ne peut perdre cela sans que l’esprit, les facultés de l’intelligence en soient atteints. Certainement, il y a là comme une première déchéance. Si grand talent qu’ait un homme, ce talent perd quelque chose le jour qu’il perd la faculté amoureuse. Je pense cela profondément.

17 février – «On ne se voit pas soi-même»

Je suis torturé par la question de mon âge. On ne se voit pas soi-même. Je dois certainement être aux yeux des gens un vieux monsieur. Quand nous allons dîner au restaurant, que je lui vois, à elle, un sourire dans le vide, je m’imagine aussitôt que c’est la réponse au sourire d’un homme plus jeune. […] Par-dessus le marché, je suis inquiet sur ma santé, dans l’avenir. Je n’ai aucun appétit, et dans l’estomac, quelque chose qui ne va pas.

21 février – «Elle aime l’argent»

Elle m’a dit que la vente d’«Amours», frais déduits, produira à peu près 4000 francs. Je lui ai dit que je lui donnerais là-dessus 1000 francs pour s’acheter ce qui lui fera plaisir. Elle n’a pas protesté du tout, dit non même pour la forme. Et elle a près de 45.000 francs par an pour vivre. Elle a raison de le dire franchement: elle aime l’argent.

11 avril – Les brunes, les blondes

Mauvais rendez-vous ce soir. Elle est venue me prendre à l’Ecole des Mines. Dîné dehors. Puis chez elle. Elle est lasse, maladive. Elle se couche. Après l’avoir vue nue un instant, être sage m’est dur. Enfin! Je lui donne des baisers sur le visage. En riant aussi, elle se plaint, ce n’est pas la première fois, que mes baisers, donnés à pleine bouche, lui mouillent le visage. Je lui dis que je ne sais pas donner des baisers tièdes, des baisers de blonde, que je suis un brun, moi . Elle me demande s’il y a vraiment tant de différence entre les brunes et les blondes. Je lui explique que c’est indiscutable, les brunes plus chaudes, plus actives, plus éveillées, comme les bruns, plus passionnés que les blonds – et qu’elle, elle est bien une blonde, avec sa passivité, son silence, sa lenteur – et qu’en général les femmes n’aiment pas les blonds. Elle me dit qu’elle ne sait pas, qu’elle n’a pas eu d’amant blond.

17 04 12 PaulLeautaud JournalParticulier
MARIE DORMOY (1886-1974) fut responsable de la bibliothèque Jacques-Doucet et l’amie d’André Suarès, de Romain Rolland, d’Ambroise Vollard, de Maillol et de Matisse. Légataire testamentaire de Paul Léautaud, elle a écrit un livre sur lui et les lettres que ce dernier lui a adressées ont paru en 1970 chez Albin Michel. Il est naturellement beaucoup question d’elle dans le «Journal particulier» de 1935, inédit jusqu’ici, où Léautaud détaille tout ce qui concerne leur vie sexuelle. (Mercure de France)

25 mai – «Voluptueuse au possible»

Elle a été jolie, voluptueuse au possible, merveilleuse comme toujours, à regarder, nue, le visage tout marqué par le plaisir, même des gestes très tendres et des regards. Quant à moi, je ne vais pas trop mal. Je suis resté en érection pendant trois quarts d’heure, du début de nos caresses à mon plaisir personnel.

4 juin

Elle aussi m’a jeté à la figure, il y a quelque temps, comme je me plaignais de la difficulté à l’avoir: «Mon cher, vous n’avez qu’à m’entretenir.»

12 juillet

Je suis allé ce soir à sa petite réception en l’honneur du sculpteur Maillol, pour lui faire plaisir, car moi, non seulement ces affaires ne m’amusent pas mais je les trouve complètement ridicules. Comme j’ai toujours dit: «Je n’aime pas voir ma maîtresse entourée de tant de gens.» Elle, mise comme une princesse. Ce que cela doit coûter!

4 août – «La jalousie»

Je lui dis en plaisantant: «Et toi, qu’est-ce que tu faisais en 1914?» Réponse: «J’étais très malheureuse.» Je dis: «Très malheureuse! Pourquoi?» Réponse: «J’aimais un homme qui ne m’aimait pas.» Je demande: «Qui?» Réponse: «(André) Suarès.» Je demande: «Il a été ton amant?» Réponse: «Oui.» Je demande: «Pendant combien de temps?» Réponse: «Dix ans.» C’est ridicule, je dois l’avouer. Apprendre cela a été un effondrement pour moi. J’étais accablé, déchiré, meurtri, à la lettre. J’avais envie de m’en aller, de ne plus revenir. La jalousie, le désespoir me remplissaient. Je ne faisais que dire: «Apprendre cela, apprendre cela !»

12 août – «Si j’étais femme»

Je lui raconte l’affaire de cette femme, au bras de son mari, un soir à la comédie, dans un entracte, me croisant, et se détournant en disant: «Oh ! qu’il est laid.» Elle a alors ce mot: «Mais non, tu n’es pas laid.» J’ai dit que je vois, en tout cas, nombre d’hommes plus laids que moi, à mon avis et d’une laideur repoussante. Des gens que je ne pourrais pas embrasser si j’étais femme. Il est vrai que si j’étais femme, j’en jugerais peut-être tout autrement. Nous sommes allés faire un tour au bois de Verrières, puis elle m’a mis à ma porte et est partie à son dîner chez V[ollard]. Pendant qu’elle était au lit, étendue nue, elle me dit: «Va chercher les ciseaux.» Je lui demande ce qu’elle en veut faire. Elle me dit: «Tu couperas ce que tu veux» (à son pubis). Je lui dis qu’il est trop tard, qu’à force de porter sur moi le médaillon que j’avais acheté à cet effet, je l’ai perdu. Elle m’a aussi fait remarquer qu’elle commence à avoir des poils blancs.

22 septembre

Il y a longtemps que j’aurais pu l’écrire et je peux l’écrire encore plus aujourd’hui: «J’aime la femme, je n’aime pas les femmes.»

29 septembre

Toutes les femmes sont folles ou détraquées.

3 octobre – «Même la religieuse?»

En marchant dehors, je lui dis que je [ne] me tiens plus d’envie de faire l’amour, que j’enfilerais toutes les femmes dans la rue. Une religieuse passe, vient vers nous. Elle me dit en me la montrant: «Même la religieuse?» Je lui dis: «Non! Pas celle-là, en tout cas. J’ai besoin d’un certain visage.» Elle me dit: «Mon petit, ce n’est pas de ma faute, tu vois bien que je suis malade.» Je lui dis que si nous en avions eu le temps, je lui aurais demandé d’aller un instant chez elle pour me faire br[anler] comme dimanche soir. En me quittant à la porte du Mercure, elle m’a dit: «A dimanche.» Elle m’écrira de quelle façon.

9 octobre – «En quel état d’excitation suis-je!»

Quant à moi, sur la fin de ma soixante-quatrième année, avoir fait l’amour dimanche, le faire encore ce soir mercredi, c’est de l’abus. Rien de plus dangereux pour un homme de mon âge qu’une maîtresse nouvelle qui porte si vivement à l’excitation et au désir. On se dit cela, malheureusement, après. […]

Au B[on] M[arché] ensemble. Je lui ai dit que je voulais acheter une étoffe pour elle s’étendre sur le lit quand elle vient faire l’amour à F[ontenay-aux-Roses]. Je lui ai dit lundi soir que, dimanche dernier, assise, nue, sur le lit, pour goûter, elle était un vrai Renoir – ce qui est vrai. Elle s’en est souvenue. Elle va acheter du velours rouge sang de boeuf: ce sera tout à fait comme un Renoir. En quel état d’excitation suis-je ! Au B[on] M[arché], parlant de ces choses, en cherchant cette étoffe que nous n’avons pas trouvée, qu’elle ira chercher ailleurs, j’étais en érection.

27 octobre – «C’est copieux!…»

Petite séance, sur sa demande, de lui pisser sur le c … à son grand délice, ensuite plaisir par derrière, entre ses cuisses et le visage penché en avant, regardant. Quand j’ai fini, ce mot: «C’est copieux!…» Et ensuite encore très tendre, charmante.

Je n’en revenais pas. M’a fait cette remarque, auparavant, sur le divan, quand, d’elle-même, elle a commencé à me caresser, que je suis beaucoup plus aimable quand j’ai fait l’amour, qu’avant, que même ma voix n’est plus la même, comme si le sperme me rendait nerveux, méchant, comme une chose dont j’ai à me délivrer. C’est assez curieux, car, généralement, on est plus aimable dans l’état de désir que lorsque celui-ci est satisfait. Toujours son visage grave en faisant l’amour. Je la regardais en train de me br…: très sérieuse. Je le lui dis en riant. Non! On ne dirait vraiment pas que tu tiens… Répondu qu’elle trouve toujours très grave de faire l’amour. Moi, je n’en reviens pas encore.

1er novembre – «Polissonneries verbales»

A propos d’un fragment des Mémoires de Colette, que je lui avais apporté, elle me raconte qu’il paraît que Willy avait besoin de dire des grossièretés en faisant l’amour, qu’il avait toujours un livre obscène à côté de lui, qu’elle trouve cela curieux et me demande ce que j’en pense. Je lui réponds que ce n’est guère à moi d’avoir une opinion là-dessus. Elle rit: «Parce que tu es comme cela.» (Pour les propos vifs.) Je dis une nouvelle fois tout ce que les polissonneries verbales ajoutent, en effet, pour moi, au plaisir de faire l’amour. Et elle, une nouvelle fois, qu’elle est à l’opposé, qu’elle ne pourrait pas dire un mot tant elle a avant tout de l’émotion.

29 décembre – «Cyanure»

Ensuite, étendus côte à côte sur le lit, m’a renouvelé sa demande de lui procurer du cyanure. Comme je lui demande la raison et l’emploi: «Pour me supprimer s’il m’arrive de n’avoir plus de quoi vivre.» Je le lui ai dit: «Il ne peut arriver que tu n’aies plus de quoi vivre. Il ne peut f arriver que d’être obligée de vivre un peu plus modestement. Se tuer pour cela, je te plains et je ne t’envie pas d’avoir ce caractère. Mais moi je suis prêt à aller vivre dans une mansarde, à manger du pain et du fromage. La vie n’est pas dans tout ce dont tu prétends ne pouvoir te passer. Vraiment, je ne te fais pas compliment.»

Elle m’a répondu que c’est moins le goût d’un certain confort que la fatigue qu’elle se sent de plus en plus et qui lui rendrait extrêmement pénible d’avoir à faire certaines corvées ménagères. Elle a beau parler: ne plus pouvoir avoir tel appartement, porter telle lingerie, jouir du petit luxe dans lequel elle vit chez elle, c’est cela qui lui serait difficile, au point de penser se suicider. Pauvre nature ! Je le lui ai dit et je le pense ferme, elle voit déjà la suppression de sa voiture le jour qu’elle n’aura plus V[ollard] . Elle a eu ce mot à la fin: «En tout cas, tu peux être tranquille, je ne me suiciderai pas tant que le journal ne sera pas fini [d’être tapé à la machine]. Tu vois que ce n’est pas encore pour demain.» […]

Quant à moi, c’est une folie de faire l’amour comme je le fais (même seulement tous les huit jours, même de façon très naturelle), avec la santé pas très brillante que j’ai en ce moment, que je regretterai peut-être cela un jour si les plaisirs très vifs, avec une nature qui me plaît comme elle me plaît, me jouent un mauvais tour.

©Mercure de France (2012).

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