Maurice Ronet

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Maurice Ronet est mort il y a plus de trente ans et fait partie de cette rare qualité d’être dont la disparition n’abolit rien, ni son visage ni son allure ni ses mots ni cette aura sulfureuse qui manque à notre génération d’acteurs souvent si vide du dedans, et creuse en dehors. Il traversa l’existence comme une épreuve du feu, brûlante et incendiaire et reste une énigme. Ce regard intrigue. Magnétique, Il aurait voulu écrire, mais le cinéma, en manque de braise et de ténèbres le requiert. Ses parents sont du milieu, Ronet n’échappera jamais entièrement à son destin mais aura tout fait pour s’en extraire. Passé à côté de la Nouvelle Vague même s’il croisera plusieurs fois Chabrol, privilégiant les chemins de traverses cinéphiles aux autoroutes du cinéma d’auteur haut-de-gamme.

Une existence mystérieuse et disloquée, des sorties, du spleen, un goût pour défendre les causes perdues et une aptitude au bon goût littéraire l’inclinèrent à droite. Une droite de tempérament, d’attitude et de distinction. Il soutient les partisans de l’Algérie française et fait partie de l’Association des amis de Robert Brasillach. Il aime les belles voitures et les grands vins. Sa beauté a souvent fait écran à sa noirceur; son alcoolisme a parfois réveillé sa violence. Cela ne laisse pas indifférent. Il forma avec Anouk Aimée l’un des plus beaux couples du cinéma français, subtilisera Anna Karina à Godard, Ava Gardner une nuit au Ritz de Madrid.

Le regard constamment porté vers l’abîme, la passion en appétit, l’excès au teint. Cela ne saurait lui suffire. Alors il part vadrouiller avec Dominique de Roux au Mozambique, courtise les dragons de Komodo jusque sur leur île indonésienne. Maurice Ronet, pour l’éternité, est cet homme fragile, déjà presque cassé, qui va chercher recours, secours auprès d’autrui mais ne s’affronte qu’à cette seule réalité qui est le besoin absolu qu’il éprouve d’être aimé, de ne pas être abandonné. L’ennui qui le happait, il a voulu le fuir. Le cancer finit de le consumer à 55 ans.

Fils de comédiens, Maurice Ronet, de son vrai nom Maurice Julien Marie Robinet, voît le jour le 13 avril 1927 à Nice, dans les Alpes Maritimes. Il est très tôt plongé dans le milieu du spectacle puisque enfant, il suit ses parents lors de leurs tournées théâtrales. Bien que cette enfance ait été enrichissante, il ressent très rapidement le besoin de s’éloigner de cette famille heureuse mais au sein de laquelle il se sent assez isolé. Il a la nécessité, très jeune, de ne pas se confronter au passé. Il choisit de ne pas affronter davantage ce sentiment de profonde solitude auquel il est sensible depuis sa tendre enfance.

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A quinze ans, le jeune Maurice Ronet apprend l’anglais grâce à l’œuvre de Edgar Allan Poe. L’année suivante, il fait ses débuts au théâtre aux côtés de ses parents dans la pièce de théâtre de Sacha Guitry « Deux couverts ».

Le jeune Maurice suit les cours du centre du spectacle de la rue Blanche, où il aura comme professeurs Julien Bertheaud, Maurice Donneaud et Bernard Blier. Ensuite pendant un an, il fréquente le Conservatoire où il sera dans les classes de René Alexandre, Maurice Leroy et René Simon. C’est là qu’il rencontre Maria Pacôme. C’est le coup de foudre. Maurice Ronet et Maria Pâcome se marient en 1950. A cette époque, le jeune acteur fréquente Saint-Germain-des-Près. C’est là qu’il fait la connaissance du réalisateur Jacques Becker . C’est ainsi qu’il fait ses débuts au cinéma dans « Rendez-vous de Juillet ».

Ce film, lui permet de donner la réplique à son père Emile. Maurice Ronet commence à tourner des films comme « Un grand patron », « Le guérisseur » ou « La sorcière ». Mais le succès n’est pas au rendez-vous et sa carrière ne décolle pas. Déçu par sa carrière, Maurice Ronet part avec sa femme Maria Pâcome pour Moustiers-Sainte-Marie, dans le sud de la France et s’installe là-bas pour fabriquer de la poterie. Mais là aussi, le couple va vite déchanter. N’ayant pas d’argent, Maurice Ronet remonte pour Paris et reprend sa carrière d’acteur. C’est à cette période qu’il se sépare de Maria Pâcome.

En 1957, Louis Malle fait appel à lui pour tourner dans le film « Ascenseur pour l’échafaud » aux côtés de Jeanne Moreau. Son ami Roger Nimier s’occupe des dialogues. Le succès sera autant public que critique. La musique du film signée Miles Davis apportera un atout supplémentaire au film, qui remportera le prix Louis Delluc.

Deux ans plus tard, Maurice Ronet est à l’affiche de « Plein soleil » de René Clément où il fait la connaissance d’ Alain Delon.

A l’écran, on l’aura compris les deux loups voulaient se dévorer, à la ville, régnait une cordialité à défaut d’amitié. Marie Laforêt, leur partenaire féminine dans Plein soleil aurait fait les frais de ce combat de coq, « Alain Delon et Maurice Ronet étaient si prétentieux… si méprisants: Deux trous du cul! »

En 1963, Louis Malle, offre à l’acteur ce qui restera pour beaucoup comme son plus beau rôle, celui qu’il n’avait aucun souci d’imaginer  rôle magnifique celui de Alain Leroy, un alcoolique, dans « Le feu follet ». Un homme, donc, qui n’a plus goût à la vie, un homme anesthésié, en cure de désintoxication dans une clinique de Versailles. Un parfum vénéneux plane, la prescience d’une fin imminente. Dernière ivresse, dernière virée pour vérifier qu’il n’y a plus d’argent, plus de jeunesse, plus de séduction. L’itinéraire d’Alain Leroy le conduit de bars hier mythiques en visites chez des amis. Dérivant sur fond de bourgeoisie rêveuse, de tentation droitière (des amis infréquentables de l’OAS), de fêlure fitzgeraldienne, ce personnage velléitaire oppresse le coeur. Dandy qui se déteste de l’être, il souffre d’un mal romantique qui lui a fait entrevoir une vie phénoménale avant de l’en priver.

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Après ce succès, Maurice Ronet s’essaye ensuite à la réalisation avec « Le voleur de Tibidado » où il il se met en scène aux côtés de l’actrice Anna Karina, égérie de la Nouvelle Vague. Pour le tournage de la super production « Les centurions » de Mark Robson, aux côtés de Anthony Quinn et Claudia Cardinale, il retrouve Alain Delon.

Il enchaîne avec « Trois chambres à Manhattan » de Marcel Carné où il a pour partenaire Annie Girardot. Dans les années 60, il devient l’acteur fétiche de Claude Chabrol avec qui il tourne « La ligne de démarcation » (1965), « Le scandale » (1966), « La route de Corinthe » (1967), « La femme infidèle » (1968).

Le film « La piscine » de Jacques Deray, lui permet de retrouver Alain Delon qui joue aux côtés de Romy Schneider. Le film connaît un très gros succès ce qui ouvre de nouvelles opportunités pour Maurice Ronet.

En 1970, il tient le premier rôle du film « Qui ? » de Leonard Spiegel, où il retrouve l’actrice Romy Schneider. Tour à tour émouvant ou mystérieux ce rôle sera l’un des meilleurs de sa carrière.

Ronet3Bizarrement, les années qui suivent sont assez chaotiques. Mis à part « Raphaël ou le débauché » de Michel Deville, en 1971, Maurice Ronet fait de mauvais choix dans sa carrière. Imprévisible et entier, l’acteur abuse de l’alcool pour oublier sa mélancolie. Amateur de belles voitures, il collectionne aussi les conquêtes féminines. La mort de sa mère l’atteint profondément. Il est désormais seul.

En 1973, Maurice Ronet part avec son ami l’écrivain et éditeur Dominique de Roux tourner un reportage pour la télévision sur la guerre menée par le Portugal au Mozambique. Appel de l’aventure, défense à contre-courant, pour l’honneur, d’un des derniers lambeaux d’empire européen en Afrique… Les deux hommes prennent des risques insensés et échappent de peu à la mort.

La même année, Ronet porte à l’écran Vers l’île des dragons, un documentaire allégorique, à la fois cosmogonique et eschatologique sur les lézards géants du Komodo, en Indonésie : « C’est une chronique sur la terre, l’eau, le feu et sur ces monstres qui n’existent que là, qui sont (de très loin) nos ancêtres, explique-t-il alors […]. Il s’agit d’animaux qui sont à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de nous-mêmes, et puis ils étaient là bien avant nous et ils seront là bien après nous. C’est un peu le pèlerinage aux sources, ou un voyage en enfer, ou un film sur le début ou sur la fin du monde. »

La même année, Maurice Ronet tourne « Don Juan 73 » de Roger Vadim, avec Brigitte Bardot et Robert Hossein.

Pendant cette période, il tourne beaucoup en Italie : « La seduzione » ou « Oh ! Mia bella matrigna » , et en Allemagne : « Seul le vent connaît la réponse » ou « Bis zur bitteren neige ». Mais ces films ne connaitront pas de succès. L’acteur fait quelques apparitions dans des films comme « La maison sous les arbres » (1971) ou « Nuit d’or » (1976), mais cela ne change rien : sa carrière semble marquer le pas.

Ronet réalise Bartleby en 1976, un drame intimiste d’après la nouvelle éponyme d’Hermann Melville, avec Michael Lonsdale. Il s’agit du récit d’un homme désespéré se conduisant comme un somnambule. Un mort en sursis, prostré dans une armure invisible, hermétique aux autres hommes, médiocres et parfois haineux à son endroit. Un seul l’aide comme il peut. Mais cela ne suffit pas. Un voyage au bout de la nuit que Ronet filme sous l’influence littéraire décisive de Louis- Ferdinand Céline. Bouleversant et sans concession. L’existence tragique et nue…

Maurice Ronet fait un retour remarqué dans « Mort d’un pourri » de Georges Lautner, où il retrouve Alain Delon.

Sur le plan personnel, il trouve enfin la sérénité et l’amour grâce à l’actrice Joséphine Chaplin, l’une des filles de Charles Chaplin. L’acteur publie un nouveau livre « Le métier de comédien » en 1977, où il parle avec franchise et passion de son parcours cinématographique. Il s’achète une maison à Bonnieux dans le Luberon. Sa compagne lui donne un fils, Julien en 1980. Maurice Ronet continue sa carrière et tourne avec les plus grands réalisateurs : Terence Young « Liés par le sang », Franklin J. Schaffner « Sphinx », Bertrand Blier « Beau-père ».

En 1982, il incarne Roger Massina, le roi de la Pègre à Belleville dans le film « La balance » de Bob Swaim, aux côtés de Richard Berry, Nathalie Baye et Philippe Léotard. Atteint par la maladie, il fait une dernière apparition dans « Surprise Party » de Roger Vadim, et s’éteint peu après, le 14 mars 1983 à Paris, à seulement 55 ans. Ce jour-là, le cinéma perdait l’un des acteurs les plus doués de sa génération. Même si Maurice Ronet n’aura pas eu une carrière à la hauteur de son talent, il aura illuminé chacun de ses films par son interprétation. Si fine puisque sincère.

A lire Maurice Ronet, les Vies du feu follet de Jean-Pierre Montal, éditions Pierre- Guillaume de Roux, 176 pages, 23 €; Maurice Ronet, le splendide désenchanté de José-Alain Fralon, éditions des Equateurs, 330 pages, 21 €.

 

Bruno de Cessole – Valeurs Actuelles

Que reste-t-il d’un comédien quelques décennies après sa disparition ? Une poignée d’images sépia, quelques scènes de films et, parfois, une légende. Souvent en porte-à-faux. Maurice Ronet en était conscient, qui, au sommet de sa notoriété, observait qu’« on est connu pour de mauvaises raisons ».

Des images ? Difficile d’en trouver aujourd’hui dans les agences photo. Quand elles ne sont pas de trop médiocre qualité pour être publiées, elles ne montrent l’acteur qu’en profil perdu, de trois quarts ou bien éclipsé par ses partenaires, Alain Delon, notamment, dans Plein soleil ou la Piscine. Comme si Ronet répugnait à se laisser enfermer dans une image trompeuse, fragmentaire. Comme s’il était toujours sur le point de filer à l’anglaise, sur un chemin de traverse.

Des scènes de films ? Elles sont plus nombreuses et, surtout, révèlent, mieux que les instantanés photographiques, la séduction, plus ténébreuse que solaire, de l’homme, son élégance lasse, sa vulnérabilité, une sorte de mal-être et d’angoisse que voile la pudeur. Il y a le regard, tourné vers l’intérieur, et le sourire, moins conquérant que charmeur, qui illumine soudain le visage, et la voix, tantôt rauque tantôt métallique, voix fatiguée de fumeur, de buveur et de noctambule.

Et c’est ici que pointe la légende, aussi fallacieuse que celle qui auréola son contemporain et complice Roger Nimier : l’habitué de Castel et des bars de la rive droite, qui, princier, réglait les additions de ses commensaux, l’oiseau de nuit qui ne regagne son nid qu’aux petites heures de l’aube, le play-boy couvert de femmes, qui, au fond, préfère la compagnie de sa bande de copains, Remo Forlani, Jean-Charles Tacchella, Paul Gégauff, Christian Marquand, Pascal Thomas, Jacques Quoirez, François Chalais ; un frère en désarroi des personnages de Musset, de Drieu et de Nimier dont il partageait, pour le dernier, la posture d’individualiste de droite, tenté par l’insoumission tout en étant nostalgique de l’ordre.

Inclinant pour l’Algérie française, dans les années 1950, venant en aide à l’acteur Le Vigan, condamné à la misère en raison de son amitié avec Céline, il devait tourner en dérision Mai 68, avant de s’engager aux côtés de Dominique de Roux dans son équipée journalistique et métapolitique au Mozambique. Disons que Ronet, à rebours des préjugés de la plupart de ses confrères, se situait du côté des Hussards de la droite littéraire plutôt que du côté des grognards progressistes.

Cette légende mi-sulfureuse miromantique, d’un romantisme quelque peu frelaté, a, sans doute, contribué à l’attachement que continuent de lui vouer certains cinéphiles. Elle est présente dans les deux essais biographiques qui paraissent pour le trentième anniversaire de la mort prématurée du comédien, à près de 56 ans, en 1983. Aussi bien Jean-Pierre Montal que José-Alain Fralon l’évoquent avec quelque fascination, sans toutefois en être dupes.

Le premier raconte au début de son livre comment, à 10 ans, il tomba sous le charme de l’acteur en regardant Mort d’un pourri : « Que pouvait bien dissimuler ce visage inquiet ? Et cette voix blanche, lessivée, contrepoint atone à celle de Delon, que cachait-elle ? Tout à la fois play-boy et vilain petit canard, malin tirant les ficelles et paumé du petit matin, Maurice Ronet me parut étrange et pourtant très familier… sans le savoir, j’en prenais pour vingt ans. »

C’est à 18 ans que José-Alain Fralon découvrit l’acteur dans le rôle qui lui ressemble le plus, celui d’Alain Leroy dans le film que Louis Malle adapta du roman de Drieu, le Feu follet. « Les temps ont passé, écrit-il, Ronet, oublié pendant vingt ans, ressuscite et reprend une place que personne n’a remplie. En ces temps de crise et d’horizon bouché, alors que les Hussards remontrent le bout de leur talent et que la nostalgie des années Sagan nous envahit comme une brume d’été, voilà que Renaud accueille Ronet dans son “bistrot des copains”, Éric Neuhoff en fait un de ses “Insoumis”, Jean-Paul Enthoven avoue qu’il éprouve pour lui “une affection inexplicable” et Frédéric Beigbeder rêve d’être “Maurice Ronet ou rien”. »

Le retour en grâce du “Feu follet” ne tiendrait-il qu’à la nostalgie ? La raison n’est pas suffisante. Avec ténacité et passion, les deux auteurs ont mené leur enquête, interrogé les anciennes femmes et les amis survivants de l’acteur, questionné les réalisateurs avec qui il a tourné et les confrères et consoeurs qui furent ses partenaires, recueilli des anecdotes inédites. Leurs deux livres, plus littéraire pour l’un, plus journalistique pour l’autre, laissent filtrer l’empathie ressentie pour un personnage à la fois séduisant et énigmatique, qui semble avoir été comédien presque à son corps défendant, tout comme il fut un don juan malgré lui.

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Hommage à Maurice Ronet, le cinéma de la droite absolue

par Nicolas Bonnal

Je participerai à une émission de Radio-courtoisie (le 12 mars prochain, à 21h30) consacrée à Maurice Ronet par mon ami Arnaud Guyot-Jeannin. J’en profite pour proposer ce petit texte en en-cas. Le sujet Ronet, un des plus aristocratiques qui soient, me poursuit tel une ombre rebelle depuis vingt ans ou presque. Même le bref hommage d’Eric Neuhoff n’y suffira pas…

Maurice Ronet avait milité discrètement dans les années 70 au Parti des forces nouvelles de Tixier-Vignancour, donnant en quelque sorte raison à Jean Parvulesco qui affirmait quinze ans avant – d’Espagne, dans la revue de la Phalange –, que la nouvelle vague était « fasciste ». Cette déclaration tempétueuse était bien sûr à tempérer, mais il y aurait à dire sur Godard (qui fait d’ailleurs parler Parvulesco dans l’immortel A bout de souffle), Chabrol et Gégauff (revoir la scène très provo des Cousins, avec Brialy grimé en officier allemand) et sur Rohmer (deux amis se saluent bras tendu dans la collectionneuse en prononçant le cri de guerre Montjoie !). Ronet a tout en tout cas du beau ténébreux maudit, du dandy de droite, du guerrier maudit, du nihiliste caviar, même s’il vaut mieux que les héros parfois caricaturaux et ennuyeux du bon Drieu.

Ronet excellait à se faire détester et tuer : pensez à la Piscine (il joue le rôle d’un Américain !) et bien sûr à l’extraordinaire Femme infidèle. Il se moquait de lui-même en disant qu’il avait été tué une trentaine de fois au cours de sa carrière. Sa dernière mort, d’ailleurs abjecte, se produit dans l’horrible film la Balance, qui montre peut-être une transition terminale dans le cinéma français : on n’y sera effectivement plus en France, après. Le vieux fusil a changé d’épaule. Vogue la galère.

Je fais un crochet par les studios américains. Ce n’est pas un hasard si le seul film d’extrême-droite du cinéma français se joue avec Delon et Ronet, sans oublier Anthony Quinn : c’est bien sûr les Centurions, hymne à la gloire de Bigeard et des paras d’Alger, provocation intenable dès l’époque puisque l’excellent film de Mark Robson, tourné d’ailleurs à Almeria, justifiant quelque peu la torture, fut ostracisé dix ans durant (quel honneur !).

Au début des années 80, alors qu’il sait sans doute qu’il va mourir, notre grand homme (plus encore que grand acteur), marié à une très belle fille Chaplin (et petite-fille du prix Nobel irlando-américain O’Neill !) désire aussi adapter pour la télé encore française une vie du général Boulanger. Le sujet est important car si Boulanger n’avait pas flanché à l’époque, l’histoire de la France et de l’Europe aurait été changée (que se serait-il passé en cas de chute de la république méprisée et de nouvelle défaite face à l’Allemagne ?). Cela montrait en tout cas que Maurice Ronet s’intéressait aux sujets pointus, et qu’on le suivait : car il y avait encore une télévision et un cinéma nationaux, je le maintiens sans sourciller. De cette fin de carrière, je recommanderai aussi l’étonnant Madame Claude, avec une Françoise Sagan géniale, film d’un chic vulgaire et racoleur. Ronet y joue un ami de la dame et essayeur dandy de belles espionnes. Le film traite aussi de l’affaire Lockheed qui défraya la chronique dans les années 70 quand une partie des Bilderbergs (la Trilatérale) décida de se débarrasser de l’autre en prétextant des achats militaires (les fameux avions défectueux)… Le cinéma français s’intéressait à de ces choses…Roney1

Mais ce qui est surtout intéressant chez Maurice Ronet, c’est sa culture, sa recherche personnelle. Il a adapté les génies absolus de la littérature américaine, Poe et Melville, avant que l’Amérique – comme le cinéma français – ne soit plus l’Amérique. Ronet adapte deux fois Edgar Poe, l’excellent Scarabée d’or et l’extraordinaire Ligeia, un des plus beaux textes jamais écrits en hommage à la femme. Jugez-en en trois lignes, traduites il est vrai par Baudelaire (1) :

« Une intensité singulière dans la pensée, dans l’action, dans la parole était peut-être en elle le résultat ou au moins l’indice de cette gigantesque puissance de volition qui, durant nos longues relations, eût pu donner d’autres et plus positives preuves de son existence. »

Ce film est introuvable. On peut par contre voir sur Youtube le prophétique Bartleby de Melville où l’éternel Michel Lonsdale adapte dans le Paris grisonnant des années 70 l’extraordinaire petit résistant à la matrice du maître de Moby Dick. Lonsdale traînaille autour du palais Brongniart comme si l’on pressentait que c’était à cet endroit que se jouerait la fin de notre histoire. Ici et à Wall Street naturellement. Je voudrais bien ne pas le faire, répète Bartleby d’une manière cyclique.

Le grand opus est bien sûr celui sur les dragons de Komodo, que je cite comme joyau mythique dans ma damnation de stars (2). Ronet les compare à des chevaliers, à des héros solaires aux armures brillantes (pensez à Excalibur) qui bataillent près du cratère du Krakatoa (je sais, ce n’est pas la même île !!!) au commencement du monde, mythologie éclatée, au commencement du temps et de l’espace. De ce moyen-métrage (j’allais écrire moyen âge) fantastique, Ronet avait tiré un livre publié dans la célèbre et formidable collection J’ai lu, l’aventure mystérieuse, qui nous a tant permis de rêver quand nous avions dix ans et que nous attendions la venue des soucoupes violentes et des tibétains télépathes ! Les années 70 sont aussi les années fastes de Pierre Kast, qui tourna les mystères de l’île de Pâques et avec qui le feu follet de la droite absolue œuvra. Je me suis souvenu qu’avec Jünger, bien jeune j’ai regretté aussi que soixante-dix s’efface. Nous avions soixante ans d’écart mais nous savions qu’après cette décennie sauvage et décalée, libertaire et païenne, sur fond d’agonie de tout, nous ne reverrions plus rien. Et ça n’a pas manqué.

On trouve ce bel extrait, qui explique si bien notre Ronet, dans le livre cité sur les dragons :

« Beaucoup de gens de notre temps que la fortune a fait naître en pays développés, perdent, jour après jour, le besoin de leurs jambes et celui de la curiosité. Ces gens-là mettent des manteaux à leurs petits chiens, tiennent rigueur aux gouvernements de ne pouvoir empêcher la neige de tomber sur les divines autoroutes où ils se font prendre comme mouches sur le papier à glue, et, grâce à la télévision, se croient au fait de tout ce qui se passe dans le monde. Pourtant, qu’il est dérisoire le petit écran si l’on songe à l’infini des horizons où perpétuellement se transforme et se recrée l’univers. En vérité, l’homme qui cesse de lire et de voyager parce qu’il possède un poste de télévision est comparable à l’enfant qui se fait une idée suffisante du soleil en contemplant les rayons d’ostensoir dont l’embellit son livre d’images. »

Et comme je n’ai pas envie d’en dire plus, me réservant pour la radio, je laisse Ronet conclure, ouvrir plutôt un débat supérieur, digne de mon voyageur éveillé (3) :

« L’existence de tout homme n’est que l’incessant combat contre ses propres dragons. »

http://www.les4verites.com/autres/hommage-a-maurice-ronet-le-cinema-de-la-droite-absolue

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Une réflexion sur “ Maurice Ronet ”

  1. Skyrock vend des CD NecroPedoSadoMaso ! Une honte pour la France ! NecroPedoSadoMaso est un album du groupuscule SEWER, un groupe composé de Swagg Man, Amine Mojito et Morsay ! Tapez « NecroPedoSadoMaso SEWER » dans Yahoo et vous trouverez en première image une photo de Morsay en train de se rentrer un gode dans le CUL !!! Quant à Amine Mojito il a affirmé il y a peu « je suis le nouveau Dieudonné » alors qu’il fouettait une franc-maconne avec sa ceinture Gucci !!!! « On va faire pire que Alain Soral » disait-il !!! Et les propos de l’album NecroPedoSadoMaso ne sont guère mieux à en croire le groupe SEWER. « Il faut enfoncer des grenades dans la chatte d’Océane 12 ans et demi » « je crache mon foutre sur les chiennes francaises » disait Swagg Manb !!!! Cherchez « Swagg Man NecroPedoSadoMaso » et vous verrez bien !!!! Marine 2022, ça urge !!!

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