Jean Edern Hallier

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Affabulateur mégalomane, décadent soyeux, mi-cinglé mi-extra lucide, illusionniste médiatique, dangereux polémiste? Jean Edern fut un peu tout ça à la fois.. L’essentiel étant, on le rappelle, de ne pas laisser indifférent ! L’idiot international : c’est lui. 

Cultivant les coups fumeux et les facéties sulfureuses, Le « fou-Hallier a, par ses nombreux et clinquants coups d’éclats, longtemps fait trembler la République. Archétype du type imbuvable, vantard, diffamateur, il a su imposer un ton, une griffe dans le paysage intellectuel français. La multitude d’étiquettes dont il fut paré traduit l’embarras des critiques à le placer. Ce flamboyant déglingué, qui maitrisait plus la forme que la fond, méritait bien un brevet d’anarchie.

Écrivain pamphlétaire et habitué des coups d’éclats médiatiques, Jean-Edern Hallier s’est montré particulièrement féroce envers le pouvoir socialiste et François Mitterrand — dont il fut un temps proche — en menaçant de révéler l’existence de sa fille cachée, Mazarine Pingeot, son passé lié au Maréchal Pétain et son cancer, dans un pamphletL’Honneur perdu de François Mitterrand, qu’il mettra plusieurs années à publier. Cette hostilité aurait eu pour origine des promesses non tenues (présidence d’une chaîne de télévision ou ambassade).

Excellent documentaire en 4 parties:

Se situant à ses débuts dans la mouvance du nouveau roman, celui qui fut directeur de Tel Quel en 1960 s’en est très vite affranchi. À partir de Chagrin d’amour (1974), ses œuvres sont portées par un souffle épique, qui rappelle celui de son compatriote breton Chateaubriand.

Homme de média, Hallier a hébergé en 1977 la première radio pirate déclarée — « Radio Verte », de tendance écologiste — qui fera beaucoup parler d’elle en tant qu’écho d’un phénomène nouveau. Dans la lignée des événements de Mai 68 (auxquels il avait pris part), il a également créé, l’année suivante (en octobre 1969), le journal satirique L’Idiot international — patronné à ses débuts par Simone de Beauvoir qui, par la suite, prendra ses distances avec le journal —, ce qui vaudra plus tard à Hallier d’être accusé d’entretenir un réseau « rouge-brun ». Aux yeux de certains journalistes, le polémiste était d’autant plus suspect qu’il avait, depuis quelques années, entamé un dialogue avec Alain de Benoist, publiant notamment un de ses essais aux éditions Libres-Hallier (filiale d’Albin Michel) : Les Idées à l’endroit (1979).

En 1982, l’écrivain est soupçonné d’avoir simulé un faux enlèvement et commandité un attentat dans l’immeuble de Régis Debray. Les sources de ces faits rapportés sont nombreuses : récemment l’auteur de sa biographie a confirmé le fait, ainsi que Gilles Ménage. En 1977, il aurait déjà commandité un mini-attentat chez Françoise Mallet-Joris, juré Goncourt, afin de protester contre les magouilles des prix littéraires : la seule conséquence en fut un feu de paillasson.

En juin 1991, National Hebdo affirme que Jean-Edern Hallier va rallier le Front national. Dans un entretien accordé au Monde, l’écrivain dément, mais ajoute : « Le Penreprésente beaucoup de Français de la France profonde. Il faut réconcilier Doriot et Thorez », tout en se déclarant « de gauche ».

Critique littéraire, il est également animateur d’émissions littéraires, sur Paris Première avec le Jean-Edern’s Club, où il se permettait tout, même de jeter les livres par-dessus son épaule ou dans une poubelle, et sur M6, avec A l’ouest d’Edern.

Il s’est aussi attaqué à l’homme d’affaires Bernard Tapie dans L’Idiot International en 1991 puis en publiant son casier judiciaire en 1993. D’autres nombreuses personnalités ont aussi été violemment attaquées à cette époque cela jusqu’à son décès en 1997.

C’est au moment de ses révélations sur Mitterrand (qui se voulaient fracassantes), que l’écrivain commence à devenir encore plus « gênant ». Un indésirable, pis même ! un parasite. Ce qui lui vaut de multiples écoutes téléphoniques à la demande express de Tonton. Sur 5184 écoutes de l’Elysées l’année où le bruit court qu’il va sortir un pamphlet, véritable punching ball contre Mitterrand, 800 lui sont destinées, « 800 fois le Watergate ! ».
L’honneur perdu de François Mitterrand est le pamphlet le plus célèbre qui ait existé avant même d’avoir été publié, comme disait son auteur. « Il m’a valu les mille écoutes de l’Elysée, les boulons de ma moto dévissés, les petits cercueils sur mon palier, les imprimeries brûlées, les intimidations physiques et téléphoniques, les contrôles fiscaux les plus odieux, sur moi et mon entourage, et les condamnations pénales qui m’ont coûté ma fortune personnelle et, qui sait ?, plusieurs contrats sur ma tête… »
La publication de son brûlot, retardée jusqu’à la mort du président, avait eu le temps de cicruler entre les mains du tout Paris. Son cancer, sa fille cachée Mazarine, sa prétendue collaboration, l’attentat de l’Observatoire… Edern Hallier avait cette fois dépassé la ligne blanche avec laquelle il flirtait depuis tant d’années sans jamais oser la franchir.

Le pamphlétaire, alors en villégiature à Deauville (Normandy Barrière), meurt le matin du 12 janvier 1997 (peu avant 8 h du matin), alors qu’il circule à vélo (bien qu’à moitié aveugle), sans que personne n’ait été témoin de l’accident. Peu de temps après la découverte du corps, il a été constaté que le coffre-fort de sa chambre d’hôtel — qui contenait des photocopies de documents concernant François Mitterrand et Roland Dumas — avait été vidé. Son appartement parisien avait également fait l’objet d’une visite semblable. Il devait déjeuner quelques heures plus tard avec le journaliste Karl Zéro, qui fut d’ailleurs appelé pour l’identification du cadavre.

L’hypothèse de son assassinat a été plusieurs fois avancée, notamment par son frère, Laurent Hallier, Christian Lançon et Dominique Lacout dans La Mise à mort de Jean-Edern Hallier. Cependant, les plaintes déposées contre X n’ont pas été jugées recevables.

Certains anciens amis de cet homme très décrié gardent le souvenir d’une sorte de clown génial, « fantôme de Don Quichotte, venu réenchanter un monde de comptables et de retraités ». Et qui, au-delà des frasques et des fulgurances, n’avait pas complètement perdu sa sensibilité.

Procès

De juillet à octobre 1989, Jean-Edern Hallier et son journal sont condamnés à verser 250 000 F à Jack Lang et à son épouse pour « diffamation et injures publiques », puis100 000 F à Christian Bourgois pour « propos injurieux et atteinte à la vie privée », 300 000 F à Georges Kiejman pour « injures, diffamation et atteinte à la vie privée », et enfin 400 000 F à Bernard Tapie pour des « atteintes d’une gravité exceptionnelle que ni l’humour ni les principes régissant la liberté de la presse ne sauraient justifier », selon les termes du tribunal correctionnel de Paris.

En juillet 1991, Jean-Edern Hallier est condamné à cinquante mille francs d’amende et quatre-vingt mille francs de dommages-intérêts à plusieurs associations antiracistes, pour « provocation à la haine raciale », par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, suite aux « qualificatifs outrageants ou abjects s’appliquant à désigner les juifs comme la lie de l’humanité » dans un éditorial de L’Idiot international publié pendant la guerre du Golfe. En septembre de la même année, l’écrivain est condamné à payer800 000 F de dommages-intérêts à Bernard Tapie pour publication, dans L’Idiot international, de propos « diffamatoires, injurieux, et attentatoires à sa vie privée ».

Suite à ses multiples condamnations judiciaires, L’Idiot International cesse de paraître, le journal ne pouvant plus faire face à ses dettes à cause de trop nombreux procès intentés contre lui.

En 2005, l’ancien directeur adjoint du cabinet de Mitterrand, Gilles Ménage, et le chef de la « cellule Élysée », Christian Prouteau, ont été condamnés à du sursis dans le dossier Hallier de l’affaire des écoutes de l’Élysée. L’ancien directeur de cabinet de Pierre MauroyMichel Delebarre, et l’ancien directeur de cabinet de Laurent FabiusLouis Schweitzer, ont également été condamnés par le tribunal correctionnel de Paris. La justice a ensuite condamné en 2008 l’État français à indemniser le fils, la fille et le frère de Jean-Edern Hallier.

Il en était un qui passait pour fou, dangereux, incontrôlable. Il en était un qui, par ses coups d’éclats permanents a fait trembler la République. C’est que, devant l’ennui et les bâillements irrépressibles que déclenchent certaines émissions culturelles et politiques, souvent convenues, on regretterait presque les lancers de bouquins, les pugilats, et autres démonstrations furieuses mais non moins éloquentes du triste sire…

Pas bien fixé entre le rêve et la réalité, Jean-Edern Hallier a toujours vécu un peu dans les deux. C’est en oxymorisant sa vie qu’il est devenu cet être de contes et légendes, fantôme de Don Quichotte. Sûr qu’il nous manque un type comme lui pour remuer le bocal aujourd’hui.
Mais cet homme vient d’un passé révolu, d’une époque où l’on pouvait encore tout se dire, ou l’on résistait, bien qu’avec ses dommages collatéraux.
Nous considérons cela d’un œil éteint, désenchanté, en nous disant: voilà ce que nous avons perdu…
L’IDIOT INTERNATIONAL ( Archétype du journal anar de droite s’il en fut)
 26capju2mvcajulfkucagzfzztcaap3pbjca7xid2ccaht0n8fcaswt1jbca5hh1kzca1h93d0cac7qfa2ca3ii4v2caba1rfyca94fbitcajfm5l5cabjqti0ca72d9wxcalnapdbcaztgbew7  « C’est un journal en avance sur la presse de demain et en retard sur la presse d’aujourd’hui, une espèce de drapeau, mon oiseau de liberté aux plumes les plus talentueuses ».
Ce journal créé en 1971 avec une bande de fous à lier eux aussi, que Simone de Beauvoir n’hésita pas à soutenir. C’est un journal pamphlétaire français, il est avant tout polémique, se déclarant indépendant de toute idéologie
Début des années 90, en pleine guerre du Golfe, l’hebdomadaire est à son acmé.
Patrick Besson, Philippe Sollers, Jacques Laurent, Michel Déon, Marc-Edouard Nabe, Philippe Muray, Jacques Laurent, Frédéric Beigbeder, Patrick Buisson, Michel Houellebecq, Edouard Limonov, Alain Soral, Jacques Vergès, Frédéric Taddeï ou encore Gabriel Matzneff, pour ne citer qu’eux, y apportent leur contribution.
Ce qui caractérise l’Idiot c’est une liberté de ton incroyable, jamais dans la demi-mesure : toujours dans l’excès.
Jean-Edern se sert alors de son journal comme d’un bouclier pour mener toutes ses campagnes, comme devant l’ambassade d’Iran où il distribue dans l’Idiot une version des Versets Sataniques de Salman Rushdie (qu’aucun éditeur ne veut prendre le risque de publier).
La ligne éditoriale se veut volontiers provocatrice, ce qui en a fait un journal très attaqué. Car l’idiot c’était la démesure, la folie ; pour Jean-Edern Hallier, ce qu’il perdait de crédit à l’oral se matérialisait soudain avec une justesse inouïe sur le papier.
Combien de condamnations, -et souvent à juste titre-, le journal n’a-t-il pas essuyé ?
Ce qui fut moins justifié, c’est la violence des contre-attaques, la sévérité des sanctions financières pour diffamation qui lui ont été administrées, qui marquent une réelle volonté d’étrangler le journal, et Hallier par la même occasion.
Lui aussi a connu les affres de la censures (qu’est ce que ça aurait été aujourd’hui !), 80 000 francs de dommages et intérêts pour avoir désigné les juifs de lie de l’humanité dans une chronique de l’Idiot publiée pendant la guerre du Golfe, 800 000 francs pour Tapie, pour propos diffamatoires, injurieux et attentoires à la vie privées, 250 000 francs pour Jack Lang, toujours diffamation et injures publiques, + 100 000 à Christian Bourgeois ; l’éditeur de Salman Rushdie, j’en passe…
Pas vraiment un modèle de viabilité ce journal. Mais qu’importe, J-E-H mènera son raffiot contre vents et marée. En bon capitaine de navire, il restera sur le pont jusqu’à ce que même les rats coulent avec lui…

http://www.cahiersdujournalisme.net/cdj/pdf/04/16_HESSE.pdf

http://www.Jean-edern. fr nous offre quelques extraits:
La cause des peuples « Où étions-nous ? Où allions-nous ? Un jour, peut-être, dans un autre livre que celui-ci, je raconterai l’autre histoire de la folie, et non comme les philosophes et les médecins s’y essaient parfois avec leurs mots de pédants, tristes comme des Sorbonnes, attrape-nigauds de séminaires laïcs ; mais en pur voyant. J’ajouterai simplement ceci : pour s’en sortir, il faut avoir une terrible santé. Il faut naviguer, les yeux grands ouverts, louvoyer à fleur de récifs et confier son sort aux plus hautes marées de la chance. »
(p. 121)
Chagrin d'amour « Ariane, petite fille, tu as sept ans. Si ce n’était pour toi, sans doute cesserais-je à jamais d’écrire. Pour demain, la révolution ? Je ne sais. Mais quand tu seras grande, le monde aura bien changé. Peux-tu déjà me lire, pourras-tu me comprendre ? Une enfant : nul ne te protège, toi la créature la plus solitaire qui soit. Pas plus que Jean-Jacques de ses enfants, je ne me suis occupé de toi. Pourtant, c’est à toi que je m’adresse désormais, par-delà les années qu’il nous faudra pour nous rejoindre. L’Emile, en 1974, je voudrais que ce soit un peu l’Ariane.Y suis-je parvenu ? A l’heure où j’écris ces lignes, comme toujours quand il me reprend d’écrire, je suis seul… »
(p.9)
Le premier qui dort réveille l'autre « Une fois de plus, cet après-midi de printemps précoce, je promène mon frère dans son fauteuil roulant sur la plage, tandis qu’à la limite de l’horizon se poursuit l’affrontement éternel du visible et de l’invisible. Là-bas, s’écoule le sable fin d’une Abyssinie impossible, entre les doigts graciles d’un panier de mains entrelacées, sablier du temps retrouvé… Il faudra bien grandir, s’assumer, porter son propre sac de chimères, et perpétuer l’humanité souffrante. Je prendrai la relève. Ce ne sera pas toujours facile. Qu’importe ! Est pris qui a cru prendre. Il faut bien se survivre. En toutes choses le mort saisit le vif. Je m’appelle Aubert.»
(p.154)
Lettre au colin froid « Un homme averti en vaut deux. Au moins, je ne serai pas seul pour affronter la réprobation, les mines choquées, le silence et la traversée du désert que me vaudra ce livre…Car il n’est que trois manières de l’accueillir. Le prendre pour ce qu’il est : un outrage au président de la République. Que ce dernier ne réagisse pas, nous aurons une preuve de son laxisme. Qu’il me fasse poursuivre, lui-même, ou par personne interposée, nous en aurons une autre : l’imposture du libéralisme. Dans l’un et l’autre cas, il aura tort. »
(avertissement)

Un barbare en Asie du Sud-est

« Et comment aurait-on pu, après la paix de Genève, en 1975, penser que l’Asie du Sud-Est intéresserait encore ? Las, les conséquences de la fin de la guerre du Vietnam et de la défaite des Américains auront été incalculables : tout un sous-continent, en proie à l’érosion interne et à un formidable glissement de terrain, est en train de s’effondrer comme une falaise d’où nous contemplerions paisiblement l’océan, assis tout en haut, tandis que les vagues invisibles la minent implacablement en dessous. Boat-people, pirates, réfugiés, famine au Cambodge, colonie de peuplement, nouveau capitalisme sauvage chinois, montée de l’Islam sont autant d’intersignes – termes désignant dans les légendes de la mort de Basse Bretagne les mauvais présages – de ce prochain changement de la carte du monde, sur de vastes territoires, qu’aucun traité de Yalta n’aura fixé… »
(p. 49)
Fin de siècle « Tu es le ciel, mon Elisabeth, je te rejoindrai, murmurai-je à la dame du verger.
Ciel de terre, j’y étais, laissant glisser le temps, un nuage sans nuage assombrissant mon front que je chassai d’un revers de la main et questionnai :
– Depuis quand sommes-nous ici ?
– Un instant, un grain de blé d’éternité, m’entendis-je répondre à moi-même. »
(p.344)
Breviaire pour une jeunesse déracinée « Aujourd’hui, en mon train endiablé, quand je me retourne, je vois d’autres enfants qui me poursuivent, et se rapprochent. L’un me ressemble singulièrement, avec ses yeux verts, sa mèche noire. Il me fait plus peur que les autres, avec son air de farouche détermination. Lui, est sans pitié. A sa moue dédaigneuse, à son regard perdu et fixe de voyant, je reconnais qui je fus – et qui je redeviens, quand je m’évade de la société des hommes pour travailler à l’un de mes livres. O solitudes enchantées ! Ma force d’oubli se déverse souvent en un havre de grâce, un vert paradis où le temps se gonfle, reprenant sa capillarité perdue, sa subjectivité, et ce rêve habité de réel. Elle est partie. Quoi ? L’Eternité. La voici retrouvée. »
(p. 48 -49)
L'Enlèvement « Depuis, je ne pense qu’au Père éternel. J’ai redécouvert la solitude, la solitude orgueilleuse de la Foi. Qu’importe si j’ai fauté : Dieu n’aime que les pécheurs. Comment savoir s’il m’aime ? Perce que tout homme au fond de lui-même vit la souffrance de Jésus -, et se sent abandonné de son père. Eli, Eli, lama sabachthani… Sauf qu’au bout de son calvaire, il ne ressuscite pas ; il connaît cette perversion absolue de la mémoire, le redoublement de la vie, et le redoublement plus terrible de la faute. Sa culpabilité, au lieu de s’en libérer, il l’aggrave.. Il porte sans espoir de rémission tous les péchés du monde. Dans un univers partagé entre les possédés et les démons, il a tout juste l’espérance insensée que ces derniers ressuscitent – Angel, mon ange invincible… D’ailleurs, maintenant que je n’ai plus rien à craindre, je lui téléphone tous les matins de mon domicile. Plus de risque d’écoute. La sonnerie retentit longuement dans le vide qu’est devenu ma vie, cette désolation que peuple, seule, la littérature… »
(p. 178 et 179)
Le Mauvais esprit « …Dans mon roman, justement, je vois surgir des gens à moitié nus, avec des bicormes d’académiciens, qui essaient de me séquestrer. Je les appelle les agagamiciens. C’est un horrible carnaval. L’Enlèvement, c’est un peu comme le Vol au-dessus d’un nid de coucou, où le journaliste qui veut faire un reportage sur la folie devient fou lui-même dans un asile… »
(p. 21)
L'Evangile du fou « C’était le temps des cerises – des coquelicots pornographiques aux pétales de petites lèvres et des fraises de petis nichons pointus de demoiselles de bonne famille -, tout humide, gorgé de rosée et de bave en limace. La nature mouillait, éperdue de désir, et de cet amour que le père de Foucauld sentait brûler sous sa braguette pour sa cousine, vierge folle qui le faisait marcher dans la campagne lorraine. »
(p. 81)
Carnets impudiques «… Sans les femmes, je ne serais rien. Je suis rassuré de l’entendre. – Jean-Edern, viens, viens… Je suis venu, et en me redressant, je suis allé me regarder dans la glace du cabinet de toilette, les cheveux hirsutes, le poil dru sur le menton, entre des plaques espacées de peau douce, qui sont toujours restées imberbes depuis mes blessures d’enfance, lors du siège de Budapest, en 1945. J’ai les paupières lourdes, les cernes sous les yeux, rimmelisé d’épuisement, acteur et unique spectateur de mon théâtre intime, je deviens à la fois Auguste le clown, et Auguste l’empereur, dont Suétone racontait qu’au dernier jour de sa vie, réclamant un miroir, il demandait à ses proches « s’il avait bien joué jusqu’au bout la farce de sa vie ».
(p. 15 et 16)
Le dandy de grand chemin « En vérité, j’ai été élevé pour être un grand du monde ancien et un inadapté du monde nouveau. Tout à coup, je me suis aperçu que j’aurais été merveilleusement bien dans l’Angleterre victorienne, ou dans la France du 18ème siècle, et surtout du 17ème siècle. C’est mon siècle à moi. Je suis un frère ou un petit neveu douloureux de Pascal… » (p. 58)
L’infortune de mon caractère, c’est qu’il a plus pâti de ses qualités que de ses défauts. Nonobstant, je persiste. »
(p. 122)« J’ai été mal compris, le jour de la destruction devant l’Elysée, parce que je voulais refaire ce que Rousseau avait fait avec Le Contrat social. Rousseau a brûlé Le Contrat Social devant la cour du roi de France, au château de Versailles, comme j’ai brûlé mon texte, pour montrer à tout le monde que je ne pouvais pas l’éditer. Les gens ont cru que ce geste était sacrificiel alors qu’il était protestataire. Je ne « renonçais » pas à publier mon livre. On m’empêchait de le faire. »
(p. 166)
La Force d'âme « Que la France de 1789, 1830, 1848, 1870, ou de Mai 68 puisse s’être oubliée à ce point-là – mais comme on le dit des vieux, qu’ils s’oublient sur leurs sièges… – montre la décrépitude avancée de la nation. L’Histoire s’est vengée, Mitterrand n’y occupera aucune place. »
Je rends heureux « Il m’avait cueilli à froid. Revenir à la charge n’était plus possible, c’était un combat d’arrière-garde. J’en tirai l’amère leçon – celle qui me fit comprendre à quel point je serais difficilement admis par les petits Français de mon âge.
Ce qui me séparait déjà d’eux, mon passé, mon éducation européenne inimaginable en une époque qui ignorait le tourisme de masse -, ma mémoire vraie que l’on prenait pour de la mythomanie, mes souffrances bien réelles d’enfant – la perte de mon œil gauche, au siège de Budapest – n’était que la répétition générale de ce qui m’a séparé depuis du monde des adultes. »
Le Refus «… J’avoue ici ma faiblesse. A la fondation Rothschild où j’étais soigné, sous perfusion, quand mes visiteurs me quittaient je me retrouvais seul, le visage baigné de larmes. J’ai pleuré pendant quinze jours. Mon œuvre romanesque était arrivée à maturité. J’avais encore des dizaines de livres à écrire que je n’écrirais plus jamais. J’ai songé à me suicider, et une nuit, je suis resté plusieurs heures sur le rebord de la fenêtre, prêt à me jeter dans le vide. Je ne suis pas mort. Je suis ici. Grâce à de fidèles compagnons qui m’ont aidé, qui m’assistent tous les jours, je peux m’habiller, trouver les quelques objets dont j’ai besoin, ou dicter quelques pages. Je ne peux plus traverser une rue, les couleurs du ciel et la » verdure se sont définitivement éteintes. Pour combattre l’adversité, je me suis mis à peindre dans la nuit…
Fulgurances « On ne reprend jamais une femme.
Comme un cigare refroidi, ça ne se rallume pas. »

« La mémoire de mes couilles est remplie de mille prénoms adorables.»

« Quand l’Anglais passe devant le palais royal, le Buckingham Palace, il lape l’air goulûment. On appelle ça une bouchée à la reine. »

« L’essentiel, c’est l’endurance de la pensée. Une destinée littéraire est un marathon. »

« A l’aube du troisième millénaire, la vitesse est devenue la vieillesse du monde. »

« Il me faut la chute des pas, si faible soit-elle, le froissement des ailes de la chouette complice, les cendres d’air, la craie et le granit bleu d’ardoise après l’éblouissement et les toitures gonflées le nuages pour que se poursuivent mes existences conjointes.»

L'honneur perdu de François Mitterrrand
En fin de son pamphlet contre Mitterrand, il joint une lettre écrite le 14 décembre 1983, et destinée à Monsieur le Trésorier principal – 99, rue de la Verrerie – 75004 Paris. Une lettre dont nous reportons ci-dessous les premières phrases :
« Monsieur le Trésorier principal,
Je suis extrêmement surpris de voir l’Etat me réclamer de l’argent. Comment ose-t-il ! Il ne saurait être question de payer mes impôts.
Pas par incivisme, mais parce que j’estime qu’un grave préjudice moral et professionnel m’a été causé depuis le 10 mai 1981. Enfant naturel d’une gauche que j’ai largement contribué à mettre au pouvoir, j’attends de l’Etat réparation, dommages et intérêts. »
Les puissances du mal

« …Quand mon heure sera venue de mourir, j’irai la retrouver. Je le sais. Quand je suis au plus mal, voici ce qu’elle m’a dit comme hier soir. J’étais revenu à Deauville. L’hiver s’attardait, soudain redevenu mortel. Comment aurais-je la force de mener l’enquête ? J’avais été au bord de faire triompher la vérité, et maintenant je m’enlisais dans l’incertain. C’était l’éternel retour de mon passé cauchemardesque. Quand aurai-je fini ? C’était le combat de trop. Je ne sougeais plus qu’à ma vie posthume – et avant à quelque suicide de fatigue, d’épuisement. La maladie n’existe pas. On ne meurt jamais que de fatigue.

– Viens, nous monterons en haut du col, nous irons nous asseoir dans la neige en attendant la montée du soir. Nous resterons enlacés, immobiles. La neige tombera. Tu verras, nous n’aurons pas froid. Ce sera très doux… »
( p. 145-146)
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