Gérard Depardieu

depardieu

Immense, boulimique, infatigable. Il enchaîne les films, les affaires, les voyages et les excès, avec ce qui pour d’autres s’appellerait de la frénésie. Le concernant, c’est juste normal… Un chêne avec des nerfs de roseaux. Depardieu déplace sa silhouette pneumatique avec la grâce, la légèreté et l’aura qu’ont les personnages mythiques. Il a tout joué, est à peu près revenu de tout, pour autant rien ne l’arrête; son appétit de vivre ayant toujours pris le pas sur sa secrète mélancolie.

Depardieu, odieux ou délicieux. Depardieu, n’ a pas, au champ social, de devoir, de fonction d’exemplarité, son magistère est celui de l’artiste dont il est heureux qu’il ne soit pas exemplaire. Pas d’art avec du bon sentiment. Son ministère est celui de la marge, de l’affirmation individuelle pure. Elle l’éclaire  sur elle-même, précisément parce qu’elle refuse, par métier, de cultiver, autre chose que la sophistication d’un art. A la fois immensément immortel et démesurément humain, Gégé se doit d’être excessif. Quelle plus belle preuve d’anarchisme que celle de marteler son irrévérencieuse liberté?

Il est le fils de René Depardieu, qu’il surnomme « Le Dédé », tôlier-formeur en carrosserie, Compagnon du devoir, et sapeur-pompier bénévole, père qu’il admire malgré sa violence, et d’Alice Marillier dite « La Lilette », mère au foyer. Gérard grandit dans la misère dans une famille de prolétaires au milieu de cinq frères et sœurs, bien que sa mère ait plusieurs fois tenté d’avorter seule. Il passe plus de temps dans la rue qu’à l’école, qu’il quitte à l’âge de 13 ans. Pratiquement analphabète et à moitié bègue, il n’apprend la lecture que plus tard5. Au cours de son adolescence matériellement difficile, il se « débrouille », commet quelques vols et pratique la contrebande en tous genres (cigarettes, alcool), entre autres avec des GIs de l’importante base aérienne américaine de Châteauroux-Déols. Il fait office également de garde du corps des prostituées qui descendent de Paris le week-end le jour de paye des GIs. On le surnomme alors « Pétard » ou « Pétarou ».

Son certificat d’études primaires en poche, il entre à 14 ans comme apprenti dans l’imprimerie du groupe de presse Centre France tout en participant à des combats de boxe clandestins. Pour la saison 1965-1966, il signe une licence junior dans le club de football de la Berrichonne de Châteauroux, ce qui est contradictoire avec un départ de cette ville en 1964, après divers petits métiers, dont celui de plagiste à La Garoupe sur le Cap d’Antibes alors qu’il n’a que 16 ans. En 1968, son meilleur ami Jacy Merveille, autre caïd castelroussin, meurt dans un accident de voiture, il décide alors de prendre son destin en main. Il est dispensé du service militaire par un psychiatre qui diagnostique une « hyperémotivité pathologique », dont il souffrirait depuis l’enfance.

Carrière d’acteur

En 1965, sur les conseils de Michel Pilorgé (fils d’un médecin berrichon), il monte avec lui à Paris où ils suivent ensemble les cours de comédie de Charles Dullin au Théâtre national populaire puis de Jean-Laurent Cochet au théâtre Édouard VII – en même temps que Claude Jade et Alain Doutey – qui le prend sous son aile et où il rencontre Élisabeth Guignot, fille de polytechnicien qu’il épouse le 11 avril 1970 à Bourg-la-Reine, cette dernière lui faisant découvrir le monde de la bourgeoisie. Élisabeth lui présente Agnès Varda et son mari Jacques Demy chez qui il fait le baby-sitter pour gagner de l’argent. Son manque de culture lui fait dévorer avec passion et avidité tous les grands textes classiques tout en suivant la thérapie du docteur Tomatis pour corriger ses difficultés d’élocution et sa mémoire déficiente.

En 1970, Michel Audiard lui procure un petit rôle dans Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques. Il joue également un petit rôle dans le film Un peu de soleil dans l’eau froide (1971) de Jacques Deray. Il joue dans plusieurs pièces de théâtre à Paris, notamment dans deux pièces mises en scène par Claude Régy ; c’est là que Marguerite Duras le remarque et lui offre un rôle en 1972 dans Nathalie Granger et un autre l’année suivante dans La Femme du Gange. La même année, Pierre Tchernia lui offre un petit rôle de gangster avec quelques belles répliques dans Le Viager, au côté de Michel Serrault.

C’est en 1974 qu’il est pleinement révélé au grand public : son rôle de « gentil » voyou en cavale dans Les Valseuses de Bertrand Blier, aux côtés de Patrick Dewaere et de Miou-Miou, est un succès doublé d’un scandale en raison des dialogues crus et de la sexualité étalée des personnages. Cette même année, il reçoit le Prix Gérard-Philipe de la ville de Paris.

En 1975, il se libère du rôle étriqué de voyou grâce au succès de Sept Morts sur ordonnance de Jacques Rouffio. Vient ensuite la période des grands réalisateurs italiens : Bernardo Bertolucci l’engage dans sa fresque historique 1900, où il partage la vedette avec Robert De Niro, et Marco Ferreri le dirige dans Rêve de singe et La Dernière Femme, film provoquant dans lequel son personnage s’émascule avec un couteau électrique.

Depardieu impressionne pour son aisance à changer d’univers et aussi pour l’éventail de son registre. Il tourne en effet dans des films aussi différents que Le Camion (1977) de Marguerite Duras,

Barocco (1977) d’André Téchiné,

La Femme gauchère (1978) de Peter Handke

et Inspecteur la Bavure (1980) de Claude Zidi.

Tout en restant fidèle à Bertrand Blie, dont je vous invite à sinon regarder la page, au moins voir les films:

Tenue de soirée,

Trop belle pour toi,

Depardieu élargit son répertoire auprès d’autres grands noms du cinéma d’auteur français, en refusant de s’enfermer dans un genre ou un personnage précis :

Francis Veber l’illustre parallèlement dans des comédies de type buddy movie à la française en formant un tandem gagnant avec Pierre Richard : La Chèvre en 1981,

Les Compères en 1983 et Les Fugitifs en 1986.

En 1981, il s’est également essayé à la synchronisation, avec le doublage de John Travolta dans Blow out, réalisé par Brian DePalma.

On le retrouve également dans des films en costumes, où il incarne plusieurs personnages historiques ou issus de la littérature française :

  • Vatel (2000), de Roland Joffé, dans le rôle de François Vatel, intendant et maître d’hôtel du Grand Condé ;

Dans les années 1990, après notamment le succès de Cyrano de Bergerac, sa notoriété s’étend et le cinéma américain lui propose des premiers rôles comme dans Green Card de Peter Weir avec Andie MacDowell (1990). Sa prestation lui vaut le Golden Globe du meilleur acteur de comédie.

Pourtant sa carrière américaine sera pratiquement stoppée net avec la parution d’une interview dans le magazine américain Time en février 1991 où il aurait raconté avoir assisté à Châteauroux à un viol alors qu’il était âgé de neuf ans : une tempête médiatique inouïe se déchaîne alors contre lui aux États-Unis car le journaliste du Time a traduit « assisté » par « participé » (ce qui, à neuf ans, était tout à fait ridicule). Ce scandale lui ôte toutes chances d’obtenir, en 1991, l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Cyrano, distinction pour laquelle il partait favori et qui échoit à Jeremy Irons .

En 1993, il tourne sous la direction de Jean-Luc Godard dans Hélas pour moi; une expérience négative selon ses dires. Il multiplie également les succès publics dans des films à vocation populaire ou des comédies dans lesquelles il tient des rôles à contre-emploi : un père dépassé dans Mon père ce héros de Gérard Lauzier,

un patron de cabaret pris dans un engrenage mafieux dans Les Anges gardiens de Jean-Marie Poiré,

le héros de bande-dessinée Obélix dans Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi et Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d’Alain Chabat ou encore un anti-héros naïf et ingénu dans Le Placard et Tais-toi ! de Francis Veber. Il participe également à des téléfilms ambitieux réalisés par Josée Dayan tels Le Comte de Monte-Cristo,

Balzac et Les Misérables dans lequel il incarne Jean Valjean.

Son rôle de commissaire ripoux désabusé et fatigué dans 36 Quai des Orfèvres (2004) d’Olivier Marchal est salué par la critique.

Star incontournable du cinéma français, il est parallèlement sollicité pour former un tandem avec ses complices et amies Isabelle Adjani (Bon voyage de Rappeneau)

et Catherine Deneuve (Les Temps qui changent de Téchiné).

En 2004, il est le sujet d’une controverse quand on annonce qu’il joue au théâtre avec une oreillette, ce qui serait dû à ses accidents de moto. En 2005, Depardieu reprend un rôle immortalisé par Michel Simon dans Boudu sauvé des eaux avec un remake réalisé par Gérard Jugnot : Boudu.

En 2006, il reçoit un accueil de la critique et du public très favorable pour son interprétation de chanteur de bal populaire auvergnat dans Quand j’étais chanteur de Xavier Giannoli où il manifeste une sobriété et une nuance de jeu inattendues.

En 2008, il redevient Obélix pour la troisième fois dans Astérix aux Jeux olympiques puis apparaît dans Disco de Fabien Onteniente, Babylon A.D de Mathieu Kassovitz et L’Instinct de Mort de Jean-François Richet. En 2009, il tient le premier rôle de Bellamy, mis en scène par Claude Chabrol,

accepte une participation amicale dans Coco de et avec Gad Elmaleh et retrouve Xavier Giannoli dans À l’origine. L’année suivante, il partage le haut de l’affiche, avec Benoît Poelvoorde, de L’Autre Dumas.

En 2010, il joue dans La Tête en friche de Jean Becker et surprend à nouveau critique et public en interprétant un ouvrier à la retraite,

Le très décalé et superbe Mammuth, réalisé par le duo grolandais Benoît Delépine et Gustave Kervern.

Il s’affiche ensuite, auprès de Catherine Deneuve, dans Potiche de François Ozon où il incarne un député-maire communiste des années 1970, aussi impétueux que romantique.

Il interprète par ailleurs un homme atteint de la maladie d’Alzheimer dans le thriller de Bruno Chiche Je n’ai rien oublié. En 2012, il endosse une quatrième fois le rôle d’Obélix dans Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté.

Dans le film Welcome to New York d’Abel Ferrara, il incarne à l’écran Dominique Strauss-Kahn, l’ancien directeur général du FMI, accusé de viol lors de l’affaire du Sofitel de New York. Gérard Depardieu déclare « Parce que je ne l’aime pas, donc je vais le faire. (…) Il n’est pas aimable, je pense qu’il est un peu comme tous les Français, un peu arrogant. Je n’aime pas trop les Français, d’ailleurs, surtout comme lui. (…) Il est arrogant, il est suffisant, il est…, il est jouable.».

Avec plus de 170 interprétations à son actif, il est l’un des plus importants acteurs français, tant pour les thèmes traités que pour la grande diversité de ses rôles. Il est sans nul doute l’une des vedettes françaises les plus connues à l’international.

Engagements

Engagement religieux

Depardieu éprouve une admiration pour Saint Augustin, dont il a récité des textes dans des églises. Il a rencontré Jean-Paul II lors du jubilé de l’an 2000 moment où l’évêque d’Hippone fut évoqué. Le cardinal Poupard lui a suggéré de faire un film sur cet homme. Le 11 février 2003, il donne une lecture publique des Confessions de Saint Augustin à la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 25 mai 2003 au temple protestant de l’Oratoire du Louvre puis le 23 novembre 2005 à la basilique Notre-Dame de Montréal.

Engagements politiques

Soutien de la gauche durant de longues années, Gérard Depardieu s’engage dans le « Mouvement individuel, énervant et indépendant pour la réélection de François Mitterrand » en décembre 1987. L’acteur est en couverture du quotidien Le Matin de Paris en 1988, appelant le président sortant à se représenter avec l’appel en titre, « Mitterrand ou jamais ». Réélu, le président Mitterrand lui attribue alors la Légion d’honneur. En 1993, il soutient publiquement une première fois le Parti communiste français, puis en 2002, il participe financièrement à la souscription pour refinancer le PCF. Parmi ses autres engagements, il s’engage pour le candidat des Verts, Jacques Boutault, aux élections municipales de 2008 de Paris. En 2010, Gérard Depardieu soutient le président socialiste de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, au moment où il est attaqué, y compris dans son propre camp et se voit radié de son parti.

http://www.youtube.com/watch?v=Haxu5G4tECwL’acteur se rend d’ailleurs à ses obsèques et lui rend publiquement hommage en octobre 2010.

En 2002, il critique Noël Mamère, député-maire écologiste de Bègles, qui refuse d’assister à un match de rugby girondin en raison de la présence de l’homme d’affaires Rafik Khalifa, qu’il accuse d’avoir fait fortune grâce aux généraux algériens et d’être corrompu. Ami de longue date de Khalifa, Depardieu taxe Mamère de « racisme » et de « fascisme », ajoutant qu’« il a peut-être chié dans son froc en velours » et qu’« il devrait être chassé de son parti car Les Verts sont plus intelligents que lui ».

Lors de la campagne présidentielle de 2007, Depardieu apporte publiquement son soutien à Nicolas Sarkozy, déclarant dans un entretien accordé à Paris Match qu’il « est le seul homme politique capable, qui fait le boulot et travaille vraiment », ajoutant que tous les autres sont « ridicules ». « Aujourd’hui, ce que veulent les jeunes, c’est bosser », estime-t-il.

Il critique les syndicats lors de leur opposition à la réforme des retraites en 2010 mise en place par Nicolas Sarkozy et Éric Woerth. Dans un entretien publié par Le Journal du dimanche le 19 avril 2010, il déclare : « La politique ne m’intéresse pas. Ce n’est qu’une basse-cour avec des poules et des coqs qui se chient dessus ».

Il se dit l’ami de Fidel Castro, qu’il a rencontré en 1992. Il a déclaré en 2010 : « Fidel Castro, c’est cinquante ans d’intelligence politique ». En 1996, il a investi dans une compagnie d’exploitation pétrolière à Cuba, sur les conseils d’un ami commun, Gérard Bourgoin.

Gérard Depardieu rencontre Vladimir Poutine le 5 janvier 2013, à Sotchi.

À l’élection présidentielle de 2012, il soutient la candidature de Nicolas Sarkozy. L’acteur assiste en effet au meeting de Villepinte en mars de la même année. Invité à prendre la parole, il déclare : « Depuis que ce nouvel ami qu’est Nicolas Sarkozy est au pouvoir, je n’entends que du mal alors qu’il ne fait que du bien ! ». Il signe également une tribune pour dénoncer le déni de démocratie dont serait victime Nicolas Sarkozy.

En octobre 2012, il se rend à la soirée d’anniversaire de Ramzan Kadyrov, président de la Tchétchénie, qui se serait livré à de nombreuses violations des droits de l’homme, et auquel, pour l’occasion, il apporte publiquement son soutien. Deux mois plus tard, il enregistre un duo musical avec Gulnara Karimova, fille aînée d’Islom Karimov, président de l’Ouzbékistan, lui aussi accusé par l’Occident de malmener les droits de l’homme dans son pays. En février 2013, Ramzan Kadyrov offre à l’acteur un appartement de cinq pièces situé dans un gratte-ciel nouvellement construit à Grozny.

Fin 2012, il acquiert une propriété à Néchin en Belgique, et une polémique éclate à propos de son exil fiscal. Le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, qui défend la politique fiscale de son gouvernement, déclare que le départ de l’acteur pour la Belgique est « assez minable ». Quelques jours plus tard, Gérard Depardieu annonce dans une lettre ouverte au Premier ministre renoncer au bénéfice de son passeport français et de sa sécurité sociale en France. Il s’ensuit une polémique à laquelle participent des acteurs célèbres (comme Gérard Lanvin), le plus souvent pour défendre Gérard Depardieu contre les attaques qu’il subit.

Le 3 janvier 2013, Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, lui accorde la citoyenneté russe par ukase, officiellement obtenue grâce à son rôle de Raspoutine dans un téléfilm de Josée Dayan, et après qu’il en a fait la demande par lettre, dans laquelle il déclare aimer Poutine et adorer « la Russie, ses hommes, son histoire, ses écrivains ». Trois jours plus tard, le président de Mordovie, Vladimir Volkov (ru), lui offre un appartement, ou un endroit pour se faire construire une maison au milieu d’une forêt et près d’une rivière, et lui propose même le poste de ministre de la Culture, alors vacant, au sein de cette république russe. Début janvier 2013, l’acteur effectue un court séjour à Sotchi (ville désignée pour recevoir les Jeux olympiques d’hiver de 2014), où il rencontre Vladimir Poutine qui lui remet son nouveau passeport russe, puis à Saransk, où il fête le Noël orthodoxe en étant « accueilli comme un héros », selon une journaliste de Rossiya 24. Il accepte d’être l’ambassadeur de la Mordovie auprès de la FIFA dans le cadre de l’organisation du Mondial 2018 par la Russie. « La popularité de Gérard Depardieu là-bas est réelle et immense », affirme dans le même temps Joël Chapron, coordinateur général du festival Le cinéma français aujourd’hui en Russie, organisé par Unifrance Films International chaque année depuis 2000.

Le 23 février 2013, Jour des Défenseurs de la Patrie (ru) — plus communément appelé « Jour des Hommes », Gérard Depardieu reçoit des mains du président de la Mordovie, Vladimir Volkov, la propiska qui établit officiellement sa domiciliation, sise rue de la Démocratie, et lui permet de travailler, d’avoir accès aux services sociaux de la république, et d’en être contribuable.

D’un artiste, l’on ne saurait exiger l’engagement, quand bien même l’on ne saurait que le louer quand il advient.

« Mon image, je m’en tape ! Elle est laide, elle a un gros nez, elle pue. La politique aussi, je m’en fous. Si je soutiens Sarkozy, c’est simplement par amitié pour l’homme qu’il est. » A-t-il voté d’ailleurs le 6 mai, lui qui jusqu’ici ne l’avait jamais fait ? « Sarko, c’est une anecdote », répète Depardieu. Une scène dans sa vie d’acteur. Un coup de cœur comme il en eut tant d’autres parmi les puissants.

Avant Sarkozy, il adora Mitterrand. Depardieu l’avait libéré un soir d’un ascenseur bloqué chez Jack Lang. « Je vous aime beaucoup », lança l’acteur au futur président. Gégé le charma comme il les charme tous, cinéastes, starlettes, hommes de lettres, d’Etat et d’affaires, depuis un demi-siècle. Avec sa gueule de marlou, son sourire peur-de-rien, sa soif de tout bouffer, la vie, les convenances, les femmes, les cochonnailles et les vers de Musset… Avec ses blagues grasses et son histoire de petit « Pétarou » (son surnom, enfant, en raison de ses flatulences incessantes), fils de « la Lilette », qui n’avait pas voulu de lui mais accepta qu’il l’aide à accoucher des petits frères, et de Dédé, le taulier qui ne l’ouvrait jamais.

Gégé de Châteauroux, sauvé par la tendresse des putes et la beauté des mots. Jean-Laurent Cochet, le professeur d’art dramatique qui le forma, se souvient encore de lui à 17 ans : « Gérard avait fait peur à la secrétaire du théâtre, avec son allure d’homme des bois. Il ânonnait des textes qu’il ne comprenait pas, mais il avait une soif d’apprendre inouïe, un instinct phénoménal et une grande gentillesse. Nous étions tous séduits. »

Petits traitements de faveur

Depardieu conquit ainsi les plus grands, Duras, Sagan, Truffaut, Barbara, Carmet, qui fut comme son second père… Comme eux, Mitterrand eut droit à des poulets fermiers, des grands crus, des embrassades, de vibrantes tirades de « Bérénice » et de « Caligula »… « J’ai senti le coup de foudre immédiat entre ces deux Terriens qui aimaient la vie », se rappelle Jack Lang. Naturellement, le comédien accepta de soutenir Tonton pour un second septennat en s’offrant, le 23 décembre 1987 dans « Libération », une page titrée « Mitterrand ou jamais » où il confessait : « Ca y est, je vais voter pour la première fois. » Ce qu’il ne fit pas.

Naturellement, il eut droit à des petits traitements de faveur pour étaler le paiement de ses impôts, qui depuis toujours le rendent fou. Pour monter son spectacle à l’Olympia avec Barbara. Ou plus tard pour obtenir un aménagement de la peine de son fils Guillaume, incarcéré pour trafic de stupéfiants.

Le père avait même cru pouvoir le faire libérer en menaçant de déchirer son passeport lors d’un vol en Concorde avec le président. Mitterrand, comme tous, lui pardonna ses foucades. « C’est un seigneur, un empereur, un sphinx », dira de lui le comédien. Depardieu fut de l’ultime voyage à Jarnac, solennel devant la dépouille présidentielle, avant de traiter le curé de radin parce qu’il buvait tout le vin.

Gégé pleura Mitterrand, puis s’enflamma pour Chirac. Il souffla avec lui ses 60 bougies, le fit picoler, rire, l’accompagna en Roumanie. « Lui, je l’aime beaucoup, déclara-t-il au « Figaro » au printemps 2001. Le tandem qu’il formait à l’Elysée avec Dominique de Villepin a fait des merveilles. » Ce qui ne l’empêcha pas, l’année d’après, de donner 10.000 euros au PC ou de soutenir un élu vert. D’aimer « Fidel » (et ses puits de pétrole), Bouteflika (et les vignes que celui-ci lui concéda un temps près de Tlemcen, grâce à son copain millionnaire Rafik Khalifa, condamné aujourd’hui à la prison à vie), puis le Slovaque Vladimir Meciar (et ses petits billets : 45.000 euros reçus pour soutenir sa candidature à la présidence, avant de réaliser qu’il était « un vrai fasciste »).

Le « flouze », c’est plus fort que lui. Les psys, qu’il a consommés comme le reste avec voracité – à raison, certaines années, d’une séance quotidienne -, diraient sans doute qu’il en a trop manqué petit. « Gérard a toujours fait du business, rappelle Michel Pilorgé, l’ami de Châteauroux devenu lui aussi comédien. A 14 ans, il dealait de l’essence, des jeans et des clopes sur la base américaine. Aujourd’hui, finalement, c’est un peu la même chose ; il est simplement devenu plus professionnel. »

Initié aux affaires à la fin des années 1980 par l’ex-roi du poulet Gérard Bourgoin, Depardieu s’est inspiré de ses riches amis, Michel Reybier, le prince du saucisson (Cochonou, Justin Bridou) reconverti dans l’hôtellerie de luxe, celui du vêtement, Roger Zannier, et Bernard Magrez, son puissant associé dans la production de vin. « Je n’avais pas grand-chose à lui apprendre, s’amuse le patron bordelais. Gérard a un bon sens paysan. On ne lui en raconte pas. » « Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’agit pas en dilettante, confirme le financier Jean-François Hénin, avec qui l’acteur fut associé dans des placements pétroliers, aujourd’hui revendus. Il est planifié, blindé, très organisé. Capable de vous détailler précisément l’état de son patrimoine et celui de ses droits cinématographiques en Chine. »

Dans les années 2000, l’acteur a racheté des vignobles, des restaurants, une concession de motos Yamaha à Roissy et, plus récemment, des commerces dans sa rue du Cherche-Midi… La peur panique de l’ennui nourrit sans cesse de nouveaux projets.
Un anar au pays des paillettes?  « J’ai des scooters, j’ai un garage parce que ça me plaît, des restaurants, 80 personnes qui travaillent avec moi, qui font du vin, de la boucherie, de la poissonnerie… Mes valeurs, c’est la terre… Moi, l’argent, je ne le vois pas. Je n’ai ni carnet de chèques ni carte bleue. On me donne des sous comme on donnerait à une femme pour sa semaine. Je dis : « J’ai besoin de ça, je peux ? » Je ne saurais pas. Et je ne réponds à aucun courrier, je n’ouvre jamais une lettre, ça m’angoisse. Après, je sais à peu près combien je paye. Je dis : « Ah quand même, merde ! » Si je peux voler, je vole, parce que j’adore voler… (Il sourit.) Seul le luxe est digne de l’homme. Ce qui est bon marché est inhumain. Je vis donc luxueusement, en m’écartant de toutes ces choses.  »

Gérard Depardieu, s’estimant « injurié » après les nombreuses critiques dont il a fait l’objet, réplique à Jean-Marc Ayrault en annonçant : « je vous rends mon passeport et ma Sécurité sociale dont je ne me suis jamais servi. » A gauche, on ne mâche pas ses mots, pour critiquer l’attitude de l’acteur. La lettre de Depardieu ne passe pas. La droite exprime ses regrets et dénonce « l’overdose fiscale ».

La ministre de la Culture Aurélie Filipetti : « La citoyenneté française c’est un honneur, c’est des droits et des devoirs aussi. Gérard Depardieu déserte le terrain de bataille en pleine guerre contre la crise » a ainsi fustigé la ministre.

Gérard Depardieu a d’abord été reçu en personne par le président russe Vladimir Poutine samedi à Sotchi, au bord de la mer Noire. C’est dans cette petite station balnéaire que l’acteur a récupéré son passeport et obtenu la nationalité russe. Une occasion de redorer le blason de son protecteur : « Ceux qui disent du mal du président Poutine ne sont jamais sortis de chez eux » a-t-il déclaré.

« J’ai sept passeports de plusieurs pays que j’aime. Enfin, j’aimerais en avoir sept », a-t-il confié. « Je vais demander celui de l’Algérie et d’autres encore. Ça m’éviterait de demander des visas car je me considère (…) comme un homme libre et un citoyen du monde. » Le droit français n’interdit pas d’avoir plusieurs nationalités et l’acquisition d’une nationalité étrangère ne fait pas perdre la nationalité française. Avec sept nationalités, la situation juridique devient inextricable, l’imbroglio juridique étant extrêmement complexe. Immunisez Gérard.

Il revendique aujourd’hui avec panache le « droit aux excès ». « Je crois que je corresponds à une image que les Français aiment, celle de quelqu’un de rebelle, qui bouscule les choses, qui est parfois ivre. C’est un peu cet esprit hooligan qui plaît à Poutine », a-t-il assuré.  »Un homme qui n’a pas vieilli et qui a la tête sur les épaules. Ivre parfois, mais mon ivresse fait partie de ma démesure ».

Gérard Depardieu se lance en politique en Belgique! L’acteur français va se présenter lors des prochaines élections fédérales et régionales, en juin 2014. L’acteur avait dit qu’il comptait s’investir dans sa commune de Néchin. Néanmoins, en décidant d’être candidat pour les législatives de 2014, il a surpris tout le monde. Son premier objectif sera, dit-il, de tenter d’améliorer le quotidien des Belges.

Pour ses débuts en politique, Gérard Depardieu se présentera sur les listes du parti Ecolo.

Danielle Attali – Le Journal du Dimanche

samedi 26 mars 2011

Extrait Interview:

Mais qui pourrait vivre sans Internet…
C’est la bombe des nouveaux anarchistes et ils ne savent pas ce qu’ils font avec ça. Aujourd’hui, les États sont paumés et les religions, pareil. L’anarchisme, c’est autre chose, ce qui se rapproche plus de l’écologie: un regard sur le monde, un nomadisme culturel ou humain. Je suis un vrai nomade.

Une façon de vous ressourcer?
Je m’instruis avec la vie des autres, je m’en nourris. Je suis sensible aux bons mots. Comme Conrad qui utilise une langue assez construite, il y a beaucoup de jeu chez lui. Il a ces petits mensonges.

Vie privée

Une famille d’acteurs

Le 11 avril 1970, Gérard Depardieu épouse l’actrice Élisabeth Guignot, avec qui il a deux enfants, Guillaume (1971-2008) et Julie née en 1973, qui deviennent tous deux acteurs. Séparés en 1992, ils divorcent en 2006 après quatorze années de procédure. Le 28 janvier 1992, il a une fille, Roxane, avec le mannequin Karine Silla. De 1996 à 2005, il entretient une relation intime avec l’actrice Carole Bouquet. De 2001 à 2006, il entretient aussi une relation avec Hélène Bizot, fille de l’anthropologue François Bizot (à ne pas confondre avec l’actrice Hélène Bizot)63, avec qui il a, le 14 juillet 2006, un fils prénommé Jean en hommage à son ami Jean Carmet (décédé en 1994)64.

Depuis 2005, Gérard Depardieu vit avec Clémentine Igou, une ancienne étudiante en littérature d’Harvard, responsable du marketing d’un domaine viticole en Toscane.

Accidents, alcool et maladies

Le 18 mai 1998, il a un accident de moto avec 2,5 g/l d’alcool dans le sang sur la route le menant au tournage de Astérix et Obélix contre César, de Claude Zidi. Il survit avec quarante jours d’arrêt de travail.

En 2000, il subit un quintuple pontage coronarien.

En 2012, il est heurté par une voiture alors qu’il circulait à scooter à Paris. La même année, en état d’ébriété avec 1,8 g/l d’alcool dans le sang, il a de nouveau un accident de scooter, sans blessure et sans collision avec un tiers.

Dans sa lettre ouverte à Jean-Marc Ayrault parue dans Le Journal du dimanche du 15 décembre 2012, qu’il a écrite au sujet de son exil fiscal, Gérard Depardieu évoque sans complexe ses ennuis de santé:

« Je ne jette pas la pierre à tous ceux qui ont du cholestérol, de l’hypertension, du diabète ou trop d’alcool ou ceux qui s’endorment sur leur scooter, je suis un des leurs, comme vos chers médias aiment tant à le répéter. »

Ouvrages biographiques

Gérard Depardieu publie deux livres autobiographiques : Vivant en 2004 et L’Insoumis en 2006.

Calmann-Lévy devait publier une biographie non autorisée de l’acteur Itinéraire d’un ogre, mais la sortie de l’ouvrage est annulée. Finalement, le livre de Patrick Rigoulet est publié en 2007 aux Éditions du Rocher, sous le titre de Gérard Depardieu, itinéraire d’un ogre. L’auteur est attaqué en diffamation par Gérard Depardieu, et condamné en janvier 2011.

Autres activités, revenus, patrimoine

Il possède des vignobles dans la zone d’appellation viticole AOC des Coteaux-du-layon au château de Tigné en Anjou depuis 1989, sur l’île de Pantelleria en Italie, au Maroc et 150 hectares à Tlemcen en Algérie avec le milliardaire algérien Rafik Khalifa, son ami. En 2001, Depardieu s’associe avec l’homme d’affaires Bernard Magrez pour créer la société « La Clé du Terroir » et acquérir et promouvoir de nouveaux domaines viticoles. Il a également investi dans de grands restaurants (Paris, Canada et Roumanie), ainsi que dans un hôtel, une brasserie, une cave-restaurant et une poissonnerie, tous situés rue du Cherche-Midi à Paris Il est aussi producteur via la société de production DD Productions créée dès 1983 avec des administrateurs tous membres de sa famille. En 1999, il a investi plusieurs millions de francs dans l’exploration pétrolière à Cuba.

Selon le classement annuel établi par Le Figaro en 2003, la rémunération de Gérard Depardieu pour 2002 est de 2,04 millions d’euros (hors télévision et théâtre). Depardieu est l’acteur français le mieux payé en 2005 avec 3,2 millions d’euros de gains estimés, soit environ 800 000 euros pour chacun de ses films sortis en 2005. En 2004, dans ce même classement, il était troisième avec des gains quasiment équivalents (3,35 millions). En 2008, il est encore l’acteur le mieux payé du cinéma français avec 3,54 millions d’euros.

Une partie des revenus de l’acteur provient de la publicité. Dans les années 1990, il toucha 7 millions de francs pour une campagne de promotion des sauces Barilla. Il fit une autre publicité pour Senoble.

En 1994, il achète l’hôtel de Chambon, rue du Cherche-Midi dans le 6e arrondissement de Paris, qu’il fait entièrement rénover et aménager jusqu’en 2011 par l’architecte Guillaume Trouvé. Plusieurs artistes et décorateurs ont contribué à l’œuvre, dont Bernard Quentin et Jacques Garcia. D’une surface habitable de 1 800 m², l’acteur le remet en vente en septembre 2012 pour un montant de 50 millions d’euros.

En 2011, il aurait vendu à Trouville à la fin de l’été sa villa en cèdre rouge entourée d’arbres fruitiers et de pins centenaires, cette résidence normande étant occupée surtout par son ex-femme, pour aussitôt en cons­truire une autre, toujours sur les hauteurs de la ville. Cette nouvelle villa de 242 m² au sol (750 m² sur trois niveaux) est entourée d’un immense terrain.

En décembre 2012, selon le quotidien économique américain The Wall Street Journal, son patrimoine est évalué à 120 millions de dollars. Dans le palmarès 2012 du Figaro, il apparaît comme le deuxième acteur français le mieux payé avec 2,3 millions d’euros de revenus.

Fin 2012 et courant 2013 il investit dans des établissements gastronomiques en Belgique, non loin de la frontière française, à Tournai et à Néchin.

Il a en Russie une société avec le statut d’auto-entrepreneur, et en plus du cinéma, il dit également avoir sur place des activités dans le commerce, la restauration, l’immobilier, le tourisme.

Loulou 1er de Mordovie, l’anarchiste couronné – Mediapart

08 janvier 2013 |  Par Emmanuel Tugny

On nous a couronné Loulou…

On nous a serré Jean-Claude, le renifleur  de valseuses estivantes, au trône, la circonférence absente au scooter en république des bananes givrées, la délicieuse petite frappe de Rêve de singe, de 1900, le bras d’honneur à l’arrogance de classe sur deux pattes toujours folles, le boxeur tendre de Sautet, l’insomniaque en manteau de Buffet froid, dans une tunique brodée d’empereur nègre ou de paternel fouettard à datcha.

On a mis au piquet de la plus haute tour surplombant les bouleaux l’animal, la sauvagerie, le soufflet libératoire, la talent suprême de l’affranchi lâché en ville, du King-Kong castelroussin gagnant le Parnasse en toute subtilité brutale, de Vautrin tiré du bon ruisseau, de la mangrove circonscrite au faubourg où pourrissent d’ordinaire les fauves dociles des classes dangereuses.

Quelque chose a lâché : c’est comme si, chez Coppola, De Niro devenait Pacino par décision d’Ubu. C’est tout à fait comme si Castro confiait le ministère de l’édification citoyenne à Tony « Scarface » Montana…

Quelque chose a lâché : que Gérard Depardieu ne souhaite pas se subordonner aux autorités conjointes du fisc, du législateur, de la morale républicaine, du bon sens citoyen, de la pensée conforme collectiviste, de la sympathie, du patriotisme bien compris, du principe de réel de crise, comment le lui en faire reproche ?

Gérard Depardieu, n’ a pas, au champ social, de devoir, de fonction d’exemplarité, son magistère est celui de l’artiste dont il est heureux qu’il ne soit exemplaire que par choix absolument délibéré. Depardieu n’est pas, au champ politique, ce qu’y est tel politique, tel chef d’entreprise.

Son ministère, au coeur de la cité, est celui de la marge, de l’affirmation individuelle pure, libre, solipsiste, qui l’éclaire  sur elle-même, précisément parce qu’elle refuse, par métier, de cultiver, par obligation, autre chose que la sophistication d’un ars, d’une teknè, d’un art, d’une domestication de soi, qui la rende capable de manipuler ces symboles dont l’addition est le miroir où le temps se mire.

D’un artiste, l’on ne saurait exiger l’engagement, quand bien même l’on ne saurait que le louer quand il advient.

L’on n’est pas artiste sans faire l’expérience de ce choix décisif et parfaitement autogénéré de la participation aux débats du forum, du versement de l’écot communautaire. L’artiste est placé devant cette option, elle ne le constitue pas comme identité politique.

Le livre X de La République de Platon bannissait le poète en tant que sa parole ouvrait sur l’offuscation du vrai par son imitation. Le poète est revenu en ville en des temps où l’imitation et le vrai sont devenus, par élévation tonitruante de l’un et silence dérisoire de l’autre, étrangement siamois. Le poète a cependant conservé de son exil au désert le goût jaloux de la vie au tonneau, de l’isolement au cœur de cette fabrique, de cet atelier solitaire où il se confère à lui-même la capacité de tendre au chemin du temps un miroir.

Le poète peut être socialement exemplaire, il convient cependant qu’il le souhaite, l’exemplarité sociale n’est pas consubstantielle de son être au monde. S’il fait exemple sans le choisir, c’est qu’il est et fait une « oeuvre ouverte » qu’achève, pour s’édifier, le lecteur, le spectateur, l’auditeur; mais s’il ne choisit pas de faire exemple, nul ne saurait en raison lui en tenir rigueur.

Loulou 1er de Mordovie a choisi, et depuis longtemps, des interviews accordées au début des années 80 en témoignent, de ne pas être un contributeur fiscal exemplaire. Soit, ceci ne saurait lui être reproché que depuis une méconnaissance de son être au monde et de son ministère, de son métier.

Mais quelque chose a cependant bel et bien lâché, qui transcende de beaucoup Gérard Depardieu…

Voici en effet que l’acteur Diogène, que le refuseur social, que le contempteur des conventions, voici que Falstaff conchiant la bonne conscience autoritaire, comme toute autorité, en commençant, bien entendu, par celle du cadre cinématographique ancien qu’il a contribué à faire trembler sur ses bases  de film en film, voici que le « working class hero » superbement indigne vient devant le spectateur utopiste atterré faire allégeance au satrape…

Voici que l’anarchie faite homme vient caresser le menton tendu et l’épaule parachutiste de ce que le monde contemporain compte de plus radicalement autoritaire, de plus impudemment arbitraire, de plus sournoisement liberticide.

Voici que l’animal poète vient tendre le joug, afin qu’il le lui passe, au Moloch normatif…

Que Raspoutine rase Poutine, gratis.

L’on ne saurait reprocher quoi que ce soit à Gérard Depardieu sur le terrain de l’exemplarité sociale. L’on ne peut en revanche qu’être consterné par la mise au pas hilare de cela même qui l’autorisait à n’être pas exemplaire, à ne l’être jamais, avec panache.

Ce n’est pas le contribuable offenseur offensé qu’il s’agit de plaindre ou de blâmer, c’est l’anarchiste dorloté par le tyran, la liberté en actes recevant l’onction du geôlier d’un peuple.

Mais n’est-ce pas le paradoxe historique, sans doute éclairant, toujours désespérant, de l’anarchie, que de ne se voir jamais remettre le sceptre que par les plus radicaux de ses ennemis proclamés ?

Gérard Depardieu, particule médiatique accélérée

4 janvier 2013 par Bonnal Nicolas pour les 4 vérités.

Je ne vais pas me lancer dans une glose fiscale sur l’affaire Depardieu. J’ai mieux à faire, même si je pense que ce sont les pauvres qui, plus que les riches, ont intérêt à quitter la France socialiste. Avec le socialisme, le pire de tous, le libertaire (Zapatero) et fiscaliste (Harold Wilson), les riches auront toujours quelque chose, mais les pauvres seront condamnés éternellement au grand rien.

La deuxième partie, assez satanique il est vrai, du programme socialiste est enclenchée, qui consistera non tant à remplir la France d’immigrés qu’à chasser les Français de leur propre patrie. La politique de la gauche profonde, c’est l’Emigration. Rappelez-vous 1792 et les massacres : il valait alors mieux être dehors. C’est à cette condition que l’on pourra réaliser l’anarchie cosmopolite d’Anacharsis Cloots. L’on pourra alors célébrer la grande fin de l’histoire, la grande fin des déterminismes.

Mais Depardieu ? Il y a une trentaine d’années déjà, la revue Time, alors mieux inspirée, l’avait baptisé l’homme à tout faire de la nouvelle vague française. Le cinéma français à la mort de Truffaut et des grands était en plein décadence (depuis il est mort) et il semblait que par sa grande présence physique et vocale, le grand ventripotent  et surtout omniprésent Gérard allait devenir l’homme à tout faire de la cinématographie française. Il est à noter que c’est à cette époque que la cinématographie française est devenue totalement fonctionnaire. On a bien insulté les provocations de Torreton, mais ce dernier, bien que torché par Deneuve ou Bardot, autres stars de l’Antiquité française, a mis le doigt sur la vérité qui fait mal : Depardieu est un fonctionnaire très bien payé de l’exception culturelle, comme presque tous les acteurs Français. C’est pour cela que les bons disciples de Jack Lang et financés de tout poil ont encouragé la réélection de Mitterrand en 1988.

Mais voyons la filmographie.

Depardieu, c’est d’abord les Valseuses. La prise du pouvoir par l’anarchie de Mai 68 et des zazous poilus, la pornographie à ciel ouvert dans la France néanderthalienne et promeneuse des week-ends, et la petite délinquance à toute heure de la journée. Le triomphe des anars balèzes imposée à une France insultée de beaufs, de bourgeois et puis de Thénardier : on est passé de Jean Gabin et Fernand Raynaud à autre chose.

Depardieu aussi, c’est Buffet froid, film glacial qui débute par une grande scène surréaliste, digne d’un Bunuel américain, tournée dans l’immonde couloir du RER à la Défense, cette antichambre de l’Enfer. Buffet froid marque un peu comme les films de Mocky une France post-française, mais aussi post-humaine, une France cybernétique réglée par le putsch médical et la toute-puissance des réseaux routiers et de l’individualisme nihiliste de la Fin.

Depardieu, c’est aussi un bon représentant de la France bobo et culinaire avec ses Barilla et surtout sa Green Card, sa carte verte, un des bons films oubliés de Peter Weir, ce si rare réalisateur australien de droite. Le film est prémonitoire : pour vivre à New York, dans le New York encore sympa et socialo des années 80, il faut magouiller ! L’un a besoin d’un mari pour garder son appart de location, l’autre d’un mariage blanc  pour décrocher sa carte! Evidemment à force de mimer l’amour, on tombe dedans (on divorcera trois mois après) ! C’est la caution magique !

Film toujours d’actualité donc, et en plus la musique est de la géniale Enya.

Depardieu a tourné dans pas moins de 170 films, ce qui lui donne une aura à l’ancienne, on a cité Gabin, on peut aussi citer Michel Simon. C’est un acteur patrimonial qui a fini par se confondre avec Obélix (qui aurait dû être un tout jeune homme dans Astérix !), Monte-Cristo ou bien sûr Cyrano. Cyrano est le bon gros film décalé adoré par la critique : on y chuchote, on y susurre, on zézaie, on ne s’y éclate pas. Si l’on veut comprendre le génie baroque de la France d’avant l’Etat louis-quatorzien, on fera mieux de voir et de revoir le Capitaine Fracasse d’Abel Gance, peut-être le meilleur film français de notre Histoire, avec le grand Fernand Gravey. Depardieu nous délivra un Cyrano en formule fonctionnaire, avec des acteurs de télé et des scènes de bataille lamentables. Mais peut-être que la noirceur athée de la pièce et surtout du personnage (Cyrano est sinistre, non ?) ressort mieux ainsi. Plus tard l’adaptation de Dumas me fut insupportable ; j’adore Dumas, je ne peux pas le voir, l’opus de Dayan, je préfère donc ne pas en parler.

Pantagruel et protée d’une petite époque, Depardieu s’est aussi voulu homme d’affaires, investisseur à Cuba, copain d’Attali, amant multiple et récitant catholique ! Il dispose dit-on de cent-cinquante millions de capital et vend son hôtel particulier pour la modique somme de cinquante millions. Le fonctionnaire de la génération Mitterrand a bien évolué ! Il évoque bien ces personnages à facettes multiples des temps qui traînent et qui ne courent plus, et que décrit si bien Guy Debord dans ses Commentaires ; je cite tout, il faut vraiment le relire, ce Debord :

C’est dans de telles conditions que l’on peut voir se déchaîner soudainement, avec une allégresse carnavalesque, une fin parodique de la division du travail ; d’autant mieux venue qu’elle coïncide avec le mouvement général de disparition de toute vraie compétence. Un financier va chanter, un avocat va se faire indicateur de police, un boulanger va exposer ses préférences littéraires, un acteur va gouverner, un cuisinier va philosopher sur les moments de cuisson comme jalons dans l’histoire universelle.

Mussolini avait ses Balilla, et nous nos Barilla ! Sept millions par film de pub, dans les années 80. Je n’en mange plus, des Barilla.

La suite de Guy Debord est bonne aussi, qui annonce presque le transfert du patrimoine auréolé de tous ses mystères en Belgique !

Le plus souvent, ces particules médiatiques accélérées poursuivent leur simple carrière dans l’admirable statutairement garanti.

J’ignore si Depardieu ira forer du pétrole en Sibérie à la demande du très malin Vladimir Poutine ! Ou s’il créera un parfum à Macao ! Ou s’il jouera un mafieux russe dans une série hongroise ! Ou s’il fera vraiment le film sur DSK que vous aurez du mal à voir dans votre bon Paris !

Je finirai par un rappel plus personnel. C’est au cours d’une de mes rencontres avec José Giovanni, je lui demande pourquoi il a choisi Depardieu pour incarner le bref et cruel rôle d’un résistant-voyou dans la Scoumoune, film testamentaire des voyous à la française, et l’un des plus beaux rôles de Belmondo (tiens, je vais en parler de celui-là !) ; il me répondit qu’il avait la gueule de l’emploi. Le gros voyou a désormais aussi la gueule de l’exilé fiscal : quelle étoffe !

Acta est fabula ?

Donnez votre avis

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s