Auguste Le Breton

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« Je suis un vagabond. J’ai grandi dans l’ordure et je ne pense pas qu’on puisse descendre plus bas. Mais j’aime les grands espaces, la propreté, sous toutes ses formes. » Auguste Montfort, alias Auguste Le Breton est un écrivain libre et dérangeant, limite scandaleux: il commença voyou et finit en secrétaire perpétuel d’une Académie parallèle, celle du polar pas franchement poli. On arpentera chez lui toutes sorte de défoulements jubilatoires: les expressions, les calembours, les gisants, les mystères et les coups de pute giclent. Certains joyaux prennent du carat (de l’âge), d’autres restent intemporels. Piochons !

Une certaine atmosphère anarcho-lugubre rythmée par la clarté des ténèbres, inondée par les fumées odorantes, peuplée de chevaliers aux visages burinés par les règlements de comptes, noyée par les cuites, les pépées et autres serments de malfrats. Nombre de ses romans ont été vaillamment adaptés à l’écran. Auguste le Breton est notamment l’auteur du Clan des Siciliens, Razzia sur la chnouf, Le rouge est mis, Bob le flambeur… Expert international en bas-fonds et en aristocratie du trottoir, ses ouvrages puisent dans son existence d’équilibriste rudement déséquilibré. Une histoire pleine de saveur, contée par un homme sage, qui connait le prix du larcin, de chaque gorgée et des mots. 

Orphelin de guerre mais déterminé, le petit Auguste pris son destin en main en s’évadant d’où qu’il fut, ce qui le conduisit en maison de redressement, puis au bagne pour enfants. Une fois sorti, il se retrouve à la rue et tricard avec pour tout bagage ce qu’on lui a  répété :  « vous êtes la lie de la société ! ». Se flattant d’être « né dans l’argot », il introduit le verlen en littérature au début des années 50. « Verlen avec un ‘e’ comme ‘envers’ et pas avec un ‘a’, comme ils l’écrivent tous », assurait l’écrivain, ajoutant qu’il faut « avoir connu la misère et la rue pour écrire comme ça. Un détail, ça ne s’invente jamais« . La force du Breton fut de ne rien inventer dans ses polars: il avait presque tout vécu.  

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Auguste Montfort, alias Auguste Le Breton, est né le 18 février 1913 à Lesneven (Finistère). Sa mère l’abandonne après la naissance et son père, qui exerce la profession de clown, meurt à la guerre en 1917. Pupille de la Nation, il est admis dans un orphelinat de guerre à l’âge de huit ans mais s’évade à plusieurs reprises. À 14 ans, il est transféré dans un Centre d’Éducation surveillée. Il relatera plus tard cette enfance et la dureté de ces maisons « de correction » dans un récit autobiographique, Les hauts murs (adapté au cinéma en 2008 par Christian Faure).

À 18 ans, couvert de vermine, Auguste Le Breton bat le pavé de Paris. Il noue de solides amitiés avec les voyous de banlieue. A cette époque, si bien dépeinte dans les livres de Pierre Mac Orlan et Francis Carco, les garçons portent des casquettes à carreaux, les filles des jupes plissées et les rixes se font au couteau, entre deux bals-musettes. « Maurice la Gouine, il avait même fait mettre un diam’ dans la canine de son chien. Du folklore, oh la la, c’est pas aujourd’hui qu’on trouverait ça à Paris ! », raconte en 1985 l’ancien truand devenu romancier à succès.

Pour subsister, il effectue de petits boulots, tour-à-tour terrassier, docker, couvreur-zingueur, et même ouvrier dans une société d’ascenseurs. Un emploi qu’il ne garde pas longtemps, viré parce qu’il faisait équipe avec un syndicaliste ayant fomenté une grève. Plus souvent au chômage, il connaît le froid, la faim, la misère, heureux de pouvoir coucher de temps en temps dans de minables chambres d’hôtel. Souvent il se réfugie au bas des marches du métro, coincé contre les grilles, recherchant un minimum de chaleur. Il organise des parties de bonneteau, jeu de trois cartes qui demande une extrême habileté manuelle et dans lesquelles se font plumer les gogos. Cela ne l’empêche pas de fréquenter les bals de quartier dans lesquels les jeunettes perdaient leur pucelage et se retrouvaient sur le trottoir par amour pour leurs barbeaux. Il y côtoie les maquereaux, les petits et grands truands, un pied de chaque côté de la frontière séparant le légal de l’illégal, au mieux avec Milo Jaquot, caïd légendaire de Saint-Ouen, et bien d’autres.

Auguste Le Breton quitte ensuite les bouges de Saint-Ouen et d’Argenteuil pour les bals plus huppés de Clichy et de Montmartre. Il y reviendra toute sa vie jouer au poker dans les bars louches. Durant la guerre, il fait le bookmaker clandestin tout en s’engageant dans la Résistance: « Mon père est tombé en 14. Je ne me serais pas vu marcher avec les Allemands ». À la Libération il est décoré de la Croix de guerre. Puis, en 1947, il a 34 ans, naît sa fille Maryvonne: il décide alors de tenir le serment qu’il s’était fait lorsqu’il dormait contre les grilles de métro pour bénéficier de sa chaleur fétide: « Si un jour j’ai un enfant, j’écrirai la mienne d’enfance, pour qu’il comprenne, pour qu’il reste humble et propre toute sa vie et devienne un homme ». Ce sera une fille, mais qu’importe, Auguste a toujours été un homme de parole. Il prend la plume pour raconter les années de maison de correction de sa jeunesse dans Les Hauts Murs, qu’il dédie à sa fille, Maryvonne.

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Il écrit par la suite La loi des rues, mais c’est Du rififi chez les hommes édité chez Gallimard à la Série noire qui fait de lui une vedette du polar à la française. Son avocat d’alors lui suggère de déposer le mot « rififi » qui reste la propriété exclusive de son auteur. Il introduit ainsi l’argot moderne en 1954 avec le Rififi chez les Hommes, ainsi que le verlan en littérature, verlan qu’il  crée en 1942 au Café de la Poste, à Paris, comme il a créé le mot « Rififi » sur le quai de la Fosse, à Nantes toujours en 1942, mot qui entre dans les dictionnaires et fait le tour du monde.

S’enchaînent ensuite plus de 80 livres dont certains portés à l’écran: les mythiques Razzia sur la chnouf, Du Rififi chez les hommes, Bob le Flambeur, le rouge est mis, et le célèbre Clan des Siciliens. Ces films lui ont permis de côtoyer des monstres du cinéma français: des acteurs tels Gabin, Ventura, Delon, Hossein et des metteurs en scène comme Gilles Grangier, Henri Decoin et Henri Verneuil. Auguste Le Breton est moins à l’aise dans la fiction pure et dure, il est surtout un excellent autobiographe et biographe, un excellent témoin de son époque et de son milieu.

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Il fait le tour du monde, ce qui lui permet de situer l’action de ses « Rififis » au Brésil, puis ce sera Mexique, Argentine, Canada, New York, Hong Kong. Il dira: « Je ne crois pas qu’on puisse situer un roman dans un pays où l’on n’a pas vécu. Un écrivain ne doit pas vivre sans quitter sa chaise ou alors il ne sert à rien. »Après c’est sa période sud-américaine, parcourant l’Argentine, la Colombie, le Venezuela, côtoyant de près ou de loin truands locaux et immigrés européens : l’ancien champion cycliste José Beyaert, vainqueur du premier tour de Colombie en 1951 ; Lincoln Montero, célèbre pour son Escadron de la Mort brésilien ; le Dr Joseph Mengele, bourreau d’Auschwitz ; Auguste Ricord, considéré comme le caïd de la « French Connection » ; et bien d’autres. Des voyages qui assouvissent sa soif d’aventures et lui fournissent des sujets pour ses romans.

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Amoureux de sa Bretagne natale, il partage son temps entre la région parisienne et Brignogan. À 85 ans, en 1998, il  publie « Du vent.. Et autres poèmes » révélant au public un autre aspect de son talent. Il écrit « Monsieur Crabe », un hommage à ceux et celles qui l’ont épaulé dans sa lutte farouche contre un cancer de la gorge, dont il s’est sorti une première fois mais il décède d’un cancer du poumon à l’hôpital de saint-Germain-en-Laye en 1999, ayant livré son ultime combat  contre le « Crabe ». La force d’Auguste Le Breton, personnalité en marge du monde de la littérature policière, fut de ne rien inventer dans ses polars: il avait presque tout vécu.

1955 – DU RIFIFI CHEZ LES HOMMES

Si le roman est resté célèbre pour son invention du mot « rififi », le film est passé à la postérité grâce au brio de sa scène de cambriolage : une impeccable demie heure sans dialogues ni musique, qui influencera la plupart des films de cambriolage réalisés par la suite. Adapté par Auguste Le Breton (ALG) d’après son propre roman, Du rififi chez les hommes est le premier film réalisé en France par Jules Dassin, forcé à l’exil pour échapper à la terrible Liste Noire américaine. Interprété par Jean Servais, il marque aussi la première apparition à l’écran de Robert Hossein.

– RAZZIA SUR LA SCHNOUF

Un an après Touchez pas au grisbi (adapté d’Albert Simonin par Jean Becker), le tandem Gabin – Ventura se reforme sous la direction d’Henri Decoin pour un polar mythique, adapté de l’un de ses romans par ALG. Le film offre l’un de ses premiers rôles à Magali Noël, pulpeuse chanteuse de cabaret qui deviendra l’une des incarnations du fantasme féminin selon Federico Fellini.

1956 – LE ROUGE EST MIS

Gilles Grangier reforme le trio de Razzia sur la Schnouf – Jean Gabin, Lino Ventura et Paul Frankeur – pour une adaptation qui voit ALG partager la plume avec Michel Audiard. Marcel Bozufi et la débutante Annie Girardot sont aussi de l’aventure, qui permet à Jacques Deray et Jacques Rouffio de faire leurs premiers pas en tant qu’assistants réalisateurs.

– LA LOI DES RUES

Deuxième partie de l’autobiographie d’ALG après Les Hauts Murs, cette adaptation réalisée par Ralph Habib est surtout connue pour avoir offert son premier grand rôle à Jean-Louis Trintignant, qui partage l’affiche aux côtés de Lino Ventura, Raymond Pellegrin et Louis de Funès.

– BOB LE FLAMBEUR

Premier polar signé Jean-Pierre Melville, Bob le Flambeur est aussi le premier scénario original d’ALG, coécrit avec le réalisateur, qui choisit pour acteur Roger Duchesne, spécialiste des seconds rôles dans les année 30, et connu pour ses liens avec le Milieu. Un film précurseur aux yeux des réalisateurs de la Nouvelle Vague…

1957 – RAFLES SUR LA VILLE

ALG n’intervient pas sur cette adaptation oubliée de son roman, réalisée par Pierre Chenal avec Charles Vanel.

1958 – DU RIFIFI CHEZ LES FEMMES

ALG et José Giovanni servent, entre autres, Françoise Rosay, Robert Hossein, Roger Hanin et Eddie Constantine dans un film réalisé par Alex Joffé.

1962 – DU RIFIFI À TOKYO

ALG signe un scénario original dialogué par José Giovanni pour Jacques Deray avec Charles Vanel. Le film est connu pour sa scène de casse dans la banque, un morceau de bravoure d’une demi-heure.

1966 – DU RIFIFI À PANAME

Tiré de la série de romans d’Auguste Le Breton situant le « rififi » un peu partout dans le monde, le film est adapté et réalisé par Denys de la Pattelière pour Jean Gabin. On retiendra le clin d’oeil au Scarface de Howard Hawks via l’acteur américain George Raft.

– BRIGADE ANTI-GANGS

Dialoguée par Auguste Le Breton, cette nouvelle adaptation de l’un de ses romans est adaptée et réalisée par Bernard Borderie, le père de la série des Gorille (avec Lino Ventura puis Roger Hanin), mais aussi le réalisateur de la série des Angélique avec Michèle Mercier et Robert Hossein, qu’il fait d’ailleurs tourner dans Brigade anti-gangs.

1969 – LE CLAN DES SICILIENS

Enorme succès populaire (près de 5 millions de spectateurs) et film culte – le seul qui a réuni à l’écran Alain Delon, Lino Ventura et Jean Gabin – cette adaptation du roman d’Auguste Le Breton par José Giovanni marque les retrouvailles d’Henri Verneuil avec le duo Delon/Gabin six ans après Mélodie en sous-sol.

Le film est aussi resté dans les mémoires pour les notes de guimbarde de sa bande originale, la première qu’Ennio Morricone signait pour le cinéma français.

https://www.senscritique.com/liste/Auguste_Le_Breton_au_Cinema/70902

Site dédié: http://www.auguste-le-breton.com

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