Olivier de Kersauson

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Lorsqu’il est à terre, Olivier de Kersauson a l’air d’un animal blessé. Vivre à portée de voisins le rend ombrageux. Son humour, sa grande gueule et sa culture en font l’un des bretons les plus célèbres de Navarre. Sa réputation dépasse l’univers de la voile; ce nomade épicurien a la langue bien pendue, l’inspiration féconde et le verbe haut.

Il s’agirait d’un génie extensible qui fait mine que rien ne l’intéresse, à part lui-même et sa mer. Allusion à son autoritarisme sur les bateaux, il se dépeint comme « un dictateur éclairé ». Voilà un homme qui a beaucoup travaillé à sa propre caricature. Il parle des océans comme on parle des femmes rebelles. On le croit misogyne, c’est souvent vrai, mais seules les exceptions l’intéressent. Et quand il vous brosse le portrait d’une mer, c’est toujours avec crainte ou admiration. Il parle de l’océan comme d’une entité supérieure. Il lui prête une grandeur d’âme éternelle, qui n’a pas bougé d’une goutte d’eau depuis les temps immémoriaux. Même le désordre du monde, grandissant époque après époque,  ne peut altérer sa pureté car tout s’efface sur l’eau: les sillages, les traces, les hommes.

Aujourd’hui, rangé des frégates et des multicoques rutilants, Kersauson ralentit l’allure pour mieux égrainer ses souvenirs nichés dans les voiles. Olivier de Kersauson s’est toujours employé à vivre selon sa propre éthique de la vie. « La liberté, c’est choisir ses exigences, choisir ses contraintes et s’y tenir, mais en étant le patron de ses contraintes. La vraie liberté est d’avoir conscience de de ce que l’on est, avoir conscience de notre impuissance. » 

Depuis sa tendre enfance, il aime apporter la contradiction, manifester sa singularité; rentrer dans le rang n’est pas son genre. Cela ressemble à un simulacre, mais c’est de sa part une manière quasi naturelle de s’affirmer.

Originaire de milieux conservateurs, très tôt, il se trouve en rupture avec la notion de famille :  » Je trouvais ce monde ennuyeux, suffisant… sans intérêt. Je n’adhérais pas aux moeurs ni aux coutumes. Je ne souhaitais pas vivre dans ce milieu écrasé de conventions et qui en perdait son talent.  »

« Dans ma petite enfance, mes parents voulaient faire de moi un pot de fleurs. Je n’ai jamais tenu en place, je me levais la nuit en pyjama et je regardais la mer. Ma mère venait me chercher: « Olivier, il faut rentrer maintenant. » »

Dans les différents collèges religieux qu’il fréquente (11 au total dont un pendant 10 jours), le silence, le rêve et la lecture sont une armure qui exaspère les bons pères.  » Les propositions intellectuelles, morales et sociales ne servaient pas l’intérêt que j’accordais à la vie. J’ai été renvoyé de nombreux collèges sans avoir jamais chahuté. J’étais simplement d’une indifférence totale et ils ne pouvaient le supporter. En désaccord avec l’entourage, on subit d’abord une grande solitude puis on se retrouve dans l’obligation de s’évader par le rêve. J’ai rapidement pris conscience du monde maritime. Il m’a fasciné depuis l’enfance. »

Après le Bac, Odk s’engage dans des études supérieures :  » J’ai fait de l’économie en fac, le prof avait des chaussures en crêpe et un costume pas frais, je me suis dit que c’était une arnaque totale; s’il avait compris l’économie, il ne serait pas là …  »

 » J’ai décidé que c’était à moi de choisir ma vie, Ce fut le signal de la « grande dételée » qui dure depuis. J’allais pouvoir faire ce que je voulais ; personne ne me prendrait mon temps. On m’avait pris mon temps pendant dix-huit ans dans des collèges épouvantables dirigés par des maîtres stupides. Le temps allait m’appartenir. J’étais un goinfre, curieux, déchaîné, avec une envie : courir le monde.  »  » Je décide de prendre des vacances actives. À vie. Plus personne n’allait m’obliger à faire ce que je ne voulais pas faire. Jamais je ne rentrerai dans aucun système. Quel qu’en soit le prix. « 

Amoureux des grands espaces, Olivier de Kersauson a commencé à naviguer près de Morlaix puis à La Trinité-sur-Mer (une maison familiale s’y trouve à la Pointe Kerhino) où, adolescent, il barre notamment le Cambronne, voilier de Jean-Marie Le Pen.

En 1967, il effectue son service militaire dans un régiment de parachutistes d’infanterie de marine où il est affecté sur la goélette Pen Duick III à la demande d’Éric Tabarly, qu’il considère par la suite comme son « maître ». Il terminera au grade de quartier-maître. Dès lors, il devient l’un des équipiers favoris de Tabarly, puis même, sera le second à bord de plusieurs Pen Duick, apprécié pour « sa force digne d’Hercule, son engagement et son humour », selon Tabarly.

Il reste aux côtés d’Éric Tabarly jusqu’en 1974. Il commence ensuite une carrière indépendante de Tabarly non sans succès. À Noël 1975 l’avarie de Kriter II dans la course Londres-Sydney-Londres et le mystère qui entoura durant quelques jours le sort de l’équipage (14 personnes, la plupart jeunes marins sans grande expérience) le portent sur le devant de la scène médiatique. Il termine quatrième de la première Route du Rhum en 1978 avec Kriter IV.

Il se lance dans l’aventure des multicoques dans les années 1980. En 1986, il fait construire au chantier CDK son premier trimaran de 23 mètres, Poulain, qui devient Un Autre Regard. Pour Eric Loiseau, équipier sur Pen-Duick VI en 1974: «Kersauson, c’est un grand homme de théâtre qui tirerait sur le capitaine Crochet. J’ai révisé mon jugement quand il a accompli ce tour du monde en solitaire sur l’ancien trimaran Poulain, en 1988. Là, il m’a épaté.» Kersauson en avait tiré un livre (Vieil Océan), dans lequel il écrit que la tempête s’empara de lui, le battit, le pétrit, le roula pendant cent vingt-cinq jours. Et le rendit à la terre étiré de partout et à demi-fou.

puis Charal, un trimaran de 27 mètres en 1992, rebaptisé Lyonnaise des Eaux-Dumez avec lequel il s’engage dans le Trophée Jules-Verne en 1994. Avec Sport Elec, il reprend le trophée à Peter Blake et le conserve pendant cinq ans.

Avec Géronimo, un trimaran géant de 34 mètres baptisé en 2001, il fait notamment trois tentatives consécutives avant de battre une nouvelle fois le record du Trophée Jules Verne en 2004 ainsi que de nombreuses courses dans le Pacifique.

Carrière à la télé et à la radio

Ses propos caustiques et cyniques tenus dans certains dîners parisiens ainsi que sa grande culture et son talent d’improvisateur incitent son ami Jacques Martin rencontré en Nouvelle-Zélande à convaincre Philippe Bouvard de le faire participer à l’émission radiophonique Les Grosses Têtes.

Il participe ponctuellement à l’émission de 1981 à 2009 où il entretient volontiers le rôle d’un personnage bougon, misogyne et très susceptible lui valant la sympathie du public et le surnom de « l’Amiral ».

Il s’y distingue notamment en tant que fin latiniste et misanthrope assumé.

C’est sur La Cinq de Berlusconi que lui est confiée la présentation du magazine de l’aventure « Jonathan » en 1986.

Il a participé en 1995 à l’émission à succès Osons sur TF1 en compagnie de Patrick Sébastien, émission parfois ponctuée de scandales.

Depuis septembre 2009, Olivier de Kersauson participe régulièrement à l’émission de Laurent Ruquier surEurope 1, On va s’gêner.

Il s’exprime parfois dans des interviews, et dans son livre sur sa « philosophie » de vie. Il dit préférer le calme de l’océan au son de la musique, et compare ses excursions maritimes à des « purifications ». Il retourne le plus fréquemment possible en Polynésie française où il a découvert le « monde romancé » qu’il recherchait.

« Ma pensée ne se repose qu’en mer. Je ne fuis pas mes semblables. D’abord pour être honnête, ils ne m’intéressent qu’assez peu pour que je les boude vraiment. »

Records

extrait article de Jean Louis le Touzet pour Libération

Didier Ragot, son second depuis vingt ans, témoigne: «Olivier, c’est de l’or dans du goudron. Il faut se mettre du coaltar partout avant de toucher la carapace…» Kersauson a beaucoup piétiné les journalistes. La presse est convoquée un jour à Brest. Que fait Kersauson? Il lui tourne le dos et fout le camp en disant que ce sont tous des cons. Mickael Le Berre, lui, trouve ça fort drôle: «Il s’est toujours méfié de la presse. C’est aussi un grand manoeuvrier.» Dans son jeune temps, il fut un cancre éclatant qui fit perdre leur latin aux jésuites de Vannes: «J’étais rêveur et je m’emmerdais.» Si bien qu’Olivier prenait la chevalière du père en travers de la joue. Et l’impression du blason avec.

Kersauson n’est pas à proprement parler un homme de gauche. Cela nuirait à sa réputation. Jérôme Monod, proche de Jacques Chirac, l’a aidé à armer, en 1994, Lyonnaise-des-Eaux-Dumez. Reste qu’on peut avoir des amis bien placés et manger parfois du singe en boîte: «Jusqu’il y a deux ans, on n’avait pas un rond!, dit Yves Pouillaude, maître d’équipage. On était au Conquet, dans sa maison et je dis: « Putain, Olivier, faut qu’on bouge no’t cul! On est des marins, pas des jardiniers! »» Il serait plus juste de dire que monsieur de Kersauson a toujours vécu sur un grand pied, ce qui n’empêche pas de dormir à même le sol, roulé en boule, comme un labrador. A la fin des années 60, Olivier a connu Jean-Marie Le Pen, quand ce dernier possédait un voilier baptisé Cambronne. Que dit-il de tout ceci?: «Je n’aime pas l’exaltation de l’origine, de la race ou de la culture. J’ai trop voyagé pour aimer ça. Et puis je n’appartiens à aucun clan.»

Kersauson a un faible pour Jean Glavany, ministre socialiste et marin: «Je ne suis pas de son bord, mais c’est un type extra qui barre super bien.» Qu’en pense le ministre de l’Agriculture: «Je le connais depuis près de vingt ans, il est de plus en plus souple. Avant, les gars prenaient des coups de manivelle de winch!» De quoi parlent-ils? «On assume nos différences. Olivier me cherche toujours un peu», dit Glavany en riant. La dernière fois, ces deux-là se sont surpassés. Il était question de socialisme et de liberté, la mer était belle et le ministre avait apporté à bord du rouge et du pâté en croûte. Comme il fallait s’y attendre, le temps a fraîchi: «Socialisme, tu parles, mes couilles!» Et le ministre, qui connaît son Kersauson, lui a filé une belle gauche dans les dents: «T’es rien qu’un vieux facho, une espèce de cul-bénit de Breton!»Bon vent à l’époustouflant marin qui pisse au vent, mange du haddock et arrache les bouchons d’un coup de dents.

Citations:

Il est admis qu’on meure seul.Mais pourquoi la solitude ne serait-elle que les deux extrémités de cette histoire?Je trouve que c’est bien de vivre seul,et tout le temps.J’ai compris que je mourrai seul.C’est un geste d’amour de tenir la main de celui qui se débat dans les affres de la mort.Je ne me fais pas d’illusions:je finirai seul.Je suis accroché à ma solitude .`

bq En Bretagne, la pluie ne mouille que les cons.

bq L’inventeur du rétroviseur est un Grec qui voulait reconnaître ses amis. eq

bq Ce sont les voiliers qui ont découvert le monde, et ils charrient dans leur sillage bien des légendes. eq
bq Que de temps perdu à croire que l’on est malheureux. eq

bq La jalousie part toujours d’une profonde ignorance. eq

Ecartelé: le voici donc plus grand mort que vivant.

En amour, le rapport de forces n’est pas une conquête, c’est un naufrage.

Il disait être de bonne composition, il voulait plutôt dire de bonne décomposition!

Je n’ai pas assisté à beaucoup de courses de spermatozoïdes mais j’ai donné beaucoup de départs.

Une femme dans la vie d’un homme c’est comme des fleurs dans une maison, c’est agréable mais ça fane.

Un seul spermatozoïde sur trois millions atteint l’ovule: chaque fornication est un holocauste.

Sim a plus l’air d’un clodo tuberculeux que d’un marin déguisé en poubelle.

Sim a dû naître à la suite d’une liaison entre son père et une poupée gonflable.

Quand un marin se baigne, c’est toujours pour la dernière fois.

Pour savoir qu’un verre de vin est de trop, encore faut-il l’avoir bu!

Pour diminuer les encombrements, il suffirait de faire rouler les voitures à droite et les camions à gauche.

Moins les femmes seront femmes, moins elles rencontreront d’hommes. Même évidence pour nous.

Les fils des mères abusives deviennent souvent des tantes abusives.

Le baisemain permet de voir si les bijoux sont vraiment en or.

Le baisemain c’est un bon début. Ca permet de renifler la qualité de la viande!

La misère a été inventée pour que les pauvres n’aient pas trop de chagrin au moment de mourir.

La générosité n’est qu’une distraction de l’égoïsme.

Je suis étonné que la justice se contente d’un alcootest qui donne le nombre de grammes d’alcool dans le sang, sans indiquer le cépage et le millésime. Que fait la police?

Je préfère les vieux aux jeunes. A-t-on, en effet, déjà hérité d’un jeune?

Je préfère avoir ce que j’ai dans la braguette que ce que tu as dans la tête: c’est plus gros.

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