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Benoît Poelvoorde

 Benoît Poelvoorde. © Jérôme Bonnet pour  Télérama

Il y a toujours une bonne raison de regarder Benoît Poelvoorde : un personnage de plus, une nouvelle corde à son arc d’acteur comique capable d’émotion, de vérité, de liberté, de bêtise utile et d’intelligence en prime. Aura-t-on jamais fait le tour d’un tel phénomène ? Car si l’artiste étonne, l’homme est plein de surprises aussi, pas toujours là où on l’attend, frondeur mais aussi sensible, honnête et foncièrement attachant.

  Le système Poelvoorde : un flow ininterrompu de dingueries, un sens du détail qui fait mouche, un cynisme effronté, une émotion sincère, le tout servi par une insatiable vitalité dédiée au rire. ça tombe bien ce dernier se faisait rare. Authentique et spontané, brillant et illuminé, on n’est pas prêt de voir le mythe s’essouffler. Partout où il promène son improbable faciès, le sourire suit. Un clown écorché, dont il convient de se demander s’il n’est pas perpétuellement sérieux.

Extrait : « A une autre époque, on m’aurait sans doute catalogué dans les anarchistes de droite. En qui je me reconnais assez, je dois dire. » Telerama

 

Quand vous étiez jeune, vous n’avez jamais été tenté par l’idée d’une révolution, par l’anarchie ?
L’anarchie, peut-être, mais pas de façon militante. Le non-travail, c’est ça qui m’intéressait. C’est d’ailleurs la seule chose que je pourrais vraiment défendre comme ce personnage de punk : le fait de ne rien foutre. C’est facile de dire ça quand on a un métier comme le mien, je me garderai donc de faire un discours ! Mais être acteur, c’est aussi une manière de ne rien foutre.

 <p>Avec Albert Dupontel, dans <em>Le Grand Soir,</em> de Gustave Kervern et Benoît Delépine. © DR</p> <p>

Dans votre jeunesse, comment s’exprimait cette envie de ne rien faire ?
Avec mes potes, on faisait des compétitions de sommeil. On avait même vu un film grec où des gens se laissaient mourir à force de dormir. Ce n’était pas comme Alexandre le bienheureux, qui veut rester bienheureux. Eux, ils ne faisaient plus rien et ils finissaient par en crever. Je n’arrive pas à retrouver le titre de ce film, j’en ai parlé avec des Grecs mais ils n’ont pas su me dire ce que c’était. Dans ma jeunesse, c’était l’absence de combat qui rendait la situation intéressante. Et puis il y avait le refus de l’autorité. Ça, je l’ai gardé. A une autre époque, on m’aurait sans doute catalogué dans les anarchistes de droite. En qui je me reconnais assez, je dois dire.

Vous avez dit un jour que la Belgique avait le cœur à gauche. Pas comme vous, donc ?
J’avais dit ça pour souligner une sorte d’automatisme politique qui fait que, sans se poser de questions, les gens considèrent que toutes les valeurs généreuses sont à gauche. Moi, je ne vote pas, donc ça m’est égal. Mais je ne trouvais simplement pas logique de considérer que la gauche avait le monopole du cœur.

Vous suivez l’actualité politique ?
Pas tellement l’actualité belge car c’est trop compliqué, mais l’actualité française, oui ! Parce que chez vous, c’est bien fait, c’est de la politique-spectacle, on peut suivre ça comme un film. Et dès que quelqu’un dit quelque chose, la phrase sort partout et tout est remis en question. Ça rebondit sans cesse, c’est très amusant. En Belgique, les hommes politiques ont moins de charisme et sont plus difficiles à décrypter. On n’a pas une vraie culture politique, et maintenant c’est devenu impossible de s’y retrouver avec tous les noms des partis flamands…

Cette complexité est même perceptible de l’extérieur !
Elle est perceptible parce que tout est devenu très simple à force d’être compliqué : on n’a plus de gouvernement. Ça, c’est facile à comprendre. Aujourd’hui, si on ne simplifie pas le propos, on n’intéresse personne. Alors là, on a pu intéresser du monde. Mais la complexité qu’il y a dans tout ça, personne n’est capable de se la farcir, surtout pas moi.

Oublions l’engagement politique. Avez-vous d’autres perspectives ?
Je cherche… J’en suis déjà arrivé à me dire que le cinéma n’est pas toute ma vie. Après, il faut creuser, et aussi garder à l’esprit que je ne veux quand même pas trop me fatiguer. En ce moment, j’essaie de monter un truc avec des amis… un festival littéraire… Car je suis de plus en plus passionné par la littérature. Davantage que par le cinéma, même si je n’y boude pas mon plaisir. Aller à Cannes m’excite moins que d’aller dans une librairie écouter un écrivain. Je trouve plus de réponses dans les livres. Mais c’est normal, c’est de mon âge. J’aime les auteurs éclairés, contradictoires, qui peuvent vous faire partager une vision.

Des noms ?
Surtout pas dans Télérama ! Je ne veux pas qu’on dise que je me la pète parce que j’aligne quatre noms d’écrivains ! Je suis très éclectique, je lis tout, bon ou mauvais.

Vous avez mené votre carrière sans sembler vous préoccuper de votre image.
Je ne veux pas citer de noms, mais il y a des acteurs qui commencent à jouer en rentrant le bide et en redressant le dos, simplement parce qu’ils ont la trouille de ce que ça va donner à l’image ! Et maintenant on a des générations d’actrices anorexiques qui ont toutes une haleine de poney parce qu’elles ne bouffent plus rien. Heureusement que le cinéma n’est pas en odorama ! J’ai toujours refusé de me laisser parasiter par des soucis d’image, je ne me regarde jamais, je ne garde pas de photos de moi. J’ai même demandé à être maquillé devant un miroir recouvert d’une serviette. Je veux me dégager de mon enveloppe personnelle.

En vingt ans de carrière, si vous avez changé de classe sociale, avez-vous trahi vos origines populaires ?
Non ! Je suis resté un plouc. Les acteurs sont des parvenus. Ils veulent singer les riches. Comme dans les romans de Scott Fitzgerald. Mais vous aurez beau avoir la même voiture qu’un riche, vivre dans les mêmes hôtels, sortir avec les mêmes femmes, vous êtes un plouc et vous resterez un plouc. Les riches sont les riches et resteront les riches. C’est la grande souffrance de Fitzgerald. J’aurais pu écrireTendre est la nuit. Mais j’ai une chance inouïe, c’est que je continue à faire la fête avec mon garagiste et c’est comme ça que je m’amuse le plus.

suite; http://www.telerama.fr/cinema/benoit-poelvoorde-je-suis-reste-un-plouc,82547.php

 

Benoît Poelvoorde, fils cadet d’un père routier (décédé alors qu’il avait 12 ans) et d’une mère épicière, fait ses études chez les Jésuites à l’internat de Godinne en Belgique, puis, à 17 ans et demi, quitte le domicile familial pour suivre des cours d’arts appliqués.Il ne dissimule pas sa personnalité un peu fêlée, où l’on entrevoit encore le petit garçon placé en internat après la mort de son père, chauffeur routier. L’internat n’est pas un bagne. Mais celui-ci avait la particularité d’être situé seulement à quelques centaines de mètres de l’épicerie familiale. Même quartier, même son familier des cloches de l’église voisine. Une forme d’apprentissage douloureux de l’absurdité de la séparation.

Poelvoorde se passionne pour le théâtre et se fait remarquer grâce à ses interprétations atypiques. Destiné à une carrière de dessinateur, il pratique également une seconde activité : la photographie. Durant ses études de graphisme à l’École de recherche graphique de Bruxelles, il se lie également d’amitié avec André Bonzel et, avec Rémy Belvaux, ils réalisent Pas de C4 pour Daniel Daniel.

Quatre ans plus tard, en 1992, le trio récidive, avec un coup de maître, en réalisant le long métrage : C’est arrivé près de chez vous. Inspiré de la célèbre émission belge Strip-Tease, mélangeant cynisme, humour et drame et réalisé avec relativement peu de moyens, ce film obtient rapidement un succès retentissant, qui le propulse au rang de film culte. Cette même année, Poelvoorde rencontre sa future épouse, Coralie, alors assistante à la Semaine de la Critique auFestival de Cannes.

Poelvoorde passe ensuite au café-théâtre, en jouant Modèle déposé de Bruno Belvaux, le frère de Rémy Belvaux, puis se met au service du petit écran avec deux projets humoristiques : Jamais au grand jamais (série de sketches diffusés en 1996)

et les célèbres Carnets de Monsieur Manatane, diffusés sur Canal+.

Poelvoorde enchaîne une série de films à partir de 1997 et rencontre le succès auprès d’un large public, grâce notamment à ses interprétations dans Les RandonneursLe Boulet et Podium. En 2001, avec Philippe Harel, il joue dans un film sur ce qui deviendra l’une de ses passions, le cyclisme, avec Le Vélo de Ghislain Lambert. En 2002, Benoît Poelvoorde se voit attribuer le prix Jean-Gabin, récompensant les meilleurs acteurs en devenir. En 2008, sa performance dans le film Astérix aux Jeux olympiques est saluée aussi bien par la critique que par le public.

Benoît Poelvoorde est également un ami de l’acteur Jean-Claude Van Damme, avec qui il a pu jouer dans Narco.

Lors de ses interventions médiatiques, Benoît Poelvoorde ne cache pas son décalage avec cet univers des médias. Il compte d’ailleurs focaliser les promotions de ses films sur le Web, qu’il juge plus interactif que la télévision, trop formatée, « extrêmement ringarde et répétitive ».

Poelvoorde dit s’apparenter volontiers à Michel Simon et à Raimu, des comiques qui alliaient humour et gravité : « La gravité n’est pas exempte de rire et le rire n’est pas exempt de gravité ».

L’acteur a souffert de dépression et a été hospitalisé brièvement à sa demande dans l’unité psychiatrique de l’hôpital de Namur du 17 au 19 novembre 2008. Il a repris immédiatement après le tournage de Coco avant Chanel d’Anne Fontaine.

  • « La littérature est un grand mot, souvent utilisé avec emphase ; alors que c’est avant tout un rendez-vous qui nourrit chacun de nous. »

    • « Je viens de recevoir le cerveau de mon ami Francois Valery, le chanteur, rien à voir avec le poète, et bien, il me l’a laissé en dépot parce qu’il n’en a pas l’usage…  »

      •  Seule une femme peut vous consoler d’être moche. »

  • « Lorsque le couperet de la justice se met en travers de son chemin, l’homme du monde se doit de changer de trottoir. »

« Un homme du monde qui veut ses amis conserver, doit accepter d’à quelques règles se plier pour ses connaissances inviter…  »

« Je me sens chrétien parce que c’est mon éducation, et je ne crois pas qu’on puisse renier les choses qui vous ont fondé. J’ai été élevé par une mère très croyante et par des curés qui ne m’ont pas battu ni traumatisé, contrairement à tous les clichés à la mode, qui m’énervent assez. J’ai la foi, et je crois que Dieu est amour. « Aimez-vous les uns les autres », c’est la phrase la plus culottée du monde, parce que si on se regarde, on n’est pas programmé pour s’aimer. »

 

Peut-être aussi par besoin : la dépression n’était-elle pas votre seule porte de sortie possible ?

Non, parce que… [longue pause]. Oui, peut-être par besoin. Par instinct de survie.

Comment choisissez-vous vos films ?

Pour le plaisir. Je n’ai plus besoin de travailler. J’ai assez d’argent, une vie modeste et des exigences de pauvre. Pour L’Autre Dumas, je voulais tourner à nouveau avec Gérard Depardieu (lire la rencontre croisée Depardieu/Poelvoorde). Plus exactement, lui donner la réplique. Et vivre à ses côtés. Ce que j’aime le plus pendant un tournage, ce sont les moments entre les prises. On devrait taxer les acteurs sur ces moments de bonheur-là.

Vous allez encore alimenter l’idée selon laquelle les acteurs sont payés à ne rien faire…

Je persiste et je signe : les acteurs ne foutent rien. Les génies sont paresseux, les crâneurs sont fainéants. Je n’accepte pas d’un comédien qu’il me dise qu’il en a bavé. Jamais. Et ce n’est pas de la démagogie. C’est quoi ces conneries du personnage qui sort de toi ou qui entre en toi ? ! On a l’impression que ces acteurs-là ont honte de venir avec leur bite et leur couteau. Il faut un coach pour apprendre à fumer une clope ? ! Je ne dis pas que tout le monde peut faire ce métier, je dis qu’il y a de la mauvaise conscience. C’est le syndrome de l’imposture. Comme François Cluzet, je revendique la désinvolture. Que l’on soit clair : je parle des acteurs de cinéma, pas de théâtre. Comédien de théâtre, c’est un vrai métier. Je sais ce que c’est. J’ai fait du one-man-show il y a une quinzaine d’années. Et je ne le ferai plus. J’ai un grand respect pour eux. Ayons l’honnêteté de dire que nous faisons un métier de fainéant et qu’on sera punis.

 

Votre dépression n’a-t-elle pas déjà été une punition ?

Non, elle m’a amené à me rendre compte que j’étais plus con que je ne l’imaginais. Donc, je serai puni et j’irai en enfer. Mais, ce ne sera pas forcément une punition, en fait. J’y retrouverai tous les gens que je connais, et il y aura de très jolies filles. Alors qu’au paradis, il y a soeur Sourire !

Mais vous n’êtes pas croyant !

J’ai été élevé ainsi. Ma mère, elle, a la foi absolue. Un jour, elle m’a dit : « Tu sais quel est ton problème ? Tu ne crois en rien. » Je ne m’attendais pas à ça de la part de ma mère, parce qu’elle ne dit jamais rien contre moi. C’était vrai. Et j’ai pleuré. Mais, du coup, je m’attends à toutes les trahisons. Je ne crois pas en moi. Je crois en mon chien. Le matin, il est toujours content de me voir. Quand j’étais mal, ce chien m’a sauvé la vie. Vraiment. J’ai encore deux films à faire et après je monte une crèche avec des animaux.

 

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