Louis Pauwels

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“Il n’y a de la pensée que s’il y a du défi”. Pauwels, tout au long de son existence, de par ses nombreuses activités romanesques et journalistiques s’intéressa à tout; et cette occupation, avec ce qu’elle a de toujours immédiat et d’incessant, comble le besoin d’activité d’un homme qui avoue que se distraire l’ennuie et qui ne sait pas ne rien faire.

Créateur du Figaro Magazine et de la revue Planète, Pauwels s’est constamment battu pour la primauté absolue de l’intelligence. S’attaquant à la pollution idéologique avec une énergie non discutable. Du muscle, des idées et du courage. Le tort qu’il fit constamment à sa réputation était d’abord fidélité à ses engagements ; car il demeura intact et invariable, uniquement soumis à la quête de sa vérité.

« C’est une grande sottise, et qui sent son curé avancé, que de dire: on va sur la Lune, mais les hommes n’en sont pas plus honnêtes, loyaux, fraternels. Nous avons eu le Christ et les saints. Nous avons eu Rousseau et Tolstoï, sans compter Marx. Nous ne sommes pas devenus angéliques. Je ne vois pas pourquoi nous demanderions à l’électricité et au pétrole ce que le Messie et les penseurs ne nous ont pas donné. Je crois que les vertus sont en nous. Encore faut-il être à soi pour le découvrir. Nous ne pouvons demander au progrès que de progresser, pour qu’il nous rende à nous-même. » 

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Louis PAUWELS, Le Monome des zombies. Éditorial du Figaro Magazine, 6 décembre 1986.

« Ce sont les enfants du rock débile, les écoliers de la vulgarité pédagogique, les béats nourris de soupe infra idéologique cuite au show-biz, ahuris par les saturnales de « Touche pas à mon pote ». Ils ont reçu une imprégnation morale qui leur fait prendre le bas pour le haut. Rien ne leur paraît meilleur que n’être rien, mais tous ensemble, pour n’aller nulle part. Leur rêve est un monde indifférencié où végéter tièdement. Ils sont ivres d’une générosité au degré zéro, qui ressemble à de l’amour mais se retourne contre tout exemple ou projet d’ordre. L’ensemble des mesures que prend la société pour ne pas achever de se dissoudre : sélection, promotion de l’effort personnel et de la responsabilité individuelle, code de la nationalité, lutte contre la drogue, etc., les hérisse. Ce retour au réel leur est scandale. Ils ont peur de manquer de moeurs avachies. Voilà tout leur sentiment révolutionnaire. C’est une jeunesse atteinte d’un sida mental. Elle a perdu ses immunités naturelles ; tous les virus décomposants l’atteignent. Nous nous demandons ce qui se passe dans leurs têtes. Rien, mais ce rien les dévore. Il aura suffi de cinq ans pour fabriquer dans le mou une telle génération. Serait-ce toute la jeunesse ? Certainement pas. Osons dire que c’est la lie avec quoi le socialisme fait son vinaigre. »

BIO: Né à Gand, en Belgique, mais élevé en France par Gustave Bouju, son beau-père tailleur du fait du remariage de sa mère française. Un soir d’automne, à la sortie de l’école elle dit à son fils qui venait d’avoir sept ans que son père, le Gustave Bouju dont elle était la femme, n’était pas son vrai père ; que son père était un bourgeois belge, du nom de Pauwels, d’une riche famille gantoise et qu’elle avait naguère épousé. Le déracinement, la trop grande différence sociale avaient rapidement conduit cette union au naufrage. « Longtemps, dire mon nom que j’appris si tard dans l’épouvante fut un tourment. Je déclarais mon identité avec un sentiment de gêne et d’étrangeté. Ce jour-là, tenant ma mère par la main, je fus déraciné et replanté de biais.» Il se retrouvait ainsi, et définitivement, entre deux, entre deux milieux, entre deux cultures, «un hybride, comme il le dira, familial et social».C’est à cette fracture initiale, que l’on doit cette quête d’unité qu’il ne pouvait trouver qu’en Dieu, ce cheminement étrange et erratique qui le mena de la discipline sévère de Gurdjieff au tardif refuge dans un catholicisme qu’il adapta à son usage. C’est aussi ce qui aiguisa son ambition et son désir de parvenir. Parvenir n’est pas le mot juste car il n’eut jamais rien d’un parvenu mais distant, élégant, s’habillant avec recherche, aimant les belles étoffes et les parfums, dandy peut-être jusque dans ce qu’il cultivait à merveille, le plaisir aristocratique de déplaire. Il voulut s’établir, illustrer son nom, ce nom qu’il s’était si difficilement approprié.

Les débuts

À la Libération, il participe à la fondation de « Travail et Culture » en 1946 (proche du PCF, destinée à la culture des masses, dont il est le secrétaire), puis entre dans les groupes Gurdjieff en 1948 pour quinze mois, à l’issue desquels il devient rédacteur en chef de Combat en 1949 et éditorialiste au quotidien Paris-Presse . Il dirigera (entre autres) la Bibliothèque Mondiale (précurseur du « Livre de Poche »), Carrefour, le mensuel féminin Marie Claire, et la revue Arts et Culture en 1952. Il publie pendant cette période plusieurs romans, dont le très remarqué L’amour monstre, qui sont considérés comme des romans d’avant-garde, malgré leur style plutôt classique. L’amour monstre reçut des voix au Prix Goncourt 1955 et est cité par Serge Gainsbourg dans sa célèbre chanson « Initials B.B. ». C’est entre 1946 et 1955 que Louis Pauwels publia l’essentiel et le meilleur de son œuvre romanesque.

Le Matin des magiciens

Avec Jacques Bergier (rencontré en 1954 alors qu’il était directeur littéraire de La Bibliothèque Mondiale), il écrivit en 1960 Le Matin des magiciens, considérable succès de librairie – deux millions d’exemplaires vendus. Le 25 novembre 1960, il interviewe Maurice Paponpréfet de police de Paris, faisant un portrait de lui en tant que « philosophe humaniste » ; Papon vient de publier L’ère des responsabilités, un an avant le massacre du 17 octobre 1961. En 1961, il interviewe l’écrivain Louis Ferdinand Céline.

Toujours avec Bergier (ainsi que François Richaudeau), il fonde en octobre 1961 la revue bimestrielle Planète (environ 150 pages, format carré, 17 x 17 cm) qui paraîtra jusqu’en mai 1968 (elle sera relancée la même année sous le titre Le Nouveau Planète ; 64 numéros au total entre les deux éditions). Diverses études hors-série plus fouillées seront publiées dans une collection par auteurs appelée « Encyclopédie Planète » (chaque volume comptant environ 250 pages – une trentaine de volumes) et les 17 « Anthologies Planètes » déléguées à Jacques Sternberg regrouperont de courts textes d’auteurs sur un sujet donné.

Le Matin des magiciens et son prolongement périodique, la revue Planète, valent à Louis Pauwels la célébrité et créent un engouement en France pour le paranormal, les civilisations disparues et les mystères de la science.

Ses lecteurs y découvrent, pour la première fois en France, une sorte de compil’ des grandes théories de l’homme occidental revisitées à la lumière de la spiritualité orientale. Le projet, précisé par les auteurs en introduction, est le suivant: «Le fantastique à nos yeux n’est pas l’imaginaire. Mais une imagination puissamment appliquée à l’étude de la réalité découvre que la frontière est très mince entre le merveilleux et le positif.» Un salmigondis de paranormal, d’extraterrestres et de philosophie tout à fait dans la lignée de l’enseignement du grand gourou de l’époque, le philosophe russe Gurdjieff (auquel Pauwels avait consacré un ouvrage en 1954). La publication du livre coïncide avec le renouveau de la science-fiction américaine. C’est d’ailleurs Louis Pauwels qui a introduit Lovecraft en France, dans la collection Lumière interdite dont il eut la charge chez Denoël.

Planète

Le succès de la revue Planète et du concept de Réalisme fantastique est tel que Louis Pauwels peut développer un petit groupe de presse, les Éditions Retz, qui publie deux autres revues, Plexus, magazine érotique, et Pénéla, magazine féminin, tous deux sur le même format carré et à dos carré que Planète, dont la promotion est assurée par le slogan La première revue de bibliothèque. Planète connaît une douzaine d’éditions en langue étrangère et suscite des débats de 1961 à 1970, les uns ne voyant dans la revue qu’une imposture intellectuelle et scientifique, les autres (dont Henri Laborit) appréciant son anticonformisme et son apport à une société française alors en pleine mutation. La polémique est aujourd’hui largement éteinte et Planète est considérée par certains comme une revue de haute tenue, dont les approximations dans l’information, les délires ésotériques ou ufologiques, les apologies de la drogue étaient en partie compensés par un rédactionnel et une iconographie en phase sur son temps.

Elle contribua également à faire mieux connaître du grand public des auteurs comme BorgesKeyesClarkeSheckley et Brown.

Du JDD au « Fig Mag »

Louis Pauwels arrête Planète au début des années 1970, lassé de répéter une formule qui était de toute façon tombée dans le domaine public, aussi bien dans la forme (la revue de même format Janus) que dans le contenu (la série des livres L’aventure Mysterieuse des Éditions J’ai lu). Il se concentre alors sur une nouvelle revue, Question de, orientée uniquement sur la spiritualité. Parallèlement il rédige de nombreux articles pour Le Journal du dimanche en 19751976. En 1977, il dirige les services culturels duFigaro, où il établit les bases du Figaro Magazine, hebdomadaire dont il prend la tête jusqu’en 1993. Membre fondateur de la Fondation Marcel et Monique Odier de Psycho-Physique à Genève en 1992 avec Gabriel Veraldi et Rémy Chauvin, il fut aussi la même année le 1er parrain de Nouvelles, l’École du journalisme à Nice, école privée non reconnue par la profession.

http://www.ina.fr/video/PHD99228977

«Nous ne faisons pas un news magazine qui doit suivre l’actualité. Nous travaillons au-dessus d’elle, nous sommes les vigiles du temps. Notre magazine est un objet d’art.» «Sida mental». Il est, de fait, l’artisan du succès foudroyant, des dérapages célèbres puis de la lente dérive droitière de l’hebdomadaire. Lancé en 1977, le titre s’impose vite comme un des succès des années 80. Le combat «politico-hédoniste» de Louis Pauwels se vend à 400 000 exemplaires après dix semaines, et flirte régulièrement avec le million d’exemplaires par la suite. La victoire de Mitterrand, en 1981, dope dans l’effroi et l’adversité son patron et ses fidèles troupes: Marianne déguisée en fatma, l’Afrique du Sud blanchie par Michel Droit, les éditos d’Alain Griotteray… jusqu’à l’affaire du «sida mental», point d’orgue de ce durcissement idéologique et début de l’effritement des ventes (-20% depuis 1986).

Il se charriait lui-même, s’amusant d’être devenu «l’idole des bourgeois». Mais il savait aussi le malentendu qui l’opposait à son public : «L’ironie de ma position, écrivit-il peu de temps avant sa mort, c’est que j’étais souvent au Figaro en opposition avec les gens qui m’approuvaient. Leurs raisons n’étaient pas les miennes. Ils pensaient à tort que je défendais leurs privilèges. J’ étais frappé de leur manque d’intérêt pour la culture. Ils n’en acceptaient et n’en retenaient que ce qui les confortait dans leur statut de bourgeois.»

Le retournement

Revenu à la foi catholique, il a pris ses distances avec sa période PlanèteAlain de Benoist (GRECE) lui dédia ainsi son livre Comment peut-on être païen ? en 1981 (éd. Albin Michel), peu avant sa conversion de novembre 1982 à Acapulco, provoquée par un accident que Louis Pauwels jugeait incompréhensible. De cette chute, ce corps brisé et bientôt ficelé sur un brancard furent les signes d’une conversion : «J’eus sourdement et peu à peu la conviction d’avoir à me relever dans un tout autre état intérieur.»

http://www.ina.fr/video/DVC75060476

Vie familiale

Louis Pauwels fut marié en première noces à Suzanne. Ils eurent une fille, Marie-Claire, journaliste qui obtint le Prix Roger-Nimier en 2003 pour Fille à papa, une biographie de son père ; et un fils, François, patron pêcheur à Trouville, restaurateur à Paris. Il épousa en secondes noces l’actrice Élina Labourdette, avec qui il adopta une fille, Zoé.

http://www.ina.fr/video/CPC77058124

 

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Cette biographie sommaire devrait souligner une des qualités principales de Louis Pauwels, à savoir son insatiable curiosité.

Par le journalisme, il touche aux sujets les plus divers ; et cette occupation, avec ce qu’elle a de toujours immédiat et d’incessant, comble le besoin d’activité d’un homme qui avoue que se distraire l’ennuie et qui ne sait pas ne rien faire.

Le journalisme lui permettait aussi d’être de plain-pied avec son époque, de s’intéresser aux grandes idées comme aux petits faits du jour et rien ne pouvait mieux lui convenir : aller de ravant, préfigurer l’avenir quand tant d’autres gardent les yeux fixés sur un passé nostalgique. Il combattit cette attitude qu’il considérait néfaste et réactionnaire, s’attaqua à la sinistrose ambiante – le mot est de lui et fit florès – donna l’exemple d’un optimisme non pas béat mais nécessaire parce que créatif. Sur ce chapitre aussi il fut incompris : comment être à l’aise dans son temps quand le quotidien aligne inégalités, guerre et famines? Il fut donc moqué par ces bonnes âmes confortables qui portent toute la misère du monde, affichent une compassion universelle et, à chaque bouchée, vous rappellent les petits chinois.

Louis Pauwels nous demande donc de dissocier le journaliste de l’écrivain qu’il fut précédemment et de pardonner au polémiste en considération du romancier et de l’essayiste. Je crois qu’il a tort et toute sa trajectoire montre, au contraire, la pertinence des moyens qu’il choisit pour s’exprimer et leur constante interaction. Ainsi la revue Planète est naturellement issue du Matin des Magiciens, reprend et développe les mêmes questions mais sur des modes différents. Le Figaro-Magazine n’est pas seulement une tribune contre le socialisme et l’étatisme mais, en faisant une large place aux arts et aux sciences, témoigne de la curiosité et des goûts anciens de Louis Pauwels et de la place prépondérante et égale qu’il accorde à ces questions dans sa vie et ses ouvrages. Il est un autre caractère frappant des publications qu’il dirigea, c’est leur beauté, je veux dire la qualité des images, le soin apporté à la mise en page et sa nouveauté, la volonté très marquée d’une revue l’autre, de produire de beaux objets. Tous ses collaborateurs ont souligné le talent et la facilité avec lesquels Louis Pauwels établissait le chemin de fer d’un journal.

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Il s’attaque à la pollution idéologique avec une énergie non discutable. Du muscle, des idées et du courage. Bientôt la plage sera propre. On accusera bien sûr un tel apologiste du surhomme de fascisme. Mais il répond, d’une phrase qui sonne comme une claque: “L’idée de surhomme que se font les sous-hommes est en effet fasciste”. A bon entendeur… On continue: “Je pense qu’il apparaît de loin en loin des êtres supérieurs à toute l’humanité”.

Cette vision, calmement élitiste, se moque des idées à la mode sur l’avènement des masses car “l’âge des masses est en réalité l’âge des meneurs”. Louis Pauwels peut alors énoncer quelques vérités d’évidence, qui réjouiront les lecteurs d’Eléments mais ne les surprendront guère: “La science ne s’occupe pas des idées préférables. Elle dit les faits. Nos facultés sont dans nos gênes. La société, dans la formation de notre personne, ne joue qu’un rôle mineur”.

Pauwels se prononce, sans haine et sans crainte, pour la hiérarchie des capables. Louis Pauwels en compagnie d’Alain de Benoist à Nice, pendant le deuxième congrès international pour la défense de la culture, en septembre 1974. Dans son intervention, l’auteur de Blumroch l’admirable lui avait rendu hommage, ainsi qu’au professeur Louis Rougier.

“Je suis pour une méritocratie”. Cela ne veut pas dire qu’il faut des maîtres et des esclaves: “On est tous frères, c’est entendu. Mais on n’est pas jumeaux”.

Dire cela, c’est affronter le terrorisme intellectuel (et physique) des idéologies égalitaires partout au pouvoir. L’auteur de Blumroch rappelle l’aventure de savants comme Jensen, Eysenck et Schockley. Une nouvelle formule coup de fouet: “L’égalité est une injustice faite aux capables”. Beau sujet de bac-philo, non? Suit une bonne distinction entre l’élite et la bourgeoisie. La volonté de puissance, l’esprit de réussite, le sens de l’effort, niés par les fils d’une bourgeoisie qui bousillent le patrimoine ancestral, permettront à des fils d’ouvriers de devenir les patrons de la société. Pour Pauwels, la méritocratie reste le seul régime populaire… Voilà qui va à l’encontre de la mode. “Mais nous ne misons pas sur l’avenir de la piété. Nous misons sur l’avenir de la connaissance”.

* Louis Pauwels se lâchait dans le Figaro Magazine contre les étudiants et les lycéens qui voulaient le retrait de la loi Devaquet.

“Il y a cependant de l’authentique dans ce qui pousse étudiants et lycéens à manifester. On ne s’est pas assez avisé de la dégradation de notre environnement culturel dans les années 1980. Ces jeunes avaient entre 8 et 14 ans en 1981. Ce sont les enfants du rock débile, les écoliers de la vulgarité pédagogique, les béats de Coluche et Renaud nourris de soupe infra idéologique cuite au show-biz, ahuris par les saturnales de “touche pas à mon pote”, et, somme toute, les produits de la culture Lang. Ils ont reçu une imprégnation morale qui leur fait prendre le bas pour le haut. Rien ne leur paraît meilleur que n’être rien, mais tous ensemble, pour n’aller nulle part. Leur rêve est un monde indifférencié où végéter tièdement. Ils sont ivres d’une générosité au degré zéro, qui ressemble à de l’amour mais se retourne contre tout exemple ou projet d’ordre. L’ensemble des mesures que prend la société pour ne pas achever de se dissoudre : sélection, promotion de l’effort personnel et de la responsabilité individuelle, code de la nationalité, lutte contre la drogue, etc., les hérisse. Ce retour au réel leur est scandale. Ils ont peur de manquer de moeurs avachies. Voilà tout leur sentiment révolutionnaire. C’est une jeunesse atteinte d’un sida mental. Elle a perdu ses immunités naturelles ; tous les virus décomposants l’atteignent. Nous nous demandons ce qui se passe dans leurs têtes. Rien, mais ce rien les dévore. Il aura suffi de cinq ans pour fabriquer dans le mou une telle génération. Serait-ce toute la jeunesse ? Certainement pas. N’ayant pas a courtiser les minus, osons dire que c’est la lie avec quoi le socialisme fait son vinaigre.”

Louis Pauwels, “Le Monome des zombies”, éditorial du Figaro Magazine, 6 décembre 1986

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Il se charriait lui-même, s’amusant d’être devenu «l’idole des bourgeois». Mais il savait aussi le malentendu qui l’opposait à son public : «L’ironie de ma position, écrivit-il peu de temps avant sa mort, c’est que j’étais souvent au Figaro en opposition avec les gens qui m’approuvaient. Leurs raisons n’étaient pas les miennes. Ils pensaient à tort que je défendais leurs privilèges. J’ étais frappé de leur manque d’intérêt pour la culture. Ils n’en acceptaient et n’en retenaient que ce qui les confortait dans leur statut de bourgeois.»

*  Lettre ouverte aux gens heureux
 
« Il n’est pas vrai que notre civilisation est inhumaine. Il n’est pas vrai que le progrès est catastrophique. Il n’est pas vrai que notre société est invivable.
Alliénation, pollution, surpopulation, sont des mythes. La grande injustice faite au Tiers Monde est aussi un mythe.

Bien entendu, il y a des dangers, des accidents, des problèmes. La navigation est difficile ? Oui, mais permettez : je ne fais pas confiance aux gens qui, à propos de la mer, ne me parlent que du mal de mer.
Des élites atteintes de sinistrose. Une opinion découragée par l’Eglise du Pessimisme occidental, une jeunesse corrodée par la canaillerie du dégoût. Voilà ce que cette lettre dénonce.

Pourtant des millions d’hommes, qui ne sont ni imbéciles ni pervers, trouvent que les choses, après tout, ne vont pas si mal que ça. Ces millions d’hommes ne manquent ni de confiance, ni d’espoir, ni de raisons de vivre dans cette société libérale. Mais ils n’osent plus l’avouer de crainte d’aller contre la super-mode du mécontetement.

Cette lettre réagit contre l’escroquerie morale organisée par les « nabots criards du négativisme ».
Persuader que les hommes qu’ils sont malheureux est une action infâme.
C’est une tâche sacrée que de répéter à l’homme qu’il est heureux et qu’il ne s’agit pour lui que de se rendre compte. »

CITATIONS:

  1. L’action est tout. Le gloire n’est rien. 
    (Président Faust, Albin Michel, p.30)
  2. On a créé de l’énergie, mais on a détruit de la chaleur humaine. 
    (Président Faust, Albin Michel, p.36)
  3. Je gage que peu de choses nous séparent. Sauf des opinions. 
    (Président Faust, Albin Michel, p.39)
  4. Un jour, ne plus me livrer qu’à une occupation délicieuse: sentir passer le temps. 
    (Président Faust, Albin Michel, p.45)
  5. L’imbécile veut changer le monde. L’intelligent se contente de le gérer. 
    (Président Faust, Albin Michel, p.85)
  6. Vous savez, quand on vieillit, le pire ce n’est pas d’être moins désirable, c’est de ne plus désirer… 
    (Président Faust, Albin Michel, p.118)
  7. […] la conscience de n’être pas assez intelligent. J’éprouve cette conscience sans comprendre comment il se fait que mon esprit puisse se connaître insuffisant. Mais enfin, il se connaît tel. C’est mon chagrin le plus intime, le seul sans rémission. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 33)
  8. Dieu n’est pas juste. Dieu qui a tout, n’a pas de balance. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 36)
  9. On est tous frères, c’est entendu. Mais on n’est pas jumeaux. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 37)
  10. La psychologie se consacre à l’étude de l’homme moyen, avec un intérêt spécial pour de déchet. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 48)
  11. L’intelligence, c’est ce qui se passe quand rien n’empêche l’intelligence de fonctionner. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 52)
  12. Je vous accorde que l’écologisme est le nom moderne de l’obscurantisme. Je lis les écologistes militants. Je constate qu’en finissant par condamner toute violence faite à la nature, ils condamnent du même coup toute civilisation. Car la civilisation est toujours une violence faite par l’intelligence à la nature. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 72)
  13. […] l’intelligence n’est pas suicidaire. Elle est comme Dieu. Et Dieu peut tout. Sauf se suicider. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 82)
  14. Il n’y a de la pensée que s’il y a défi. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 86)
  15. Ce n’est pas parce qu’un sentiment devient général qu’il devient vérité. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 88)
  16. Je vous résume le freudisme: Pourquoi? Parce queue. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 122)
  17. La plupart des hommes ont des incidents. Quelques-uns ont des destins. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 129)
  18. Le gène fait le génie, mais le génie perfectionne le gène. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 153)
  19. L’homme peut être transformé. Des modifications se produisent, par hasard ou par le jeu de forces ignorées. Le but de la science est de rendre volontaire la modification. L’humanité s’efforce de ne manquer de rien, mais elle risque de manquer de but.
    ( Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 165)
  20. Il n’y a qu’une morale: vaincre tous les obstacles qui nous empêchent de nous surpasser. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 172)
  21. Le pouvoir des choses sur l’homme est plus propre que le pouvoir d’un homme sur un autre homme. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 175)
  22. Il existe deux façons d’aller à la sagesse: se priver de tout, c’est dangereux; la satiété est plus sûre. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 177)
  23. L’intelligence, c’est ce qui fait qu’on s’abstient de conclure. 
    (Blumroch l’admirable, Éd. Gallimard, p. 194)
  24. […] il y a plus important que survivre, c’est se sentir hors d’atteinte. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.14)
  25. Qui a été capable de s’émerveiller, même s’il doit un jour être écrasé par le monde, a su qu’il était utile et bon d’être homme. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.16)
  26. Connaître est, en effet, démystifier. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.30)
  27. […] volonté et amour: deux grandes étrangetés. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.41)
  28. La fin de l’homme n’est pas le travail. C’est acquérir la faculté d’être cause de soi. C’est-à-dire la liberté spirituelle. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.63)
  29. La nature est une puissance qui attend que nous en fassions de l’homme. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.74)
  30. Comment admirerais-je la philosophie politique du camarade Jésus, quand Marx ou Lénine, avec la leur, n’ont mis que quelques années pour changer une partie du monde? 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.87)
  31. Ce n’est pas parce que fausseté devient générale, qu’elle devient une vérité. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.90)
  32. C’est une grande sottise, et qui sent son curé avancé, que de dire: on va sur la Lune, mais les hommes n’en sont pas plus honnêtes, loyaux, fraternels. Nous avons eu le Christ et les saints. Nous avons eu Rousseau et Tolstoï, sans compter Marx. Nous ne sommes pas devenus angéliques. Je ne vois pas pourquoi nous demanderions à l’électricité et au pétrole ce que le Messie et les penseurs ne nous ont pas donné. Je crois que les vertus sont en nous. Encore faut-il être à soi pour le découvrir. Nous ne pouvons demander au progrès que de progresser, pour qu’il nous rende à nous-même. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.96)
  33. Avec l’ère de machines, beaucoup d’esprits se croient robots. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.99)
  34. Quand il y a discrédit du divin et de l’humain, le crédit du tyran est en hausse. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.116)
  35. Quand on a remplacé le ciel par une finalité de l’histoire, on a changé de croyance. A-t-on progressé en raison? 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.142)
  36. La grandeur de tout laisser. Le sublime de ne pas attacher. La vertu d’indifférence. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.156)
  37. Je réclame, parmi les droits de l’homme, le droit à l’indifférence quand l’indifférence est nécessaire à mon âme. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.157)
  38. Nous croyons que le réalisme consiste à ne rien intérioriser. Mais la réalité est que nul ne peut être amélioré que par ses propres efforts au-dedans de lui- même. Je dois bien le rappeler, quand les religieux eux-mêmes l’oublient. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.166)
  39. Une éducation qui n’apprend pas à vieillir, fabrique des monstres: des jeunes avilis par le racisme de leur âge, 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.199)
  40. Le mûrissement est l’élargissement des doutes, une veille de l’esprit pour maintenir la connaissance à son plus haut degré d’incertitude. L’homme vraiment mûr est libre. Il sait qu’il ne sait pas. Il avance pourtant. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.211)
  41. Il est difficile de s’accepter. Il faut y mettre du sien. 
    (Ce que je crois, Livre de Poche n° 4803, p.217)
  42. Il faudrait fuir les gens quand on est incapable de résister au plaisir mou de se raconter; les aveux de notre faiblesse ne reviennent par vers nous en baume, mais en venin… 
    (L’amour monstre, Livre de Poche n° 1980, p.16)
  43. La vraie mort, la terrible, c’est de mourir incompris. Les amoureux meurent en souriant, comme les saints… 
    (L’amour monstre, Livre de Poche n° 1980, p.120)
  44. […] quelquefois on s’aperçoit qu’on est en train de se fabriquer un souvenir aigu avec presque rien. 
    (Saint quelqu’un, Livre de Poche n° 2728 p. 36)
  45. On a beau être simple, quand on commence à voir, c’est difficile de s’accepter. 
    (Saint quelqu’un, Livre de Poche n° 2728, p. 62)
  46. Quand on est sur une haute montagne et que tout en bas deux hommes s’égorgent, on doit croire qu’ils s’amusent.
    (Saint quelqu’un, Livre de Poche n° 2728 p. 130)
  47. Je commence à découvrir le bonheur. Il ne ressemble pas du tout à l’existence.
    (Saint quelqu’un, Livre de Poche n° 2728 p. 131)
  48. Il n’y a pas de parole, ni de pensée, pour contenir cette chose qui contient tout.
    (Saint quelqu’un, Livre de Poche n° 2728 p. 138)
  49. […] tout ce qui arrive est pareil à la vague de la mer: elle bouge, elle fait croire au mouvement, mais pourtant elle appartient à cette grande profondeur d’eau immobile. 
    (Saint quelqu’un, Livre de Poche n° 2728 p. 149)
  50. Une conscience qui s’élargit est une conscience qui doute. Alors elle est vraiment ouverte et libre, affranchie des écoles, des chapelles, des maîtres. Sauvée des opinions, ces petites cages confortables. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.16)
  51. Pas de libération sans un minimum de rigueur, de règles, d’interdits consentis, assumés, pour être ensuite surmontés et distancés. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.40)
  52. Nous partons aujourd’hui d’un principe aberrant : il faut tout faire pour la jeunesse. Non ! Il faut tout faire pour que la jeunesse se passe. Son destin naturel est de s’éteindre au profit de la maturité, tout comme celui de l’enfance est de disparaître au bénéfice de la puberté. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.40)
  53. Avoir vingt ans jusqu’à quatre-vingts ans et plus, quelle morne répétition d’inanités et de fadaises ! Quel narcissisme bégayant et désespérant ! 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.45)
  54. On ne le dira jamais assez : les vieux cons sont simplement d’anciens jeunes cons. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.45)
  55. Renonçons à flatter la jeunesse : on fera faire des progrès à l’éducation. Car c’est en prenant ses distances par rapport à la jeunesse que l’éducateur peut lui être le plus utile. Une société qui fait un mauvais sort à l’âge mûr et à la vieillesse fait aussi un mauvais sort à la jeunesse.
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.46)
  56. Le désir est un miroir qui vous renvoie vos propres fantasmes. Être libéré du désir, c’est voir la réalité à travers un miroir sans tain. Les êtres et les choses apparaissent enfin sans déguisement, sans fioritures, dans leur simple nudité. Ce manque est un enrichissement. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.52)
  57. La vraie naissance de l’amour coïncide avec la mort du désir. Le sexe est moins une clef qu’un monstre et un mur. Loin de vous rapprocher des êtres, il vous en sépare. Il vous exile dans la surenchère de vos propres pulsions. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.55)
  58. […] gardons-nous d’appeler amour ce qui relève seulement du hasardeux frisson et de la brève moiteur. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.63)
  59. Comprendre, c’est regarder, s’émerveiller, s’élargir sans cesse. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.87)
  60. La joie n’est rien d’autre qu’une disposition de l’âme à la joie – une joie qui déborde la personne et toutes ses certitudes. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.88)
  61. À force de gagner du temps, l’homme d’action perd souvent l’essentiel. Savoir perdre du temps, pour le poète, c’est gagner de l’éternité. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.106)
  62. […] plus une philosophie est élevée, plus elle donne des ailes aux gorets. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.126)
  63. Ce n’est pas le monde qui est désespérant, c’est notre regard sur le monde. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.165)
  64. L’espérance est aveugle, puisqu’elle ignore de quoi demain sera fait. Mais c’est manquer d’amour que manquer d’espérance. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.167)
  65. La seule paix définitive est celle des cimetières. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.174)
  66. Être, c’est être différent, c’est n’avoir pas de sosie, pas même dans la glace. C’est être ouvert, attentif à la saveur sans cesse nouvelle et spécifique des choses. C’est refuser le mimétisme dont se nourrissent les masses et dont procèdent les égarements et préjugés de toute nature. Être, c’est refuser de ressembler à ses propres limites, afin de pousser la célébration de la vie aussi loin que possible. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.184)
  67. Le droit de se tromper, d’être stupide ou fou, devrait être sacré. Ce qui manque le plus à notre époque, c’est un Voltaire fulminant contre toutes les espèces de censures et de persécutions idéologiques. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.211)
  68. Tout l’univers est une constante célébration de la beauté. Le plus grand mystère, c’est que Dieu ait disposé en l’homme la conscience du beau.
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.245)
  69. […] connaître, c’est élever les choses jusqu’au mystère. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.248)
  70. Le seul moyen de changer sa vie, ce n’est pas d’appeler l’événement extraordinaire qui modifierait l’existence, c’est que notre existence ordinaire par la conscience intériorisée, cesse d’être vécue ordinairement. 
    (Les dernières chaînes, Pocket n°10493, p.249)

Soubresauts du Figaro Mag et de GRECE :

http://archives-fr.novopress.info/50746/avec-louis-pauwels-au-figaro-magazine-par-jean-claude-valla/

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