Quête individuelle d’absolu

Une Révolte personnelle

La seule forme d’anarchie que ces hommes tolèrent c’est celle qui leur est personnelle. La révolte à laquelle nous sommes souvent incité peut revêtir de multiples formes ; l’acte individuel de résistance apparaît de l’ordre de la légitime défense.

L’emprisonnement, l’exil, la paupérisation, les pressions de toute nature, la diffamation, l’ostracisme culturel sont les armes les plus couramment utilisées par le pouvoir dans ce combat.« L’attitude naturelle de l’esprit est une attitude de rébellion… J’en appelle à l’Esprit de révolte, non par une haine irréfléchie, aveugle, contre le conformisme mais parce que j’aime encore mieux voir le monde risquer son âme que la renier»(Bernanos).

A l’heure où tout est théoriquement permis, mais où rien n’est plus pratiquement possible, La « révolution » qu’ils appellent parfois de leurs vœux, est un horizon d’utopie, une tentation à laquelle ils ne succombent que momentanément, lorsque leur lucidité cède le pas à l’exaltation littéraire ; en réalité cette révolte se doit avant tout d’être individuelle.

Beaucoup plus qu’une lutte inspirée de motifs politiques, il s’agirait d’une rébellion instinctive et esthétique contre la platitude et la banalité des esprits, du réflexe à la fois anarchique et aristocratique d’hommes menacés dans leur autonomie de pensée, méfiants à l’endroit des entrainements de foule, et qui s’appuient sur l’esprit d’équipe pour y résister.

On comprend aisément face à cette révolte que l’un des soucis majeurs de ces anars de droite a toujours été de se démarquer de la morale commune, mais aussi de toute tentative de récupération idéologique, au risque de devenir à tout jamais des écrivains maudits, bourreaux des autres et d’eux mêmes, non par une quelconque perversion de la pensée, mais par goût de la vérité, dite, écrite et recherchée jusqu’à l’excès. « Tout homme vaillant doit être un persécuteur, de lui même, du genre humain, et de Dieu. » (Bloy)

Ce souci de la quête d’une autre vérité les isole dramatiquement de la communauté humaine, d’autant qu’ils n’hésitent pas à se critiquer, entre hommes de même famille de pensée (Léautaud vs Bloy, Darien vs Drumont, Daudet vs Bernanos, MicBerth vs Céline, Pauwels vs Gainsbourg…)

Ainsi la révolte anarcho-droitiste ne se limite pas aux domaines intellectuels, politiques, et moraux ; elle est plus globale et plus profonde, enracinée sur une nature d’homme particulière, violente et exigeante.

Un moi au dessus de tout

L’homme ne peut pas s’en remettre aux grandes abstractions humanitaires et aux grands slogans collectifs ; il doit se fier à ses seules qualités, à sa propre capacité d’appréhender. Il convient donc, en toute occasion de garder un esprit critique, non pas en référence à une doctrine extérieure, à des principes admis ou imposés, mais en fonction de ses convictions personnelles.

« La vraie liberté individuelle commence là où la société cesse de prétendre à un but moral ou religieux… quand on cesse de m’aveugler avec du devenir, je vois mon infini »(Pauwels)

Le moi anarchiste de droite est pour la majorité inutilisable, parce que trop violent, trop excessif et surtout trop lucide. Le moi y apparaît constamment comme une préférence instinctive et culturelle, l’origine et le garant de toute spécificité humaine.

Cette exigence qui les pousse à s’exposer aux rudesses de l’histoire, sans y laisser leur âme, et leur intelligence, renforce leur singularité et les isole encore davantage du monde qui les entoure ; car leur refus du pouvoir en place, leur rejet des idéaux progressistes majoritaires, leur dédain à l’égard des mouvements politiques, de quelque obédience qu’ils soient, créent autour d’eux un véritable désert d’hostilité, de peur ou d’incompréhension qui se traduit le plus souvent par une conspiration du silence à leur endroit.

Comme on ne parvient pas à les situer ni à les définir avec précision, on les ignore officiellement ou on les présente comme des personnages sulfureux et anomiques. L’extrémisme est une notion, une nuance qui évolue au fil du temps. Il faut relativiser, ne s’interdire aucune pensée.

Le divorce est donc total, la solitude des anarchistes de droite entière, la réprobation à leur égard quasi universelle.« Il n’y a de pensée que s’il y a du défi » (Pauwels)

Comprendre l’anarchisme de droite, c’est saisir sa psychologie fondamentale, ce « Moi au-dessus de tout », le seul maître qu’il reconnaisse hors Dieu. L’anarcho- droitiste enracine sa révolte et sa critique sociale dans une liberté intérieure intransigeante, qui est fidélité à la nature profonde et authentique de l’individu. Cette radicalité est souvent source de solitude, qui pousse à affirmer un honneur ombrageux.

L aristocratisme

Ce «Moi au-dessus de tout» fonde l’aristocratisme anarcho-droitiste. En effet, cette survalorisation du Moi n’engendre pas un individualisme démocratique ni une sensibilité romantique, mais bien un aristocratisme intransigeant, moral plutôt que social. L’aristocratisme proclame vouloir privilégier les devoirs sur les droits. Il cultive une intraitable nostalgie du passé, décanté. Cet aristocratisme est donc un traditionalisme, qui reconnaît la nécessité pour tout homme de qualité de se rattacher à une longue tradition culturelle et politique. (Archives Pierre Chaunu).

La tradition, l’homme de qualité la cherche, l’approfondit et tente d’en vivre, dans sa pensée, dans son écriture et dans son action. La tradition dont il se réclame est toujours une tradition supérieure, parfois une tradition mythique. « L’humanité va, dans le mouvement d’une dialectique irréversible, vers l’indifférenciation des valeurs et des caractères, vers l’uniformisation des instincts et de la décomposition. »(Gobineau)

Si les anarchistes de droite attaquent avec la plus extrême vigueur les hommes de pouvoir, d’argent et les autorités instituées, ils n’éprouvent pas plus de compassion pour les gens qui s’installent dans la soumission et le malheur. Ils jugent extrêmement négative l’attitude de ceux qui embellissent, par esthétisme et sentimentalisme, les « misérables ».

L’homme ne pourrait se réaliser intellectuellement et moralement que si on le met en face, même violemment de la vérité. Responsabiliser les êtres, ce n’est pas se contenter d’inculper perpétuellement les puissants, c’est voir et dénoncer la laideur, la médiocrité, la paresse, la lâcheté partout où elles se trouvent, sans aucune concession, et en espérant, de tous ceux qui en sont les artisans et les victimes, des sursauts salutaires et non un avachissement ou d’inutiles convulsions.

Le choix des différences et des inégalités assumées représente un devoir intellectuel et moral. Si le rôle des hommes est précisément d’organiser et de moraliser l’expression de leurs propres différences et inégalités, ils ne doivent surtout pas négliger l’apport d’une telle multiplicité et nier ces inégalités pour des raisons idéologiques.

« La religion de l’égalité absolue est comme toutes les religions absolutistes, elle rend fou » Pauwels

Tout cela ne signifie pas qu’à l’égalitarisme démocratique doive succéder un élitisme tout aussi absolu, forcené, mais que les options reconnues aujourd’hui comme fondatrices d’une morale universelles sont néfastes et erronées.

C’est à cette répugnance ou impossibilité de l’homme à se servir de son entendement dans la passivité ou dans l’emballement inconsidéré, qui permet non seulement les guerres et les phénomènes totalitaires mais aussi toutes es formes de conditionnement que nous connaissons bien, politiques, commerciales, humanitaires et socioculturelles.

Le film Les Visiteurs est l’actualisation de cette analyse d’aristocrate tombé de cheval que résume Jean Anouilh dans Pauvre Bitos (1958) : « On n’a jamais fait tant fortune que du jour où on s’est mis à s’occuper du peuple ».

Pourquoi ne pas dire clairement que toutes les actions d’envergure qui ont tissé la trame de l’Histoire ont été inspirées, mises sur pied et réalisées par des minorités ou des individualités agissantes avec la complicité, souvent passive, des peuples ? Que toutes les société sont régies par des structures hiérarchiques verrouillées par des critères élitistes, sans que ces titres et cette puissance soient moralement justifiables ?

La quête de Vérité

C’est le goût de la vérité qui se doit d’apparaitre comme l’épicentre de toute recherche. Même si cette exigence est exprimée de manière violente et outrancière, elle est le sens même de la vie pour ces pèlerins de l’absolu, un horizon vers lequel ils tendent obstinément.

Plus ces anarchistes de salon ont été acharnés dans leur quête d’une vérité fondamentale, plus ils ont été occultés, diffamés, dévalorisés, persécutés. Reconnaissons que toute quête réelle de l’absolu entraine fatalement ses auteurs du coté d’une certaine lucidité désespérée et qu’une telle attitude a peu de chances de rencontrer un écho favorable auprès de l’intelligentsia contemporaine. L’ échec de l’absolu anarcho-droitiste et le discrédit dont souffrent ses représentants en sont les conséquences.

Tout ceci s’incarnerait dans la recherche d’un équilibre entre la nécessité de vivre en commun et la sauvegarde de l’intégrité de chaque personnalité.

Ils n’ont de cesse de déclamer l’ère de décadence dans laquelle nous avançons. Cette constatation lucide les invite à dénoncer le système qui permet la dissimulation de cet état de fait. Elle les conduit aussi à bien souvent flirter sinon avec la dépression, au moins avec le pessimisme. Ils n’attendent guère d’évolution positive du processus de moyennisation de l’individu, de l’égalitarisme ambiant, d’individus déboussolés par la technique.

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