Emil Cioran

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 Emil Cioran vécut en retrait des divertissements et des réjouissances de son siècle, se signalant par un détachement des biens de ce monde et des simagrées de la société, sa négativité risque d’envouter. On le dit pessimiste, sceptique, misanthrope, et pourtant, ses essais, ses aphorismes ont quelque chose d’incroyablement revigorant. On ne ressort pas indemne de pareil compagnonnage. Il est bien un fanatique sans credo, plus nihiliste que proprement anar. Condamné à l’extra lucidité et au reniement permanent, il trouvera un sursis existentiel dans la voie du parler pur, et pris coutume de lever un sourcil courroucé vers un Dieu absent, le seul interlocuteur convenable.

Traversé par de multiples contradictions, le parcours humain et intellectuel d’Emil Cioran est, aujourd’hui l’objet de débats passionnés qui témoignent de l’importance des questions qu’il soulève. D’abord auteur d’une oeuvre rédigée en roumain Cioran décide, en 1947, de ne plus s’exprimer qu’en français. « Espérer c’est démentir l’avenir… La tristesse: un appétit qu’aucun malheur ne rassasie… » Cioran risque, du long de ses nuées apocalyptiques de vous purger de toute forme de naïveté. Pour dévoiler la tartufferie du monde moderne, il considère que le mot le plus juste est le mot le plus cru et qu’une vérité sans fard ne peut s’incarner que dans une maxime efficace; ses « éjaculations mystiques », des préceptes qui se transforment en adages. On y doute de tout, chaque mot agit comme un redoutable couperet de finesse. Maniant sentences, abstractions et outrances, il cultivera secrètement les  germes d’une aristocratie du doute, qui un peu partout voit le bateau sombrer et le monde périr, sans s’interdir de l’analyser.  

Contre l’intellectualisme et son abîme de doutes, Cioran en appelle alors à la vitalité des mythes et des symboles unificateurs poussant à l’action et au dépassement de soi. Mais attention: tout projet est une « forme camouflée d’esclavage » ; toute conviction, une « folie ». La vie est « le plus grand des vices » : c’est « pourquoi on a tant de peine à s’en débarrasser». La mort est « un état de perfection, le seul à la portée d’un mortel » ; la vieillesse: « la punition d’avoir vécu ». À vouloir jouer avec sa folie, vous risquez de ne plus voir le monde sur la même mélodie : « soyons confiants, misons sur la catastrophe » 

Cioran naît d’un père pope orthodoxe et d’une mère athée. Après quelques années de vie heureuse à Rasinari, petit village de Transylvanie. Il a sept ans lorsque la Transylvanie rejoint la Roumanie. Il fait des études de philosophie dès l’âge de 17 ans. À 22 ans, il publie Sur les cimes du désespoir, son premier ouvrage, avec lequel il s’inscrit, malgré son jeune âge, au panthéon des grands écrivains roumains.

Arrivé en France à la fin de cette année 1937 comme boursier de l’Institut français de Bucarest, il ne reviendra jamais en Roumanie où, pour lutter plus fermement contre la Garde de Fer, le roi Carol II instaure un régime autoritaire.

Très vite, Cioran est victime d’insomnies et se laisse hanter par l’idée omniprésente de la mort. Agé de seulement 22 ans, il rédige Sur les Cimes du désespoir dans lequel il se qualifie de « fossile des commencements du monde, (…) en qui le chaos initial s’adonne encore à sa folle effervescence »

Avec une lucidité cruelle, il y réfléchit sur l’utilité de la vie (cette agonie durable) le néant, l’effroyable réalité du corps, mais aussi sur l’Histoire, la temporalité et la négativité de la mort : « Or, puisqu’il n’y a de salut ni dans l’existence, ni dans le néant, que crèvent donc ce monde et ses lois éternelles ! »(Sur les Cimes du désespoir, 1934) 

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Par la suite, ses titres seront plus évocateurs les uns que les autres, qu’il s’agisse de son premier recueil d’aphorismes, Syllogismes de l’amertume (1952), de La Tentation d’exister (1956), De l’inconvénient d’être né (1973) ou encore d’Ecartèlement (1979).

Jeune, il a besoin de folie, dit-il, et d’une folie agissante. Il fait donc l’éloge de l’irrationnel et de l’insensé, il a envie de faire sauter les cimetières, il nie, en Œdipe furieux, le christianisme mou de son curé de père, il prend le parti de sa mère, pas croyante, mais qui fait semblant.

Aucun doute, Cioran a été messianique, et il va d’ailleurs le rester, de façon inversée, dans le désespoir. Sa conversion éblouissante à la langue française va lui permettre cette métamorphose. Dès le «Précis de décomposition» (1949), ne voulant plus être le complice de qui que ce soit, il devient un intégriste du scepticisme, un terroriste du doute, un dévot de l’amertume, un fanatique du néant. En grand styliste de la négation, et avec une intelligence d’acier, il sait où frapper. Son «De la France» annonce parfaitement son projet. La France, écrit-il, s’enfonce dans une décadence inexorable, elle est exténuée, elle agonise, et je vous le prouve, moi, Cioran, en écrivant mieux qu’aucun Français, et en procédant à la dissection d’un cadavre. «Les temps qui viennent seront ceux d’un vaste désert; le temps français sera lui-même le déploiement du vide. La France est atteinte par le cafard de l’agonie.» Ou encore: «Lorsque l’Europe sera drapée d’ombre, la France demeurera son tombeau le plus vivant.»

Etrangement, les Français vont beaucoup aimer ces oraisons funèbres, alors que si un Français leur dit, pour les ranimer, qu’ils sont moisis, ils le prennent très mal. Cioran est extrêmement conscient de son rôle de vampire intellectuel, mais comme il souffre comme un martyr du simple fait d’être né (alors que, dans la vie, c’était le plus gai des convives), on le plaint, on l’adore. C’est entendu, tout est foutu, l’homme devrait disparaître, et je me souviens de sa charmante dédicace à mon sujet, qui valait condamnation définitive: «Vivant ! Trop vivant!»

Un nihiliste ultra-lucide

Dans un passionnant entretien de 1987 avec Laurence Tacou (Cahier de l’Herne), Cioran multiplie les prophéties: «Dans cinquante ans, dit-il, Notre-Dame sera une mosquée.» Un seul espoir: la relève de l’Amérique latine. Il va même jusqu’à cette considération gnostique, ou plus exactement manichéenne: «Je crois que l’histoire universelle, l’histoire de l’homme, est inimaginable sans la pensée diabolique, sans un dessein démoniaque…» En somme, il ne croit pas en Dieu, mais au diable, ce qui l’empêche d’adhérer au bouddhisme, on a eu chaud. Ne pas oublier quand même que tout cela est interrompu par de nombreux rires, la seule solution de calme pour lui, après des nuits blanches torturantes, étant le bricolage et la réparation de robinets.

Ce misanthrope absolu a réussi à vivre pauvrement, refusant les honneurs et les prix, éternel étudiant, saint sans religion, parasite inspiré, parfois ascète au beurre, et, de plus, aimé jusqu’à sa fin terrible (maladie d’Alzheimer) par une compagne lumineuse, Simone Boué (il faut lire ici le témoignage émouvant de Fernando Savater). Ce nihiliste ultra-lucide ne rend les armes que devant la musique de Bach qui lui ferait presque croire en Dieu. Mais enfin, qui aura célébré comme lui la langue française? «On n’habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c’est cela, et rien d’autre» En réalité, il a poussé le français au noir, mais sans pathos, dans des fragments dont beaucoup sont inoubliables. Le catastrophisme roumain est toujours là, mais surmonté par l’impeccable clarté française. Cioran a raconté sa conversion au français, après avoir sué sang et eau sur une traduction de Mallarmé. Il s’est réveillé du côté de Pascal et de La Rochefoucauld, et il est parmi les très rares auteurs (avec Baudelaire) à avoir compris le génie de Joseph de Maistre. Pas de Sade, chez lui, aucune dérive sexuelle (ce qui, par les temps qui courent, produit un effet d’air frais). On peut ouvrir ses livres au hasard, et méditer sur deux ou trois pensées, ce que je viens de faire avec «Aveux et Anathèmes»: le spectacle social vole aussitôt en éclats, un acide guérisseur agit.

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Cioran, on le voit sur des photos, a été un très beau bébé. Son père, en habits ecclésiastiques, n’a pas l’air à la fête. Sa mère, Elvira, est énergique et belle. «J’ai hérité de ses maux, de sa mélancolie, de ses contradictions, de tout. Tout ce qu’elle était s’est aggravé et exaspéré en moi. Je suis sa réussite et sa défaite.» Humain, trop humain… Exemple: «Ce matin, après avoir entendu un astronome parler de milliards de soleils, j’ai renoncé à faire ma toilette: à quoi bon se laver encore?»

La consommation de Cioran doit se faire à petites doses. Deux ou trois fragments sont régénérants, davantage est vite lassant, on entend tourner le disque. Rien de plus tonique que dix minutes de désespoir et de poison nihiliste. Personnellement, les milliards de soleils m’excitent, et la musique de Bach, comme Cioran le reconnaissait lui-même, est une réfutation de tous ses anathèmes. Quel type extraordinaire, tout de même, qui voulait écrire sur sa porte les avertissements suivants: «Toute visite est une agression, ou J’en veux à qui veut me voir, ou N’entrez pas, soyez charitable, ou Tout visage me dérange, ou Je n’y suis jamais, ou Maudit soit qui sonne, ou Je ne connais personne, ou Fou dangereux.»

Entre l’idée de perfectibilité humaine et la dénonciation des pulsions ; Cioran eût tôt fait de choisir son camp. Il est inévitablement un penseur de droite. Mais sa propension à déceler le caractère contingent et factice des représentations sociales, à rechercher la part de non-dit qui se dissimule sous les discours en circulation, en fait un contempteur des institutions, un négateur des valeurs établies, caractéristiques que l’on rangerait plus à gauche.

En vérité Cioran est réactionnaire. Non pas qu’il souhaite un rétablissement des valeurs passées, mais plutôt parcequ’il considère que l’humanité évolue sur le mode de la déchéance.

La pensée de Cioran

L’œuvre de Cioran comporte des recueils d’aphorismes ironiquessceptiques et percutants tel De l’inconvénient d’être né ouSyllogismes de l’amertume, qui constituent le noyau essentiel de ses œuvres les plus connues, mais on peut aussi y trouver des textes plus longs et plus détaillés.

D’une façon générale, l’œuvre de Cioran est surtout marquée par son refus de tout système philosophique. Bien plus qu’un simple pessimisme, son scepticisme philosophique demeure probablement son caractère le plus marquant. Cioran, dont les écrits sont assez sombres, fut d’ordinaire un homme plutôt gai et de très bonne compagnie. Il déclare avoir passé sa vie à recommander le suicide par écrit mais à le déconseiller en paroles car, au premier chapitre, cela relève du monde des idées alors que, dans le second, il fait face à des interlocuteurs de chair et de sang. Tout en conseillant et déconseillant paradoxalement la solution du suicide, il affirme qu’il existe une supériorité de la vie face à la mort : celle de l’inconnu qui n’est fondée sur rien de logique ou de cohérent et lequel ne fournit pas l’ombre d’un argument justifiant que l’on s’y accroche ou maintienne. Au contraire, la finalité de la mort, elle, demeure toujours claire et certaine. Selon Cioran, seul le mystère de la vie et la curiosité qu’elle suscite constitue une raison de continuer à vivre.

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On peut accuser Cioran d’avoir pris dans ses écrits une « pose » de désespoir, mais il sembla profondément attristé voire même sincèrement déçu de n’avoir pu clairement établir un système de pensée qui donnât véritablement un sens à sa vie alors que dans sa jeunesse il fut extrêmement passionné… mais, alors et selon toute évidence, manifestement dans l’erreur (cf. les Cimes du désespoir).

Le cheminement littéraire de Cioran et son trajet spirituel ont, semble-t-il, trois points de repère majeurs (selon Liliana Nicorescu) : « la tentation d’exister » en tant que Roumain ou juif. Dès lors, ni sa roumanité réfutée ni sa judéité manquée ne pouvaient lui offrir la moindre consolation pour l’humiliation ou « l’inconvénient d’être né. ».

« Le scepticisme est presque le point central de mes interrogations. Qui voudrait écrire quelque chose de correct sur moi devrait analyser la fonction qu’il a remplie dans l’ensemble de mes préoccupations et de mes hantises.

Le salut par l’esthétique

Condamné à la lucidité et au reniement permanent, Cioran trouvera un sursis existentiel dans la voie de l’esthétisme. Ainsi reprendra-t-il clairement alors le thème de l’illusion vitale (Nietzsche). L’attention soutenue au style de son écriture, le goût prononcé pour la prose et les aphorismes deviennent alors des moteurs assurant sa vitalité. Aussi s’éloignera-t-il des idées pures, perdant parfois son lecteur, ou l’obligeant plutôt à ne pas tout comprendre. La poésie devient autant un moyen de traduire sa pensée qu’un sursis ou remède temporaire face à sa lucidité. « Elle a – comme la vie – l’excuse de ne rien prouver. »

Tentative qu’il jugera honteuse, trop vivifiante, détestable parfois, mais Cioran s’y laissera pourtant conduire. Comme tant d’autres auteurs, il acceptera ce paradoxe de sa pensée. Lucide, il perçoit aussi l’imposture du nihiliste qui est encore vivant : « Exister équivaut à un acte de foi, à une protestation contre la vérité ». Si Cioran doit survivre aux vérités irrespirables, s’il est donc obligé de croire en quelque chose, il choisit délibérément l’art ou ce qu’il qualifiera d’illusion souveraine. Pour échapper à la mort et au vide existentiel qu’il appréhende quotidiennement autour de lui, il choisit l’écriture comme une porte de secours. Semblable à la figure moderne de l’artiste maudit, auteur peu lu et presque méconnu de son vivant – malgré l’estime du milieu littéraire – Cioran continuera incessamment d’écrire. Sa philosophie est une « philosophie du voyeur » qu’il souhaite esthétiquement salvatrice .

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À Paris, Cioran vécut d’abord à l’hôtel Marignan, au 13 de la rue Du Sommerard, dans le 5e arrondissement de Paris. C’est dans le Quartier latin et celui de la Sorbonne qu’il résidera jusqu’à sa mort. Dans ses écrits, il relatera ses fréquentes déambulations nocturnes dans les rues de Paris et les longues nuits de solitude et d’insomnies passées dans de minuscules chambres d’hôtel. Puis plus tard, ce sera celles de ses chambres de bonne, unique tour d’ivoire où il se réfugiera pendant de longues années. Il reste pauvre, décidé à « ne plus jamais travailler autrement que la plume à la main ». Alors il se promène simplement au jardin du Luxembourg bénéficiant parfois de l’aide matérielle de rares amis qui lui permettent de prendre ses repas au restaurant universitaire, duquel il sera ensuite exclu vers l’âge de 40 ans et entraînant un des épisodes les plus tragiques de son existence.

Ces menus détails sur son vécu quotidien parsèment son œuvre et son discours mais Cioran ne s’apitoiera nullement sur l’aspect sordide de sa condition. Il le décrit simplement comme une sorte de cheminement ou de combat qui l’accompagnent autant dans ses écrits que dans son existence ou comme, en quelque sorte, un « état d’esprit qui le maintient constamment en vie ».

Pour Emil Cioran, il ne s’agit plus seulement de comprendre ou de savoir – à la manière du professeur d’université – mais surtout de sentir désormais toutes les vicissitudes de l’existence humaine. Dans la solitude, le dénuement matériel et ce retrait des divertissements modernes, s’établit alors une démarche philosophique / spirituelle comparable à l’ascétisme proposés par le bouddhisme. Ainsi Cioran raconta, qu’étudiant en Allemagne, il prit ses distances avec la fureur nazie en se réfugiant dans « l’étude du bouddhisme » (Entretien à Tubingen), les Cyniques ou Diogène de Sinope.

Le mythe Cioran

Si Cioran vécut le gros de son existence de façon plutôt modeste, cet autoportrait de solitaire désespéré qu’il dresse dans ses livres ne correspond pas entièrement à sa réalité d’être et d’écrivain ; c’est plutôt là le mythe Cioran, celui du personnage de ses livres. Mais parler de « pose » dans le désespoir serait inexact car Cioran recherche avant toute chose la sincérité dans ses textes et propos, c’est-à-dire l’adéquation de son discours avec son existence. Ainsi critique-t-il vivement certains auteurs de discours moralistes menant par ailleurs une existence immorale, tels les membres du PCF parisien qui prônent la « dictature du prolétariat » tout en vivant très bourgeoisement et défendant bec et ongles leurs propriétés autant intellectuelles que matérielles. Il dira ne vouloir garder secrète que sa vie privée/intime : sa vie amoureuse, la part heureuse et optimiste de son existence. Car « le bonheur n’est pas fait pour les livres », expliquera-il.

http://www.youtube.com/watch?v=WPh8IxqOg-E

Critiques et opinions

Bien que l’œuvre de Cioran ne prête nullement à quelque controverse que ce soit, elle bénéficie d’une notable acceptation dans les médias – peut-être due à un effet de mode depuis sa redécouverte récente – la sincérité même de Cioran en tant qu’auteur/penseur fut souvent contestée, soit en raison de ses opinions de jeunesse, soit parce qu’il fut aussi jugé « poseur » par certains. Si son nom reste assez connu, son œuvre, elle, reste le plus souvent ignorée, sans critique commentée, dans les débats littéraires et philosophiques actuels. Quant au lecteur ‘grand public’, il la jugera souvent pessimiste, voire, morbide.

On fit souvent état de ses excès stylistiques ou du classicisme outrancier de son écriture, qui compromettaient soi-disant la diffusion de ses idées : cela fut peut-être dû au fait qu’il n’était pas francophone de naissance et qu’il apprit le français d’abord dans les livres. Lorsque Cioran reprendra des idées nietzschéennes et bergsoniennes tout en les illustrant simplement, plusieurs critiques verront là un manque de profondeur dans l’élaboration de sa pensée philosophique.  

Espérer, c’est démentir l’avenir.

On ne découvre une saveur aux jours que lorsqu’on se dérobe à l’obligation d’avoir un destin.

Quelques générations encore, et le rire, réservé aux initiés, sera aussi impraticable que l’extase.

Une civilisation débute par le mythe et finit par le doute.

Tout désespoir est un ultimatum à Dieu.

Le sceptique est le désespoir du diable. C’est que le sceptique, n’étant l’allié de personne, ne pourra aider ni au bien ni surtout au mal. Il ne coopère avec rien, même pas avec soi.

L’échec, toujours essentiel, nous dévoile à nous-mêmes, il nous permet de nous voir comme Dieu nous voit, alors que le succès nous éloigne de ce qu’il y a de plus intime en nous et en tout.

Il tombe sous le sens que Dieu était une solution, et qu’on n’en trouvera jamais une aussi satisfaisante.

Plus les hommes s’éloignent de Dieu, plus ils avancent dans la connaissance des religions. (De l’inconvénient d’être né)

L’homme accepte la mort, mais non l’heure de sa mortMourir n’importe quand, sauf quand il faut que l’on meure.

Il n’est qu’un esprit lézardé pour avoir des ouvertures sur l’au-delà.

La pâleur montre jusqu’où le corps peut comprendre l’âme.

La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur.

Serf, ce peuple bâtissait des cathédrales ; émancipé, il ne construit que des horreurs.

Rien ne dessèche tant un esprit que sa répugnance à concevoir des idées obscures.  (Syllogismes de l’amertume)

Il y a du charlatan dans quiconque triomphe en quelque domaine que ce soit.

Un homme ennuyeux est un homme incapable de s’ennuyer.

Shakespeare : rendez-vous d’une rose et d’une hache.

Le français : idiome idéal pour traduire délicatement des sentiments équivoques.

L’histoire des idées est l’histoire de la rancune des solitaires.  (Syllogismes de l’amertume)

Je crois au salut de l’humanité, à l’avenir du cyanure…

La malhonnêteté d’un penseur se reconnaît à la somme d’idées précises qu’il avance.

Les romantiques furent les derniers spécialistes du suicide. Depuis, on le bâcle…

La tristesse : un appétit qu’aucun malheur ne rassasie.

En vieillissant, on apprend à troquer ses terreurs contre ses ricanements.

Toutes les eaux sont couleur de noyade.

Puisqu’on ne se souvient que des humiliations et des défaites, à quoi donc aura servi le reste ?

Ces enfants dont je n’ai pas voulu, s’ils savaient le bonheur qu’ils me doivent !

L’espoir est une vertu d’esclaves.

Je donnerais tous les paysages du monde pour celui de mon enfance.

Le scepticisme est l’élégance de l’anxiété.

Donnez un but précis à la vie : elle perd instantanément son attrait.

Le progrès est l’injustice que chaque génération commet à l’égard de celle qui l’a précédée.

Commencer en poète et finir en gynécologue ! De toutes les conditions, la moins enviable est celle d’un amant.

Objection contre la science : ce monde ne mérite pas d’être connu.

La compassion n’engage à rien, d’où sa fréquence. Nul n’est jamais mort ici-bas de la souffrance d’autrui.

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

Il est inélégant de se plaindre de la vie tant qu’on peut s’aménager une heure desolitude par jour.

La solitude est l’aphrodisiaque de l’esprit, comme la conversation celui de l’intelligence.

Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d’êtres à décevoir ?

Avec quelle quantité d’illusions ai-je dû naître pour pouvoir en perdre une chaque jour !

Je ne crois pas avoir raté une seule occasion d’être triste.

Celui qui a vécu jusqu’au bout l’orgueil de la solitude n’a plus qu’un rival : Dieu.

Si l’on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur le champ.

Tout n’est pas perdu, tant qu’on est mécontent de soi.

On n’habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c’est cela et rien d’autre.

J’ai commis tous les crimes, hormis celui d’être père.

Sur le plan spirituel, toute douleur est une chance ; sur le plan spirituel seulement.

L’homme libre ne s’embarrasse de rien, même pas de l’honneur.  (Cahiers 1957-1972)

Ce n’est pas la peur d’entreprendre, c’est la peur de réussir, qui explique plus d’un échec.  (De l’inconvénient d’être né)

 

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