Paul Léautaud

 Acerbe et impitoyable, Léautaud existe hors du monde et du temps; solitaire et misanthrope, il n’aime que ses bêtes et sa solitude, n’écrit qu’à la plume d’oie en s’éclairant à la chandelle, ne possède pas de poste de radio, déteste la modernité avec ce qu’elle apporte de pire… le bruit! Plus anar qu’anarchiste, libertaire égotiste, cet homme sans autre parti que le parti pris jouissait sec et ne manquait pas de le faire savoir.

Les propos que Léautaud tient sur les femmes, la morale ou l’art soulèveraient aujourd’hui des tollés, protestations, poursuites judiciaires, demandes de rétractations et excuses publiques… De toute manière, trop sincère, trop tendre, Léautaud ne passerait pas la rampe…  Il appartient à cette étrange race d’hommes «nés vieux». De ce ricanant édenté, André Gide disait: «Tout me ravissait en lui, et d’abord ceci: qu’il ne cherchait nullement à plaire.»

Aphoriste émérite, il entretenait son look négligé pour mieux laisser s’exprimer l’érotomane illuminé qu’il ne cessa d’être. S’il était si jaloux, si soupçonneux, parfois si acrimonieux, c’est qu’il souffrait de ne pas être suffisamment désiré ou bien juste de prouver qu’il pouvait toujours bien bander. Allez savoir. Régnant avec fantaisie, distillant une causticité et une franchise unique chez les diaristes les plus désinhibés. De son journal, ses romans ou de ses critiques; on n’échappe pas à son injuste finesse. Sa lecture enivre, désespère, excite. L’important étant de ne pas laisser indifférent.

Paul Léautaud, né le 18 janvier 1872 à Paris et mort le 22 février 1956 au Plessis-Robinson, est un écrivain français. Ses dernières paroles avant de mourir auraient été: « Maintenant, foutez-moi la paix ».

De Paul Léautaud nous conservons le cliché du crasseux clochard de Fontenay-aux-Roses puant le pipi de chat ; son portrait photographique par Henri Cartier-Bresson et son autoportrait radiophonique par Robert Mallet n’y sont pas étrangers ; le fait est qu’en raison de cette image, on ne l’imagine guère en amant irrésistible.

Il semble que l’on ait eu tort. Du moins l’intéressé s’emploie-t-il à nous en convaincre, les parties les plus intimes de son Journal en témoignent : de ce côté-là non plus, il n’était pas animé par la haine de soi. Elle se campe volontiers en grand fouteur devant l’éternel, cette pipelette priapique qui ne décharge jamais complètement si sa plume d’oie n’en a pas rédigé le méticuleux compte-rendu à la lumière d’une paire de bougies.

Il naît d’un père comédien puis souffleur vingt-trois années à la Comédie-Française. Cinq jours après l’accouchement, il est abandonné par sa mère, une des « compagnes temporaires » du géniteur. Élevé par un père indifférent, le petit Paul acquiert très tôt le sens de l’indépendance et possède une clef du domicile à l’âge de dix ans (Paul Léautaud, Amours, Mercure de France, 1965).

Dans son adolescence, il se lie d’amitié avec Adolphe Van Bever et partage avec lui une vie d’employé pauvre. Leur passion commune de la poésie les conduira à publier en 1900 l’anthologie Poètes d’aujourd’hui.

À vingt ans, il découvre Henri Beyle alias Stendhal. Cette rencontre littéraire demeurera comme une étape essentielle dans sa constitution d’écrivain. Il débute cette même année son Journal littéraire qu’il tiendra soixante-trois ans, témoignage essentiel sur l’homme qu’il était et panorama monumental et hautement subjectif sur la première moitié du vingtième siècle et le microcosme littéraire d’alors, principalement vu de son bureau d’employé sous payé au Mercure de France.

Misanthrope à la trogne voltairienne, d’une efficacité incisive dans son écriture, il fait le choix d’une existence retranchée, bien que toujours en contact avec les gens essentiels du microcosme littéraire : il suscite l’admiration d’Octave Mirbeau et de Lucien Descaves, qui l’auraient volontiers soutenu pour le prix Goncourt, et il compte parmi ses amis Marcel Schwob, Remy de Gourmont, Alfred Vallette, Guillaume Apollinaire, Paul Valéry et André Gide.

Sous le pseudonyme de Maurice Boissard, Léautaud devient en 1907 critique dramatique au Mercure de France, puis à la Nouvelle Revue française et aux Nouvelles littéraires. « Tranchant sur l’ordinaire » (expression de son cru) il confirme son attitude face au monde et les axes premiers de sa nature et de sa pensée. L’auteur du Petit ami concilie un retranchement forcené dans sa demeure de Fontenay-aux-Roses (à partir de 1911) entouré de dizaines de chiens et de chats, et une fréquentation du monde culturel, toujours empreinte d’une distance cynique.

Pour assumer son minimum vital, il travaille trente-trois ans comme secrétaire général du Mercure de France. La popularité ne viendra que sur le tard, en 1950, grâce aux interviews radiophoniques de Robert Mallet. À quatre-vingts ans sa verve et ses indignations, portées par une voix aux timbres singuliers, sont plus puissantes que jamais. Il s’éteint dans son sommeil à la Vallée-aux-Loups, dans la Maison de Santé du Docteur Henry Le Savoureux sise sur l’ancien domaine de Chateaubriand, où il logeait depuis un mois.

Léautaud est un aristocrate par l’esprit, dans sa certitude de lui-même, par une pratique tous azimuts d’une lucidité souvent caustique, par une fidélité sans faille à sa manière d’être et de penser. Alfred Vallette, directeur du Mercure, l’un des hommes à l’avoir le plus côtoyé, lui déclare en 1924, « Au fond vous êtes un aristocrate. Tous vos faits et gestes, vos façons d’agir, le prouvent. » Son parti-pris de la subjectivité en toute chose se concilie sans peine avec une efficacité reconnue de la plume et du verbe. Il est un parangon de l’aristocratisme en solitaire, sans quête du pouvoir, misanthrope attentif de ses contemporains, écrivain par plaisir.

Ses positions politiques étaient réactionnaires. Son respect de l’ordre établi, son horreur du désordre et de la nouveauté, son dégoût du peuple, son mépris pour le patriotisme, la violence, la guerre, l’esprit de sacrifice et l’esprit grégaire le conduisirent toujours à adopter les opinions qui lui semblaient le mieux garantir sa tranquillité. Dans son journal d’après-guerre, il regrette l’Occupation allemande et se montre antisémite (alors qu’il raillait dans sa jeunesse les antisémites et les antidreyfusards), il vitupère les ouvriers, jugés fainéants, les allocations familiales (car il prétend détester les enfants, ce que démentira Marie Dormoy, les syndicats et les partis, surtout de gauche. La politique n’était pas son fort : il n’a milité dans aucune faction, n’a jamais voté, et s’il a entretenu de bonnes relations avec des personnages aux idées totalement opposées aux siennes (comme Jean Paulhan, qui s’amusait à faire déposer Les Lettres françaises devant sa porte ou Julien Benda), c’est que ceux-ci ne prenaient pas ses opinions au sérieux.

Vingt chats, une dizaine de chiens et quelque chose comme une guenon. Il vivait dans une ménagerie, ce qui lui a valu l’indulgence éternelle des nombreux amis des bêtes que compte la société des gens de lettres. Plus anar qu’anarchiste, libertaire égotiste, cet homme sans autre parti que le parti pris jouissait de l’indéfectible amitié de Gide, Paulhan, Valéry. On a vu de plus médiocres protecteurs. Ce moraliste se donna un ton bien à lui en faisant macérer ses humeurs dans la sauce du XVIIIème siècle, même si, de Voltaire, il n’avait retenu que la maigreur et les grimaces ; il en pinçait plutôt pour Diderot ce qu’on ne saurait lui reprocher. Gaston Gallimard, qui le poussa à paraître, l’évoquait sur le tard comme « un vieillard imbécile obsédé du nichon ». Un peu réducteur mais bien vu. Encore que la parution ces jours-ci des pages inédites de 1935 de son Journal particulier (345 pages, Mercure de France) accompagnée par la réédition de celles de 1933 (146 pages, Mercure de France), toutes établies, présentées et annotées par son attentive biographe Edith Silve, confirme le point de vue de M. Gallimard.

Un journal obscène en sus du journal intime. Plus précisément : « la relation d’une liaison érotique qui ne se cache pas sous la métaphore poétique ». C’est le moins qu’on puisse dire. Au vrai, tout y est focalisé sur le dilemme d’un misogyne entre deux culs. On ne fait pas plus dissemblables que ses deux maîtresses : d’un côté Anne Cayssac, dite « le Fléau », épouse d’un M. Cayssac   manifestement conciliant, une femme dans la place depuis 1914, odieuse de caractère, égoïste, autoritaire et névrosée, mais baiseuse sans limite, d’une sensualité aussi débridée que son imagination, libertine mais sans conversation ; de l’autre Marie Dormoy dite « M.D. », intellectuelle jugée assez laide et plutôt bête, pas de croupe ni de hanches, un boudin à la peau affreuse, mais des seins splendides, désespérément grave et mutique pendant l’amour, insensible aux caresses qu’il lui prodigue et aux cochoncetés qu’il énonce, « une créature complètement démolie comme santé, surtout côté organes sexuels », qui vient de débarquer dans sa vie, suffisamment éprise pour accepter de coucher dans son lit encombré de chats abandonnés, et de supporter le fumet d’un homme édenté qui ne se lavait pas et ne se changeait guère.

« L’une a ceci mais pas cela. L’autre n’a pas ceci, et a cela ».. On sait qu’en pareil cas, il ne faut surtout pas choisir et garder les deux, d’autant que , comme le reconnaît l’intéressé, la Dormoy n’est pas encombrante eu égard à son travail à la Bibliothèque Jacques Doucet. Et il arrive même que la plus froide des deux se montre plus vicieuse. « Il faudrait les deux : l’une pour l’hiver, l’autre pour l’été. ». On mesurera la perversité du personnage de Léautaud, 61 ans, au fait que la Dormoy, 46 ans, admirative au point de dactylographier l’immense Journal littéraire de son amant, doit taper et se taper les descriptions détaillées des « polissonneries » (positions, fantasmes, exploits, atouts naturels) de l’autre, de même que l’énumération de ses propres insuffisances. On comprend que, éditrice du monstre journalier à titre posthume, elle ait jugé bon en distraire certaines parties, au moins pendant un certain temps. Ce Journal particulier de 1935, date à laquelle l’auteur reconnaît que ses notes à leurs dates prennent « une singulière tournure » trois ans après le début de sa liaison avec sa « secrétaire », ne touche que lorsqu’il est la chronique d’une jalousie ; c’est le seul moment où il s’extrait des bas-fonds crapoteux où l’écrivain a fourré ses réflexions secrètes pour accéder enfin à l’émotion ; alors, le tourmenté imagine mille choses qui le rongent, soupçons qui se dissipent dès qu’elle près de lui. Car, si attachée soit-elle à son nouvel amant, Marie Dormoy n’a pas pour autant lâché l’ancien, l’architecte Auguste Perret, inversement proportionnel de Léautaud question lubricité. Pour le reste, c’est comme chez tout le monde : menteries, fâcheries et raccommodages.

Contrairement à une certaine légende colportée par ses ennemis littéraires marxistes qui lui reprochaient sa condamnation sans équivoque de l’Union Soviétique, Paul Léautaud n’a jamais été “réactionnaire” : les volumes 10, 11, 12 et 13 de son “Journal Littéraire” (correspondant à la fin des années 1930 et à la seconde guerre mondiale) démontrent à quel point le “Chamfort de la rue de Condé” méprisait la droite réactionnaire française et l’Allemagne nazie…

Loin d’être partisane, la vision du monde dont témoigne l’œuvre de Léautaud s’inscrit dans une tradition libertaire toute française qui dépasse les clivages droite-gauche : en ce sens, il est l’héritier de Chamfort justement, de Molière, de La Fontaine…, et, surtout de voltaire et Stendhal (dont il admirait “l’égotisme”), ses deux écrivains préférés.

 » Je n’ai rien vu de grand dans la vie que la cruauté et la bêtise.  »

 » La douceur, la générosité, l’amour valent mieux dans ce monde que la cruauté, la vengeance et la haine.  »

 » La cruauté, l’ignominie, la bêtise de la guerre, ne sont que la cruauté, l’ignominie et la bêtise des hommes.  »

 » J’écris sur l’amour, et j’ai passé la moitié de ma vie à être privé de le faire !  »

 » Pour être heureux en amour, il faut être un imbécile.  »

 » Dans la vie, ce qui compte uniquement, c’est de n’être pas médiocre.  »

 » La prudence est une médiocrité ; la hardiesse est une supériorité.  »

 » La moyenne en tout est haïssable comme égale médiocrité.  »

 » L’amour est gai, vif, sans retenue : C’est l’esprit pendant le plaisir, et le rire quand on en sort.  »

La vie sexuelle de Paul Léautaud
Par Jérôme Dupuis (L’Express), publié le 26/04/2012 à 10:30

L’ami des chats était aussi un chaud lapin. La chronique inédite de sa relation avec sa « bonne amie » Marie Dormoy livre les détails les plus intimes. Mais leurs amours cachaient un autre enjeu: la publication de son monumental Journal littéraire. Quand Paul Léautaud, 61 ans, débute sa relation avec Marie Dormoy, 47 ans, il la trouve froide et faite comme « un gros boudin ».

Lorsque nous avons demandé à l’attachée de presse du Mercure de France si nous pouvions venir voir la table située dans le hall d’accueil de sa vénérable maison, nous avons senti comme un blanc au téléphone. La table?! Oui, car c’est autour d’elle que tout a commencé. Tout? L’incroyable idylle entre Paul Léautaud, pilier du Mercure, et Marie Dormoy, alias « M.D », amie des arts. Mais lisons plutôt ce que le principal intéressé en disait, à la date du vendredi 13 janvier 1933, dans son Journal particulier: « Ce matin, visite de M.D. J’étais debout devant la grande table, à trier le courrier […]. Elle se colle à moi et me tend sa bouche. Un baiser. Je passe ma main dans l’échancrure de sa robe et lui pelote un sein. Je bandais déjà. » Bigre de bigre, comme dirait Léautaud!

Quatre-vingts ans plus tard, la grande table noire est toujours là, dans l’entrée du Mercure, au 26, rue de Condé, à l’ombre du théâtre de l’Odéon. On la contourne lentement, en essayant d’imaginer la silhouette un peu frêle de Léautaud plaquant contre lui cette Marie Dormoy plutôt hommasse. Détail pittoresque: au moment du fameux baiser, un sac de croûtons de pain destinés aux chats de l’écrivain est étalé à côté du courrier… De cette « scène de la table » va naître une entreprise littéraire unique en son genre: le fameux Journal particulier, tenu par Léautaud entre 1933 et 1939, dans lequel l’ermite de Fontenay-aux-Roses va consigner cliniquement tous les soubresauts de sa relation avec « M.D » -petits bonheurs, humiliations diverses et exploits sexuels. Le Journal particulier de l’année 1935, inédit, paraît enfin ces jours-ci, un quart de siècle après celui de l’année 1933, réédité pour l’occasion (l’année 1934 a hélas disparu).

Il rêve de lui faire « minette », elle préfère jouer du piano
Journal très particulier, pourrait-on dire, même. Car de la table au lit, il n’y a qu’un pas. Que Paul, 61 ans, écrivain redouté, et Marie, 47 ans, conservatrice à la bibliothèque Jacques-Doucet, sautent allègrement. Enfin, surtout Paul. Elle le découvre « priapique », il la trouve froide comme « du marbre ». Il rêve de lui « faire minette », elle l’agace avec ses interminables morceaux de piano (« J’ai trouvé ça bien bruyant », maugrée-t-il un soir). Il la « pelote » dans un escalier, elle croit qu’il lui ôte une poussière de sa jupe. Voici l’aimable portrait qu’il trace de sa maîtresse à la date du 5 juin 1933: « C’est triste à dire: pas du tout jolie de visage. Elle est, de plus horriblement faite. Pas de taille, pas de hanches, pas de croupe. Aussi grosse en haut qu’en bas. Un gros boudin. » Pourtant, de l’appartement de Marie, près du parc Montsouris, au petit pavillon qu’il habite à Fontenay-aux-Roses avec ses chats, ses chiens et sa guenon, l’auteur du Petit Ami ne rêve que plaisir. « M.D », elle, est la reine de la « migraine ». Elle a l’impression d’avoir « adopté un vieil enfant perdu » -l’un des drames de Léautaud fut d’avoir à peine connu sa mère- qu’elle ne laisse jamais repartir de chez elle sans gamelle de viande ni crème au chocolat. Les deux amants se livrent néanmoins parfois à des « séances » assez hot, allant jusqu’à l’ondinisme. Le diariste note tout: « érection de vingt-cinq minutes », le 27 juin, Marie « bien servie, quatre fois », le 3 mai… Pourtant, rien n’y fait, cette femme à la silhouette flamande n’est décidément « pas son genre ». Et ce Journal particulier ressemble à une sorte d’Amour de Swann moins le style, l’écriture sèche de Léautaud étant aux antipodes de la longue phrase proustienne.

Soudain, au cours de l’année 1935, tout change. « Plus l’intimité grandit, plus le plaisir est grand! » se réjouit l’Alceste de Fontenay-aux-Roses. Maintenant Marie ressemble à une Baigneuse de Renoir, a de « merveilleux seins », un « visage très expressif ». Mieux, l’écouter chanter au piano est un « plaisir »! Il arrive désormais chez elle, comme un soupirant, avec son petit paquet de marrons glacés et son bouquet de fleurs. En retour, décontenancée par l’hygiène douteuse de son amant, Marie lui offre un litre (!) d’eau de Cologne et une couverture pour leurs ébats à Fontenay, lasse de nager parmi les poils de ses chats, qui dorment avec le maître des lieux. « Je l’aime », s’enflamme Léautaud, le 17 janvier 1935, lui pourtant bien peu suspect de sentimentalisme.

Mais il sera dit que le bonheur n’a pas sa place dans cette relation très particulière. Un troisième personnage, odieux, s’invite au coeur de l’histoire: la jalousie maladive de Léautaud. Ce grand solitaire ne supporte pas les relations mondaines de Marie -le marchand d’art Ambroise Vollard, l’écrivain André Suarès et, surtout, le célèbre architecte du Trocadéro, Auguste Perret. Aux « séances » succèdent désormais les scènes. « Elle a encore déjeuné, ce matin, avec Vollard. Elle ne s’en cache jamais. S’il y avait quelque chose? » rumine-t-il le 12 août. Et voilà notre amant jaloux abandonnant sa « ménagerie » -composée, en 1935, de vingt chats, quatre chiens et la guenon…-, le soir, pour filer à Paris vérifier s’il y a bien de la lumière à la fenêtre de Marie!

« Catin, certainement, malgré ses moments charmants. Je me suis encore fourré, là, dans une liaison… Je néglige mes bêtes », soupire-t-il. A peine Marie a-t-elle le dos tourné qu’il fouille dans ses livres de comptes à la recherche de libéralités d’un amant, lui qui, élevé au milieu des prostituées de la rue des Martyrs, ne conçoit les relations amoureuses que sur le mode « catin »-client. A la moindre sonnerie de téléphone il la harcèle. Infernal, il ose même lui faire une scène alors qu’elle va enterrer sa mère une heure plus tard!

Pourquoi la stoïque « M.D » supporte-t-elle tout cela? Parce que, comme dans toute histoire de couple qui se déchire, il y a le problème de la garde de l’enfant. Oh! pas un enfant de chair et d’os -Marie n’en a jamais eu, à son grand désespoir, et Léautaud a dit dans un célèbre aphorisme tout le mal qu’il pensait de ces petits êtres: « Lorsque l’enfant paraît, je prends mon chapeau et je m’en vais! » Non, un enfant de papier: le fameux Journal littéraire de Léautaud, véritable monument sur la vie des lettres de 1893 à 1956, où l’on croise Apollinaire, Valéry, Gide, et où affleure la solitude d’un homme qui préfère les chats aux humains, la bougie à l’électricité et, plus que tout, son indépendance d’esprit aux conventions. Lorsqu’il paraîtra, à partir des années 1950, ce Journal représentera 19 volumes et 6000 pages.

Certaines pages sont dévorées par sa guenon
Mais justement, en 1935, rien ne dit que ce monument, encore à l’état de cahiers et de feuilles volantes, dont certaines pages sont parfois dévorées (au sens propre) par la guenon Guenette, sera publié un jour. C’est là le projet secret de Marie Dormoy, celui pour lequel elle est prête à tout endurer. Plus tard, elle écrira même que c’est le « sauvetage » du Journal littéraire qui fut à l’origine de sa relation avec Léautaud. Entre deux ébats, Marie ne manque jamais d’arracher quelques pages du fameux Journal à dactylographier. Léautaud consent, puis se récrie, puis cède à nouveau, reprend ce qu’il a donné… Il rêve sexe, elle songe littérature.

Alors, « M.D » a une idée lumineuse: et si la bibliothèque du couturier et mécène Jacques Doucet, dont elle est l’un des piliers, rachetait purement et simplement le manuscrit du Journal littéraire? L’entreprise va tourner au feuilleton. Léautaud hésite, mais se laisse fléchir, lorsque son ami Paul Valéry, membre du collège littéraire de la bibliothèque, estime l’ensemble à 100 000 francs. Une somme.

Pour la réunir, Marie Dormoy sollicite quelques riches dames de la haute société. Mais celles-ci veulent juger sur pièces. Et c’est ainsi qu’un beau jour de juin, un trio de femmes du monde monte à Fontenay-aux-Roses pour voir la « chose ». Arrivées devant le pavillon de l’écrivain, rue Guérard, ces dames doivent traverser la forêt vierge du jardin, abandonnant quelques lambeaux de leurs robes Patou ou Lanvin aux ronces. A l’intérieur, l’odeur de chat est si âcre qu’elles s’empressent d’allumer des cigarettes. Devant elles, entre des plumes d’oie et un vague réchaud, un gros paquet d’environ 1 mètre cube entouré de vieux journaux: le fameux Journal littéraire. Elles y jettent un vague coup d’oeil, un peu dégoûtées. Fiasco total. Léautaud, lui, est parti bouder au jardin, assis sur un rondin de bois: « Qu’est-ce que c’est que ces donzelles qui n’ont jamais lu une ligne de ce que j’ai écrit! Qu’on me laisse tranquille », lance-t-il, furieux, à Marie Dormoy.

Négociations rompues. Pour tenter de faire plier Léautaud, le recteur de la Sorbonne, à laquelle la bibliothèque Jacques-Doucet est rattachée, s’en mêle. Il rédige un beau contrat qui précise toutes les modalités pratiques du rachat du Journal. L’écrivain est sur le point de le signer quand, le 12 janvier 1937, passant devant le département sciences de la Sorbonne, il aperçoit un fourgon rempli de chiens, qu’un homme en blouse blanche dirige vers les laboratoires de l’université. « Bandit! » lance Léautaud à l’individu, devinant le cruel destin promis à ces pauvres chiens. Confier ses manuscrits à une institution qui martyrise les animaux? Jamais! Contrat déchiré.

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Dans une caisse, le manuscrit suit les routes de l’exode
Il faudra la guerre et l’avancée des troupes allemandes pour que l’ami des bêtes consente à confier le volumineux manuscrit à Marie Dormoy. Au gré de l’exode, la caisse contenant le Journal littéraire va voyager dans le coffre de la voiture de cette dernière: château de Poligny, Limoges, Royan, puis retour dans une cave, à Paris. En 1943, Marie et la bibliothèque Jacques-Doucet parviennent enfin à acheter une partie du manuscrit pour 45 000 francs, donnés de la main à la main à Léautaud. En 1950, ils arracheront le reste pour 110 000 francs. Le Journal littéraire est sauvé.

Reste encore à l’éditer. Marie Dormoy y consacrera trente ans de sa vie, décryptant la petite écriture de son ancien amant. Pourtant, quelques cahiers lui demeureront interdits. Dans sa cession à Jacques Doucet, Léautaud avait en effet pris soin de sceller à la cire les feuillets du fameux Journal particulier, soumis à des dispositions spéciales après sa mort, en 1956. Sans doute a-t-il voulu épargner à la pauvre Marie Dormoy l’épreuve de dactylographier elle-même des passages où elle était si aimablement traitée de « gros boudin »..

PAUL LEAUTAUD (1872-1956) est l'auteur du «Petit Ami» (1903) et d'«In Memoriam» (1905). Critique dramatique sous le nom de Maurice Boissard au «Mercure de France» et à « la NRF », il est l'auteur d'un monumental «Journal littéraire» (1893-1956). Son «Journal particulier. 1933» vient d'être réédité au Mercure de France. (Sipa)

PAUL LEAUTAUD (1872-1956)  «Journal particulier. 1933» vient d’être réédité au Mercure de France. (Sipa)

12 janvier – «Gros chien»

Elle m’a fait cette remarque, curieuse pour moi, que dans mes démonstrations amoureuses, comme amant, je suis plus chien que chat. Elle venait de me dire: «Je t’aime comme un gros chien.» Ce n’est pas la première fois qu’elle emploie cette image, à propos de ma façon, quand elle est couchée, de m’asseoir sur le tapis près de son lit, en lui tenant une main, que je baise de temps en temps, ou quand nous partons ensemble en voiture, et que je me tiens à côté d’elle, sans bouger. «J’ai toujours rêvé d’avoir un gros chien avec moi dans ma voiture. Tu me le remplaces.»

21 janvier – «Première déchéance»

Dîner avec Marie Dormoy à la Brasserie alsacienne dans une rue voisine de l’église de Montrouge. Ensuite chez elle. Le temps de me faire et de prendre du café, nous sommes au lit. Plaisir habituel pour elle. Comme je lui fais la remarque qu’elle avait plus d’entrain boulevard Jourdan, quand elle me laissait recommencer jusqu’à deux et trois fois, elle se met à pleurer, et comme je lui demande ce qu’elle a, me répond que c’est peut-être la dernière fois (qu’elle est capable de jouir) et qu’elle sent qu’elle devient de plus en plus une vieille femme, propos que je contredis, alors qu’elle est si loin de paraître son âge et si jolie dans le plaisir. […]

Comme je le lui ai dit je pense que la capacité de faire l’amour constitue une grande part de l’être, une part qui a aussi son élément spirituel: le plaisir d’aller à un rendez-vous avec sa maîtresse. Le plaisir des baisers, de la vue, des caresses. Le plaisir du retour dans la rêverie du plaisir qu’on vient de donner et de recevoir, tout cela ajoute aux capacités de l’esprit, les complète, leur donne une excitation. On ne peut perdre cela sans que l’esprit, les facultés de l’intelligence en soient atteints. Certainement, il y a là comme une première déchéance. Si grand talent qu’ait un homme, ce talent perd quelque chose le jour qu’il perd la faculté amoureuse. Je pense cela profondément.

17 février – «On ne se voit pas soi-même»

Je suis torturé par la question de mon âge. On ne se voit pas soi-même. Je dois certainement être aux yeux des gens un vieux monsieur. Quand nous allons dîner au restaurant, que je lui vois, à elle, un sourire dans le vide, je m’imagine aussitôt que c’est la réponse au sourire d’un homme plus jeune. […] Par-dessus le marché, je suis inquiet sur ma santé, dans l’avenir. Je n’ai aucun appétit, et dans l’estomac, quelque chose qui ne va pas.

21 février – «Elle aime l’argent»

Elle m’a dit que la vente d’«Amours», frais déduits, produira à peu près 4000 francs. Je lui ai dit que je lui donnerais là-dessus 1000 francs pour s’acheter ce qui lui fera plaisir. Elle n’a pas protesté du tout, dit non même pour la forme. Et elle a près de 45.000 francs par an pour vivre. Elle a raison de le dire franchement: elle aime l’argent.

11 avril – Les brunes, les blondes

Mauvais rendez-vous ce soir. Elle est venue me prendre à l’Ecole des Mines. Dîné dehors. Puis chez elle. Elle est lasse, maladive. Elle se couche. Après l’avoir vue nue un instant, être sage m’est dur. Enfin! Je lui donne des baisers sur le visage. En riant aussi, elle se plaint, ce n’est pas la première fois, que mes baisers, donnés à pleine bouche, lui mouillent le visage. Je lui dis que je ne sais pas donner des baisers tièdes, des baisers de blonde, que je suis un brun, moi . Elle me demande s’il y a vraiment tant de différence entre les brunes et les blondes. Je lui explique que c’est indiscutable, les brunes plus chaudes, plus actives, plus éveillées, comme les bruns, plus passionnés que les blonds – et qu’elle, elle est bien une blonde, avec sa passivité, son silence, sa lenteur – et qu’en général les femmes n’aiment pas les blonds. Elle me dit qu’elle ne sait pas, qu’elle n’a pas eu d’amant blond.

17 04 12 PaulLeautaud JournalParticulier
MARIE DORMOY (1886-1974) fut responsable de la bibliothèque Jacques-Doucet et l’amie d’André Suarès, de Romain Rolland, d’Ambroise Vollard, de Maillol et de Matisse. Légataire testamentaire de Paul Léautaud, elle a écrit un livre sur lui et les lettres que ce dernier lui a adressées ont paru en 1970 chez Albin Michel. Il est naturellement beaucoup question d’elle dans le «Journal particulier» de 1935, inédit jusqu’ici, où Léautaud détaille tout ce qui concerne leur vie sexuelle. (Mercure de France)

25 mai – «Voluptueuse au possible»

Elle a été jolie, voluptueuse au possible, merveilleuse comme toujours, à regarder, nue, le visage tout marqué par le plaisir, même des gestes très tendres et des regards. Quant à moi, je ne vais pas trop mal. Je suis resté en érection pendant trois quarts d’heure, du début de nos caresses à mon plaisir personnel.

4 juin

Elle aussi m’a jeté à la figure, il y a quelque temps, comme je me plaignais de la difficulté à l’avoir: «Mon cher, vous n’avez qu’à m’entretenir.»

12 juillet

Je suis allé ce soir à sa petite réception en l’honneur du sculpteur Maillol, pour lui faire plaisir, car moi, non seulement ces affaires ne m’amusent pas mais je les trouve complètement ridicules. Comme j’ai toujours dit: «Je n’aime pas voir ma maîtresse entourée de tant de gens.» Elle, mise comme une princesse. Ce que cela doit coûter!

4 août – «La jalousie»

Je lui dis en plaisantant: «Et toi, qu’est-ce que tu faisais en 1914?» Réponse: «J’étais très malheureuse.» Je dis: «Très malheureuse! Pourquoi?» Réponse: «J’aimais un homme qui ne m’aimait pas.» Je demande: «Qui?» Réponse: «(André) Suarès.» Je demande: «Il a été ton amant?» Réponse: «Oui.» Je demande: «Pendant combien de temps?» Réponse: «Dix ans.» C’est ridicule, je dois l’avouer. Apprendre cela a été un effondrement pour moi. J’étais accablé, déchiré, meurtri, à la lettre. J’avais envie de m’en aller, de ne plus revenir. La jalousie, le désespoir me remplissaient. Je ne faisais que dire: «Apprendre cela, apprendre cela !»

12 août – «Si j’étais femme»

Je lui raconte l’affaire de cette femme, au bras de son mari, un soir à la comédie, dans un entracte, me croisant, et se détournant en disant: «Oh ! qu’il est laid.» Elle a alors ce mot: «Mais non, tu n’es pas laid.» J’ai dit que je vois, en tout cas, nombre d’hommes plus laids que moi, à mon avis et d’une laideur repoussante. Des gens que je ne pourrais pas embrasser si j’étais femme. Il est vrai que si j’étais femme, j’en jugerais peut-être tout autrement. Nous sommes allés faire un tour au bois de Verrières, puis elle m’a mis à ma porte et est partie à son dîner chez V[ollard]. Pendant qu’elle était au lit, étendue nue, elle me dit: «Va chercher les ciseaux.» Je lui demande ce qu’elle en veut faire. Elle me dit: «Tu couperas ce que tu veux» (à son pubis). Je lui dis qu’il est trop tard, qu’à force de porter sur moi le médaillon que j’avais acheté à cet effet, je l’ai perdu. Elle m’a aussi fait remarquer qu’elle commence à avoir des poils blancs.

22 septembre

Il y a longtemps que j’aurais pu l’écrire et je peux l’écrire encore plus aujourd’hui: «J’aime la femme, je n’aime pas les femmes.»

29 septembre

Toutes les femmes sont folles ou détraquées.

3 octobre – «Même la religieuse?»

En marchant dehors, je lui dis que je [ne] me tiens plus d’envie de faire l’amour, que j’enfilerais toutes les femmes dans la rue. Une religieuse passe, vient vers nous. Elle me dit en me la montrant: «Même la religieuse?» Je lui dis: «Non! Pas celle-là, en tout cas. J’ai besoin d’un certain visage.» Elle me dit: «Mon petit, ce n’est pas de ma faute, tu vois bien que je suis malade.» Je lui dis que si nous en avions eu le temps, je lui aurais demandé d’aller un instant chez elle pour me faire br[anler] comme dimanche soir. En me quittant à la porte du Mercure, elle m’a dit: «A dimanche.» Elle m’écrira de quelle façon.

9 octobre – «En quel état d’excitation suis-je!»

Quant à moi, sur la fin de ma soixante-quatrième année, avoir fait l’amour dimanche, le faire encore ce soir mercredi, c’est de l’abus. Rien de plus dangereux pour un homme de mon âge qu’une maîtresse nouvelle qui porte si vivement à l’excitation et au désir. On se dit cela, malheureusement, après. […]

Au B[on] M[arché] ensemble. Je lui ai dit que je voulais acheter une étoffe pour elle s’étendre sur le lit quand elle vient faire l’amour à F[ontenay-aux-Roses]. Je lui ai dit lundi soir que, dimanche dernier, assise, nue, sur le lit, pour goûter, elle était un vrai Renoir – ce qui est vrai. Elle s’en est souvenue. Elle va acheter du velours rouge sang de boeuf: ce sera tout à fait comme un Renoir. En quel état d’excitation suis-je ! Au B[on] M[arché], parlant de ces choses, en cherchant cette étoffe que nous n’avons pas trouvée, qu’elle ira chercher ailleurs, j’étais en érection.

27 octobre – «C’est copieux!…»

Petite séance, sur sa demande, de lui pisser sur le c … à son grand délice, ensuite plaisir par derrière, entre ses cuisses et le visage penché en avant, regardant. Quand j’ai fini, ce mot: «C’est copieux!…» Et ensuite encore très tendre, charmante.

Je n’en revenais pas. M’a fait cette remarque, auparavant, sur le divan, quand, d’elle-même, elle a commencé à me caresser, que je suis beaucoup plus aimable quand j’ai fait l’amour, qu’avant, que même ma voix n’est plus la même, comme si le sperme me rendait nerveux, méchant, comme une chose dont j’ai à me délivrer. C’est assez curieux, car, généralement, on est plus aimable dans l’état de désir que lorsque celui-ci est satisfait. Toujours son visage grave en faisant l’amour. Je la regardais en train de me br…: très sérieuse. Je le lui dis en riant. Non! On ne dirait vraiment pas que tu tiens… Répondu qu’elle trouve toujours très grave de faire l’amour. Moi, je n’en reviens pas encore.

1er novembre – «Polissonneries verbales»

A propos d’un fragment des Mémoires de Colette, que je lui avais apporté, elle me raconte qu’il paraît que Willy avait besoin de dire des grossièretés en faisant l’amour, qu’il avait toujours un livre obscène à côté de lui, qu’elle trouve cela curieux et me demande ce que j’en pense. Je lui réponds que ce n’est guère à moi d’avoir une opinion là-dessus. Elle rit: «Parce que tu es comme cela.» (Pour les propos vifs.) Je dis une nouvelle fois tout ce que les polissonneries verbales ajoutent, en effet, pour moi, au plaisir de faire l’amour. Et elle, une nouvelle fois, qu’elle est à l’opposé, qu’elle ne pourrait pas dire un mot tant elle a avant tout de l’émotion.

29 décembre – «Cyanure»

Ensuite, étendus côte à côte sur le lit, m’a renouvelé sa demande de lui procurer du cyanure. Comme je lui demande la raison et l’emploi: «Pour me supprimer s’il m’arrive de n’avoir plus de quoi vivre.» Je le lui ai dit: «Il ne peut arriver que tu n’aies plus de quoi vivre. Il ne peut f arriver que d’être obligée de vivre un peu plus modestement. Se tuer pour cela, je te plains et je ne t’envie pas d’avoir ce caractère. Mais moi je suis prêt à aller vivre dans une mansarde, à manger du pain et du fromage. La vie n’est pas dans tout ce dont tu prétends ne pouvoir te passer. Vraiment, je ne te fais pas compliment.»

Elle m’a répondu que c’est moins le goût d’un certain confort que la fatigue qu’elle se sent de plus en plus et qui lui rendrait extrêmement pénible d’avoir à faire certaines corvées ménagères. Elle a beau parler: ne plus pouvoir avoir tel appartement, porter telle lingerie, jouir du petit luxe dans lequel elle vit chez elle, c’est cela qui lui serait difficile, au point de penser se suicider. Pauvre nature ! Je le lui ai dit et je le pense ferme, elle voit déjà la suppression de sa voiture le jour qu’elle n’aura plus V[ollard] . Elle a eu ce mot à la fin: «En tout cas, tu peux être tranquille, je ne me suiciderai pas tant que le journal ne sera pas fini [d’être tapé à la machine]. Tu vois que ce n’est pas encore pour demain.» […]

Quant à moi, c’est une folie de faire l’amour comme je le fais (même seulement tous les huit jours, même de façon très naturelle), avec la santé pas très brillante que j’ai en ce moment, que je regretterai peut-être cela un jour si les plaisirs très vifs, avec une nature qui me plaît comme elle me plaît, me jouent un mauvais tour.

©Mercure de France (2012).

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Michel Audiard

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« Je suis un mélange d’anarchiste et de conservateur, dans des proportions qui restent à déterminer. » Se donnant des airs volontiers misogynes, xénophobes, machistes ou cyniques, Michel Audiard était avant tout un honnête provocateur. On l’aime par nostalgie assumée pour cette France d’avant, et/ou d’en bas, celle qui savait vivre. Audiard s’est ingénié à mettre dans la bouche de comédiens des mots d’auteur. Il se souciait peu de vraisemblance ou de psychologie. Ses dialogues n’étaient pas réalistes, ils étaient brillants. Il avait une conviction terrible : les gens sont capables de tout, d’un peu de bien certes, mais aussi de vénalité, et surtout de toutes les turpitudes, toutes les horreurs. 

Par on ne sait quel don divinatoire, il lisait l’avenir: « les gens deviennent tellement cons qu’il faudra bientôt sous-titrer les films français ». Il a su créer un style inimitable, reconnaissable entre tous, la « griffe Audiard ». Il n’avait pas son pareil pour faire virevolter l’argot et autres expressions alambiquées, au sein de répliques passées à la postérité et appartenant au patrimoine du cinéma français. Orfèvre en imbécilités, gouailleur ô combien cynique, ses attaques non mouchetées lui octroient le statut non contesté de pape du cinéma à papa. Le tout porté par une liberté de ton qui permet de mesurer à distance l’emprise actuelle de ce qu’on nomme le « politiquement correct », cousin germain de la connerie.

 A travers ses saillies narquoises, c’est un morceau de notre ADN qu’on aperçoit; le glorieux mauvais esprit français. Sous le microcosme de l’ironie, et la dérision audiaresque on peut séquences une partie du génome de notre réjouissante malignité. On aimerait tout retenir, la mémoire faillit. Tant mieux, on emprisonne pas une colombe. Michel Audiard a eu le sort posthume qu’il méritait: récompensé par le public et honni de la critique de son vivant, il est désormais élevé au rang de gloire nationale, y compris par ceux qui l’avaient dénigré. ça ne manquera pas de lui courir sur le haricot.

« Je suis toujours attiré par la déconnante, et la droite déconne. Les hurluberlus, les mabouls, on ne les trouve qu’à droite. La droite est branque, il ne faut jamais l’oublier. À gauche, c’est du sérieux. Ils pensent ce qu’ils disent et, c’est le moins qu’on puisse dire, ils ne sont pas très indulgents avec les idées des autres. Je n’ai jamais entendu Marcel Aymé porter des jugements sur le reste de l’humanité, ni demander des sanctions ou des châtiments ».

Il est né Paul Michael Audiard, à Paris, le 15-5-1920, de père inconnu. Sa mère, originaire de la bonne ville du Puy, le laisse rapidement sous la responsabilité d’une famille dont le chef, un oncle qui est également son parrain, œuvre aux PTT. L’enfant perdra tout contact avec sa génitrice à l’âge de 16 ans.A l’issue d’une enfance libre, dont il apprécie les charmes dans les rues de Paris, le jeune Michel, animé d’une foi exagérément mystique pour son âge, envisage un temps de devenir curé. En attendant d’affermir sa foi ,il se lance avec passion dans la lecture des grands auteurs classiques (Balzac, Zola), modernes (Proust, nous sommes dans les années 30 …) et policiers (Leroux, Leblanc …).

Certificat d’études en poche, sa première activité de livreurs de journaux fait naître en lui la passion de la bicyclette, qui l’amènera à s’engager dans des courses cyclistes sur route et sur piste, dont le point d’orgue sera sans doute une participation aux Six jours de Paris (1938).

En 1936, Michel Audiard est soudeur autogène, puis travaille dans une fabrique de verres optiques. Mais la Guerre arrive, qui le jette sur les routes comme de nombreux Parisiens. Traversant la France à bicyclette jusqu’à Perpignan, avec quelques copains, il est renvoyé dans ses pénates par l’armée allemande. Pendant l’Occupation, ses seuls soucis sont d’échapper au Service du Travail Obligatoire et de se procurer le ravitaillement nécessaire à son alimentation. Pour le reste, son activité de livreur de journaux – et les vols de vélos – lui permettent de continuer ses activités sportives. En 1944, après la Libération de Paris, le jeune homme s’engage dans le Régiment du Train jusqu’à la fin des hostilités.

L’écrivain public numéro un …

Effrayé à l’idée d’exercer toute sa vie une activité manuelle, le jeune Michel Audiard se laisse convaincre de la qualité de son écriture. Engagé à « L’Étoile du Soir », il écrit, sous divers pseudonymes, des reportages plus ou moins “bidonnés” et des nouvelles romantiques sous forme de feuilleton. Rapidement, il bifurque vers la critique de cinéma, volant au secours de Renoir, Clouzot, Lang, cloués au pilori par une épuration revancharde (on peut la comprendre …).

Il y a quelque temps, le producteur-réalisateur André Hunebelle lui a suggéré de reprendre un scénario laissé inachevé par Jean Halain, malade. C’est ainsi qu’Audiard inscrit son nom pour la première fois au générique d’un film,«Mission à Tanger» (1949). Les deux hommes travailleront à ensemble à plusieurs reprises, notamment sur «Méfiez-vous des blondes» et «Massacre en dDentelles» qui donneront parallèlement naissance à deux romans policiers homonymes publiés aux fameuses Éditions du Fleuve Noir.

Le jeune scénariste commence à se faire un nom. En 1951, Louis Jouvet, fâché avec Henri Jeanson, va se nourrir des dialogues d’Audiard dans «Une histoire d’amour» : « Hélas, madame, il n’y a aucune loi qui interdise aux imbéciles d’avoir des enfants » … Les deux hommes ont des projets ensemble, mais le maître décède un vilain 16 août de la même année.

Boulimique, Audiard enchaîne film sur film comme dialoguiste, collaborant de plus en plus souvent aux scenarii. Voici déjà ses premières collaborations avec Henri Verneuil («L’ennemi public numéro 1 », 1953) et Gilles Grangier («Poisson d’avril», 1954), qui devient son ami. Un jour, ce dernier lui fait rencontrer Jean Gabin dans un bar de Trouville : le cinéma populaire français, sans le savoir, vit là une des ses dates les plus importantes pour la décennie en cours. La première collaboration des deux artistes, «Gas oil» (1955) – un film d’atmosphère dans le monde des chauffeurs routiers – connaît un franc succès. Ils travaillent encore, entre autres et avec plus ou moins de succès, sur «Le sang à la tête» 1956), première adaptation d’un roman de Georges Simenon,

,«Le rouge est mis» (1957), première rencontre Michel Audiard / Lino Ventura,

«Maigret tend un piège», gros succès commercial,

«Les misérables» (1957), au cours duquel il plaque Jean Paul Le Chanois pour incompatibilité d’humeur,

«Les grandes familles» (1958), gros succès critique et commercial brocardant les personnages et les mœurs du monde de la finance,

«Archimède le clochard», ou comment s’asseoir sur les Grands Principes,

«Rue des prairies» (1959), tondu par « Combat » et encensé par « l’Humanité » pour populisme …

http://www.dailymotion.com/video/x641po_rue-des-prairies-1_shortfilms

Entre temps, car il faut bien vivre, notre homme produit du dialogue à droite plus souvent qu’à gauche, travaillant pour le fisc autant que pour ses petits plaisirs, qui lui valent l’un et l’autre de grosses dépenses : « Le Huitième art est celui de prendre le septième comme il vient ».

En 1957, un jeune critique des Cahiers du Cinéma, François Truffaut, a écrit : « Les dialogues de Michel Audiard dépassent en vulgarité ce qu’on peut écrire de plus bas dans le genre». Ce à quoi l’accusé répondra, au reflux de La Nouvelle Vague : « Submergés par leur propre clapotis, les nouveaux petits maîtres ont déjà de l’eau jusqu’au menton … »

Les dernières répliques du célèbre dialoguiste pour Jean Gabin – «Les vieux de la vieille» (1960)

et «Le président» (1961), lui valent le qualificatif de “gabinographe”.

Mais voici déjà qu’apparaît Lino Ventura («Un taxi pour Tobrouk», 1961) en compagnie de Maurice Biraud auquel il fait lâcher quelques bons aphorismes (« A la guerre, on devrait toujours tuer les gens avant de les connaître », …).

Dialoguiste reconnu, Michel Audiard est plus gêné lorsqu’il s’agit d’écrire un scénario. Préférant l’adaptation, il sut mettre en bouche l’ambiance noire des romans d’Albert Simonin («Le cave se rebiffe», 1961)

ou d’Antoine Blondin («Un singe en hiver», 1962, au duo Gabin-Belmondo un instant menacé de censure par le ministère de la santé !).

En 1963, Audiard “dialogue” le film d’Henri Verneuil, réunissant Jean Gabin, Alain Delon et le pote Maurice Biraud, «Mélodie en sous-sol». Sur cet énorme succès commercial, Gabin et Audiard, lassés l’un de l’autre, se séparent par consentement mutuel.

Déjà, Lino Ventura prend la place («Le bateau d’Émile», «Cent mille dollars au soleil», «La m étamorphose des cloportes», …).

La même année (1963), «Carambolages», sa première sélection officielle pour le Festival de Cannes, se fait siffler par les spectateurs.

Alors, Audiard se met au travail, avec Albert Simonin dont il adapte le roman «Grisbi or not Grisbi» (il n’en restera pas grand chose !) : il va « leur faire voir qui c’est Raoul ! ». Lino Ventura incarne le gugusse de Montauban, face à quelques éléments de la bande : Bernard Blier, Robert Dalban, et le nouveau venu, Jean Lefèvre. «Les tontons flingueurs» (Georges Lautner, 1964) est devenu aujourd’hui un film culte dont les dialogues sont ré cités par des générations qui n’étaient pas de ce monde lors de la sortie du film (1963). Sans doute son meilleur cru, au grand profit du producteur Alain Poiré : les deux hommes concocteront ensemble 21 films en 22 ans, et le financier signera des contrats en blanc à son auteur !

Tandis que le public se précipite dans les salles pour écouter ses mots (renoncement à ce qui fait l’essence même du cinéma), les critiques se déchaînent contre ce qu’ils exsudent de populisme. Henry Chapier, ennemi intime, fustige : « Vous pavoisez haut … mais vous visez bas ». Il n’y aura guère que « l’Humanité » pour soutenir régulièrement cet « anarchiste de droite qui parle du petit peuple ». Les cachets d’Audiard atteignent des sommets jamais atteints par un scénariste-dialoguiste, tandis que les dépenses sont proportionnelles : voitures rapides ou luxueuses, tables ouvertes dans les meilleurs restaurants parisiens …

Tandis que Mireille Darc, souvent mise en scène par Georges Lautner («Ne nous fâchons pas», «Fleur d’oseille»), incarne l’élément féminin souvent négligé dans l’univers du bonhomme ,

«Le pacha» (1967) marque les retrouvailles avec “Le Vieux”. Mais Audiard commence à se sentir à l’étroit dans un costume qu’il s’est trop bien taillé …

Non seulement il cause … mais en plus il réalise !

En 1968, Michel Audiard, en quête de sérieux, travaille à une adaptation de «Mort à crédit», de Louis Ferdinand Céline. Jean Gabin a donné son accord, mais les producteurs ne suivent pas. Ils veulent de l’Audiard ? Ils en auront : «Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages» !

http://www.ina.fr/video/CAF97063231

Le succès du film, perturbé par les événements, est amplifié par un discours du Général sur l’état de la France, dans lequel il inverse les termes de l’énoncé. Audiard enrichi par De Gaulle, celui qui lui a sans doute donné mauvaise conscience au bon vieux temps de l’Occupation !

Le succès aidant, Audiard s’attèle à l’adaptation de l’œuvre la plus connue de Céline, et Jean-Paul Belmondo sera du«Voyage …» … mais pas les banquiers ! Tout ce qui les intéresse, c’est «Une veuve en or» (1969) !

Quant à Annie Girardot, on connaît son tempérament : «Elle boit pas, elle fume pas, elle Drague pas … mais elle cause» (1969 : notons qu’à la source elle devait ne pas b …, mais la censure est menaçante !). Trois ans plus tard, pour mieux se faire comprendre, «Elle cause plus … elle flingue» (1972) !

Entre-temps, nous aurons entendu «Le cri du cormoran le soir au-dessus des jonques», dans lequel un petit jeunot, Gérard Depardieu, exécute aveuglément les ordres (et pas que les ordres) de Bande” : Blier, Carmet, Birault, Dalban,Serrault … Le public est également décimé !.

Lorsque les finances familiales étaient en baisse, Gabin déclarait à son entourage : «Le drapeau noir flotte sur la marmite». Mais n’est pas metteur en scène qui veut, et le réalisateur ne pose guère l’œil sur l’objectif de sa caméra, tandis qu’il laisse ses comédiens faire leurs numéros. Ca lasse … alors qu’il a de plus en plus d’ennuis avec le fisc et les créanciers. Le drapeau noir ne flotte plus : il coule avec la marmite …

Lorsqu’il entame «Comment réussir quand on est con et pleurnichard» (1974), Audiard sait qu’il n’en n’a plus pour longtemps avec la réalisation. Pourtant, sans doute grâce à Carmet enfin en haut de l’affiche, le personnage d’Antoine est le plus réussi des héros qu’il a mis en scène. Dans le film suivant, Carmet prédit :«Bons baisers … à lundi» (1974). Mais ce lundi là ne viendra jamais.

Alors, Audiard règle ses comptes. Dans un montage d’archives doublé par un livre, «Vive la France», il fustige son pays et ses habitants : « A la cimaise des idées reçues … on oublie toujours le Français con ! ». A tel point que personne n’est allé le voir …

Et maintenant, il flingue …

Renvoyé à ses travaux de plume, Michel Audiard va désormais se partager entre la littérature et le cinéma. Il travaille pour Philippe de Broca(«L’incorrigible», 1975), lorsque son fils aîné se tue dans un accident de voiture, à 15 km du domicile familial. Deux mois plus tard paraît «Le p’tit cheval de retour», roman dans lequel il fait revivre à ses héros la “courette” de mai-juin 1940.

Ainsi, entre littérature et septième art, l’auteur quitte chaque jour davantage l’univers de la grosse farce satirique pour des cieux bien plus sombres.

Côté pile, il reforme un duo avec Jean-Paul Belmondo, dont il “dialogue” les grosses machineries : «Le corps de mon ennemi» (1976),

http://www.dailymotion.com/video/x7ufw5_le-corps-de-mon-ennemi-1976_shortfilms#.UZKXd4Lxky4

«L’animal» (1977),

«Flic ou voyou»,

«Le professionnel»,

«Le marginal», flic aux méthodes expéditives et encombrant pour ses supérieurs comme pour ceux qu’il traque. Notamment pour ses méthodes peu en rapport avec la légalité, mais ne manquant pas d’efficacité.

«les morfalous».

Il retrouve Delon pour le sombre et féroce «Mort d’un pourri» … Il joue le rôle de Xavier Maréchal, personnage dont le but est de retrouver l’assassin de son ami le député Phillipe Dubaye, tué dans d’étrange circonstance. Il a récupéré de ce dernier un carnet compromettant un certain nombre de personnalités influentes et qui semble être la cause de son assassinat. Il se fait alors contacter par Nicolas Tomski (Klaus Kinski), mystérieux homme d’affaire, qui semble lui aussi vouloir mettre la main sur le fameux carnet. Affaire d’Etat, corruption, euro-mondialisme, toute la verse anarchiste de droite se trouve transcendé dans ce chef d’oeuvre.

http://www.dailymotion.com/video/x4wus9_l-international-du-pognon_shortfilms#.UZKYF4Lxky4

Côté face, il écrit le combat de mots que se livrent Michel Serrault et Lino Ventura dans le chef d’œuvre verbal de Claude Miller, «Garde à vue» (1981).

L’année d’après, metteur en scène et scénariste se retrouvent pour «Mortelle randonnée», histoire d’un détective en quête de l’image de sa fille décédée, qui pourrait être celle d’Audiard autant que de Serrault.

Au rayon littérature s’achalandent «Répète un peu ce que tu viens de dire» (1975) et «La nuit, le jour et toutes les autres nuits» (1978), récit autobiographique qui révèle un homme broyé : « Je ne joue plus à rien depuis qu’une auto jaune a percuté une pile de pont sur l’autoroute du Sud et qu’un petit garçon est mort ».

Le 28 juillet 1985, miné par le cancer, il ira le rejoindre dans son caveau parisien, enterrement qu’il a voulu solitaire. Mort incompris sans doute : un anarchiste, ça n’accepte pas la Légion d’Honneur.

Mais son anarchisme transpire surtout dans un ouvrage, sorte de grand montage improbable, orchestration de la pensée biaisée de cet empêcheur de penser en rond.

Déconstruisant le mythe militaire de l’entre-deux-guerres puis de l’après-1945, nouveau chapitre du « roman national » forgé par le gaullisme, ce métrage pourrait s’inscrire dans le sillage d’un roman comme Uranus, la truculence des personnages d’Aymé ici remplacée par la voix off nasillarde et sarcastique d’un dialoguiste en verve voulant régler ses comptes avec la Grande Muette.
« Bonne fille, pas fière, la France retrousse à nouveau ses jupes, nous voulons dire ses manches » (reprise du travail après Mai 68). « A défaut d’amant musclé, elle (La France) flirte avec Léon Blum » (le Front populaire). « Soudainement, alors qu’il y avait de la joie, alors que tout allait si bien chez Madame la Marquise, incongrûment, traîtreusement, malpoliment, on passe du théâtre aux armées à celui des opérations » (10 mai 1940).

Autant de formules assassines qu’Audiard égrène durant la bonne heure de Vive la France, au service d’une conclusion courue d’avance : la France aurait connu un bien meilleur XXe siècle si elle n’avait cédé aux ambitions belliqueuses que le contexte historique lui soumettait. Cette sentence évoquée, Audiard se rapproche curieusement du mot de De Gaulle (« les Français sont des veaux ») malgré la haine manifeste qu’il éprouve pour le grand Charles, montrant le peuple toujours prêt à faire la fête juste avant une guerre (et n’hésitant pas à prolonger les festivités pendant) ou à ne pas toujours écouter la voix du bon sens (et le « documentariste » de citer celle, très suivie au contraire, de l’ambassadeur de Pologne en France, répétant durant l’été 1939 qu’Hitler « bluffe »).

Michel Audiard: « Je suis un moraliste. J’aime les auteurs qui sont moralistes : Marcel Aymé, Blondin, Nimier, Jacques Perret. Les moralistes ne sont pas toujours ceux qui étalent la morale et je pense que l’humour est pour eux un véhicule agréable. Mais quand on a de l’humour, on risque de ne pas être pris au sérieux. J’ai d’autres écrivains préférés comme Aragon, Miller et même Montherlant et Rimbaud. Je suis assez entier : si je rencontre un type qui n’aime pas Rimbaud, c’est terminé : je sais que son appartement sera stupide, sa femme idiote et que je n’aurai vraiment rien à lui dire. »

 » Avant, je n’étais pas un alcoolique, j’étais un ivrogne. Je suis devenu complètement sobre au lendemain d’une cuite mémorable. En compagnie de Jean Carmet, j’avais bu sans désemparer pendant neuf heures. Quand j’ai vu toutes les bouteilles vides dans la cuisine, j’ai décider de décrocher. Chez nous, en France, toutes les occasions sont propices à la biture. On boit quand ça va, On boit quand ça ne va pas. Or, en fait, l’alcool ne procure pas la gaieté, mais la cirrhose. »

Dans plusieurs films et, surtout, dans « Le Pacha », vous mettez dans la bouche de Jean Gabin des prises de positions favorables à la peine de mort. Est-ce votre opinion propre ?

Michel Audiard : Oui. (…) je crois que la peine de mort conserve ; alors là, je suis peut-être « béret et baguette de pain », un caractère exemplaire, quoi qu’on en dise, parce que le voyou qui est arrêté croit toujours qu’il se tirera. Il pense qu’il s’évadera. (…) Alors, quand on lui coupe la tête, je n’aime pas dire cela mais il n’emmerde plus personne !

Mais comment voyait-il (Jean Gabin) le monde politique ?

Michel Audiard : Il ne le voyait pas car il avait un mépris total, complet, pour le monde politique. Incroyable même. Chez Gabin, tout est incroyable parce que tout est excessif. Ses amitiés, ses antipathies, tout. Les hommes politiques, ça lui donnait des boutons. À telle enseigne, c’est impensable mais c’est vrai, qu’il n’est plus allé chez son coiffeur où il allait depuis vingt ans, au Rond-Point des Champs-Élysées, le jour où il a su que son garçon coiffeur coupait les cheveux à Edgard Faure. C’est vous dire. Il ne pouvait pas les sentir ! Il partait du principe : quand un homme politique vous serre la main ou vous dit bonjour, c’est qu’il attend quelque chose de vous. Il ne pouvait penser que quelque chose de gratuit puisse venir d’un homme politique. Il a haï De Gaulle et détestait Giscard avec le même entrain.

Films classés par nombre d’entrées :

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100.000 Dollars au soleil

  • – Quand les types de cent trente kilos disent certaines choses, ceux d’soixante kilos les écoutent…
    J.P. Belmondo
  • – Ici c’est une grande famille. Quand un chauffeur veut un congé ou une augmentation, il vient me voir, je l’écoute et je le vire.
    G. Froebe
  • – Dans la vie on partage toujours les emmerdes, jamais le pognon.
    J.P. Belmondo
  • – Tiens, ça me rappelle ma finlandaise. Tu la connais mon histoire avec la finlandaise ?
    – Oui.
    – Bah toi qui la connaîs pas tu vas te poiler ! Figure-toi qu’un jour sur la piste d’Ibn Saoud, j’tombe sur un p’tit ingénieur des pétroles avec sa Land Rover en rideau. Il avait sa bonne femme avec lui, là, une grande blonde avec des yeux qu’avaient l’air de rêver et puis un sourire d’enfant : une salope quoi. Moi je repêre ça tout de suite parce que les femmes c’est mon truc. – C’est pas comme le pelletage, hein ?!
    – Alors, aussi sec, je propose au p’tit ingénieur : Si vous voulez, j’amêne vot’ dame à Agdid et puis j’envoie la dépanneuse… Le branque dit oui, et me v’là barré avec la poupée… C’est pas vrai, Saïd ?
    – Si, c’est vrai ! Et c’est même vachement intéressant ! Tu vas bosser un peu, dis ! Hein !
    – Une seconde, ça l’intéresse !… Hein, qu’ça t’intéresse ?… Alors, sitôt parti, j’me mets à conduire d’une main… Et v’là qu’la môme se met à faire des minauderies… Tu sais, façon pudeur… Des p’tites maniêres de bonnes femmes, quoi!… Sous prétexte que Saïd était en train d’prendre un jeton !… Et à ce moment-là, on arrive dans la zone des dunes… Alors j’dis à ma Finlandaise : Est-ce que vous avez déjà vu la Rose des Sables ? Non, qu’elle me fait !… Alors j’arrête le bahut et j’dis : Voyez la dune, là-bas? Eh ben, derriêre, y’a les plus belles Roses des Sables de tout l’Niger… Eh ben, elle a voulu y’aller voir…
    L. Ventura / B. Blier
  • Si le crédit n’existait pas, y’a longtemps qu’l’Afrique serait morte !
    J.P. Belmondo
  • Tu vas encore traîner un peu, tu feras encore des p’tites saloperies, comme ça, pour la gamelle. Puis tu glisseras doucement vers la côte des Palmes. Tu finiras clodo à Abidjan et tu te feras descendre un jour en piquant un porte-monnaie ou un litre de rouge. Je te filerais bien mon poing dans la gueule, mais t’irais encore te prendre au sérieux.
    L.Ventura
  • – On serait riches, on sera heureux.
    – Où est-ce que tu as appris que l’argent faisait le bonheur? T’a été élevé chez les laïcs, toi?
    J.P. Belmondo
  • Je croyais que c’était juste un casse-croute. Mais maintenant monsieur becte à la carte.
  • Quand les passions s’en mêlent, y’a plus de types solides.
    L.Ventura

Les Tontons Flingueurs

  • Louis de retour. Présence indispensable.
    Présence indispensable … Aprês quinze ans de silence, y’en a qui poussent un peu quand même. Quinze ans d’interdiction de séjour. Pour qu’il abandonne ses cactus et qu’il revienne à Paname, faut qu’il lui en arrive une sévêre au vieux Louis. Faut qu’il ait besoin de pognon ou qu’il soit tombé dans une béchamelle infernale.
    L.Ventura
  • – Hé bien ma vieille, tu nous fait attendre. La route a pas été trop toc ?
    – Ben suffisamment.
    – Ça fait plaisir de te revoir. Le mexicain commençait à avoir des impatiences.
    – Ah bon, parce qu’il est revenu, c’est pas un charre ?
    – Ah ben, je ne me serais pas permis.
    – Avoue que ça fait quand même une surprise, non ?
    – Des surprises, t’es peut-être pas au bout. Viens.
    « Henri »/L.Ventura
  • – Henry, fais tomber cent sacs au toubib.
    Le Mexicain
  • – Je suis revenu pour canner ici, et pour me faire enterrer à Pantin avec mes vioques. Les Amériques, c’est chouette pour prendre du carbure. On peut y vivre, à la rigueur. Mais question de laisser ses os, hein, y’a que la France.
    Le Mexicain
  • – Maintenant que tu es dans l’honnête, tu peux pas savoir le nombre de malfaisants qui existent.
    Le Mexicain
  • – Mais le mexicain, ç’a été une épée, un cador. Moi j’suis objectif, on parlera encore de lui dans cent ans. Seulement faut bien reconnaître qu’il avait décliné, surtout de la tête.
    – C’est vrai qu’sur la fin il disait un peu n’importe quoi. Il avait comme des vaps, des caprices d’enfant.
    – Enfin, toi qui y a causé en dernier, t’as sûrement remarqué ?
    – Remarqué quoi ?
    – T’as quand même pas pris au sérieux cette histoire de succession ?
    – Pourquoi ? Fallait pas ? Ben, j’ai eu tort.
    – Ah, ah. Et voilà.
    – Tu vois, Raoul, c’était pas la peine de s’énerver, monsieur convient.
    – Y’en a qu’abuseraient de la situation, mais mon frêre et moi, c’est pas notre genre. Qu’est-ce qu’on pourrait faire qui t’obligerait ?
    – Décarrer d’ici. J’ai promis à mon pote de m’occuper de ses affaires. Puisque je vous dis que j’ai eu tort, là. Seulement, tort ou pas tort, maintenant c’est moi le patron. Voilà.
    – Écoute, on te connaît pas. Mais laisse-nous te dire que tu te prépares des nuits blanches, des migraines, des nervous breakdown, comme on dit de nos jours. – J’ai une santé de fer. Voilà quinze ans que je vis à la campagne, que je me couche avec le soleil, et que je me lêve avec les poules.
    B.Blier/J.Lefebvre/L.Ventura
  • – C’est quand même marrant les évolutions, quand je l’ai connu le mexicain, il recrutait pas chez tonton ! – Vous savez ce que c’est : l’âge, l’éloignement. A la fin de sa vie, il s’était lancé sur le reclassement des légionnaires. – Ah si c’est une œuvre, c’est autre chose !
    L.Ventura
  • – Mais qu’est-ce que c’était que cette fusillade ? On ne se serait pas permis de vous flinguer sur le domaine ?
    – Eh ben, on s’est permis.
    Thomas/L.Ventura
  • Le Mexicain l’avait achetée en viager à un procureur à la retraite. Aprês trois mois, l’accident bête. Une affaire.
    V.Venantini
  • Quand le lion est mort, les chacals se disputent l’empire. On ne peut pas leur en demander plus qu’aux fils de Charlemagne.
    F.Blanche
  • – Your room is ready, sir !
    – Il veut dire que votre chambre est prête.
    – Dites donc, il picole pas un peu, votre british ?
    – Oh là là ! Et puis, il est pas plus british que vous et moi. C’est une découverte du mexicain.
    – Il l’a trouvé où ?
    – Ici. Il l’a même trouvé devant son coffre-fort. Il y a 17 ans de ça. Avant d’échouer devant l’argenterie, l’ami Jean avait fracturé la commode Louis XV. Le mexicain lui est tombé dessus juste au moment où l’artiste allait attaquer les blindages au chalumeau.
    – Je vois d’ici la petite scêne.
    – Vu ses principes, le patron ne pouvait pas le donner à la police, ni accepter de régler lui-même les dégats. Résultat : Jean est resté ici 3 mois au pair comme larbin pour régler la petite note. Et puis, la vocation lui est venue, le style aussi, peut-être également la sagesse. Dans le fond, nourri, logé, blanchi, 2 costumes par an, pour un type qui passait la moitié de sa vie en prison…
    – Il a choisi la liberté, quoi.
    R.Dalban/F.blanche/L.Ventura
  • – Du thé à sept heures du soir ?
    – Ben, c’est-à-dire qu’en ce moment, je suis un tantinet décalé dans mes horaires, oui.
    Patricia/L.Ventura
  • – Mais ces mecs-là n’auraient quand même pas la prétention d’engourdir le pognon de ma niêce, non ?
    L. Ventura
  • – L’éducation de la princesse, cheval, musique, peinture…atteint un budget elyséen. Et vos dépenses somptuaires prennent des allures africaines.
    F.Blanche
  • – Chêre Madame, on m’a fait état d’embarras dans votre gestion, momentannés j’espêre. Souhaiteriez-vous nous fournir quelques explications?
    – Des explications, Monsieur Fernand, y’en a deux : récession et manque de main d’oeuvre. C’est pas que la clientêle boude, c’est qu’elle à l’esprit ailleurs. Le furtif par exemple, a complêtement disparu.
    – Le furtif?
    – Le client qui venait en voisin. »Bonjour Mesdemoiselles, au revoir Madame »..; Au lieu de descendre aprês le dîner y reste devant sa télé pour voir si, par hasard, y serait pas un peu l’Homme du XXême siêcle ! Et l’affectueux du Dimanche? Disparu aussi ! Et pourquoi? Voulez-vous me dire?
    – Encore la télé?!
    – L’auto, Monsieur Fernand, l’auto !
    – Vous parliez aussi de pénurie de main d’oeuvre?
    – Alors la Monsieur Fernand, c’est un désastre. Une bonne pensionnaire ça devient plus rare qu’une femme de ménage. Ces dames s’exportent… Le mirage africain nous fait un tord terrible. Si ça continue, elles iront à Tombouctou à la nage !
    L. Ventura/D.Davray
  • – J’dis pas que Louis était toujours três social,non, il avait l’esprit de droite. Quand tu parlais augmentation ou vacances, il sortait son flingue avant que t’aies fini, mais il nous a tout de même approté à tous la sécurité.
    D.Vavray
  • – Patricia, mon petit, je ne voudrais pas te paraître vieux jeux et encore moins grossier…L’homme de la pampa parfois rude, reste toujours courtois… Mais la vérité m’oblige à te le dire: Ton Antoine commence à me les briser menu!
    L.Ventura
  • – Non mais t’as déjà vu ça? En pleine paix.
    Y chante et puis crac, un bourre-pif!
    Mais il est complêtement fou ce mec!
    Mais moi, les dingue j’les soigne.
    J’m’en vais lui faire une ordonnance, et une sévêre !
    J’vais lui montrer qui c’est Raoûl.
    Aux quatre coins de Paris qu’on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle.
    Moi quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse, j’ventile…

    B. Blier
  • – Mais y connaît pas Raoûl ce mec!.. Y va avoir un réveil pénible… J’ai voulu être diplomate à cause de vous tous, éviter qu’le sang coule… Mais maintenant c’est fini… je vais le travailler en férocité… le faire marcher à coups de latte… Ama pogne je veux le voir… Et je vous promets qu’y demandera pardon!… Et au garde-à-vous!
    B.Blier
  • – Je raccompagne ce petit jeune homme.
    – Ne vous donnez pas cette peine, je connais le chemin.
    – Oui, ben il faudrait voir à l’oublier.
    – Soit, les maniêres y gagneront ce que l’amitié y perdra.
    – Ben, c’est ça, on s’aimera moins !
    L.Ventura/C.Rich
  • – Y’a des impulsifs qui téléphonent, d’autres qui se déplacent.
    H.Frank
  • – La psychologie, y’en a qu’une: Défourailler le premier.
    – C’est un peu sommaire, mais ça peut être efficace.
    V.Venantini
  • – Le prix s’oublie. la qualité reste.
    V.Venantini
  • – Bougez pas !… Les mains sur la table ! Je vous préviens qu’on a la puissance de feu d’un croiseur, et des flingues de concours.
    – Si ces messieurs veulent bien m’les confier.
    B.Blier/R.Dalban
  • – Les ruptures, les retrouvailles: Les fluctuations de la fesse.
  • – Maintenant les diplomates prendraient le pas sur les hommes d’actions. L’époque serait aux tables rondes et à la détente.
    J. Lefebvre
  • – Touche pas au Grizzby… salope !!!!
    – D’l’alcool à cet âge là !
    – Non mais c’est un scandale !
    – Nous par contre on est des adultes,.. on pourrait peut être s’en faire un ptit !
  • – Maître Folasse ?
    – Seulement le tout venant a été piraté par les mômes, alors qu’est ce qu’on fait, …on s’risque sur l’bizarre, …ça va rajeunir personne!
    – Tiens vous avez sorti le vitriole !
    – Pourquoi vous dites ça ?
    – Ca a l’air honnête !
    – Sans être franchement malhonnête, au premier abord, comme ça il a l’air assez curieux
    – Y date du mexicain, du temps des grandes heures, seulement on a du arrêter la fabrication, y a des clients qui devenaient aveugles, alors ça faisait des histoires !
    – Faut reconnaître, c’est du brutal!
    – Vous avez raison c’est du curieux !
    – J’ai connu une Polonaise qu’en prenais au petit déjeuner …, faut quand même admettre, c’est plutôt une boisson d’homme !
    – Tu sais pas ce qu’il me rappel, cet espêce de drôlerie qu’on buvais dans une petite tôle de Biên Hoa pas três loin de Saigon,… les volets rouges, … et la tauliêre, une blonde comme ac, …comment qu’elle s’appelait déjà?
    – Lulu la Nantaise !
    – T’as connu ?
    – J’y trouve un gout de pomme
    – Y en a !
    – Et c’est devant chez elle que Lucien le Cheval s’est fait dessouder
    – Et par qui?
    – Bah v’la que j’ai plus ma tête !
    – Par teddy de Montréal, un fondu qui travaillait qu’à la dynamite
    – Toute une époque … !
    F.Blanche/J.Lefebvre/ L/Ventura/B.Blier/R.Dalban
  • – Les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.
    L.Ventura
  • – La jeunesse boit de l’eau pétillante et les anciens combattants, des eaux de régime.
  • – Tu sais combien ça laisse une roulette?… 60% de velours
    – Et sur le plan des emmerdements 36 fois la mise!
    L.Ventura
  • – C’est jamais bon de laisser traîner les créances, et surtout de permettre au petit personnel de réver.
    L.Ventura
  • – Alors? Y dors le gros con?… Bah y dormira encore mieux quand il aura pris ça dans la gueule! Il entendra chanter les anges le gugusse de Montauban… Je vais le renvoyer tout droit à la maison mêre… Au terminus de prétentieux. B.Blier
  • – C’est curieux, chez les marins, ce besoin de faire des phrases.
    F.Blanche
  • – Si vous restiez en retrait?
    – N’empêche, qu’à la retraite de Russie, c’est les mecs qu’étaient à la traîne qui se sont fait repasser.
    V.Venantini/L.Ventura

Le Président

  • – On est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis.
    P.Larquey
  • – Je suis un mélange d’anarchiste et de conservateur, dans des proportions qui restent à déterminer.
    J.Gabin
  • – Sauf pour les dictateurs et les imbéciles, l’ordre n’est pas une fin en soi.
    J.Gabin
  • – Je crois avoir été l’un des hommes les plus détesté de son époque, ce fût longtemps mon chagrin, c’est aujourd’hui mon orgueil.
    J.Gabin
  • – Dans les journaux, c’est toujours les mêmes qu’on cite… Pas étonnant qu’ils soient connus…
    A. Adam
  • – Les vieillards c’est comme les bébés ça change tous les jours.
    J.Gabin
  • – Les amis n’aiment pas être fidêles. Ils ont l’impression de perdre leur personnalité.
    J.Gabin
  • – C’est une habitude bien française que de confier un mandat aux gens et de leur contester le droit d’en user.
    J.Gabin
  • – Ma chêre amie, Wagner est inécoutable ou sublime selon les goûts, mais exquis, sûrement pas!
    J.Gabin
  • – J’ai besoin d’un coup de main, toi tu peux tout!
    – C’est justement pour cela que je ne peux pas tout me permettre.
    J.Gabin
  • – Dans chaque cambrioleur, il y a un Préfet de police qui sommeille.
  • – Pour ne pas être nouvelle, l’idée de fédération européenne n’en est pas moins généreuse. Généreuse mais utopique.
    – La suppression des systêmes douaniers, le libre-échange sont autant de formules qui relêvent du manuel de littérature mais qui constitue un défi permanent au manuel d’arithmétique.
    – Est-ce parce qu’il sera européen que le mêtre va devenir extensible?
    – Est-ce par ce qu’elle va devenir européenne que la tonne de charbon va doubler de valeur? – Est-ce parce qu’elle sera européenne que la France augmentera en puissance et en prospérité?
    – Le projet d’union douaniêre dont le gouvernement nous invite à voter la confiance, est mis en pratique depuis longtemps par les contrebandiers.
    – Est-ce une raison suffisante pour l’adopter?
    B.Blier
  • – Messieurs, Monsieur le Député Chalamont vient d’évoquer en termes émouvants les victimes de la guerre… Je m’associe d’autant plus volontiers à cet hommage qu’il s’adresse à ceux qui furent les meilleurs de mes compagnons…
    Au moment de Verdun, Monsieur Chalamont avait dix ans… Ce qui lui donne, par conséquent, le droit d’en parler… Étant présent sur le théâtre des opérations, je ne saurais prétendre à la même objectivité… On a, c’est bien connu, une mauvaise vue d’ensemble lorsqu’on voit les choses de trop prês !… Monsieur Chalamont parle d’un million cinq cent mille morts, je ne pourrais en citer qu’une poignée, tombés tout prês de moi…
    J’ai honte, Messieurs… Je voulais montrer à Monsieur Chalamont que je peux, moi aussi, faire voter les morts… Le procédé est assez méprisable, croyez-moi !…
    Messieurs, j’ai devant moi un três joli dossier, três complet, três épais, trois cents pages de bilans et de statistiques que j’avais préparé à votre intention… En écoutant Monsieur Chalamont, je viens de m’apercevoir que le langage des chiffres a ceci de commun avec le langage des fleurs… on lui fait dire c’que l’on veut !… Les chiffres parlent mais ne crient jamais… C’est pourquoi ils n’empêchent pas les amis de Monsieur Chalamont de dormir. Vous me permettrez donc de préférer le langage des hommes. Je le comprends mieux !…
    Durant des années, à travers le monde, j’ai visité des mines, des camps de personnes déplacées… j’ai vu la Police charger les grévistes, je l’ai vue aussi charger des chômeurs… j’ai vu la richesse de certaines contrées, j’ai vu l’incroyable pauvreté de certaines autres… Durant toutes ces années, je n’ai jamais cessé de penser à l’Europe… Monsieur Chalamont a passé une partie de sa vie dans une banque à y penser aussi… Nous ne parlons forcément pas de la même Europe…
    Lorsqu’il y a quelques mois, les plus qualifiés parmi les maîtres-nageurs de cette assemblée sont venus me trouver pour éviter une crise de régime, j’ai pris un engagement… celui de gouverner… Or, gouverner ne consiste pas à aider les grenouilles à administrer leur mare !… Tout le monde parle de l’Europe… Mais c’est sur la maniêre de faire cette Europe que l’on ne s’entend plus… C’est sur les principes essentiels que l’on s’oppose…
    Pourquoi croyez-vous, Messieurs, que l’on demande à mon gouvernement de retirer le projet de l’Union Douaniêre qui constitue le premier pas vers une Fédération future ?… Parce qu’il constitue une atteinte à la souveraineté nationale ?… Non… Simplement parce qu’un autre projet est prêt… Un projet qui vous sera présenté par le prochain gouvernement… Je peux, Messieurs, vous en énoncer d’avance le principe !…
    La constitution de trusts verticaux et horizontaux, de groupes de pressions qui maintiennent sous leur contrôle non seulement les produits du travail, mais les travailleurs eux-mêmes !…
    On ne vous demandera plus, Messieurs, de soutenir un ministêre, mais d’appuyer un gigantesque conseil d’administration !…
    Si cette assemblée avait conscience de son rôle, elle repousserait cette Europe des maîtres de forges et des compagnies pétroliêres… Cette Europe, qui a l’étrange particularité de vouloir se situer au-delà des mers, c’est-à-dire partout… sauf en Europe !… Car je les connais, moi, ces européens à têtes d’explorateurs !
    – Je demande que les insinuations calomnieuses que le Président du Conseil vient de porter contre les Élus du Peuple ne soient pas publiées au Journal Officiel.
    – J’attendais cette protestation… Je ne suis pas surpris qu’elle vienne de vous, Monsieur Jussieu… Vous êtes, je crois, conseil juridique des aciéries Krenner ?… Je ne vous le reproche pas…
    – Vous êtes trop bon !…
    – Je vous reproche simplement de vous être fait élire sur une liste de gauche et de ne soutenir à l’Assemblée que des projets d’inspiration patronale !
    – Il y a des patrons de gauche, je tiens à vous l’apprendre !
    – Il y a aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre !…
    La politique, Messieurs, devrait être une vocation… Elle l’est pour certain d’entre vous… Mais pour le plus grand nombre, elle est un métier… Un métier qui, hélas, ne rapporte pas aussi vite que beaucoup le souhaiteraient, et qui nécessite d’importantes mises de fonds car une campagne électorale coûte cher ! Mais pour certaines grosses sociétés, c’est un placement amortissable en quatre ans… Et s’il advient que le petit protégé se hisse à la présidence du Conseil, le placement devient inespéré… Les financiers d’autrefois achetaient des mines à Djelitzer ou à Zoa, ceux d’aujourd’hui ont compris qu’il valait mieux régner à Matignon que dans l’Oubangui et que de fabriquer un député coûtait moins cher que de dédommager un Roi Nêgre !… Que devient dans tout cela la notion du Bien Public ? Je vous laisse juges…
    Le gouvernement maintient son projet. La majorité lui refusera la confiance et il se retirera… Il y était préparé en rentrant ici…
    J’ajouterai simplement, pour quelques uns d’entre vous, réjouissez-vous, fêtez votre victoire… Vous n’entendrez plus jamais ma voix et vous n’aurez plus jamais à marcher derriêre moi… Jusqu’au jour de mes Funérailles Nationales, que vous voterez d’ailleurs à l’unanimité… Ce dont je vous remercie par anticipation…
    J.Gabin
  • – Qu’est ce qu’il a? Il s’applique aujourd’hui. il est encore plus mauvais que d’habitude.
    Un député
  • – Vous êtes intelligent, comme la plupart des salauds d’ailleurs. Vous savez qu’il y a des hommes qu’on achête avec une enveloppe ou un bout de Légion d’honneur. Mais vous avez essayé de m’avoir par la vanité. c’est ignoble
    J.Gabin
  • – Si la croissance s’arrête de bonne heure, un homme ne cesse jamais de grandir.
    J.Gabin
  • – Il y a des patrons de gauche
    – Il y a aussi des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité du genre.
    Un député/J.Gabin
  • – Quand on ne veut pas du pouvoir on le refuse! On peut três bien vivre dans l’ombre…
    – Et ne jamais en sortir! Vous en savez quelque chose.
    Un député/J.Gabin
  • – Dîtes-vous bien que quand un mauvais coup se mijote, il y a toujours une république à sauver
    J.Gabin
  • – Il y a une chose plus grave que la trahison, c’est la bêtise.
    J.Gabin
  • – Le repos, c’est fait pour les jeunes. Ils ont toute la vie devant eux.
    J.Gabin
  • – A mon âge, on vit en veilleuse.
    J.Gabin

Le Pacha

  • – Autrefois, avant que le béton mange l’herbe…
    J.Gabin
  • – Tout le monde parle d’infarctus, de cirrhose, de cancer. Moi je dis que la pire maladie des hommes c’est de donner tout son amour à une seule bonne femme.
    J.Gabin
  • – C’est un accident, un regrettable accident…
    – La mort de Louis XIV aussi.
    J.Gabin
  • – Quand on a cravaté Jo-les-Grands-Pieds, t’as fait un beau rapport, t’as toujours été fort en rédac. Mais tous les deux, on lui doit quêlque chose, au Grands-Pieds ! Toi, de l’avancement et moi, six mois d’hosto. Mais ce matin, j’étais bon pour la médaille posthume, alors tu m’excuseras, j’ai quitté la piste…
    R.Dalban
  • – Quand on mettra les cons sur orbite, t’as pas fini de tourner.
    J.Gabin
  • – Quand on tue un poulet, c’est fou c’qu’y’a comme parties d’poker qui s’organisent chez les voyous !
    J.Gabin
  • – L’un d’nous deux bute l’autre… Toi, on t’raccourcit, moi, on m’félicite… Ch’ais bien qu’c’est injuste parce que c’est injuste… mais c’est comme ça… T’as contre toi quarante ans de bons et loyaux services et une vie exemplaire…
    J.Gabin
  • – Remarque que l’essentiel, c’est d’se conduire comme un homme… Partir la tête haute aux Assises, parce que aprês, on sait pas c’qui peut lui arriver…
    J.Gabin
  • – Vous avez quand même pas dans l’idée de me faire porter le chapeau?- Nous, quand y’en a un qui traîne, faut qu’on lui trouve une tête. A la pointure ou pas.
  • – J’évoque, je balance pas.
    D.Carrel
  • – Le genre d’homme qui veut tout casser, et qui casse jamais rien.
    D.Carrel
  • – Y devrait y avoir des cliniques pour les obsédés (sexuels)
    – Y’en avait mais on les a fermées.
  • – Le crétin chimiquement pur,j’me demande où tu vas l’chercher ?
    – Trente-six Quai des Orfêvres. J’suis fidêle à mes fournisseurs.
    D.Carrel/M.Garrel
  • – A partir de seize ans, si on rapportait rien à la maison, on regardais les autres becqueter. Ca forme le caractêre. A dix-huit ans on entrait en maison de redressement comme dans d’autres familles on entre au séminaire.
    D.Carrel
  • – J’ai des envies d’voyages… L’Océanie, Bora-Bora, les vahinés… Tu connais ?
    – Pourquoi ? Tu veux m’emmener ?
    – On n’emmêne pas des saucisses quand on va à Francfort.
    – Tu pourrais dire « Une rose quand on va sur la Loire »… Question d’termes…
    A.Pousse/D.Carrel
  • – Alors, ton Olympiade du hold-up, où t’en es ?…
    – J’vous l’ai déjà dit. On braque un fourgon postal. L’influence anglaise, comme dans tout, quoi…
    – D’ici à ce que vous alliez achetier vos cagoules chez Old England, y’a pas loin !
    J.Gabin/F.Marten
  • – Dis donc, Ernest, entendons-nous bien. T’as besoin d’moi, j’ai besoin d’toi, on traite… Mais un casseur doublé d’une donneuse, tu voudrais tout d’même pas que j’t’embrasse… Hein ?
    J.Gabin
  • – Les bastos, c’est plus facile à donner qu’à recevoir. Je suis sûr que t’avais jamais pensé à ça.
    J.Gabin
  • – Oh, écoute, Paul, moi, le mitan, j’en ai jusque-là !… Ca fait quarante ans que le truand nous charrie! J’l’ai digéré à toutes les sauces et à toutes les modes… En costard bien taillé et en blouson noir… Ça tue, ça viole, mais ça fait rêver le bourgeois et reluire les bonnes femmes. Elles trouvent peut-être ça romantique, mais moi pas !… Moi, les Peaux-Rouges, j’vais pas les envoyer devant les jurés de la Seine, comme ça, y’aura plus de remise de peine et de non-lieu… J’vais organiser la Saint-Barthélémy du mitan.
    J.Gabin
  • – Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute.
    J.Gabin

Mélodie en Sous-Sol

  • – La liberté sonne à sept heures dans toutes les prisons de france.
    J.Gabin
  • – Dans les situations tendues, quand tu parles fermement avec un calibre en pogne, personne ne conteste. Y’a des statistiques là-dessus.
    J.Gabin
  • – Il est d’une honnêteté monstrueuse, un vrai pervers, enfin je veux dire. Il n’a jamais eu une contredanse quoi…
    A. Delon
  • – Écoute-moi bien. A partir de maintenant, travaille au chrono parce qu’une minute d’écart ça veut pas dire forcément 60 secondes. Ça peut se transformer en années de placard.
    J.Gabin
  • – La liberté à soixante-dix mille francs par mois, c’est pas ma pointure.
    J.Gabin
  • – Ah, parce que le p’tit hôtel-restaurant, t’appelle ça l’indépendance, toi ! Alors, j’vais t’dire quelque chose: J’me suis pas tapé cinq piges de placard pour venir piquer thune par thune l’oseille des congés payés.
    J.Gabin
  • – Bourrés de pognon et inconnus, c’est à dire honorables.
    J.Gabin
  • – Erreur de jeunesse , ça s’appelle ! Justement pour qu’on n’en cause plus !
    A.Delon
  • – Quand on a pas de bonnes pour garder ses chiards, eh bien on en fait pas.
    A. Delon
  • – Un jour, c’est ton pêre et moi que tu tueras! De chagrin !
    – Et bien, comme ça, on retrouvera pas l’arme du crime !
    G.Montero/A.Delon
  • – Moi, tu vois, j’vais t’dire, question spectacle, j’serais plutôt porté sur le nu, moi. Mayol, les Folies… Le visuel, quoi
    M.Biraud
  • – Ça prouve qu’on peut être pucelle en tout! Moi, j’me demandais ce qui n’avait pas encore servi chez toi. Et bien, je viens de m’apercevoir que c’est la mémoire!
    A.Delon
  • – Y’a du vison dans l’air! Et les putes ont toujours aimé les animaux
    A.Delon 
  • – Le boulot, c’est un truc qu’y vaut mieux commencer jeune. Quand tu demarres tout môme, c’est comme si t’étais né infirme: tu prends le pli et t’y penses plus.
    M.Biraud
  • – Les bonnes affaires, ça se paye comptant
    J.Gabin
  • – Quand t’es devant le Parthénon et que tu vois que c’est encore debout, tu te dis, quand même, que ça c’était de la construction. Aujourd’hui, tu frappes au septiême étage et y’a un mec au rez-de-chaussée qui te dis « Entrez donc ».
  • – La confiance dans les gens viennent quand ils prennent de l’âge.
    J.Gabin
  • – Prends un billet de seconde. C’est moins voyant et c’est dans tes goûts.
    J.Gabin
  • – Dans la vie y’a pas de drame, y’a que des fatalités.

Un Singe en Hiver

  • – Matelot Hénault Lucien, veuillez armer la jonque, on appareille dans cinq minutes.
    – C’est parti
    – Albert, je vous en prie, vous n’allez pas encore tout me saloper comme la derniêre fois.
    – Madame, le droit de navigation sur le Yang Tse Kiang nous est formellement reconnu par la convention du 3 août 1885. Contesteriez-vous ce fait ?
    – Je ne conteste rien. Je vous demande simplement de ne pas tout me casser comme l’autre jour.
    – Oh… mais pardon ! L’autre jour, les hommes de Chung Yang Tsen ont voulu jouer au con. Heureusement que j’ai brisé la révolte dans l’oeuf, sans barbarie inutile, il est vrai. On n’a coupé que les mauvaises têtes ; le matelot Hénault peut témoigner.
    – Sur l’honneur.
    – Bon. Nous allons donc poursuivre notre mission civilisatrice. Et d’abord, j’vais vous donner les derniêres instructions de l’Amiral Guépratte, rectifiées par le Quartier-Maître Quentin ici présent. Voilà : l’intention de l’Amiral serait que nous perçions un canal souterrain qui relierait le Wang-Ho au Yang-Tse-Kiang.
    – Le Yang Tse Kiang… bon…
    – Je ne vous apprendrais rien en vous rappelant que Wang Ho veut dire fleuve jaune et Yang Tse Kiang fleuve bleu. Je ne sais si vous vous rendez-compte de l’aspect grandiose du mélange : un fleuve vert, vert comme les forêts comme l’espérance. Matelot Hénault, nous allons repeindre l’Asie, lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde !
    – Bon… Je vois qu’vous êtes raisonnables, j’vous laisse… J’ai des clients à servir, moi.
    – Eh ! Dites donc, l’Indigêne ! Un peu d’tact, hein !… Parlons d’autre chose !… Parce qu’on les connaît, vos clients ! La Wermacht polissonne et l’Feldwebel escaladeur !… Hein !… Et puis merde, j’vous raconterais plus rien, là !
    – Chut, Albert ! Vous fâchez pas !
    – Mais vous fâchez pas, vous fâchez pas ! Mais, nom de Dieu d’bordel, j’vous offre des riviêres tricolores, des montagnes de fleurs et des temples sacrés et vous m’transformez tout ça en maison d’passe !… Vous plantez votre Babylone normande dans ma Mer de Chine !… Alors !… Matelot Esnault !
    – Oui, Chef !
    – On va brûler l’village !… Où sont les grenades, que j’les dégoupillent !…
    – Monsieur Quentin !… Calmez-vous !… Je vous demande pardon !…
    – Une reddition ?… Soit !… La main d’fer dans l’gant d’velours !… Matelot, à vos pagaies !
    – Oui, Chef !
    – Attention aux roches !… Et surtout, attention aux mirages !… Le Yang-Tsé-Kiang n’est pas un fleuve, c’est une avenue… Une avenue d’cinq mille kilomêtres qui dégringole du Tibet pour finir dans la Mer Jaune, avec des jonques et puis des sampans d’chaque côté… Pis au milieu y’a des… des tourbillons d’îles flottantes, avec des orchidées hautes comme des arbres… Le Yang-Tsé-Kiang, camarade, c’est des millions de mêtres cubes d’or et d’fleurs qui descendent vers Nankin… Et avec, tout l’long, des villes-pontons où on peut tout acheter… De l’alcool de riz, d’la religion, et pis des garces, d’l’opium… Ch’peux vous affirmer, Tenanciêre, que le fusilier-marin a été longtemps l’élément décoratif des maisons d’thé… dans c’temps-là, on savait rire… – Elle s’était mise sur la paille / Pour un maquereau roux et rose / C’était un juif, il sentait l’ail / Il l’avait, venant de Formose / Tirée d’un bordel de Shangaï. î
    – Oh, c’est beau !…
    – C’est pas d’moi !… C’est des vapes, comme ça, qu’y m’reviennent… quand j’descends l’fleuve…
    J.Gabin/P.Frankeur
  • – Avec lui, si vous avez pas soif, vous serez tout d’suite servi
    P.Frankeur
  • – Pour un picon-biêre, c’est moitié-moitié?
    – Ca peut le devenir. Mais je saute pas un obstacle sans élan.
    Une serveuse/J.P Belmondo
  • – Ah! Nous y voilà. Ma bonne Suzanne tu viens de commettre ton premier faux pas. Y’a des femmes qui révêlent à leur mari toute une vie d’infidélité, mais toi, tu viens de m’avouer quinze années de soupçon. C’est pire.
    J.Gabin
  • -Ton cient là, Fouquet. Ton espagnol. Douze verres cassés ça te dis rien?
    – Monsieur. Primo, voila quinze ans que je vous interdis de me parler. deuxio, si vous ne vouliez pas qu’il boive, c’est simple, vous n’aviez qu’a pas le servir.
    – Alors là monsieur, je vous retorque que, primo, je l’ai viré. deuxio, les ivrognes y’en a assez dans le pays sans que vous les fassiez venir de Paris.
    – Un ivrogne?
    – Ah ben oui ! Un peu ! Même le pêre Bardasse qui boit quatorze pastis par jour n’en revenait pas !
    – Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon espagnol, comme tu dis, et le pêre Bardasse. Les Grands Ducs et les bois-sans-soif.
    – Les grands ducs?!
    – Oui monsieur, les princes de la cuite, les seigneurs, ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qu’on toujours fait verre à part. Dis-toi bien que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries, les seigneurs. Ils sont à cent mille verres de vous. Eux, ils tutoient les anges !
    – Excuse-moi mais nous autres, on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Pêre.
    – Mais c’est bien ce que je vous reproche. Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fond vous méritez pas de boire. Tu t’demandes pourquoi y picole l’espagnol ? C’est pour essayer d’oublier des pignoufs comme vous.
    J.Gabin/P.Frankeur
  • – Écoute ma bonne Suzanne. Tu es une épouse modêle.
    – Oh…
    – Mais si, t’as que des qualités et physiquement, t’es restée comme je pouvais l’espérer. C’est le bonheur rangé dans une armoire. Et tu vois, même si c’était à refaire, je crois que je t’épouserai de nouveau. Mais tu m’emmerdes.
    – Albert!
    – Tu m’emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour mais tu m’emmerdes.
    J.Gabin/S.Flon
  • – Dis-toi bien qu’si quelque chose devait m’manquer, ce serait plus l’vin, ce serait l’ivresse…
    J.Gabin
  • – Je crains malheureusement qu’on ne s’attache pas à une femme avec des vertus culinaires. Avec des vertus d’aucune sorte d’ailleurs.
  • – Il est autant anglais que Lawrence d’Arabie est arabe. Perfidie légendaire!
    J.Gabin
  • – Si je buvais moins, je serai un autre homme. Et j’y tiens pas.
    J.P Belmondo
  • – Sous pretexte de nous empêcher de boire, elles ne rêvent qu’à nous mettre en bouteille.
  • – Que ce soit la révolution ou la paëlla, dis-toi bien que rien de ce qui est espagnol n’est simple.
    J.P.Belmondo
  • – Si la connerie n’est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille.
    J.P.Belmondo
  • – Une paella sans coquillages, c’est un gigot sans ail, un escroc sans rosette.
    J.P.Belmondo
  • – J’espêre qu’elle me fera tout de même la grâce d’assister à mes débuts dans les arênes monumentales… Y’aura du monde!.. Luis Miguel attire toujours la foule!.. Y’a longtemps que je rêve de triompher à Madrid… Le public sera exigeant…surtout derriêre Miguelito… Je vais être obligé de prendre des risques…Je vais mettre mon costume blanc, celui de mes débuts… Vous vous souvenez de cette novillada de Tolêde… Ce vent froid…Ce public affreux…Et ce taureau qui ne voulait pas mourir… Depuis j’en ai estoqué plus de cent!.. Je suis le plus grand matador français!.. Gabriel Fouquet…Plus celêbre que Fierchoul…Yo soy unico!.. Ca vous intéresse, papa?
    – Peut être?
    – Et qu’est ce qui vous intéresse? La matador, le taureau ou l’Espagne?
    – Le voyage, votre façon de voyager
    – Ah ça c’est un secret!
    – Oh la la !.. Le véhicule je le connais, je l’ai déjà pris, et c’était pas un train de banlieue, vous pouvez me croire…Moniseur Fouquet, moi aussi il m’est arrivé de boire… Mais ça m’envoyait un peu plus loin que l’Espagne… Le Yang tsé Kiang… Vous avez déjà entendu parler du Yang Tsé Kiang?.. Ca tiens de la place dans une chambre, moi j’vous l’dis!
    – Sûr!… Alors deux xérês?…
    – Je ne bois plus, je croque des bonbons…
    – Et ça vous mêne loin?
    – En Chine toujours, mais plus la même… Maintenant c’est une espêce de Chine d’antiquaire… Quant à descendre le yang tsé Kiang en une nuit c’est hors de question… Un petit bout par çi, un petit bout par là… Et encore, pas tous les soirs… Les sucreries font bouchon…
    J.P Belmondo / J.Gabin
  • – Le Yang Tsé Kiang n’est pas un fleuve, camarade… C’est une avenue… Une avenue de 5000 kilomêtres qui dégringole du Tibet et qui s’arrête à la mer Jaune… A gauche et à droite des jonques, des sampans… Au milieu, en plein courant, des tourbillons d’îles flottantes… Des orchidées hautes comme des arbres et des troupeaux de buffles… Des millions de mêtres en cubes d’or, de fleurs et de limon qui descendent vers Nankin, au milieu des pagodes et des ville en bois… Des villes pontons où tout est à vendre: l’alcool, le poisson cru, les putains, l’opium…
    J.Gabin
  • – Y’a pas de bonnes habitudes. L’habitude, c’est une façon de mourir sur place.
  • – Mourir saoûl, c’est mourir debout.

Le Cave se Rebiffe

  • – Ah évidemment j’en suis pas encore aux toiles de maître, mais enfin c’est un début!
    – Oh… c’est un début qui promet. Mais tu vois si j’étais chez moi comme tu le disais si gentiment, bah j’mettrai ça ailleurs.
    – Qu’est-ce que je disais, y s’rait mieux prês de la fenêtre. Tu le verrais où toi ?
    – À la cave.
    B.Blier/J.Gabin
  • – Parce que j’aime autant vous dire que pour moi, Monsieur Eric, avec ses costumes tissés en Ecosse à Roubaix, ses boutons de manchette en simili et ses pompes à l’italienne fabriquées à Grenoble, eh ben, c’est rien qu’un demi-sel. Et là, je parle juste question présentation, parce que si je voulais me lancer dans la psychanalyse, j’ajouterais que c’est le roi des cons… Et encore, les rois, ils arrivent à l’heure…Parce que j’en ai connu, moi, mon cher Maître, des Rois… Et pis pas des p’tits… Des Hanovre… Des Hohenzollern… Rien qu’du micheton garanti croisade… Mais vous m’voyez-là, maintenant, mais moi, j’ai pas toujours tenu un clandé !… Vous avez pas connu la Rue du Chabanais… Soixante chambres !… Et y z’ont filé tout ça aux P’tites Soeurs des Pauvres !… Quand j’y pense, tiens… Alors, c’est pour vous dire que votre ami Éric, ses grands airs, y peut s’les cloquer dans l’baba !…
    B.Blier
  • – L’honnêteté, ça se paye.
    A.Balpetre
  • – L’éducation, ça s’apprends pas.
    B.Blier
  • – Mon cher, je sais que le dicton veut qu’on n’prête qu’aux riches… mais on n’leur prête pas à vingt pour-cent. Je n’demanderai pas mieux que d’placer votre argent dans la famille Rotschild, malheureusement…
    – Oh mon cher Maître j’vous en prie ! Entre l’Baron Edouard et un traîne patins comme Eric, y’a une marge… D’ailleurs à propos d’marge, j’trouve un peu baroque d’vous prêter à huit pour-cent du pognon qu’vous faites travailler à vingt.
    A.Balpetre/B.Blier
  • – Mais pourquoi j’m’énerverais ? Monsieur joue les lointains ! D’ailleurs, j’peux três bien lui claquer la gueule sans m’énerver !
    B.Blier
  • – Dans un ménage, quand l’homme ne ramêne pas un certain volume d’oseille, l’autorité devient, ni plus, ni moins, d’la tyrannie !… Et l’autoritaire, un simple emmerdeur prétentieux !…
    B.Blier
  • – L’affaire redeviendrait possible si on pouvait faire contrôler nos sterling par un spécialiste…
    – Vous en connaissez un ?
    – Le meilleur !… Pis blanchi sous le harnais, hein… Trente ans d’fausse monnaie et pas un accroc… Un mec légendaire, quoi… Les gens de sa partie l’appellent le Dabe et enlêvent leurs chapeaux rien qu’en entendant son blase… Une épée, quoi…
    – S’il est aussi fortiche que tu l’dis, ce… ce Dabe, y doit avoir de gros appétits ! Combien y va encore nous piquer ?
    – Si un homme comme ça entre dans la course, ça n’a pas d’prix !… Parce qu’avec lui, y’a pas d’problême… C’est comme si on s’associait avec la Banque d’Angleterre… Nos sterling, on pourra les montrer à Pinay !…
    B.Blier/A.Balpetre
  • – T’es là pour longtemps j’espêre ?
    – En principe non, mais t’sais dans les affaires on sait jamais. Tu t’déplaces pour trois semaines et pis tu peux rester vingt piges, ça c’est vu.
    G.Leclerc/J. Gabin
  • – Pour une fois que je tiens un artiste de la Renaissance, j’ai pas envie de le paumer à cause d’une bévue ancillaire!
    – Une quoi ?
    – Une connerie de ta bonniche…
    J.Gabin/B.Blier
  • – Le Bon Dieu aurait pu te faire honnête, tu as de la chance il t’a épargné.
    J.Gabin
  • – Je connaîs ton honnêteté, mais je connais aussi mes classiques. Depuis Adam se laissant enlever une côte jusqu’à Napoléon attendant Grouchy, toutes les grandes affaires qui ont foiré étaient basées sur la confiance…
    J.Gabin
  • – Faire confiance aux honnêtes gens est le seul vrai risque des professions aventureuses
    J.Gabin
  • – Entre nous, Dabe, une supposition… Hein, je dis bien une supposition, que j’ai un graveur, du papier, et que j’imprime pour un million de biftons. En admettant, toujours une supposition, qu’on soit cinq sur l’affaire, ça rapporterait, net, combien à chacun ?
    – Vingt ans de placard. Entre truands, les bénéfices ça se partage, la réclusion, ça s’additionne.
    B.Blier/J.Gabin
  • – Le faux talbin est un travail qui se fait dans le feutré.
    J.Gabin
  • – J’t’enverrai un gonze dans la semaine. Un beau brun avec des petites bacchantes. Grand. L’air con
    – Ca court les rues les grand cons.
    – Oui mais celui là, c’est un gabarit exceptionnel! Si la connerie se mesurait, il servirait de mêtre étalon! Y serait à Sêvres!
    J.Gabin / F.Rosay
  • – Y suffit de mettre un gigot au four pour voir s’amener les emmerdeurs.
  • – Dans la vie, ne pas reconnaître son talent, c’est faciliter la réussite des médiocres.
    J.Gabin
  • – Maint’nant dis donc Charles, si t’as besoin d’quelques briques, tu sais qu’j’suis toujours un peu armé moi.
    – Oh ! Non. J’en suis pas encore là, j’suis pas v’nu pour te bottiner. Quoi qu’la fraîche elle décarre petit à p’tit et pis si ça continue comme ça, un d’ces quatre, j’vais m’retrouver sur les jantes.
    – Bon, bah puisque t’en es pas encore là, alors écoute-moi. Dis toi bien qu’tes p’tites misêres c’est rien à coté de c’qui t’attends si tu persistes dans tes rêveries. Parce que dans l’faux talbin, alors là tu vas la comprendre ta douleur. Tu vas y laisser ta santé. Tu vas les découvrir les vicieux, pas ceux qu’tu connais d’habitude. Moi j’te parle des vrais, ceux qu’ont les grandes dents. Y vont t’bectarés tout cru les vilains. Note bien j’sais pas pourquoi j’te raconte ça puisque tu s’ras enchrister avant d’avoir touché une petite tune.
    – Tu crois ?
    – C’est un coup sûr tu vaux cent contre un dans l’parcours. Tiens prend un beignet là. Tu vas voir c’est bon, c’est du poissecaille que tu trouve pas en France.
    – Dis donc, il est girond ton p’tit sommelier.
    – Ah ! Bah si l’cœur t’en dis j’peux t’le bloquer pour la sieste.
    – Ah ! Non tu vois c’est drôle, mais…j’ai plus d’goût à rien.
    – Mais te laisses donc pas aller mec, tu trouveras bien une autre façon d’en r’trousser d’l’oseille, crois-moi c’est un service que j’te rend.
    – Beuh !
    – Bon ! Bah, puisqu’as pas l’air de m’croire, tu sais combien j’ai fait d’opération en trente piges d’exercice ?
    – J’sais pas moi, une dizaine.
    – Non, Monsieur. Cinq. Y’en a quatre qu’ont bien tournées et puis y’a eu la cinquiême.
    – Ca a pas marché ?
    – Ah ! Non, ça n’a pas marché. Et pourtant j’pouvais croire que j’avais tous les atouts en main. Léon le stéphanois, qu’etait un vrai Rubbens, m’avait gravé un cent Florins plus beau qu’le vrai. J’avais trouvé l’papier en Italie et les encres en Suisse. La bécane, j’mettais mouillé d’sept briques. J’l’avais fait v’nir de chez Kottenburg à Leipzig. Et encore pour plus de sécurité, j’l’avais fais transiter en piêces détachées, moitié par l’Italie, moitié par l’Portugal. Tu peux pas savoir.
    – Oh ! Dis donc…
    – Et attends, attends, c’est pas tout. En huit heures au chrono, les deux millions d’Florins étaient tombés, la bécane démontée, la gravure détruite et tout l’papelard brulé. Tout ! Tout ! Tout ! Tout !
    – B’en alors qu’est ce qu’a pas marché ?
    – Eh ! B’en devine.
    – Ton client qui t’a pas casqué ?
    – Non !
    – T’as eu des ennuis avec les perdreaux ?
    – NON !
    – Alors là, j’vois pas.
    – Le dix sept Juin quarante cinq, ça t’dis rien ça, à toi, l’dix sept Juin quarante cinq.
    – Non (de la tête)
    – Et b’en l’dix sept Juin quarante cinq la banque Royale des Pays Bas a annoncé qu’la coupure de cent Florins était démonétisée et r’tirée d’la circulation, bloquée en banque. Un vane de Madame la reine Wilhemine. A j’m’en rappellerai d’celle là. A cause d’elle j’me suis farci un feu d’cheminée d’quinze cent millions.
    – Ils avaient l’droit d’faire ça ?
    – Pauv’e con ! Le droit ! Mais dis toi bien qu’en matiêre de monnaie les états ont tous les droits et les particuliers aucun !
    J.Gabin/B.Blier

Le Corps de mon Ennemi

  • – Vous avez un pronostic pour le match (France-Allemagne)? Moi je dis que ça va pas être une promenade. Attention, les Allemands, sur leur terrain, faut jamais les sous-estimer.
    – Parfois même sur le notre.
    Un taxi/J.P Belmondo
  • – Si je te disais que la population a presque doublée
    – Deux fois plus de cons…Ca paraît pas possible.
    J.P Belmondo
  • – La province fout le camp…La rue du Commerce est devenu un énorme étalage qui déborde de partout, qui dévore la rue… Une ville folle, hagarde… Une foire au gadget aux portes béantes en miroir, acier et plexiglas, aux slogans péremptoires: « A saisir »… »Liquidation »… »Nos prix qui pulvérisent »… un mode qui brade…qui bazarde…qui se débarasse d’objets qui ne servent à rien qu’à être achetés.
    J.P Belmondo
  • – Doit-on appeler ça faire l’amour ou le défaire?
  • – Songez, mes frêres, qu’il y a des hommes qui risquent de perdre leur salut éternel pour un plaisir de bête qui, me suis-je laissé dire, ne dure parfois que trente à quarante secondes.
    Un curé
  • – Votre pêre à son caractêre, mais nous avons tous le notre…
    – Non, Monsieur, n’en a aucun!
    B.Blier/J.P Belmondo 
  • – On donnait dans le social…On faisait semblant de faire de la charité… Nous ne donnions jamais d’argent car on nous avait prévenu: Quand on donne de l’argent aux pauvres, ils le boivent.
    M.Laforêt
  • – A votre âge et quand on porte votre nom, les gros mots ne peuvent être que des citations.
    J.P Belmondo
  • – On connaît le poids d’un penalty sur un bulletin de vote.
    J.P Belmondo
  • – Chaque but marqué par ce tzigane pêse plus lourd dans une urne que tes meilleurs discours.
    B.Blier
  • – Le football n’intéresse que les politiciens, les enfants et les fabricants de ballons.
    J.P Belmondo
  • – Qu’est ce qui me dit que vous n’allez pas me descendre, aprês?
    – Tu préfêres avant?
    Un truand/J.P Belmondo
  • – Vous n’allez pas répondre pourquoi à toutes les questions que je vous pose?
    – Pourquoi pas?
    B.Blier/J.P Belmondo
  • – Moi aussi j’aimerais bien des roses plein les bras.
    – Eh bien tu les lui porteras !
    M.Laforêt/J.P Belmondo
  • – Suivant la force d’attaque sur cette balle et le choc sur cet écran, l’ordinateur reproduit la longueur du coup et l’approche par rapport au trou. Si le prochain modêle comporte un brumisateur et une soufflerie, ça ne sera plus la peine d’aller à Deauville!
    B.Blier
  • – Dans ce bric à brac de la mémoire, chaque fois qu’on essaye de se souvenir du jeune homme que l’on était, on se revoit avec la tête de l’homme d’aujourd’hui.
    J.P Belmondo
  • – Pendant qu’une saine jeunesse agite des calicots, elle ne brandit pas de pancarte.
    J.P Belmondo

Faut pas Prendre les Enfants du Bon Dieu pour des Canards Sauvages

  • – Une fille qui fait 95 de tour de poitrine et 32 de tour de tête ne peut pas vraiment être mauvaise. Elle peut seulement être légêrement sotte.
  • – Un pigeon, c’est plus con qu’un dauphin, d’accord… mais ça vole…
    A.Pousse
  • – C’est pas inhumain d’entendre ça ! Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse avec cinq cents briques, hein ! Surtout d’nos jours… Le SMIC est en plein chancelique, la TVA nous suce le sang, la Bourse se fait la malle… J’ai calculé, j’en aurais à peine pour cinq piges… J’aurais cinquante berges… Tu voudrais tout d’même pas que j’retourne au charbon à c’t âge-là, non ? Tu serais pas vache avec les vieux, des fois ?
    B.Blier
  • – Mais Charles, je te donnerais cet argent avec le plus grand plaisir, mais nous sommes samedi… et les banques sont fermées…
    – Mais chaque fois qu’t’es rentrée dans une banque, elle était fermée !… La Chase Bank de Dallas ! Et la BNP d’Levallois ! Ça t’dit rien, non ?!
    F.Rosay/B.Blier
  • – J’ai bon caractêre mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse.
    – C’est chouette ça, comme métaphore.
    – C’est pas une métaphore, c’est une périphrase.
    – Oh fait pas chier !
    – Ça, c’est une métaphore.
    B.Blier
  • – Messieurs, si je vous ai arrachés à vos pokers et à vos télés, c’est qu’on est au bord de l’abîme. La maladie revient sur les poules. Et si j’étais pas sûr de renverser la vapeur, je vous dirais de sauter dans vos autos comme en 40. Le tocsin va sonner dans Montparnasse. Il y a le cholera qu’est de retour. La peste qui revient sur le monde. Carabosse a quitté ses zoziaux. Bref, Léontine se repointe. Bon, je récapitule dans le calme: On la debusque, on la passe à l’acide, on la dissout au laser et on balance ce qui reste dans la lac Daumesnil.
    B.Blier
  • – Je pourrais pas vivre aux Indes. je dis les Indes comme je dirais la Chine! C’est la même misêre tout ça!… Je suis sûr qu’un jour aux Indes, y mangeront les touristes…comme ça… sans méchanceté… un coup de fringale. Pareil en Chine, vous verrez qu’y ne boufferont pas toujours que du riz en Chine…Y tourneront voraces.
    B.Blier
  • – Je gagne quatre mille francs par mois. J’ai un livret de caisse d’épargne, une carte bleue, 50% de réduction sur les chemins de fer. bref, ce qu’on appelle un parti. Pas d’attendrissement, pas de larmes. Tu souris, tu dis oui.
    B.Blier 

Le Cri du Cormoran le Soir au-Dessus des Jonques

  • – Allons, allons, Freddy… Le récif de corail, la maison d’Gauguin, les p’tites fleurs, le chant du Ukulélé, le soir, sous les manguiers… Hum !
    – Ha !… Ah, ben, puisque vous en êtes à l’audiovisuel, alors permettez !… Le Bosphore, hein !… Éh ben, l’Bosphore, c’est pas d’la merde non plus !… Tiens ! Matez les couleurs !… La Corne d’Or, la Mer Noire, la Mosquée Bleue… Et les minarets ? Mordez les minarets ! Vous avez jamais entendu, ch’uis sûr, l’appel du muezzin !… Woualllaaa-woualllaaa-woualllaa !… La fascination d’l’Orient, quoi !
    – J’ai connu… Devant la Mosquée de Soliman le Magnifique… Je portais un taupé lilas… Elle s’appelait Gertrude… Elle avait dans les hanches, ce balancement gracieux qu’ont les femmes qui ont beaucoup marché… On a failli se fixer, là-bas, acheter du terrain… On pensait même à une maison… Et puis, les intermittences du ceuur… Finalement, la maison, c’est elle qui l’a ouverte à Caracas.
    – Ah, oui ! La Mano en la Mano !
    – Vous avez connu ?
    – Of course !
    – Le terrain, c’est moi qui l’ai acheté sur la Plata del Sol, trois cents francs l’mêtre… Aujourd’hui, avec le goût des congés payés pour le flamenco et la paella, ça pêse un milliard !
    – Et encore…
    – Et encore ?
    – Avec des bungalows dessus, hé…
    – Oh, ben, évidemment, l’immobilier… La finalité marloupine… Vous voyez grand !
    – J’vois moderne… J’ai pas cru aux terrains au lendemain d’la guerre, alors ça m’ronge…
    – Est-il trop tard ?…
    -… Car elles démarrent, Monsieur, les affaires, je l’sens !
    – Voilà.
    – Vous fournissez l’bord de mer, je fournis l’béton ! On promote à tout va, dans l’goût du jour ! Moitié hacienda, moitié clapier !
    – On fourgue avant qu’ça s’lézarde !
    – Et on fait la culbute !
    – On repromote en Sardaigne !
    – Belote et rebelote !
    – Et on attaque l’Afrique ! Car c’est ça, l’avenir, Monsieur, l’Afrique !
    – Vingt mille kilomêtres de plage !
    – Pour les pousseurs de filets à crevettes, quelle promenade ! Y avez-vous songé ?

– Oh-la-la !
– Nous serons les pionniers des grandes transhumances ! Tous les prolos en charter le vendredi soir, retour le lundi matin, Quai d’Javel ou au Creusot… avec des sourires de pêcheurs de requins…
– Ou de pêcheurs de perles…
– Sans vouloir vous contrarier, la perle se pêche plutôt aux îles de la Sonde…
– Mais nous iront !
– Vous avez raison, nous irons partout ! À Zanzibar !
– Aux Galapagos !
– Dans la Baie d’Along ! Aaah, le cri du cormoran, le soir, sur les jonques… Crôa-crôa-crôa…
– Sans vouloir vous contrarier, ça, c’est plutôt le cri du Perroquet Bleu du Mato Grosso… Le cri du cormoran, c’est… Creuaaa-creuaaa-creuaaa-creuaaa !
– Refaites-moi ça, s’il vous plaît.
– Oh, três volontiers… Creuaaa-creuaaa-creuaaa-creuaaa !
– En effet, oui…
– Le SMIC sur la trace des Conquistadores… Y’a des dizaines de milliards à gagner…
– Des centaines !… Vous disiez ?
– Alors, je disais… Oh, je n’sais plus…
– Le vertige des grands bâtisseurs !… Il faudra que la rive gauche reste un peu snob… Je parle, bien entendu, de la rive gauche du Mékong…
– Ah, parce que vous avez déjà refourgué l’Afrique ?!
– Vous n’aviez pas compris que l’Afrique, c’n’était qu’un tremplin !
– Excusez-moi !
– Pour un bol de riz par jour, la main d’œuvre asiate nous grimpera des trois-piêces-cuisine avec vue sur l’Éverest… Et nous investirons les bénéfices sur la rive droite !
– Du Fleuve Jaune !?!
– Non, de la Seine… Nous finirons Avenue Matignon, comme tant d’autres
P.Meurisse/B.Blier

  • – Coup de théatre…y’a deux portes-flingues qui le suivent
    – Il les as vus?
    – Non, mais eux ils l’ont vu!
    – Ben, va voir !
    – Ben, si ils m’ont vu?
    – Qui vivra verra
    Carlos /B.Blier
  • – Quand il n’y a rien, il n’y a rien. C’est net. Mais quand il y a quelque chose, ce quelque chose cache souvent autre chose.
  • -Je voudrais bien savoir comment on va à Istanbul sans passeport?
    – Dans un cerceuil.
    J.Carmet

Un Taxi pour Tobrouk

  • – Vous n’allez pas nous déballer toutes vos cartes postales, non ?!… Le couplet sur Paris, voilà deux ans qu’on en croque ! Ça revient comme du choux ! Les p’tits bistrots pas chers, les gambilles du samedi, la Place du Tertre et le Zouave du Pont de l’Alma !… Et dans cinq minutes, y en a un qui va nous sortir un ticket d’métro ou des photos d’la Foire du Trône !… Non, pour moi, tout ça, c’est râpé !… Il n’y a plus de Paris !… Il y a le gros Paris , un point, c’est marre !
    – Seriez-vous insensible à la nostalgie, Brigadier Dudu ?
    – Non, mais j’aime pas penser à reculons ! J’laisse ça aux lopes et aux écrevisses !
    L.Ventura/C.Aznavour
  • – Mon pêre est à Vichy… C’est un homme qui a la légalité dans l’sang… Si les Chinois débarquaient, y se ferait mandarin… Si les Nêgres prenaient le pouvoir, y s’mettrait un os dans le nez… Si les Grecs…
    M.Biraud
  • – A mon avis, dans la guerre, il y a une chose attractive : c’est le défilé de la victoire. L’emmerdant, c’est tout ce qui se passe avant. Il faudrait toucher sa prime d’engagement et défiler tout de suite. Avant que ça se gâte…
    C.Aznavour
  • – Il vaut mieux s’en aller la tête basse que les pieds devant
  • – Deux intellectuels assis vont moins loin qu’une brute qui marche.
    M.Biraud
  • – A la guerre, on devrait toujours tuer les gens avant de les connaître.
    M.Biraud
  • – Faut pas faire attention, c’est une brute née de la guerre
    – En langage clinique on appelle ça un paranoiaque, en langage militaire un brigadier.
    M.Biraud/C. Aznavour
  • – Si t’as pas un grand-pêre banquier, veux-tu me dire à quoi ça sert d’être juif?
    G. Cobos
  • – Pendant que je découvrais Goethe, vous en étiez déjà à Mein Kampf. les français ont toujours eu un livre de retard!

Le Drapeau Noir flotte sur la Marmite

  • – Quand je pense… Quand je pense que j’ai quitté un hidalgo !
    – Vous appelez ça un hidalgo! Moi j’appelle ça un météque !
    – Un météque ! Un météque qui possédait une hacienda en plein coeur du Brésil.
    – Ma chêre, étant donné votre degré d’instruction, que vous premiez Caracas pour la capitale du Brésil, passe encore. Mais il est alarmant qu’à votre âge, vus confoncdiez une hacienda avec un claque !
    G.Leclerc/J.Gabin

Comment Réussir dans la Vie quand on est Con et Pleurnichard

  • – Présence mystérieuse, le volcan, jadis maléfique, a été domestiqué pour devenir l’ami d’l’homme… Le bienfaiteur de l’organisme… En dehors de ses fabuleuses propriétés, telles que réchauffer en hiver, rafraîchir en été, stimuler les lymphatiques et calmer les névropathes, c’est une explosion d’art et de rêve que le Roi des Vermouths offre à la méditation des poêtes !… Le Vulcani ne fait pas d’réclame… Arriêre, la bête hideuse !… Il fait entrer l’génie d’l’humanité dans l’foyer du consommateur… Je m’explique. Pour tout achat d’une douzaine de bouteilles de… du précieux nectar, Vulcani vous offre non seulement la Pléiade des cendriers coulés dans la lave des îles Éoliennes, mais encore… ça !… L’aristocratie de Westminster… La robustesse de Besançon… La finition suisse… Le chic parisien…
    J.Carmet
  • – Des artistes comme toi, ch’fous un coup d’pompe dans l’piano, il en dégringole une douzaine !
    – Confidence pour confidence, des connards comme vous, ch’fous un coup d’pompe dans la télé, il en dégringole cinquante !
    D.Prevost/J.Birkin
  • – Y’a des aristocrates et des parvenus, dans la connerie comme dans le reste…
    J. Birkin
  • – Un minable qui vit sur sa réputation, ben, c’est comme un champion qui ne mettrait jamais son titre en jeu.
    J.Birkin
  • – J’étais sûr que tu étais formidable… Je suis pas déçu. Tu m’a loupée comme un chef! T’as pas arreté de dire des conneries, t’as failli m’étouffer au paddock avec ta cigarette, tu portes un maillot de corps, tu gardes tes chaussettes… Y’a même ta maman. y’a tout ! T’es une synthêse…
    J.Birkin
  • – Chaque fois que nous faisons l’amour, c’est-à-dire pratiquement vingt-quatre heures sur vingt-quatre, elle m’oblige à lui raconter ma vie, ma guerre, ma réussite… Mes succês féminins… Oh, si j’vous disais qu’hier, alors que j’venais d’assouvir ses sens, elle, inerte, sur le lit dévasté… Moi, lui racontant comment j’avais satisfait aux exigences de huit femmes dans un boxon de Mostaganem, elle m’a regardé droit dans les yeux et elle m’a dit… que j’étais une synthêse…
    J.P Marielle
  • – Un chagrin sans neige est un bonheur sans soleil.
  • – Qu’il s’agisse de rasoirs, de clés de voiture ou de femmes, j’ai tout en double.
    J.P Marielle
  • – La tête dure et la fesse molle… Le contraire de ce que j’aime.
    J.P Marielle
  • – Si t’avais connu les samedis d’autrefois! Quand la paye tombait directement de l’usine au comptoir… Maintenant, elle passe par les pompes à essence, la paye

Jean Gabin

gabin

On a tous en nous quelque chose de Jean Gabin. L’acteur-monument (1904-1976), près de cent films au compteur, a fait le pont entre deux France, de la Belle Équipe de Julien Duvivier aux Grandes Familles de Denys de La Patellière. Des congés payés de 1936 aux barricades de Mai 68, il a enjambé trois Républiques, connu l’avènement du parlant, un exil américain, une traversée du désert.. Gabin c’est la gouaille des faubourgs, les amantes en série, les grimaces du parrain, la rectitude de l’incorruptible au service de punchlines inoubliables. 

 Il attira 84 millions de spectateurs dans les salles. Cabochard au grand cœur ou héros tragique, porte-parole des humbles ou meneur d’hommes, Jean Gabin travailla avec les meilleurs cinéastes et scénaristes de son époque, qui le façonnèrent en jouant de son regard et de ses «coups de gueule». Adepte, dès ses débuts, d’un jeu intériorisé, minimaliste, Gabin tranche avec l’expressionnisme des comédiens issus des planches. Il joue, toujours avec cette présence incroyablement authentique et dense, les patriarches bougons, à l’image de son statut. La sûreté de son jeu, c’est un tremblement intérieur dominé avec peine. Personne ne sait mieux que lui dépister le mot excessif, le geste qui dépasse l’intention. Le trait dominant de ce bourru, souvent brutal, jamais grossier, c’est la pudeur.

« Je suis un vieil anarchiste… de droite, forcément ! Avec le pognon que je gagne, personne ne me croirait si je disais… de gauche ! » Glorieuse incarnation de la gouaille anar, ce fort-en-gueule a constamment vécu comme il l’entendait. Son cynisme et son phrasé mis au service d’une idéologie libre et sincère ont forgé l’image mythique d’un authentique pourfendeur de conneries. 

De son vrai nom Jean Alexis Moncorgé, Jean Gabin naît dans une famille d’artistes d’opérette. Son père est tenancier de café et chante sous le nom de scène « Joseph Gabin ». Loin de l’agitation des nuits parisiennes, l’enfant est élevé par sa soeur aînée à la campagne dans la commune de Mériel. Il en gardera une profonde affection pour la nature et n’aura de cesse toute sa vie de se tenir éloigné des villes.

En 1915, ses parents s’installent à Paris. Délaissant l’école, Jean devient garçon de bureau à la Compagnie Parisienne d’Electricité. Mais sa découverte du monde du travail est interrompue par l’idée saugrenue qu’a son père de l’inscrire, au moment du décès d’Hélene (1918), au lycée Janson-de-Sailly. La situation ne lui convenant pas, le jeune élève s’enfuit et se réfugie auprès de sa soeur Madeleine, demeurant toujours à Mériel auprès de son époux, l’ancien boxeur Poësy.

Entre 1920 et 1922, Jean exerce divers petits métiers: cimentier à la Gare de la Chapelle, manoeuvre dans une fonderie, magasinier aux magasins d’automobiles de Drancy.

Elève dissipé, il commence à travailler à l’âge de quinze ans et enchaîne les petits métiers. Mais son père le force à rencontrer l’administrateur des Folies-Bergère où il est engagé comme figurant en 1922. « Tiens, voici mon fiston. Il aimerait faire du théâtre. Peux-tu l’aider ? Si tu arrives à en tirer quelque chose, tu auras bien du mérite. Moi, j’y renonce… ». Pris à l’improviste, Jean réagit mal, accepta de devenir figurant dans une revue dont les répétitions allaient commencer.

En 1925, il épouse l’actrice Gaby Basset, puis devient un véritable artiste de music-hall grâce à Mistinguett qui l’impose au Moulin-Rouge et aux Bouffes-Parisiens.

http://youtu.be/QS5eeuLm9wE

Star du cinéma parlant

Après quelques sketchs muets pour le grand écran, Jean Gabin est happé par le septième art en 1930. C’est l’avénement du parlant et les comédiens de théâtre sont alors très recherchés. Mythe français d’avant-guerre, Jean Gabin symbolise l’histoire de toute une jeunesse. Les idéaux qu’il incarne basculent avec la guerre et il doit changer de registre. Formé à l’école de l’opérette, Gabin joue d’abord les amoureux naïfs.

Mais l’héritage d’une vie rude lui façonne peu à peu une dégaine de voyou au bon coeur éprouvé par la vie. Sans véritable passion au départ, Jean Gabin se laisse porter par son succès grandissant et enchaîne les petits rôles (Méphisto, 1930; Coeur de lilas, 1932), avant d’être repéré par des réalisateurs comme Maurice Tourneur (Tout ça ne vaut pas l’amour, 1931) ou Marc Allégret (Zouzou, 1934). Mais c’est en 1936 qu’il est révélé au grand public grâce à Julien Duvivier qui lui offre les personnages principaux de La Belle équipe et Pépé le Moko.

Doté d’un charisme exceptionnel et d’une solide carrure, Jean Gabin n’est pas une gravure de mode mais séduit les spectatrices en incarnant à merveille les héros tragiques et romantiques d’origine populaire. Il devient une véritable star et tourne dans les années trente les meilleurs films de sa carrière. Ses collaborations avec Jean Renoir et Marcel Carné sont particulièrement fructueuses et lui permettent d’aligner des longs métrages comme:

La Grande illusion (1937),

Quai des brumes (1938),

La Bête humaine (1938)

et Le Jour se lève (1939)

La guerre interrompt brutalement son ascension spectaculaire et son idylle avec Michelle Morgan. Il décide de s’exiler aux Etats-Unis où il a une liaison avec Marlene Dietrich mais peine à s’intéger à Hollywood. Il y tourne deux films qui ne passeront pas à la postérité.

Guerre et paix

En 1943, Jean Gabin s’engage dans les Forces françaises libres et participe à la victoire des alliés. Mais l’après-guerre est rude pour la star : il essuie plusieurs échecs succesifs dont celui de Martin Roumagnac (1946) avec Marlène Dietrich. Plus vraiment jeune premier et pas encore homme d’âge mûr, le comédien peine à retrouver sa place au sein du cinéma français comme de nombreux autres artistes de retour d’exil. Il se marie avec le mannequin Christiane Founier en 1949 et décide d’investir son argent dans l’élevage en 1952.

Il renoue cependant avec le succès grâce à Touchez pas au grisbi (1954) de Jacques Becker

French Cancan de Jean Renoir (1955).

Il se fait ensuite une spécialité d’un cinéma un peu conventionnel qui semble déjà passé de mode mais qui lui offre des rôles sur-mesure sous la direction de réalisateurs tels que Gilles Grangier avec qui il tourne une douzaine de films Archimède le clochard, 1959 ;

Les vieux de la vieille 1960Le Cave se rebiffe, 1961) ou encore Jean Delannoy (Le Baron de l’écluse, 1960),

Henri Decoin (Razzia sur la Chnouf, 1955)

et Jean-Paul Le Chanois (Monsieur, 1964).

Parmi la quantité de longs métrages où il figure alors, quelques oeuvres se détachent comme Voici le temps des assassins de Julien Duvivier (1956),

ainsi que La Traversée de Paris (1956)

et En cas de malheur (1958) de Claude Autant-Lara, lui même anar.

Une fin de carrière sous le signe du polar

Tour à tour paysan, ouvrier, homme du monde ou gangster, Jean Gabin règne sur le cinéma français comme un monstre sacré. Les cheveux blancs et la silouhette alourdie par l’âge, Jean Gabin gagne encore en présence et interprète à la perfection les mentors de jeunes premiers comme Alain Delon :Mélodie en sous-sol, 1963 ;

Le Clan des Siciliens, 1969

Le président 1961 ou Jean-Paul Belmondo (Un Singe en hiver, 1962) dans des films d’Henri Verneuil.

Il se laisse rarement tenter par la comédie (Le Tatoué, 1968)

et enchaîne les polars efficaces de Georges Lautner (Le Pacha, 1968), Denys de la Pattelière (Du rififi à Paname, )et Pierre Granier-Deferre (La Horse, 1970).

Nous ne sommes pas surpris d’apprendre que ses rôles d’Auguste Maroilleur dans «La horse» (1969) ou de Gaston dans «L’affaire Dominici» (1973), figurent désormais parmi ses préférés. Pourtant, entre-temps, il à tourné l’un de ses plus beaux films, tout au moins depuis «En cas de malheur», faisant face à Simone Signoret dans «Le chat» (1970), de Pierre Granier-Deferre.

Co-produit par la Gafer, l’oeuvre ne trouva pas le succès qu’elle méritait, laissant l’acteur dans une certaine amertume. Aussi, la suite et la fin furent plus conventionnelles et reconnues de ce grand public qui, en fin de compte, dirige la carrière des vedettes.

En 1974, Gabin, pour la première fois depuis le début des années trente, enregistre un microsillon, interprétant notamment une chanson de Jean-Loup Dabadie, «Maintenant je sais», grâce à laquelle il obtient une bonne place au hit-parade, le top cinquante de l’époque.

En 1976, alors qu’il tourne son dernier film, «L’année sainte», il accepte d’être maître de cérémonie à la présentation des César. A cette occasion, il retrouve Michèle Morgan, dont il souligne une dernière fois l’éternelle beauté du regard: « Tu as toujours de beaux yeux, tu sais … ». La réponse, sans surprise, nous rajeunît d’une quarantaine d’années …

Le lundi 15 novembre de cette année-là, Jean Gabin s’éteint à l’hôpital américain de Neuilly. Il venait de décider la vente de La Pichonnière. Comme celles d’un marin, qu’il fut à deux reprises, ses cendres furent dispersées au large de Brest, emportant avec elles quelques une des plus fortes personnalités du cinéma français.

En 1981, en hommage à ce grand comédien Le Monde du cinéma crée un prix Jean Gabin.

C’est en 2002 que sa fille réalisatrice, Florence Moncorgé, publie un livre sur lui.

WIKI BIO:

Jean Gabin nait à Paris le 17 mai 1904, 23 boulevard Rochechouart (9e) , sous le nom de Jean-Alexis-Gabin Moncorgé. Fils de Ferdinand Joseph Moncorgé (1868-1933), tenancier de café et comédien d’opérette sous le nom de scène de Joseph Gabin, et d’Hélène Petit (1865-1918), chanteuse de café-concert, il a six frères et sœurs aînés dont Ferdinand Henri (1888-1939), Madeleine (1890-1970) épouse de Jean Poésy et Reine (1893-1952).

Il passe son enfance et son adolescence à la campagne pour laquelle il gardera toute sa vie un profond attachement. Loin de la vie parisienne de spectacle de ses parents, il est élevé par sa sœur aînée Madeleine, dans le petit bourg campagnard de Mériel dans le Val-d’Oise (alors Seine-et-Oise) , à l’actuel 63 Grande rue, dans une maison à l’étroite façade dont le pignon arrière où se trouve la fenêtre de sa chambre offre une vue imprenable sur la gare.3..

En 1914, à l’âge de 10 ans, un coup appuyé lors d’un combat de boxe lui écrase le nez. Le 18 septembre 1918, alors qu’il a 14 ans, sa mère meurt. Il est mauvais élève et délaisse le lycée Janson-de-Sailly à Paris, où il est inscrit et enchaîne les petits métiers, garçon de bureau à la compagnie parisienne d’électricité, cimentier à la gare de la Chapelle, manœuvre dans une fonderie, magasinier aux magasins d’automobiles de Drancy, vendeur de journaux. À 17 ans il veut, comme son grand-père maternel, devenir conducteur de locomotive à vapeur dont il peut voir les évolutions depuis sa chambre. Bourru, il osait se plaindre de ce qui lui déplaisait mais son œil bleu « magique » participait avec ses amis à la joie de vivre.

Carrière au music-hall

En 1922, à 18 ans, Gabin est forcé par son père d’entrer dans le monde du spectacle aux Folies-Bergère d’abord comme figurant, le directeur, Fréjol, étant un de ses amis à qui il aurait dit : « Tiens, voici mon fiston. Il aimerait faire du théâtre. Peux-tu l’aider ? Si tu arrives à en tirer quelque chose, tu auras bien du mérite. Moi, j’y renonce… » Il est placé sous la bienveillance du comique troupier Bach.

De 1924 à 1925 Jean Gabin effectue son service militaire dans la marine nationale à Cherbourg, et pendant une permission du début de l’année 1925, il épouse une admiratrice, la future actrice Camille Basset, dite Gaby, avec qui il n’aura pas d’enfant.

Buste de Jean Gabin, à Mériel,
sur la place du musée qui lui est consacré

En 1926, âgé de 22 ans, il devient un véritable artiste de music-hall et chanteur d’opérette. Il fait monter sur scène La Goulue auprès de Mistinguett, et il imite Maurice Chevalier. Il entame un tour de chant avec succès pendant deux ans dans toute la France et en Amérique du Sud. En chantant Julie c’est Julie et La Java de Doudoune de Jose Padilla en 1928, il devient partenaire de Mistinguett, qui vient de rompre avec Maurice Chevalier, au Moulin-Rouge et aux Bouffes-Parisiens dont le directeur est le célèbre auteur de l’époque Albert Willemetz.

À partir de 1929, il joue les jeunes premiers dans des opérettes comme Flossie ou Les Aventures du Roi Pausole, toutes deux sur des paroles d’Albert Willemetz. Il vit une amourette avec Jacqueline Francell, sa partenaire de Flossie, et il divorce de Gaby.

Carrière au cinéma

Années 1930 : débuts et consécration

En 1928, il fait ses débuts au cinéma dans deux courts-métrages avec le comique Raymond Dandy, Ohé! les valises et On demande un dompteur4.

Ce n’est que deux ans après l’arrivée du cinéma parlant en Europe que Jean Gabin, après avoir refusé de tourner dans Les Chemins du paradis5, fait ses véritables débuts cinématographiques en tournant en 1930 Chacun sa chance, un des premiers films parlant du cinéma français, dans lequel il joue au côté de son ex-épouse Gaby Basset et le chanteur Jean Sablon.

Par la suite, il enchaîne les tournages : étant tour à tour policier dans Méphisto, cambrioleur dans Paris Béguin, vendeur de TSF dans Tout ça ne vaut pas l’amour, mécanicien dans Gloria, soldat récalcitrant dans Les Gaietés de l’escadron, capitaine de péniche dans La Belle Marinière, que Gabin considère comme son premier grand rôle à l’écran5 et ingénieur dans Le Tunnel et Adieu les beaux jours.

Le 20 novembre 1933, Gabin épouse à la mairie du 16e Jeanne Mauchain, meneuse de revue et danseuse nue du Casino de Paris, connue sous le nom de Doriane Mauchain. Son père meurt trois jours avant son mariage.

En 1934, il tourne pour la première fois sous la direction de Julien Duvivier dans Maria Chapdelaine et Golgotha, dans lequel il prête ses traits à Ponce Pilate.

À partir de 1935, il devient une star du cinéma grâce à son « charisme exceptionnel » et à Julien Duvivier qui lui offre les personnages principaux de La Bandera avec Annabella, qui est son premier succès6, La Belle Équipe avec Charles Vanel, dans lequel il chante la chanson Quand on s’promène au bord de l’eau, et Pépé le Moko. Il incarne des héros tragiques et romantiques d’origine populaire. Puis il enchaîne film sur film au sommet du box-office français tout au long de sa longue carrière, quatre-vingt-quinze au total.

Jean Renoir l’impose dans Les Bas-Fonds avec Louis Jouvet puis, en 1937, dans le film de guerre La Grande Illusion avec Pierre Fresnay, Marcel Dalio et Erich von Stroheim, qui obtient un énorme succès public et critique, devenant au fil des années un classique du cinéma français.

La même année, il tourne Gueule d’amour, de Jean Grémillon, où il retrouve Mireille Balin, sa partenaire de Pépé le Moko et le méconnu Le Messager, de Raymond Rouleau.

En 1938, il joue le rôle d’un conducteur de locomotive dans La Bête humaine, un film de Jean Renoir, puis joue un déserteur dans Le Quai des brumes de Marcel Carné avec Michel Simon et la jeune Michèle Morgan, à qui il murmure le célèbre « T’as d’beaux yeux tu sais », laquelle répond : « Embrassez-moi ».

En 1939, il tourne à nouveau sous la direction de Marcel Carné dans Le Jour se lève, drame dans lequel il partage la vedette avec Jules Berry, Arletty et Bernard Blier.

Le 3 septembre 1939, il est mobilisé dans la marine nationale à Cherbourg. C’est encore la drôle de guerre et il obtient une permission exceptionnelle pour terminer le film Remorques, avec Michèle Morgan. Ils ont une brève idylle.

Années 1940 : avec les Forces Françaises Libres

Le 2 février 1941, refusant de tourner pour les Allemands pendant l’occupation, il s’expatrie à Hollywood aux États-Unis où il va retrouver les Français Jean Renoir, Julien Duvivier, Charles Boyer, Jean-Pierre Aumont

Là-bas, il tourne deux films, La Péniche de l’amour avec Ida Lupino, et L’Imposteur, de Julien Duvivier, long-métrage de propagande gaulliste saluant aussi la bénéfique entrée en guerre des États-Unis. Ce film est produit par le service de propagande américain. Au générique seulement deux français : Julien Duvivier et Jean Gabin.

Durant cette période, il fréquente Ginger Rogers brièvement, puis Marlène Dietrich pendant l’été 1941 jusqu’en février 1947. Le 18 janvier 1943, il divorce de sa deuxième épouse Jeanne Mauchain.

Déjà très célèbre, il pourrait tenter une carrière d’acteur aux États-Unis, mais ce serait compter sans son ardent patriotisme. Il s’engage en avril 1943 dans les Forces navales françaises libres7 du général de Gaulle pour libérer son pays. Embarqué comme canonnier chef de pièce sur le pétrolier militaire Elorn, il traverse l’Atlantique en convoi à destination de Casablanca, attaqué au large par les sous-marins et par les avions allemands aux approches de la Méditerranée. Puis sous les ordres de l’enseigne de vaisseau et futur vice-amiral André Gélinet, le second maître Jean Moncorgé sert comme chef du char Souffleur II du 2e escadron du régiment blindé de fusiliers-marins qui appartient à la célèbre 2e division blindée du général Leclerc.

Au printemps 1945, il participe à la libération de la poche de Royan puis à la campagne d’Allemagne qui le conduira au Nid d’aigle d’Hitler à Berchtesgaden. À la fin de la guerre, il est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre. En juillet 1945, âgé de 41 ans, le « plus vieux chef de char de la France Libre » est démobilisé et revient au monde du spectacle avec des cheveux blancs8. Toute sa vie, il restera très attaché à la marine nationale et proche de celui qui fut son chef, le vice-amiral Gélinet et sa famille.

De retour en France, il reprend sa carrière d’acteur en 1946 en incarnant le rôle-titre de Martin Roumagnac, au côté de Marlene Dietrich, après avoir refusé de jouer Les Portes de la nuit, de Marcel Carné. Le film, éreinté par la critique, obtient pourtant à l’époque un succès commercial avec deux millions d’entrées9.

Cependant, ce succès n’est pas réitéré l’année suivante avec le film policier Miroir10, dans lequel il est un financier et gangster à ses heures. De plus, il a du mal à trouver un rôle à sa mesure.

En 1949, il se marie avec Christiane Fournier (décédée en 2002), dite Dominique, mannequin chez le couturier Lanvin, qui a déjà un fils Jacki et avec qui il a trois enfants : Florence Moncorgé-Gabin (1949), Valérie (1952) et Mathias (1956).

La même année, il tient le rôle principal du long-métrage Au-delà des grilles, qui obtient un succès honorable en salles11 et est nommé à l’Oscar du meilleur film étranger et triomphe au théâtre avec la pièce La Soif, d’Henri Bernstein, aux côtés de Madeleine Robinson et Claude Dauphin.

Années 1950-1960 : le retour du succès

En 1950, il retrouve Marcel Carné pour le long-métrage La Marie du port, adaptation du roman de Georges Simenon, qui avec 2,6 millions d’entrées12, permet de confirmer le succès de Gabin après son triomphe théâtral avec La Soif.

En 1951, il est le narrateur de De sac et de corde, une pièce musicale de Léo Ferré et Madeleine Rabereau écrite pour la radio, qu’il interprète tandis que Léo Ferré dirige l’orchestre et les chœurs de la radio nationale et sa prestation dans La nuit est mon royaume, pour lequel il incarne un mécanicien de locomotive aveugle, lui permet de rencontrer l’éloge de la critique et un triomphe public avec 2,5 millions d’entrées13, mais aussi de remporter la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine au Festival de Venise.

Son film suivant, La Vérité sur Bébé Donge, dans lequel il est un industriel coureur de jupons, passe inaperçu lors de sa sortie en salles, mais va être considéré au fil des ans comme une œuvre marquante.

Il réalise en 1952 un de ses rêves d’enfant en investissant, jusqu’à ses derniers jours, toute sa fortune dans le domaine de La Pichonnière, situé sur la commune de Bonnefoi, rattachée au canton de Moulins-la-Marche, dans l’Orne, en Normandie, sur lequel il fait construire La Moncorgerie. Il se lance dans l’élevage de près de trois cents bovins et d’une écurie d’une quinzaine de chevaux de course pour assouvir sa passion pour l’élevage de chevaux.

La même année, il retrouve Michèle Morgan dans La Minute de vérité, de Jean Delannoy, qui triomphe en salles avec plus de 3 millions d’entrées14.

Il renoue véritablement avec le succès public grâce à Touchez pas au grisbi, de Jacques Becker, en 1954, qui enregistre 4 millions d’entrées en France15. Avec ce film, il retrouve un rôle à sa mesure en changeant son image : l’homme d’expérience, autoritaire et qui impose le respect. C’est durant ce tournage qu’il rencontre celui qui va devenir un de ses amis, Lino Ventura.

Son succès se confirme avec L’Air de Paris, de Marcel Carné et French Cancan, de Jean Renoir en 1955. C’est la rencontre avec Michel Audiard, qui deviendra son ami et sera, avec ses dialogues, pour beaucoup dans le succès de ses films à venir, à commencer par Gas-oil de Gilles Grangier. À cette époque, il entretient une liaison adultère avec la comédienne Dora Doll.

Jean Gabin et Jacques Prévert dans le film Mon...
Jean Gabin et Jacques Prévert dans le film Mon frères Jacques, de Pierre Prévert (Photo credit: Wikipedia)

Jean Gabin (à gauche) et Jacques Prévert dans le film documentaire Mon frère Jacques (1961) par Pierre Prévert

Par la suite, il enchaîne films sur films : il est le maréchal Lannes dans la prestigieuse distribution du Napoléon de Sacha Guitry, flic infiltré dans Razzia sur la chnouf, juge pour enfants dans Chiens perdus sans collier, routier dans Des gens sans importance, restaurateur dans Voici le temps des assassins, artiste peintre transportant avec Bourvil de la viande pour le marché noir dans le classique La Traversée de Paris, dont il partage une scène devenue culte avec Louis de Funès, alors méconnu du grand public et médecin dans Le Cas du docteur Laurent.

En 1958, il prête ses traits au commissaire Jules Maigret dans Maigret tend un piège, rôle qu’il reprendra à deux reprises et connaît le plus grand succès public de sa carrière avec Les Misérables, devenant le Jean Valjean du film aux côtés de Bourvil et de Bernard Blier.

Sa carrière est sur sa lancée, confirmée avec notamment En cas de malheur, avec Brigitte Bardot, Les Grandes Familles, avec Pierre Brasseur, Archimède le clochard (dont il a eu l’idée du film16).

En 1960, il reçoit les insignes d’officier de la Légion d’honneur sur le plateau où il tourne Les Vieux de la vieille de Gilles Grangier.

Tout en tournant avec les vedettes du moment, il continue dans les années 1960 sa série d’innombrables succès tels que le drame politique Le Président, la comédie policière Le Cave se rebiffe, la comédie dramatique Un singe en hiver, dans lequel il partage la vedette avec Jean-Paul Belmondo.

Dans la nuit du 27 au 28 juillet 1962, sept cents agriculteurs encerclent son domaine familial normand de La Pichonnière pour protester contre la centralisation des terres, en exigeant la location de certaines fermes à de jeunes éleveurs en difficulté. Ils se servent d’un conflit ouvert avec le célèbre acteur pour médiatiser les problèmes du monde agricole. Cette situation bouleversa profondément et blessa à vie l’intéressé, qui se sentit rejeté par la communauté paysanne normande dont il avait tant souhaité faire partie.

Durant cette même période, il connaît son premier revers avec Le Gentleman d’Epsom (1962), dans lequel il joue au côté de Louis de Funès, qui ne rencontre qu’un score inférieur17, échec vite effacé par le triomphe de Mélodie en sous-sol l’année suivante, avec Alain Delon18.

Il crée en 1963 avec Fernandel la société de production Gafer pour son film L’Âge ingrat qu’il interprète avec ce dernier.

La fin des années 1960 est marquée par Le Tonnerre de Dieu, Le Pacha, Le Tatoué, avec Louis de Funès et Le Clan des Siciliens, avec Alain Delon et Lino Ventura, qui confirme le statut de l’acteur, qui a atteint les soixante ans.

Années 1970 : Fin de carrière

Dans les années 1970, sa carrière marque une baisse de régime marquée par moins de succès que dans les décennies précédentes, bien qu’ayant tourné sept films durant la décennie.

L’acteur rencontre le succès public avec La Horse et Deux hommes dans la ville (dernière confrontation avec Alain Delon) et obtient l’Ours d’argent au Festival de Berlin pour son interprétation dans Le Chat, en 1971.

En 1974, près de quarante ans après Quand on s’promène au bord de l’eau, Gabin enregistre la chanson Maintenant, je sais, titre écrit par Jean-Loup Dabadie.

Le 3 avril 1976, il préside la première cérémonie des César. Deux semaines plus tard, il est à l’affiche de L’Année sainte, de Jean Girault. Ce seront ses dernières apparitions en public et sur grand écran.

Décès

Le 15 novembre 1976, alors qu’il vient juste de décider la vente de son domaine normand de La Pichonnière, il meurt à l’âge de 72 ans à l’Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine. Il avait déjà eu un problème de santé en 1973 lors du tournage de Deux hommes dans la ville de José Giovanni. Selon les dernières volontés du défunt, ses cendres sont dispersées en mer. C’est à Brest, le 19 novembre 1976, qu’en présence de son épouse, d’acteurs et personnalités dont Alain Delon, se déroule une cérémonie simple et solennelle à bord de l’aviso Détroyat. L’urne funéraire est ouverte depuis la plage arrière de l’aviso19 en mer d’Iroise, à 20 nautiques de Brest, au sud de la chaussée des Pierres-Noires.

Hommages

  • En 1981, à l’initiative de Louis de Funès20, le « monde du cinéma » lui rend hommage en créant le prix Jean-Gabin, récompense décernée tous les ans aux meilleurs espoirs masculins du cinéma français.
  • En 1987, un César d’honneur lui est remis à titre posthume.
  • En 1992, Mériel, la commune de son enfance, a ouvert un musée qui lui est consacré. Jean Marais a sculpté un buste de l’acteur qui se trouve devant le musée.
  • En 2008, une place Jean-Gabin a été inaugurée dans le 18e arrondissement de Paris.
  • En 2011, une place Jean-Gabin a été inaugurée dans la ville de Porrentruy.

Décorations

Récompenses

REPLIQUES CULTES

Dans Quai des brumes, il murmure  » T’as d’beaux yeux tu sais!… » à Michèle Morgan.

Dans Le Pacha, il prononce cette fameuse phrase de Michel Audiard :  » Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre tout le monde écoute « .

Dans Le Gentleman d’Epsom, il adresse à Jacques Marin cette extraordinaire tirade toujours de Michel Audiard :  » Nous n’avons pas appris le cheval dans les mêmes écoles, pendant que j’étais à Saumur vous étiez à Vaugirard… Alors brisons là voulez vous, Monsieur, chacun dans sa sphère, et je vous prierai de ne plus m’adresser la parole, même de loin « .

Dans Un singe en hiver de Henri Verneuil, il a cette célèbre longue tirade de Michel Audiard pendant une cuite d’anthologie :  » Le Yang Tsé Kiang n’est pas un fleuve, c’est une avenue, une avenue d’cinq mille kilomètres qui dégringole du Tibet pour finir dans la Mer Jaune, avec des jonques et puis des sampans d’chaque côté. Pis au milieu y a des, des tourbillons d’îles flottantes, avec des orchidées hautes comme des arbres. Le Yang Tsé Kiang, camarade, c’est des millions de mètres cubes d’or et d’fleurs qui descendent vers Nankin. Et avec, tout l’long, des villes-pontons où on peut tout acheter. De l’alcool de riz, d’la religion, et pis des garces, d’l’opium. Ch’peux vous affirmer, tenancière, que le fusilier marin a été longtemps l’élément décoratif des maisons d’thé. Dans c’temps-là, on savait rire. Elle s’était mise sur la paille, pour un maquereau roux et rose, c’était un juif, il sentait l’ail, il l’avait, venant de Formose, tirée d’un bordel de Shanghai. « 

Dans Le Cave se rebiffe , dialogues de Michel Audiard : à la question de Bernard Blier qui lui demande :  » Ça laisserait net combien à chacun ?  » Il répond :  » 20 ans de placard, le bénéfice ça se divise, la réclusion ça s’additionne ».

Michel Houellebecq

Michel Houellebecq (wɛlˈbɛk), né Michel Thomas à la Réunion, le 26 février 1956 (acte de naissance), ou en 19581(selon lui), est un écrivain françaisPoèteessayisteromancier et réalisateur, il est, depuis la fin des années 1990, l’un des auteurs contemporains de langue française les plus connus et traduits dans le monde.

Il est révélé par les romans Extension du domaine de la lutte et, surtout, Les Particules élémentaires, qui le fait connaître d’un large public. Ce dernier roman, et son livre suivant Plateforme, sont considérés comme précurseurs dans la littérature française2, notamment pour leur description de la misère affective et sexuelle de l’homme occidental dans les années 1990 et 2000. Avec La Carte et le Territoire, Michel Houellebecq reçoit le prix Goncourten 2010, après avoir été plusieurs fois pressenti pour ce prix3.

Biographie

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Son père, guide de haute montagne, et sa mère, médecin anesthésiste, se désintéressent très vite de lui, tandis que naît une demi-sœur. Dans un premier temps, ce sont ses grands-parents maternels, en Algérie, qui le prennent en charge. À six ans, il est confié à sa grand-mère paternelle Henriette, communiste, dont il a adopté le nom de jeune fille comme pseudonyme.

Après avoir été lycéen à Meaux, il suit les classes préparatoires aux grandes écoles au lycée Chaptal de Paris et intègre, en 1975, l’Institut national agronomique Paris-Grignon (INA P-G). À l’Agro, il fonde l’éphémère revue littéraire Karamazov pour laquelle il écrit quelques poèmes et entame le tournage d’un film intitulé Cristal de souffrance. Il sort diplômé de l’école en 1978 avec une spécialisation (fortuite) en « Mise en valeur du milieu naturel et écologie ».

Il entre ensuite à l’École nationale supérieure Louis-Lumière, en section « cinématographe » (option prise de vues), mais en sort en 1981, avant d’avoir obtenu son diplôme. Cette même année naît son fils Étienne. Il connaît ensuite une période de chômage, et un divorce qui engendre une profonde dépression nerveuse.

Il débute en 1983 une carrière en informatique chez Unilog, puis comme contractuel à la direction informatique du ministère de l’Agriculture rue de Picpus Paris XIIe, où il restera trois ans (cette période est racontée dans Extension du domaine de la lutte). Il postule pour un emploi à l’Assemblée nationale et réussit en 1990 le concours extérieur d’adjoint administratif au service informatique4. Ce revenu assuré lui donne la tranquillité dont il a besoin. En 1996, ayant acquis l’ancienneté nécessaire et voulant se consacrer à l’écriture, il demande sa mise en disponibilité.

En 1992 Michel Houellebecq reçoit le prix Tristan-Tzara pour son recueil de poèmes, La Poursuite du bonheur, paru en 1991. Il fait la connaissance de Juliette et André Darle qui invitent alors ce jeune poète de trente-six ans, employé de l’Assemblée nationale, quasi inconnu, au festival de Poésie Murale qui a lieu au château des Stuarts àAubigny-sur-Nère. Juliette Darle se souvient : « J’ai perçu une personnalité singulière et j’ai assimilé immédiatement Michel aux grands auteurs du vingtième siècle […] Michel Houellebecq s’était lancé dans une diatribe contre le libéralisme. Le député-maire d’Aubigny, Yves Fromion, en avait été soufflé et avait tenu à rencontrer ce curieux poète. […] Il n’y avait plus de chambre de libre, il a dû dormir dans une caravane. Nous avons passé des soirées formidables. Michel lisait des poèmes d’Aragon en pleurant et en s’envoyant des lampées de whisky. Le lendemain nous l’avons emmené à Sancerre. »5

En 2000, il s’exile en Irlande ; en 2002 il s’installe en Andalousie, dans le parc naturel de Cabo de Gata-Nijar.

Fin 2012, en pleine polémique d’exil fiscal, il annonça son retour en France. Installé dans son nouvel appartement parisien, il invoqua dans une interview les raisons de son retour, en grande partie parce qu’il en avait marre des langues étrangères. Il nia tout geste politique concernant son départ de la côte sud-ouest de l’Irlande, mais il dit qu’il pouvait être interprété comme tel « puisque ça prouve que le niveau d’imposition n’est pas suffisamment fort pour décourager tout le monde ».6

L’annonce faite de la publication de son recueil de poèmes Configuration du dernier rivage en avril 2013, il exprima sa volonté de continuer à écrire en ses mots, « la vie ne m’intéresse pas assez pour que je puisse me passer d’écrire ».7

Œuvre littéraire

Michel Houellebecq, Varsovie, 9 juin 2008

Ses deux premiers recueils de poèmes, parus en 1991, passent inaperçus. L’ensemble des thèmes des livres à venir y sont déjà traités : solitude existentielle, dénonciation du libéralisme à l’œuvre jusque dans l’intimité des individus. Les deux recueils suivants seront primés (prix Tristan-Tzara, en 1992, et prix de Flore, en 19968), mais c’est par la prose que l’auteur accédera au succès public.

En 1994, son premier roman, Extension du domaine de la lutte, est publié par Maurice Nadeau après avoir été refusé par de nombreux éditeurs. Il fait de Houellebecq le précurseur d’une génération d’écrivains décrivant la misère affective de l’homme contemporain. Loué sur France Inter par Michel Polac et au Cercle de minuit par Laure Adler, le roman rencontre un succès public relatif (comparativement aux 30 000 exemplaires vendus lors de la sortie des Particules élémentaires, quatre ans après), mais deviendra rapidement « culte ». Il est adapté au cinéma en France par Philippe Harel en 1999 et, à la télévision danoise, par Jens Albinus en 2002.

En 1998Les Particules élémentaires, son roman suivant, provoque un tapage médiatique, dû en partie à l’exclusion de son auteur de la Revue Perpendiculaire à laquelle il appartenait, pour incompatibilité d’idées. Le comité de rédaction de la revue publie dans Le Monde une tribune attaquant Houellebecq sur ses idées sociales et politiques présumées9. Cette polémique est largement exploitée par l’éditeur Flammarion qui cesse de financer la revue en question. Perpendiculaire cesse de paraître et Houellebecq bénéficie d’un surcroît de visibilité.

À la surprise générale, Les Particules élémentaires n’obtient pas le prix Goncourt, décerné à Paule Constant pour Confidence pour confidence, roman que la presse démolira et que Houellebecq jugera « complètement nul ». Les Particules élémentairesobtient cependant le prix Novembre, décerné par un jury dans lequel figure Philippe Sollers10, cité dans le roman, et est élu par la rédaction de la revue Lire « meilleur livre de l’année 1998 ». Houellebecq a partagé avec son traducteur, Frank Wynne, le prix IMPAC 2002 pour Atomised, traduction desParticules élémentaires.

Houellebecq a aussi signé les paroles de l’album Présence humaine, proche du style de sa poésie. Il n’hésite pas à chanter ou plutôt à parler sur son album, qu’il a également interprété lors de quelques concerts, accompagné du groupe AS Dragon.

En 2004, Michel Houellebecq fait l’objet d’un « transfert » de son ancien éditeur, Flammarion, vers les éditions Fayard, au sein du groupe Hachette Livre qui, lui-même, appartient au puissant groupe Lagardère ; cela avec des conditions financières inhabituelles dans l’édition française et l’assurance de voir son futur roman porté sur le grand écran. Lors de la rentrée littéraire 2005, il occupe, avec La Possibilité d’une île, une grande partie des pages « culture » des médias, éclipsant les 600 autres nouveautés de la « rentrée littéraire ». Toutefois, les ventes du livre sont, finalement, moindres que prévu (300 000 exemplaires vendus contre 400 000 espérés).
En 2007, Houellebecq travaille sur la préproduction du film La Possibilité d’une île tiré de son roman, film qu’il réalise lui-même avec Benoît Magimel dans le rôle principal. Lors de la sortie sur les écrans, en 2008, le film est un échec commercial et critique.

En 2008, Houellebecq publie Ennemis publics, une série d’échanges épistolaires par courriers électroniques avec Bernard-Henri Lévy.

En 2010, il publie La Carte et le Territoire chez Flammarion, pour lequel il obtient le prix Goncourt 2010. Ayant plusieurs fois échoué à remporter ce prix pour lequel il avait déjà été pressenti, Michel Houellebecq déclare : « [Maintenant que j’ai le Goncourt], on ne se demandera pas si je vais avoir le Goncourt ou non la prochaine fois, ce sera moins de pression, plus de liberté, même si j’ai toujours été assez libre »11.

De façon générale, Houellebecq accorde une place importante à son œuvre d’essayiste. Il est intervenu dans Les Inrockuptibles, dans Perpendiculaire, dans L’Atelier du Roman, dans Immédiatement, ainsi que dans la presse internationale.

Influences

L’influence de différents auteurs est revendiquée par l’auteur, ou bien décrite dans des analyses comparatistes.

Par son ambition littéraire, son approche descriptive et sociologique, les romans de Houellebecq sont souvent comparés par les spécialistes de littérature au roman réaliste français du XIXe siècle12 (FlaubertBalzacStendhal) et pour la facette scientifique de son analyse (discours sociobiologique ou anthropologique) au naturalisme de Zola13. L’œuvre est également souvent comparée à celles d’auteurs du xxe siècle, notamment Céline. Parmi les romanciers contemporains, l’œuvre est parfois comparée à celle de l’américain Ellis (American Psycho), par son impact social relevé notamment par la réaction scandalisée du public et des médias14.

Parmi les poètes, est souvent relevée l’influence avouée de Baudelaire, par exemple pour son travail de transcription poétique de la modernité, de la « poésie urbaine » et du capitalisme15, et l’influence de Lautréamont par l’emploi d’un vocabulaire scientifique16.

« D’un doigt sec elle pince / Les boyaux palpitants de nos ventres crevés » — Houellebecq, « La Fille », La poursuite du bonheur, 2002.

Parmi les philosophes, on retrouve principalement la pensée d’Arthur Schopenhauer, revendiqué par Houellebecq comme maître spirituel, et notamment Le Monde comme Volonté et comme Représentation, qui partage avec le narrateur et les personnages des romans une métaphysique pessimiste, un dégoût du monde, une révolte contre le vouloir-vivre (et notamment le désir sexuel), et le concept d’une vie faite de souffrances jusqu’à l’issue de la mort17.

« L’absence d’envie de vivre, hélas, ne suffit pas pour avoir envie de mourir. » — Plateforme18

Thèmes

L’analyse des relations sociales hommes-femmes sous l’aspect du libéralisme est parfois comparée aux conceptions du sociologue Michel Clouscard.
« Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. » — Extension du domaine de la lutte19

Le travail et l’économie sont des thèmes majeurs de l’œuvre de Houellebecq. Lahanque remarque que « sa psychologie et sa sociologie romanesques sont clairement construites sur ce terrain ». De même, le profil de narrateurs désabusés, solitaires ou distants permettrait à l’auteur d’exposer un regard distant ou critique vis-à-vis des situations au sein de cette société. L’analyse de Houellebecq serait avant-tout une critique du capitalisme et de la société libérale, et le constat de son « extension » à tous les autres domaines de la société ; par exemple les rapports sociaux, la sexualité, la société de consommation, le tourisme. Pour Lahanque, c’est là que réside l’un des principaux intérêts des romans, « la fabrique de « l’homme nouveau » dans la société d’aujourd’hui, modelée en profondeur par l’extension à toutes les sphères de la vie humaine de la logique économique libérale ». Plusieurs commentateurs soulignent l’intérêt de l’œuvre par le choix de ces thèmes et le traitement romanesque. Ces thèmes sont en effet peu fréquents dans le champ de roman contemporain, puisqu’ils sont aujourd’hui appréhendés presque exclusivement par les analyses sociologiques, économiques et scientifiques.

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Parmi les autres thèmes récurrents de l’œuvre houellebecquienne, les commentateurs relèvent notamment : la science, l’amour et la sexualité, la morale et religion, l’abject, l’exotisme.

Style d’écriture

La spécificité stylistique de Houellebecq est souvent soulignée par les commentateurs et critiques. Son écriture assimilée à une « absence de style » par ses détracteurs20 (voir ci-dessous), est saluée par d’autres critiques et écrivains. Désignée parfois comme « style blanc » ou « style plat », elle est décrite et détaillée par de nombreuses études.

Le choix stylistique selon l’auteur[modifier]

« Je n’ai jamais pu, pour ma part, assister sans un serrement de cœur à la débauche de techniques mises en œuvre par tel ou tel « formaliste-Minuit » pour un résultat final aussi mince. Pour tenir le coup, je me suis souvent répété cette phrase de Schopenhauer : « La première — et pratiquement la seule — condition d’un bon style, c’est d’avoir quelque chose à dire. ». » — Houellebecq, « C’est ainsi que je fabrique mes livres »21

Les premières conceptions de l’auteur sur l’utilité du style d’écriture apparaissent dans son essai sur H.P. Lovecraft (1991). S’il y explique l’importance et le rôle du style dans l’expression de l’idée, Houellebecq ne cessera ultérieurement de rappeler l’inanité de la recherche purement formelle. Il décrit et analyse son propre style de la manière suivante :

« Il reste que certains états mentaux semblent m’être assez spécifiques ; en particulier celui qui se traduit par l’énoncé de propositions anodines, dont la juxtaposition produit un effet absurde22 »

Le style Houellebecq : syntaxe et procédés

Parmi les caractéristiques de cette écriture, les auteurs relèvent par exemple des phrases généralement courtes et une juxtaposition de propositions à la structure simple (juxtaposition souvent renforcée par l’emploi du point-virgule). De même, l’écriture fait un usage très limité de la métaphore ; elles sont peu fréquentes et généralement assez plates, relevant par exemple du cliché ou du lieu commun.

Ce style varie parfois en raison de l’intertextualité, lorsque par exemple Houellebecq parodie le style d’un autre écrivain. Dominique Noguez note par exemple des traitsbalzaciens dans une phrase comme « Et si le voyageur éphémère veut bien rappeler à sa mémoire… », camusiens dans le début de la phrase « Assisté à la mort d’un type, aujourd’hui… », ou bien des formes similaires à Lautréamont dans des descriptions poétiques du paysage23.

Mais le plus généralement, le style est autonome, lié seulement aux changements de registres de langue : Houellebecq utilise parfois un registre soutenu ou littéraire, dans certains passages ou de manière très ponctuelle (termes, tournures, conjugaisons), à l’exemple de « Mais eût-elle même suivi pendant vingt-cinq ans un régime amaigrissant de la plus terrifiante sévérité que son sort n’en eût pas été notablement adouci ». Mais le plus généralement, l’écrivain utilise un registre courant du français, décrit par Noguez comme « celui de la prose des articles de vulgarisation scientifique », tendant souvent vers le registre de la langue parlée (« tout ce genre de truc »)23.

« Jeff Koons venait de se lever de son siège, les bras lancés en avant dans un élan d’enthousiasme. Assis en face de lui sur un canapé de cuir blanc partiellement recouvert de soieries, un peu tassé sur lui-même, Damien Hirst semblait sur le point d’émettre une objection ; son visage était rougeaud, morose. Tous deux étaient vêtus d’un costume noir — celui de Koons, à fines rayures — d’une chemise blanche et d’une cravate noire. Entre les deux hommes, sur la table basse, était posée une corbeille de fruits confits à laquelle ni l’un ni l’autre ne prêtait aucune attention ; Hirst buvait une Budweiser Light. » — La Carte et le Territoire, 1er paragraphe.

Le style se caractérise également, selon Noguez, par « toute une série des phénomènes lexicaux ou syntaxiques » renforçant le sens d’un aspect prosaïque ou terne d’une chose, ou traduisant l’absence d’émotion ou la déprime du narrateur. À travers par exemple l’emploi de nombreuses litotes, des descriptions et détails anodins. Les critiques remarquent les fins de paragraphes composées d’une phrase simple et banale, « impliquant une certaine résignation » ou une plénitude heureuse.

« Il n’arrivait plus à se souvenir de sa dernière érection ; il attendait l’orage » — Les Particules élémentaires p.27
« Je prononce quelques phrases sur les normes scandinaves et la commutation des réseaux ; Schnäbele, sur la défensive, se replie sur sa chaise ; je vais me chercher une crème caramel » — Extension… p.68

Le style se révèle également par de nombreux autres procédés. L’auteur emploie régulièrement des adjectifs (souvent négatifs) de manière inhabituelle ou surprenante, pour signifier les jugements péremptoires, sans nuance ou hâtifs du narrateur ou des personnages.

« Le papier peint était décourageant ».
« C’est un slow magnifique, d’une beauté surréelle. »

Le style de Houellebecq se caractérise également par une importance du métalangage, avec l’emploi régulier de l’italique typographique. Ce procédé signale par exemple un niveau de discours différent, ou « tous ces moments de pause où le texte réfléchit ou attire l’attention sur lui-même24 ».

« Olga cependant, une fille de toute façon pas très protéines, préférait la confiture de fraises de bois […] » — La Carte… p. 102

Noguez remarque également l’abondance des marques lexicales ou grammaticales de la scientificité, l’emploi d’une riche panoplie de formes adverbiales destinées à pondérer les énoncés et à leur donner un caractère incontestable, qu’il justifie par l’ambition d’un discours de vérité, plus proche de l’essai ou de l’étude sociologique que du roman. Cet aspect est peut-être renforcé par l’usage du name dropping.

« Ce n’est pas aussi compliqué qu’on le raconte, les relations humaines: c’est souvent insoluble, mais c’est rarement compliqué. » — Plateforme25

Selon Simon St-Onge, l’ensemble de ces procédés vise à mettre en évidence « la précarité des pratiques langagières »16. Pour Roger Célestin, ce choix stylistique est peut-être une continuation de l’écriture qualifiée de « neutre » ou « objective » du roman existentialiste et du Nouveau roman, ou bien des ambitions du structuralisme pour un style « scientifique »26. Pour d’autres critiques27, le choix de ce style plat prend encore son sens par opposition à l’écriture du début du XXe siècle, ou bien par une opposition comparable entre le style de Flaubert et celui de Proust « où la métaphore est essentielle, vitale ». Par ce choix stylistique, l’intention de Houellebecq serait peut-être de mieux refléter notre époque moderne et les pratiques textuelles contemporaines.

L’amalgame de discours

« [Extension du domaine de la lutte] donne l’impression de n’être composé que de citations, d’emprunts, jusqu’à la parole du narrateur lui-même. On y sent une méfiance totale envers le langage, comme le soupçon que chaque mot est suspect, impur, inauthentique, fourvoyé, repoussé de son sens, d’un sens, du sens. » —Marek Bieńczyk16

L’écriture de Houellebecq est un amalgame de différents types de discours rassemblés dans un même texte. Ces discours se différencient par exemple par leur fonction (démonstrative, rhétorique), leur langage (publicitaire, bureaucratique, (pseudo-)scientifique, journalistique), ou leur genre littéraire (poésie, roman, biographie). Ce discours prend parfois la forme d’emprunts à de véritables textes de leur domaine (slogans publicitaire, mode d’emploi technique).

Selon St-Onge, cet emploi de discours multiples vise à montrer la malléabilité des pratiques langagières. St-Onge souligne aussi qu’il existe toujours au moins un discours « signalant, de différentes façons, le doute qui devrait peser contre ces pratiques ». La tension créée par leur « inadéquation discursive » devient également une source de l’expérience esthétique du lecteur16.

Réception et critiques

Critique du style

« L’œuvre de Michel Houellebecq donne lieu à des jugements radicalement opposés. Pour certains critiques il serait le plus grand écrivain contemporain, pour d’autres son écriture relèverait de la nullité littéraire. » — Reynald Lahanque28

Un aspect des critiques concerne le style d’écriture de Houellebecq (voir ci-dessus). Pour certains commentateurs, l’absence de style, ou bien ce « style plat » expliqué comme l’imitation du langage quotidien et des discours abêtissants des magazines, ne serait pas compatible avec l’écriture romanesque et le style littéraire, et serait plus proche du « roman de gare »29.

« Le lecteur, lui, s’y retrouve parce qu’il ré-entend, en condensé narratif, le style d’esprit des magazines (…) il n’en revient pas d’y retrouver ses derniers mots et objets quotidiens, ses tics et tendances du moment, qui n’avaient pas encore trouvé leur romanesque. Peu importe. On est là en plein mimétisme, ersatz de mimesis et fort loin de cette littérature qui fait sourdre la chair du monde par la peau » — Jean-Philippe Domecq30
« Houellebecq peut écrire autant de mauvais dialogues qu’il veut, là n’est pas le problème. Le problème est qu’on lui attribue le titre de (bon) romancier, et que lui-même parle de « poésie » à propos de son écriture. […] Mais l’effet « je bande ; il pleut » est un peu éculé et facile – en tout cas, pas de quoi revendiquer un style. » —Raphaël Meltz29

À l’inverse, d’autres commentateurs soulignent l’aspect novateur de cette écriture et son adéquation avec le roman moderne ou la critique du langage.

« C’est bien sur ce terrain qu’il faut situer le talent propre de Houellebecq : souvent, l’effet de dévoilement passe par le fait de décrire d’un ton neutre, d’adopter le mode du simple constat, mais en faisant « le pas de côté » qui suffit pour dénaturaliser les comportements et les dires ordinaires, pour en faire percevoir l’étrangeté, et leur ôter leur sérieux. » — Lahanque28

Critique du projet littéraire

« Dire que cette observation de la société est celle d’un génie peut paraître, somme toute, assez exagérée. Or les idées « sociologiques » de Houellebecq ne vont pas beaucoup plus loin. Quant aux idées « scientifiques » sur la génétique, elles sont du niveau de n’importe quelle interview d’un chercheur dans un magazine. » — Meltz29
« Alors, qu’est-ce que ce roman [=  »la Carte et le territoire »] offre de nouveau ? […] Des bavardages sur la condition humaine, une écriture affectée qui prétend à l’épure […]. » — Tahar Ben Jelloun31

Critique des stratégies éditoriales

Un autre aspect important des critiques concerne l’importante campagne promotionnelle qui entoure la sortie des nouveaux romans de Michel Houellebecq, et l’attention portée autour de sa personne. Les critiques relèvent ainsi le rôle et les stratégies de ses maisons d’éditions, l’importante médiatisation à travers de très nombreux articles dans la presse française, la conjonction de la rentrée littéraire française et l’important tapage médiatique autour des attributions de prix littéraires, ou les controverses liées aux propos provocateurs des personnages de roman ou de l’auteur lui-même. Des nombreux commentateurs suggèrent ainsi que la qualité littéraire des romans serait usurpée, et que le succès des romans proviendrait principalement d’un effet de mode et d’une très efficace stratégie commerciale. Pour illustrer ces stratégies, Éric Naulleau mentionne par exemple qu’avant la sortie en librairie du roman La Possibilité d’une île, seuls quelques rares exemplaires avaient été soumis à des critiques soigneusement sélectionnés, renforçant ainsi l’attente et la curiosité du public sans permettre un large éventail de critiques.

D’autres commentateurs expliquent que les stratégies éditoriales et médiatiques ne retirent pas la qualité de l’œuvre, que « le succès ne signifie pas la médiocrité », et ils regrettent que les critiques littéraires ou journalistiques s’éloignent trop souvent de l’analyse littéraire des romans voire de leur simple lecture28 : « Autour du phénomène Houellebecq, tout le monde oublie qu’il faut parler de littérature29 » (Meltz)

Critique des idées de l’auteur[modifier]

Un autre aspect des critiques concerne les idées politiques, morales et philosophiques soutenues par les personnages et le narrateur des romans, ou bien énoncées par l’auteur. L’aspect scandaleux ou provocateur de certains de ces points de vue a donné lieu à différentes interprétations (racisme de l’auteur, xénophobie, jeu médiatique…) et a donné lieu à des controverses médiatiques32, littéraires (Le Vingt-Septième Livre de Marc-Édouard Nabe, par exemple) et même à des procédures judiciaires.

Philippe Muray

muray

Ostracisé de son vivant, l’ethnologue de la postmodernité est aujourd’hui encensé par ceux-là mêmes qu’il tournait en ridicule. Heureusement, il reste irrécupérable. Philippe Muray se voulait le chroniqueur et le contempteur du désastre contemporain, cette époque où « le risible a fusionné avec le sérieux », où le « festivisme » fait loi. Son œuvre stigmatise, par le rire, la dérision et l’outrance de la caricature, les travers de notre temps. Sa phrase parfaite, tôt trouvée, sa phrase droite et tranchante, naturellement harmonieuse, sarcastique et souple, lui permet des morceaux de bravoure à couper le souffle.

Ce qu’attaque Muray avec une verve féroce, ce sont les manifestations de la sensibilité d’une gauche autoproclamée « moderne ». Au-delà de la satire du politiquement correct qui la traduit, il expose comment la démocratie libérale légitimée comme seule organisation politique respectueuse des libertés de chacun, chercherait à s’accomplir en « empire du bien ». Le Bien s’est depuis bien démené, et dans sa ruée furieuse, a même presque réussi à escamoter le Mal, à nous persuader que le dogme progrèsiste l’avait chassé. Mais il est difficile de mieux saisir les ressorts du vide, l’enseignement de l’ignorance, le règne des jongleurs d’âme et des princes de démagogie qu’avec la ligne Muray, garantie hors d’état d’illusion.

 Avec lui, l’Occident n’a pas besoin d’ennemis, il se détruit très bien tout seul en renonçant à l’héritage, en réclamant son incorporation dans le tout festif. Pour beaucoup, sa lecture fut une révélation, son auteur tantôt prophète, tantôt oracle de mauvais augure. Muray avait rapidement, dans l’anonymat qui convient aux non-affolés trop affolants, fustigé le ridicule avant même qu’on ait pu les identifier. Muray est un écrivain qui nous éclaire sur tout ce qui constitue notre présent. En guerre contre son époque, il n’avait nullement l’ambition de la réformer. Son obsession, se placerait plus volontiers dans la volonté de lui faire rendre gorge, de lui faire avouer ses forfaits.

Philippe Muray triomphe “post mortem”- Hommage de Pierre-André Taguieff

Faut-il en rire ou en pleurer, s’en féliciter ou s’en méfier ? Grâce à un spectacle destiné initialement à quelques happy few et à l’immense talent de Fabrice Luchini, Philippe Muray ressuscite, quatre ans après sa disparition. Au théâtre de l’Atelier, depuis le printemps, les spectateurs se pressent pour écouter et applaudir l’acteur dire, avec une jubilation et une gourmandise communicatives, quelques-uns des textes les plus savoureux et les plus iconoclastes de l’auteur d’Exorcismes spirituels et de Minimum respect. Un public manifestement cultivé et informé, sensible aux allusions et aux références de l’interprète, de Céline à Cioran, et qui ne manque pas, après le spectacle, de se précipiter sur les exemplaires des livres dont sont extraits les textes qui l’ont fait rire et réfléchir. Par ce truchement d’une parole inspirée, le “maudit” revient sur le devant de la scène et, de Libération au Nouvel Observateur, se voit porté aux nues et encensé par ceux-là mêmes qui l’ignoraient ou le vilipendaient dix ans plus tôt. Jolie revanche, hélas posthume !

Le petit cercle des admirateurs et soutiens “d’origine” de Philippe Muray s’en réjouit, bien sûr, tout en n’étant pas dupe de cette récupération qui vise à désamorcer et neutraliser la charge de dynamite dont son oeuvre était, est toujours, porteuse. Sur ces stratégies, dont il devait être lui aussi victime, Guy Debord a magistralement énoncé ce qu’il y avait à dire. En 1998, alors que je m’occupais de la Revue des deux mondes, j’avais proposé, avec Jeanne Caussé, à Philippe Muray de tenir un bloc-notes dans la vénérable revue à la couverture saumon. Muray avait accepté et, deux ans durant, nous donna les textes étincelants qui devaient composer Après l’Histoire I et II. Par la suite, l’écrivain publia dans d’autres organes de presse, des plus connus aux plus confidentiels, du Figaro à la Montagne, de Marianne à l’Atelier du roman ou à Art press, suscitant, à chaque fois, agacement, fureur, calomnies, mais aussi enthousiasme et éclats de rire salvateurs.

Dans ce monde terne, univoque et consensuel qu’est celui de « l’empire du Bien », les ruades et les insolences de l’écrivain représentaient un coup de soleil inattendu, une embellie, comme un corps de femme soudain dénudé dans un atelier d’artiste. Aujourd’hui que les « matons de Panurge » font repentance et saluent son oeuvre, il est instructif de rappeler quels concerts de protestations ou d’indignation accueillirent en leur temps ses livres. Lui-même s’était amusé, dans une chronique d’Après l’Histoire II, à recenser et à étriller les critiques dont il avait fait l’objet, sous le titre « Des critiques en déroute par temps hyperfestif ».

Pour commencer, Muray réfutait en bloc l’assimilation de sa lecture critique de l’époque aux catégories anciennes telles que “polémique”, “pamphlet”, “vitupération”, “vocifération” désormais hors d’usage. « Ces formulations, écrivait-il, relevant d’un ancien monde d’affrontements, ne sont encore utilisées, d’ailleurs sous leur aspect le plus péjoratif, par les salopards de la modernité en tant que souverain Bien, que pour faire croire que subsisterait, et justement grâce aux libéralités des maîtres du jour, un univers de conflits ou de contradictions, un monde d’alternatives et d’antinomies, là où ne demeure plus rien d’autre que le régime sans limites de la synonymie ; et où les petits hommes fourbus de la festivosphère ne trouvent de virulence que pour dénoncer à leurs maîtres celui qui serait assez effronté pour ne pas tout à fait se sentir en osmose avec ce régime. […] Le monde hyperfestif est un Empire sur lequel la loi du même ne se couche plus jamais. »

Ni polémiste ni pamphlétaire, ni prophète ni homme en colère, donc, car ces postures supposent une complicité avec ce qui est attaqué ou un espoir de changer les choses ; rebelle encore moins, car toutes les impostures de notre époque se réclament de la subversion, mais analyste aigu, implacable et serein, non pas de la société telle qu’elle est, mais telle qu’elle se loue. Et Muray, dans une longue séquence de tir aux pipes, de déquiller ses détracteurs imbéciles ou de mauvaise foi, qui dénonçaient en lui tantôt « un pamphlétaire à hurler de rire » (Libération), un « anar conservateur » (le Nouvel Observateur), un « anar de droite », un « nouveau réactionnaire » (Daniel Lindenberg), « un grincheux antimoderne de service » (Arnaud Viviant), un « essayiste amusant, au carnavalesque volapuk lexicoconceptuel » (Pierre Marcelle), un « imposteur du politiquement incorrect » (l’Événement du jeudi), un « triste alibi de l’intelligentsia en place » à propos de qui « Y a des coups de bite au cul qui se perdent » (sic) (Technikart)…

De son vivant, l’écrivain refusait de se laisser embrigader dans le classique jeu de rôle entre la droite et la gauche, la réaction à front de taureau et le progressisme bêlant. Si être “réac”, c’est refuser la vandalisation de notre civilisation et l’amnésie collective, « rien ne me paraît plus honorable », reconnaissait celui dont le talent éclatant renvoyait à son vide abyssal la cléricature du Bien. Peut-être aura-t-il fallu que l’homme s’éclipse pour que son importance soit enfin admise. C’est, hélas, souvent le cas dans notre beau pays lobotomisé où la faculté critique s’est fait la malle. Est-ce parce que l’époque s’est droitisée, comme le pense sa compagne, que l’auteur de Chers djihadistes… est désormais moins sulfureux ? Peut-être, mais il me semble qu’il s’agit plutôt de l’esprit de l’escalier mêlé à une certaine dose de remords et au désir sournois d’anesthésier l’éternel empêcheur de “penser” en rond.

L’homme qui se jurait de nous faire détester l’an 3000

Cette touchante et soudaine unanimité autour d’un Muray pour bobos festifs est plus suspecte que réjouissante et, sans doute, n’aurait-elle pas enchanté le pourfendeur du conformisme, acharné à réintroduire le coin de la négativité dans le tronc du positif. Mais est-il vraiment récupérable, celui qui se félicitait de constater qu’il n’entrevoyait pas « la plus minime lueur d’espoir dans cette nuit électronique où tous les charlatans sont gris et où les marchands d’illusions voient la vie en rose sur le Web », l’homme qui se jurait de nous faire détester l’an 3000 ? Nullement, et il faut se plonger dans le monumental volume d’Essais (1824pages, regroupant l’Empire du Bien, Après l’HistoireI et II, et Exorcismes spirituels) publié par son impeccable éditeur et ami, Michel Desgranges, pour le constater. Décidément non, l’inventeur d’« Homo festivus », à l’instar des hérauts antimodernes, de De Maistre à Chestov, de Bloy à Céline, l’énergumène qui ne sautait pas de joie comme un cabri progressiste devant les “avancées sociétales”, qui ne criait pas d’extase devant les vertueuses croisades contre l’amiante, la tabagie, l’homophobie, la xénophobie et le devoir d’ingérence humanitaire, qui n’applaudissait pas à l’“envie de pénal” et aux procès rétroactifs, ne sera jamais le gentil animateur pour Club Med que certains de ses nouveaux laudateurs voudraient qu’il soit.

Bruno de Cessole

 

Philippe Muray, né le 10 juin 1945 à Angers et mort le 2 mars 2006 à Paris, est un essayiste et romancier français. On sait peu de choses de la vie de Philippe Muray. Il est le fils de Jean Muray, écrivain et traducteur d’auteurs anglo-saxons, sa mère était une lectrice passionnée. Il reçoit une éducation religieuse catholique et  fait des études supérieures de lettres.

Dans les années 1970, il est assez proche de Philippe Sollers et de la revue Tel Quel. Il publie plusieurs romans à cette époque, et, en 1981, un essai controversé surLouis-Ferdinand Céline, dans lequel il refuse de séparer l’auteur du Voyage au bout de la nuit et le pamphlétaire antisémite de Bagatelles pour un massacre. En 1983, il enseigne pendant quelques mois la littérature française à l’Université Stanford, en Californie. C’est là que lui vient l’idée de L’empire du Bien et qu’il rassemble la matière du XIXe siècle à travers les âges, publié en 1984 par Philippe Sollers, devenu éditeur chez Denoël ; il s’agit d’une vaste fresque dans laquelle Muray souligne l’importance de l’occultisme dans la genèse de la pensée socialiste.

Il écrit ensuite de nombreuses chroniques, d’abord publiées dans des journaux ou revues (Revue des Deux MondesArt PressL’InfiniL’Idiot international,ImmédiatementLa MontagneMarianne), puis reprises en volumes dans Après l’Histoire et Exorcismes spirituels. Dans ces chroniques, il n’a de cesse de combattre le monde moderne sous ses diverses formes, utilisant, conformément à la tradition pamphlétaire, une prose riche en formules et en raccourcis.

Controverse avec Daniel Lindenberg

En 2002, dans son livre Le Rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnairesDaniel Lindenberg rapproche Philippe Muray de Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec, les rangeant (avec d’autres personnalités) dans la catégorie des « nouveaux réactionnaires ». En réponse, avec entre autres Alain FinkielkrautMarcel Gauchet,Pierre Manent et Pierre-André Taguieff, il signe un Manifeste pour une pensée libre contre le livre de Daniel Lindenberg.

http://philippemuray.e-monsite.com/pages/textes/les-nouveaux-actionnaires.html

Les trois derniers livres publiés de son vivant sont Chers djihadistes… (2002), Festivus festivus Conversations avec Elisabeth Lévy (2005) et Moderne contre moderne (octobre 2005). Dans Festivus FestivusElisabeth Lévy, directrice de Causeur, le caractérise comme un « vieux libéral ».

Mort le 2 mars 2006 d’un cancer du poumon, Philippe Muray est inhumé le 8 mars au cimetière du Montparnasse (10e division).

L’oeuvre de Philippe Muray

Il est l’auteur de plusieurs romans : Chant pluriel (1973) ; Postérité, (1988) ; On ferme (1997), ainsi que de près d’une centaine de romans policiers de commande sous un pseudonyme pour l’instant toujours inconnu, d’un essai sur Rubens (La Gloire de Rubens, Grasset, 1991) et d’un recueil de poèmes comiques (Minimum Respect, Les Belles Lettres, 2003).

Chroniques et essais sur l’« époque qui commence »

À l’image de Céline, avec un esprit critique développé, Philippe Muray se voulait le chroniqueur et le contempteur du désastre contemporain, cette époque où « le risible a fusionné avec le sérieux », où le « festivisme » fait loi. Son œuvre stigmatise, par le rire, la dérision et l’outrance de la caricature les travers de notre temps. Il inventa pour cela (dans Après l’Histoire) une figure emblématique de ce temps : Homo festivus, le citoyen moyen de la post-histoire, « fils naturel de Guy Debord et du Web ». À l’opposé d’une vision étroitement nihiliste, il avait le projet, contre le « règne du Bien » (décrit dans l’essai L’empire du Bien), de « réintroduire le négatif pour montrer que lorsqu’on l’évacue, on ne peut plus rien comprendre ». Il développa ce personnage sous le nouveau nom de Festivus festivus dans des entretiens avec Elisabeth Lévyparus pendant plusieurs années dans la revue Immédiatement.

Philippe Muray invente également le concept d’« envie du pénal », qui stigmatise la volonté farouche de créer des lois pour « combler le vide juridique », c’est-à-dire, selon lui, pour supprimer toute forme de liberté et de responsabilité. Envie de pénal qu’on retrouve aussi dans la judiciarisation de la vie quotidienne, autrement dit le recours permanent aux tribunaux pour régler les problèmes auxquels les individus sont confrontés.

Ce qu’attaque Muray avec une verve féroce, ce sont les manifestations de la sensibilité d’une gauche autoproclamée « moderne ». Au-delà de la satire du politiquement correct qui la traduit, il expose comment la démocratie libérale, légitimée comme seule organisation politique respectueuse des libertés de chacun, tout particulièrement depuis la chute de l’URSS et la dissolution du « péril rouge » dans les joies du marché, chercherait à s’accomplir en « empire du bien ». Une sorte de fétichisation du terme « démocratie » imposerait pour « unique projet collectif valide » d’œuvrer à concrétiser une « utopie zéro défaut », où pourraient enfin se déployer les valeurs morales identifiées comme démocratiques : celles qui relèvent du respect d’autrui. Ce serait là le rôle du politiquement correct. Inciter vigoureusement à être intensément vertueux, pour être intensément citoyen ; favoriser par là même l’extension des valeurs de progrès. Et réciproquement.

Les propos sarcastiques sur « la charité généralisée, la solidarité sans réplique, les droits de l’homme dans tous les coins, et le souci hygiéniste à chaque étage » sont ordinaires chez les tenants de la droite. Or, si Muray déplore la transformation de la société « en camp de boy-scouts » et la « prise de contrôle du genre humain par la surenchère des grands sentiments », ce n’est pas pour dénoncer le règne des assistés, mais pour souligner que ce consensus du vertueux est une machine à coincer les neurones : toute distance par rapport à ces normes ne serait par définition qu’antidémocratique.

Le « pathos homogénéisateur » tient lieu de vérité, remplace la pensée par un kit moralisant en noir et blanc, qui rend quasi impossible de « pouvoir supporter sans trépigner sur place l’exposé de quelques situations ambiguës ». Par exemple, la progressiste reconnaissance des différences ne serait-elle pas potentiellement à double tranchant —« affirmation du moi tribalisé, puis globalisé », tout autant que respect humain ? De façon plus générale, le réel lui-même « ne peut plus être toléré » s’il contredit les postulats progressistes. Il n’est fréquentable que neutralisé en « parc d’abstractions » dûment consensuelles, qui entreprennent de « tout réconcilier, mélanger, effacer ». En bref, pourHomo festivus, pour l’homme du temps du consensus, toute « pensée négative ou critique est maintenant le contraire de la pensée citoyenne », et donc du côté de l’intolérance, du fascisme, de la xénophobie. En dehors de l’orthodoxie de la sensibilité de gauche, n’y aurait-il donc que « réactionnarisme » ?

Le style de Philippe Muray

Le style de Philippe Muray est le plus souvent copieux, ardent et drôle. Il aimait créer des néologismes assassins, comme « Artistocrate » (pour décrire les artistes qui prêtent serment d’allégeance aux politiciens et aux fonctionnaires, et dont l’activité artistique devient une charge comme il en existait sous l’Ancien Régime), ou encore « rebellocrate » (ceux qui posent en rebelles tout en étant en réalité proches du pouvoir), « Mutin de Panurge » (individus dont la rébellion est factice et en accord avec l’air du temps) et « Maton de Panurge » (individus qui tentent par tous les moyens de faire taire les voix qui s’opposent au consensus politiquement correct), entre autres. Il a les tics délirants d’un langage outré, redondant, martelant et imagé, qui donne à ses textes polémiques la saveur de la littérature jouissive de Céline et de Thomas Bernhard mâtiné d’Alfred Jarry dont il semble avoir subi l’influence.

Postérité

La revue littéraire L’Atelier du Roman, à laquelle Philippe Muray avait collaboré, lui a consacré un numéro spécial en 2007.

En septembre 2010, le magazine Causeur publie également un numéro intitulé Muray revient. Et il n’est pas content, avec des textes d’Elisabeth Lévy, Pierre de Beauvillé et Alain Finkielkraut.

En avril, août, septembre et décembre 2010Fabrice Luchini lit des textes de Philippe Muray au Théâtre de l’Atelier.

En 2010, les éditions Les Belles Lettres publient une anthologie, Essais, « où sont réunis sept ouvrages que Muray a publiés pendant les quinze dernières années de sa vie, sa période la plus féconde et la plus épanouie. » « Discrètement annotée par Vincent Morch, cette édition monumentale […] contient près de 400 textes [dont aucun n’a] perdu son pouvoir d’élucidation. »

Pour en savoir plus:

http://www.philippe-muray.com/

Micberth

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Écrivain, pamphlétaire, chercheur, homme politique, dessinateur, psychothérapeute, créateur multiple, brillant, fougueux et surtout à jamais esprit libre. Micberth est à ce jour l’unique individu ayant tenté d’incarner politiquement l’anarchisme de droite, ou aristocratie libertaire comme il aimait le qualifier. Le style est vif, concis, efficace, la langue est dense, le ton inimitable, grâce à un savant mélange de rudesse, d’insolence, d’humour et de déchirement. Chacun y prend pour son grade. On s’amuse ou on s’offusque; tout dépendra du degré de gravité.

Combat d’un aristocrate pur et dur, ayant vécu en châtelain flamboyant d’érudition, croulant sous les menaces, ferraillant contre la société républicaine égalisatrice ; Micberth fut un touche à tout iconoclaste. Son aptitude inné à la provocation et sa chasse à l’absolu ont dû cheminer à travers les invectives et outrances pour toucher leurs objectifs sans artifice. De façon parfois impatiente, polémique, et souvent forcenée. L’essentiel étant d’y avoir touché. De grâce, on réclame des héritiers…

« Les textes de Micberth ont l’admirable éclat d’une série de beignes appliquées à toute volée sur les faces de pitres, de loufiats et de tarés qui règnent sur ce pauvre monde et mettent à l’abrutir une opiniâtreté, une haine, une infamie dans la délation et le sournois verrouillage juridique, qui rendraient aimable le souvenir de l’Inquisition. Dans ce monde à ce point asservi et rampant, la sainte colère de Micberth, son ironie meurtrière, sont un réconfort, une bouffée d’oxygène, proprement inestimables. Tant de verve, et de si haute tenue, ne peut que mettre en appétit, mais il s’y mêle aussi, tout comme chez Bloy, des pages d’émotion, de gravité poignante, de poésie pure, qui témoignent d’une souveraine maîtrise de style dans une langue merveilleusement vivante. » Jacques d’Arribehaude 

consulter http://www.micberth.fr

Michel-Georges Micberth (Berthe dit), né le 12 août 1945 à Tours d’un père breton et d’une mère angevine, s’est éteint à son domicile le mardi 19 mars 2013. Ecrivain, pamphlétaire, homme politique, chercheur, psychothérapeute, il voulait passer à la postérité pour son travail d’éditeur anthologue, qu’il menait depuis près de trente ans au service de l’histoire locale de notre pays. Mais ce serait occulter une grande partie de la vie bien remplie de cet homme aux multiples talents dont le nom restera à jamais attaché à l’anarchisme de droite comme principal représentant. Homme libre et rebelle, maniant l’humour avec un redoutable talent, il disait : « Ma rébellion, c’est ma vie. Un refus constant. » Philalèthe plutôt que philosophe, il se considérait comme « un boucanier des idées, un aventurier vivant dans un pays exotique. »

Biographie sommaire

Dès son plus jeune âge, maltraité par ses parents dans le décor ravagé de la Seconde Guerre mondiale, il écrit, par défi, des poèmes qui seront édités bien plus tard, en anthologie, par Jacques-Pierre et Jean Grassin. Mme Renaud, professeur au conservatoire à rayonnement régional de Tours, utilisera ces poèmes pour apprendre l’éloquence à un jeune comédien qui deviendra Jacques Villeret.

Dans son adolescence, il commence à publier des fanzines. En 1963, il fonde la Jeune Force poétique française à laquelle participeront par la suite Alain Fournier, plus connu sous le pseudonyme d’A.D.G. et un grand nombre d’auteurs et d’artistes devenus des notoriétés. Le grand poète Louis Aragon, malgré son engagement communiste, en sera le président d’honneur.

Dans le cadre de son émission quotidienne Rendez-vous aux Champs-ÉlyséesEurope 1 lui donne une importante audience en radiodiffusant ses textes et ceux de ses amis. En 1967, il fonde le mouvement autobusiaque, consacré à la publication de poèmes et de pièces de théâtre.

En 1969, il se présente à l’élection présidentielle, mais, bien qu’ayant le nombre de signatures de maires requis, sa candidature sera annulée par le Conseil constitutionnel. Reprenant un article du journal Le Monde du 15 mai 1969, le futur ministre de la Recherche du gouvernement JospinRoger-Gérard Schwartzenberg dans son livre sur la guerre de succession nous dit : « In extremis, au soir du 13 mai, deux jeunes gens chevelus (sic), venus tout droit d’Indre-et-loire, déposent à la hâte une liste de signatures du « philosophe » et chercheur M.-G. Micberth.

Il est également clinicien des hôpitaux psychiatriques de la préfecture de la Seine. De 1968 à 1971, il dirige le Centre d’études et de recherches expérimentales du Plessis.

En 1972, il fait paraître le journal Actual-Hebdo, qui n’existera que durant un an mais lui permettra d’acquérir une réputation de virulent pamphlétaire. Dans Le Crapouillot paraît en 1973 L’anthologie du pamphlet de la Libération à nos jours ; Éric Asudam, pseudonyme de Micberth, qui n’a que 26 ans, y figure aux côtés de ses aînés, souvent disparus, AnouilhCélineMauriacBernanosLéon DaudetBloy, etc.

Jacques d’Arribehaude a écrit en 1988 dans le Bulletin Célinien :

Les textes de Micberth (…) ont l’admirable éclat d’une série de beignes appliquées à toute volée sur les faces de pitres, de loufiats et de tarés qui règnent sur ce pauvre monde et mettent à l’abrutir une opiniâtreté, une haine, une infamie dans la délation et le sournois verrouillage juridique, qui rendraient aimable le souvenir de l’Inquisition. Dans ce monde à ce point asservi et rampant, la sainte colère de Micberth, son ironie meurtrière, sont un réconfort, une bouffée d’oxygène, proprement inestimables. (…) Tant de verve, et de si haute tenue, ne peut que mettre en appétit, mais il s’y mêle aussi, tout comme chez Bloy, des pages d’émotion, de gravité poignante, de poésie pure, qui témoignent d’une souveraine maîtrise de style dans une langue merveilleusement vivante.

La même année, il lance le mouvement politique Nouvelle Droite française (qui n’a aucun lien avec le GRECE, souvent appelé Nouvelle Droite) qui se veut « révolutionnaire », « aristocratique » et « anti-républicain ».

http://www.dailymotion.com/video/xa0z0j_micberth-il-y-a-nouvelle-droite-et_news »

Jean-François Kahn, dans son ouvrage La Guerre civile paru au Seuil en 1982 ne semble guère apprécier le style télévisé du leader de la NDF :

(…) « Rat, hyène, chauve-souris », « marmot à tête de rat, demi-saxon, demi-juif », écrira Bernanos en 1931 ; chien, microbe, et même « colin froid », avancera Jean-Edern Hallier dans son propre numéro stalinien de mutation zoologique de l’ennemi : et si l’adversaire n’était qu’un ver parasite infiltré dans l’intestin de la société ? Ainsi s’exprime, en effet, dans le cadre d’une tribune libre de FR 3, (…) Michel-Georges Micberth au nom de la « Nouvelle Droite » : « Depuis le 10 mai, les éructations, les bruits de lavements, de conduites et d’égouts se sont peu à peu imposés à nos oreilles, alors que les flonflons de l’accordéon giscardien devenaient de plus en plus inaudibles. Car c’est bien le 10 mai qu’avec effroi les Français ont entendu battre la porte de leurs ouatères, les terrifiantes rumeurs sortant des cuvettes, sous le battement lancinant des lunettes et le cliquetis des chasses. L’immonde sanie socialo-communiste sortait des fosses pour se répandre dans une insoutenable puanteur sur tout notre pays. Ce fut le temps des helminthes triomphants, des ascaris couronnés, des cestodes exultants et des oxyures ébahis. Bref, les déjections prenaient le pouvoir. »

Habitué des déclarations « provocatrices », Micberth a souvent été qualifié d’anarchiste de droite, voire d’extrême droite(un Que sais-je ? aux PUF, lui a été en partie consacré). Lui préfère se définir comme « aristocrate libertaire ».

Ses activités lui vaudront une vie très aventurière et des ennuis avec les autorités, qui le soupçonnent un temps de menées subversives. En août 1974, Michel-Georges Micberth est arrêté pour avoir détenu un chéquier volé au nom de l’ancien président de la république Georges Pompidou. L’affaire dite des chèques Pompidou fait de lui l’un des rares journalistes à être, depuis la Libération, incarcérés en France dans le cadre d’une « affaire politique ». Libéré quelques semaines plus tard, il est défendu par l’avocat Georges-Paul Wagner et finalement relaxé. En 1975, Micberth tire de cette affaire un livre, intitulé Pardon de ne pas être mort le 15 août 1974. Il écrit dans un avertissement : « Mon souci n’a pas été d’offrir au lecteur une œuvre littéraire, mais le témoignage d’un homme loyal qui se bat pour ses idées, le cri du combattant qu’on a voulu assassiner un soir de 15 août dans ce sale pays, la France giscardienne, qui ment, qui vole et qui tue ».

Michel-Georges Micberth a publié un roman, des pamphlets, essais, poèmes et dessins humoristiques sous le pseudonyme de Freuslon. À partir de 1986, il s’est consacré à l’édition de la collection Monographies des villes et villages de France qui comptait, en 2011, 3 150 titres parus dont de nombreux dictionnaires départementaux.

Las des incessantes poursuites judiciaires provoquées par la violence de ses textes, Micberth a cessé d’écrire des pamphlets depuis une vingtaine d’années. Il a fait sienne cette pensée de Pascal: « Nous sommes si présomptueux, que nous voudrions être connus de toute la terre, et même des gens qui viendront quand nous ne serons plus ; et nous sommes si vains que l’estime de cinq ou six personnes qui nous environnent nous amuse et nous contente ».

Aujourd’hui, entre ses chiens, chats, ânes et chevaux, il vit retiré dans sa propriété du Marlois. Sa femme et collaboratrice, Virginie Beaufils-Micberth, poursuit son œuvre éditoriale.

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L’éditeur

Au cours de sa vie professionnelle, Micberth a publié un peu moins de 5 000 titres dont 3 000 monographies sur l’histoire locale de la France. Il a rapidement rattaché à sa structure éditoriale et à son réseau commercial, une imprimerie qui lui donne une totale liberté de création et une librairie en ligne qui sert encore aujourd’hui les particuliers et les libraires spécialisés.

Dès le premier choc pétrolier en 1973, il s’attache à faire de la reprographie, une technique d’imprimerie aussi fiable que jadis l’offset. Ce qui a pour effet de proposer aux lecteurs des petits tirages sur des sujets à faible public avec un prix de vente par ouvrage qui ne soit pas trop prohibitif. Trente ans plus tard, le moindre imprimeur de labeur sera doté d’un matériel de reprographie, procédé leader dans les pays occidentaux.

http://www.dailymotion.com/fr/relevance/search/micberth+/1#video=xa1hje

Controverse concernant l’extrême droite

En juin 1965, le directeur de « La Tour de Feu », revue philosophico-poétique, qui publie Adrian Miatlev, écrit, à propos du jeune poète Micberth : « Le fascisme en poésie, n’a pas meilleure gueule qu’ailleurs ». Avec cette apostrophe nait une sulfureuse légende, selon laquelle Micberth serait d’extrême droite.

Micberth se dit, lui, de droite, tout en étant libertaire dans ses révoltes contre la société, il est l’auteur de Ch… dans la gueule de Dieu et se torcher le cul avec « Présent » . On pouvait lire en 1984, sous sa plume, dans un article surtitré Colère :

« Je n’aime pas l’extrême droite […] Je crois que la démocratie, en raison de son système indirect, n’a jamais été qu’une utopie fort dangereuse. En refusant de se donner les moyens d’être vraiment démocratique, elle nous oblige à un perpétuel balancement entre les extrêmes de gauche et de droite, pareillement détestables. En omettant de prendre en compte les épiphénomènes les plus cruels de son histoire, en utilisant négativement ses forces politiques comme tristes exutoires occasionnels, elle perpétue la barbarie et freine l’évolution intelligente des hommes. En s’embourbant dans un extrême centre (on me passera la plaisanterie) elle désespère ses citoyens et les livre en pâture à toutes les aventures rutilantes mais pernicieuses du destin. ».

L’anarchisme de droite dont se revendiquent Micberth et François Richard semble cependant, pour Bruno Deniel-Laurent une pure construction dont ceux-ci feraient usage afin de se revendiquer d’une tradition littéraire, Micberth étant considéré comme « l’une des personnalités anarcho-droitistes les plus prestigieuses ».

Il est à noter que M. Richard ne s’est pas compté comme auteur dans le florilège des écrivains étudiés dans son travail et que Micberth a été étranger à la conception de cette thèse passée sous la responsabilité des universitaires du jury (présidé par Henry Bouillier) qui a reçu M. Richard, docteur ès lettres, Robert Mauzi, professeur émérite à la Sorbonne, qui l’a édité dans sa très sérieuse collection Littératures modernes et les collaborateurs (autour de A.-L. Angoulvent-Michel) des PUF, dans un Que sais-je ? vendu a plusieurs milliers d’exemplaires (8e mille en 1997).

Micberth soutient néanmoins la démarche des négationnistes dans leur volonté de « chercher la vérité » (sans pour autant adhérer à leurs thèses), et taxe Bernard-Henri Lévy de « Juifaillon » suite à un article dans lequel celui-ci considère que Nabe est un « écrivaillon nazi ». François Richard, dans sa thèse, citée plus haut, qu’il consacra à l’anarchisme de droite dans la littérature, fait de Micberth le plus grand représentant de cette tendance, aux côtés de Louis-Ferdinand CélineÉdouard Drumont,Lucien RebatetRoger NimierLouis PauwelsArthur de Gobineau ou Léon Bloy. Micberth entretient également une amitié tumultueuse avec l’écrivain A.D.G.. Ce dernier lui dédie d’ailleurs son premier roman.

Abécédaire sur http://www.micberth.com

Actualisation fréquente sur http://www.micberth.org ; Merci à AM de continuer à honorer sa verve.

DEMOCRATIE

« Je crois que la démocratie, en raison de son système indirect, n’a jamais été qu’une utopie fort dangereuse. En refusant de se donner les moyens d’être vraiment démocratique, elle nous oblige à un perpétuel balancement entre les extrêmes de gauche et de droite, pareillement détestables. En omettant de prendre en compte les épiphénomènes les plus cruels de son histoire, en utilisant négativement ses forces politiques comme tristes exutoires occasionnels, elle perpétue la barbarie et freine l’évolution intelligente des hommes. En s’embourbant dans un extrême centre (on me passera la plaisanterie) elle désespère ses citoyens et les livre en pâture à toutes les aventures rutilantes mais pernicieuses du destin.

Iglesias

J’aime Iglesias parce qu’il a su, mieux que personne, imposer son caca vocal, comme une religion planétaire et surtout parfaitement le vendre. L’incendie planétaire des culs à éteindre est un créneau comme un autre. Le fléau est universel.

MITTERRAND (François)*

J’ai honte de son physique de prélat pervers ou de gluant florentin, de ses manières onctueuses de sodomite incontinent, de sa posture de potiche peinturlurée ou de momie enclose derrière une vitrine sale, de sa dialectique qui évoque les momeries d’un tribun de sous-préfecture, de toute la détestable médiocrité qui se dégage de son image télévisée et qui fait penser au « parrain » d’une quelconque association de malfaiteurs. On aura compris que je n’aime pas M. Mitterrand.

éGALITé (L’)

« L’égalité, je te l’ai dit cent fois, est la notion romantique de la justice, le truc qui faisait bander les mecs de la Constituante, un gadget pour conventionnel. L’égalité est un non-sens, et malheureusement ne pourra jamais devenir une réalité bien palpable. »

MISèRE

« La misère matérielle reste une bien petite chose, comparée à la misère morale. Un peuple libre et cossu sans idéal, sans grandes aspirations, est un peuple décadent, donc moribond. »

OLIGOPHRèNE

« L’intelligence ne se cultive pas comme la mémoire ou l’érudition. On naît intelligent ou on naît con. Un point c’est marre. Tu peux bourrer un oligophrène de savantes informations, t’en feras un toubib, un curé ou un ministre, mais ton zigue restera dramatiquement con. »

MASSE

Le gouvernement, les partis politiques, les syndicats parlent de la sagesse des Français. Quelle foutrerie ! Dialectique dormitive. Qu’il est doux de régner sur une masse qui ronfle, qui se laisse pourrir ses gosses, dauffer ses filles, voler ses biens ; qui accepte la jargonaphasie d’une poignée d’excités engraissés dans des universités foutoires ; qui porte au pinacle ses voleurs et ses assassins et qui ricane de la détresse des victimes suppliciées.

 Médias

« Nous mijotons dans l’intolérable. Chaque jour, les mass-media nous apportent les miasmes du grand tas d’ordures. L’odieux est couronné et les sujets féaux baissent davantage la tête. »

 POUVOIR

« Le pouvoir est toujours immoral, arbitraire, dissimulateur, illégal. Et les ceusses qui s’indignent aujourd’hui ne s’ennuient pas de scrupules, les salauds. Ils oublient que leurs petites complicités par omission ou neutralité ont provoqué ce qui les dérange présentement. Il n’y a pas plus politique que le fait de prétendre l’ignorer. »

SOCIALISTE

« Le socialiste n’est pas un méchant garçon. C’est une manière de poète, une tendre évanescence, un impondérable, un ectoplasme ou un leurre. Il croit que le monde est bon et qu’il suffit de tirer les oreilles aux vilains profiteurs pour que ceux-ci, touchés par la grâce, acceptent de tomber à genoux devant l’autel de la convivialité. Le socialiste, dans sa grande candeur, croit à l’égalité. Il croit en un peuple grisé de rires et de chants, confortablement assisté de la naissance jusqu’à la mort. »

VIE

« Merde aux lois temporelles qui assèchent le coeur des hommes. Merde aux autorités qui détiennent, merde à la culture qui conditionne. La vie est multiforme avec plein de couleurs et de bruits jolis, plein d’émerveillements sous les pas. Le paradis, c’est ce que nous foulons sous nos semelles tous les jours. L’enfer c’est ce qu’en font les cons alentour, les gros majoritaires et même les petits contestataires merdeux. »

http://www.dailymotion.com/fr/relevance/search/micberth+/1#video=xbrkvc

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Prolégomènes

Le 15 octobre 1973, un groupe d’hommes et de femmes s’est réuni au château d’Igny, dans le Cher, près de Saint-Amand-Montrond, sur l’instigation de Michel-Georges Micberth, pour y fonder une association politique clandestine : la Nouvelle Droite française.

Destruction de l’Etat républicain

Cette ligue se voulait l’héritière politique et philosophique des valeurs aristocratiques de l’Ancien Régime, sans pour tout autant se référer à un quelconque prestige nobiliaire ainsi qu’à l’hypostase théocratique. Comme son but avoué était la destruction de l’Etat républicain, il n’avait pas été jugé utile par ses fondateurs de déposer des statuts à la sous-préfecture de St-Amand-Montrond au risque de se voir opposer par les fonctionnaires du lieu la sanction : – Nulle et de nul effet. Il faut dire que la constitution d’une association libre est régie par l’article 2 de la loi du 2 juillet 1901, parue au Journal Officiel le 2 juillet 1901.

Les premiers buts

Quelques mois après la rencontre d’Igny, les pouvoirs publics feront arrêter le leader de l’organisation factieuse et l’incarcéreront à Fresnes (août 1974).

Il faut préciser que la Nouvelle Droite française préconisait de multiples formes d’action clandestine et s’assignait tout d’abord les buts suivants :

  • Dénoncer en toute occasion la falsification de l’Histoire de la France entreprise par les idéologues républicains et sans cesse reconduite par leurs fils et petits-fils pour assurer la perpétuation des utopies égalitaires et l’extension d’une massification programmée. Démystifier la propagande qui sous-tend la pédagogie officielle : surtout pour tout ce qui concerne la vie des Français sous l’Ancien Régime et l’émergence sanglante des institutions républicaines. Faire en sorte par la parole, par les rédigés, et par l’exhumation de nombreux documents, qu’à la mythomanie des épigones de 89 se substitue la vérité des faits.
  • Entraîner par l’ensemble des moyens, légaux ou illégaux, la chute de l’Etat républicain qui forme pour le peuple français une tentative d’asservissement sans précédent, refuge du capitalisme le plus cynique, étouffoir d’individualités, machine à broyer l’excellence ainsi qu’à promouvoir la médiocrité, désolation incarnée. Il ne s’agit pas uniquement de diagnostiquer les maladies du régime, d’en mesurer la décomposition grandissante, mais d’en hâter la fin, de provoquer son impossibilité. Pour cela, par exemple, on pourra s’efforcer de discréditer ses membres dirigeants, et dans l’accomplissement de cette tâche tout scrupule serait déplacé, dans la mesure où ils sont tous, par fonction et par obligation, des profiteurs et des valets.
  • Provoquer partout où ce sera envisageable la désobéissance civile – lieux d’élection : usines, bâtiments administratifs, palais de justice, casernes, etc. – pour faire vivre sur notre territoire une rébellion constante aux lois républicaines ainsi qu’à la morale en usage ; à ce sujet, l’unique exercice de la liberté représente déjà une désobéissance suffisante face au maigre consensus politico-moral actuel. Les provocations de tous ordres en ce domaine n’ont même pas besoin d’être accentuées. Il suffit que le néo-droitiste vive à l’aplomb de sa vérité.
  • Pratiquer une infiltration idéologique permanente qui hâtera le dysfonctionnement des institutions républicaines, le pourrissement de l’ensemble des secteurs publics, non seulement par des rédigés de toute nature – essais, pamphlets, feuilles hebdomadaires ou bimensuelles, articles proposés à la grande presse – mais par une action tenace et clandestine qui traquera le tout-pouvoir partout où il sévit et se manifeste, et en soulignera l’aveuglement et l’illégitimité. On ne recourra par conséquent pas aux méthodes de propagande habituelles tracts, affiches, manifestations, effervescence publique qui nous semblent inefficaces et périmées, mais on s’attaquera aux racines culturelles de l’époque, à l’ensemble des strates républicaines qui forment – qu’on le veuille ou non le soubassement de notre édifice collectif ; l’objectif recherché étant (naturellement) un déconditionnement radical des esprits comparé à la mythologie démocratico-républicaine et un retour à des conceptions plus dignes de l’homme : aristocratie née au contact des faits, notion d’exemplarité, légitimité des dirigeants néo-droitistes, individualisme et générosité.
  • Agir sur les mentalités de nos contemporains pour accélérer dégoût et mal vivre propres à notre modernité, qu’on sert à désigner généralement sous le terme de «morosité» et qui nous apparaissent comme des maux bien plus profonds et constitutifs qu’un simple pessimisme occasionnel né d’un reflux de l’Histoire. Il s’agit en effet – particulièrement exactement – de l’échec absolu de l’aventure républicaine et de toutes ses retombées morales et socio-politiques qui grèvent notre avenir à court et moyen termes et obscurcissent notre horizon individuel et collectif. Aussi devons-nous accentuer ce délabrement des êtres et des choses qui aboutira obligatoirement à un état pré-révolutionnaire favorable à l’éclosion de la morale néo-droitiste, c’est-à-dire à la résurgence d’une humanité aristocratiste. Nous voulons que notre avenir nous ressemble, et qu’il ait des couleurs éclatantes (sic).

Autres buts plus lointains qui dépendent eux aussi de l’éthique néo-droitiste :

  • Faire en sorte que chaque homme puisse vivre selon sa morale personnelle, sans pour cela s’adonner à des excès individuels qui lèsent la liberté d’autrui, l’individualisme n’étant fréquemment qu’une nouvelle école de sauvagerie. Intensité ne veut pas dire violence et liberté n’équivaut pas à toute espèce d’abandon ou de facilité.
  • S’efforcer de faire régner une nouvelle sagesse universelle qui ne soit pas une morale de la résignation et du sens commun, mais l’expression la plus haute et la plus achevée de l’homme nu et seul (enfin) – ni Dieu ni Marx – lavé de ses superstitions, débarrassé de tout esprit de dispositif, assumant son être physique, moral et créatif, en bref : sa totalité, dans la perspective d’un art de vivre global et d’un souci permanent de générosité.
  • Développer et préserver à tout prix une élite qui s’interdise d’asservir l’homme, mais qui soit capable de répondre aux exigences immenses de ce temps – morales, scientifiques et techniques – et en particulier à l’obligation pressante d’inventer de nouveaux modes de vie, ou plutôt d’adapter à l’époque présente les vertus aristocratiques qui se fondent sur un respect total de l’individu et qui réclament de la part de chacun d’entre nous la réalisation de nos possibilités (…)
  • Ne pas exclure à plus long terme une légalisation envisageable du mouvement, si les circonstances et les hommes s’y prêtent, et si ce processus d’officialisation permet une propagation accrue – sans falsification – des conceptions néo-droitistes. Mais il s’agit là actuellement d’une pure et simple hypothèse stratégique qui ne pèse sur notre avenir en aucune sorte.

Il est à noter pour finir

Que l’adhésion éventuelle à la Nouvelle Droite française sera soumise à la sélection la plus rigoureuse de la part du Bureau Politique et devra être précédée d’une période probatoire de six mois à un an, quelquefois davantage, selon la progression de la maturité néo-droitiste du postulant.

Que chaque militant de la Nouvelle Droite française est tenu au secret le plus absolu quant à sa participation active au mouvement, et que, pour des raisons évidentes de sécurité, le nombre des personnages publics de l’association doit être réduit au minimum et n’intervenir sur le terrain des médias qu’en cas d’extrême obligation.

Que ce n’est pas le goût du folklore qui détermine toutes ces précautions, mais les menaces permanentes que le «tout-pouvoir» fait peser sur les fondateurs de la Nouvelle Droite française et ses collaborateurs depuis plusieurs années déjà.

Que la violence n’est pas retenue comme moyen d’action pour l’accomplissement du projet néo-droitiste, car elle reconduit l’ensemble des erreurs passées et représente une injure faite à l’intelligence, mais que la Nouvelle Droite française se reconnaît le droit à la légitime défense (…). Que l’énoncé de ces statuts ne forme pas la mise en forme d’un programme détaillé, mais le premier schéma d’une orientation d’action et de pensée. (La Nouvelle Droite française a dix ans, Paris 1983. )

Quelques années plus tard

Dès lors, le mouvement rassemble des individualités autour de son fondateur et de valeurs d’exigence et de liberté, et engage un activisme politique à l’écart de la politique institutionnelle. En 1979, au cours de ce qui devient «l’été de la Nouvelle droite», le mouvement s’oppose à Alain de Benoist, Louis Pauwels et le Club de l’Horloge.

Dans les années suivantes, la Nouvelle Droite Française publie divers articles parus dans Le Monde, Le Quotidien de Paris et Le Nouvel Observateur, et un manifeste : Révolution droitiste (Éd. Jupilles, 1980) cosigné par Micberth et F. Richard. Le mouvement crée aussi le mensuel Révolution droitiste et une radio libre, Radio philalèthe.

Vers une nouvelle droite

Ainsi s’intitule la première intervention télévisée de M. -G. Micberth sur une chaîne nationale (FR3 Tribune libre). Elle est diffusée le 20 avril 1976. M. -G. M. est interviewé par Daniel Decrauze. À l’époque, la Nouvelle Droite française, qui a trois ans d’existence, est un mouvement politique peu connu du grand public, que son fondateur tente de faire sortir de la clandestinité. Les militants – et sympathisants – de la NDF sont alors peu nombreux, mais quand on consulte le fichier de l’année 1976 à l’échelle nationale, on constate qu’il s’agit le plus souvent d’individualités ayant quelques influences : artistes, hauts fonctionnaires, officiers, magistrats, dirigeants d’entreprises…

Les membres qui adhèrent à ce mouvement expriment leur désarroi face à un monde permissif et la dégradation intellectuelle et morale qu’ils pensent constater dans la société française. Le discours politique de la Nouvelle Droite française ne leur apparait pas comme démagogique au contraire de ce qu’ils pensent entendre ailleurs. Leur adhésion aux aspirations néodroitistes du mouvement exprime un désir de synthèse entre le sens de la rigueur morale et les options libertaires. L’intervention télévisée de d’avril 1976 génère un certain retentissement et la Nouvelle Droite française prend ainsi une notoriété publique.

Français : L'écrivain français Michel-Georges ...
Français : L’écrivain français Michel-Georges Micberth à son domicile en juillet 2008. (Photo credit: Wikipedia)

Ouvrages de Micberth :

. Pardon de ne pas être mort le 15 août 1974, 1975.

. Révolution droitiste, 1980.

. La Lettre, 1986.

. Les Gros Niqueurs (en collaboration),1990.

. Dix ans après Révolution droitiste, en collaboration avec F. Richard, 1991.

. Petite Somme contre les gentils, 19861995.

. Le Pieu chauvache, 1990-2002.

. Les Pensées de l’escalier, 19842009.

. Histoire insolite des régions de France (en collaboration), 2012

Ouvrages sous le pseudonyme de Mathurin Hémon :

Dans la collection Histoire insolite : Bourgogne, Bretagne, Centre, Champagne-Ardenne, Franche-Comté, Picardie.

Ouvrages de Micberth à paraître :

. Les Vociférations d’un ange bariolé.

. Nouveau Pal et triques variées.

. Mimi sait tout

. Dictionnaire des citations micberthiennes

Ouvrages parus sur Micberth et son œuvre :

. Micberth et la pseudomicrocaulie, 1973.

. La Mesnie micberthienne, 1991.

. Micberth et le théâtre en question, 1992.

. L’anarchisme de droite dans la littérature française, 1988.

. Micberth anarchiste de droite, 1992.

. Micberth, repères biographiques, 1992.

. Micberth ou la vie rebelle, les années 60, 2013.

. Les anarchistes de droite (Que sais-je ?), 1991 et 1997.

. L’aristocratie libertaire chez Léautaud et Micberth, 1996.

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Serge Gainsbourg

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Tout de souffre parée, la légende de l’homme à la tête de choux menace d’habiter à jamais les esprits. Rassurez vous, tous n’y sont pas sensibles. Ou pas pour les bonnes chansons raisons. Ses mélodies au lourd parfum de décadence rythment la damnation des ondes. Comme si après lui la musique avait cessé de penser. Dynamitant les codes musicaux, paroliers, tantriques et idéologiques, il y a de quoi se détendre, méditer ou déprimer, c’est selon. Quand Gainsbourg se bourre, Gainsbar se barre. Oui, mais avec tant de brio qu’on aimerait payer sa tournée.

Dans cet art mineur qu’est la chanson, cet art cinétique qui ne semble répondre qu’aux mouvements de l’instant, ce n’est pas la valeur qui compte, mais l’impact. « Ce nazaréen qui n’avait rien d’un aryen »savait réenchanter le rêve, et dévoiler ses fracas. Ne se bardant pas d’illusions, il régalait. Une existence voluptueusement anarchic’, bordées d’inspirations éthyliques, comme s’il lui fallait verser dans l’excès pour affronter sa créativité cosmique. Pourquoi manque t-il tant? Une liberté sur lyrics qui ne fait jamais défaut. Foncièrement on se sent un peu abandonnés. A l’heure où la techno décérébrée et la comptine engagée trustent les cimes du fétiche box-office, une Gains dose apportera à tous les foyers une évasion dont on aurait tort de se défaire.

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Un spectre hante la France  : le spectre de Serge Gainsbourg. Dix-sept ans après sa mort, on le voit encore ici et là : à la télé, dans les livres,  en expo, au cinéma. Et puis, il passe encore beaucoup à la radio. Oui, cet agitateur depuis 1958, depuis « Le Poinçonneur des Lilas » : espèce d’hymne zazou de la classe ouvrière, quelque chose comme un « trouer plus pour gagner plus » : nous agite encore.

Dieu sait pourtant s’il n’était pas communiste, Serge Gainsbourg. Il ne perdra jamais de vue que son père avait fui la révolution bolchevique. En 1984, un an après que Mitterrand a largué le cadavre du socialisme dans un virage à 180°, celui de la rigueur, Gainsbourg brûle un billet de 500 francs dans une émission de télé restée célèbre, pour expliquer qu’il est taxé à 74 %.

Le bouclier fiscal n’existait pas alors, même si, contrairement à tant d’autres stars (Delon, Aznavour), Gainsbourg ne s’évadera jamais fiscalement en s’installant à l’étranger. C’est un Français qui entend le demeurer. C’est même, du fait de ses origines slaves, dans le faux paradoxe de l’assimilation, un plus que Français. Mais là, il est furax contre les socialistes. Dans cette même émission, il déclare, un rien démago : « J’aimerais que les pauvres aient tous des Rolls et moi j’ai vendu la mienne. Voilà le travail socialiste. »

Et puis surtout, il balance cette parabole du plus parfait mauvais goût : « En mai 1981, je me trouvais rue Saint-Denis. Et je vois une supernana qui faisait le trottoir. « Hey, Gainsbourg, tu montes »… « Toi tu connais mon nom, mais je ne connais pas le tien »… « Moi, je m’appelle socialisme ! » Elle est superbe, maquillée un peu outrageusement. Je lui dis : « Oui, mais combien tu veux »… « Tu paieras après. » On monte, elle se déloque et en fait, c’est un immonde travelo. Elle se tourne et me dit : « Tiens, prends-moi par le communisme ! » Bien, c’était une parabole. Ceci dit on va tellement dans le foutoir que bientôt, c’est plus du café qu’on va boire, c’est de l’eau chaude. »

AU BOUT DE LA MODERNITE

Dali avait dit : « Picasso est espagnol, moi aussi. Picasso est peintre, moi aussi. Picasso est communiste, moi non plus. » Et Gainsbourg, itou. Au contraire, ce dernier aimait l’ordre, la hiérarchie, les flics, les militaires. Fétichiste, collectionneur, il était comme tous les fétichistes et collectionneurs : à savoir, conservateur. Du passé, il faisait plutôt table basse, dans son hôtel particulier de la rue de Verneuil où s’empilaient ses souvenirs.

http://www.youtube.com/watch?v=ZUBXqFhP808

Certes, sur la question de l’ordre, il était sans doute un brin dérangé : chez lui, tout avait l’air en vrac mais en réalité posé dans un rapport millimétré, maniaque, inamovible dans l’espace. En fait, tout en lui, et ses déclarations, signale ce qu’on appelait à l’époque un anar de droite. D’où sans doute la rivalité de trente ans avec son collègue Léo Ferré, anar de gauche. A eux deux, dans les années 1970, ils vont en tout cas se partager l’extrême pointe de la modernité de la chanson française. L’un dira le signifié (Ferré), l’autre le signifiant (Gainsbourg). Car les anars de droite ont ceci de sympathique qu’ils ne sont jamais vraiment sérieux, d’un point de vue politique.

La politique n’intéressait pas beaucoup Gainsbourg. Mai-68, il a suivi ça à la télé, dans une chambre de l’hôtel Ritz, parce qu’il y avait l’air climatisé, expliquera-t-il. A l’époque, il vient juste de rencontrer Jane Birkin qui, devant la tournure prise par les événements, rentre en Angleterre. « La révolution, dira-t-il, c’est bleu de chauffe et rouge de honte. » En 1974, il appelle à voter Giscard avant de se rattraper aux branches et d’affirmer qu’il s’agissait d’un geste purement dadaïste… A dada sur Raymond (gains) Barre… Gainsbourg sentait que son public devait voter plutôt à gauche.

En revanche, il sera d’un antiracisme constant durant les années 1980 qui voient la montée du Front National en France. Alors qu’il est l’invité de la plus populaire des émissions télévisées de cette décennie, « Le Jeu de la vérité », animée par Patrick Sabatier, il raconte devant des millions de téléspectateurs la blague suivante : « Un immigré va voir Chirac (alors maire de Paris) et lui demande : « Combien tu me donnes pour que je m’en aille » Chirac lui répond : 5000 francs. Alors l’immigré va voir Pasqua (alors ministre de l’Intérieur), lui pose la même question, et Pasqua : 50 000 francs. Alors l’immigré va voir Le Pen, lui demande ce qu’il donnerait pour qu’il s’en aille, et Le Pen lui répond : cinq minutes. » Gainsbourg racontait que le lendemain de cette émission, il était dans une boîte des Champs-Elysées quand une jeune fille blonde vint le voir pour lui dire que son père s’était tordu de rire devant sa télé en entendant sa blague. Cette jeune fille, c’était Marine Le Pen, et Gainsbourg ajoutait qu’ils avaient fait ensuite la bringue toute la nuit.

 

LE TRAVAIL ET LA VALEUR

http://www.youtube.com/watch?v=jbJjcWJwfPE

Nous n’avons donc rien à voir politiquement avec ce Gainsbourg-là, et pourtant, dans ce recoin-ci de l’histoire, si. Sauf, en effet, à vouloir faire de l’esthétique une catégorie étrangère à la politique, voire pire, une catégorie transpolitique… Sauf à vouloir l’emmurer sous un tombereau de compliments sans intérêt, et passables comme tout compliment figé dans sa gelée, nous devons convenir que Gainsbourg s’est attaqué dans son œuvre à deux tabous : à moins que ce ne fût encore des totems : qui nous importent peu : le travail et la valeur. Même si les deux sont évidemment liés, commençons par le deuxième : la valeur. Comment, se demanderont certains, un même artiste est-il capable du meilleur (disons « Je t’aime moi non plus » ou « Je suis venu te dire que je m’en vais ») et du pire (disons « Sea, Sex And Sun » ou « L’Ami Caouette ») ?

http://www.youtube.com/watch?v=T4sregRBzOc

Les mauvaises langues et surtout ceux qui aimeraient que s’appliquent sans fin, ni fond véritable, les vestiges vertigineux du beau kantien, diront que c’est que Gainsbourg, dans certains cas, n’a pas assez travaillé, qu’il s’est plié à de quelconques facilités. Mais toutes les déclarations du principal intéressé sont assez claires sur ce point : ce que Gainsbourg a fait n’a, selon lui, aucune valeur : ou presque. Et soyons bien certains qu’au fond, nous en convenons nous aussi. On ne va surtout pas comparer Gainsbourg aux « grands » « artistes » de notre temps… Avec lui, quand même, toujours, fort heureusement, les pincettes restent de mise.

Dans cet art mineur qu’est la chanson, cet art cinétique qui ne semble répondre qu’aux mouvements de l’instant, ce n’est pas la valeur qui compte, en effet, mais l’impact. Mais à l’époque de Gainsbourg : ces Trente Glorieuses où l’on rigolait : on ne calcule pas encore l’impact en fonction d’une cible marketing. Comme disait Picasso, en ce temps-là, on ne cherche pas : on trouve. Ou pas. En son nom propre, Gainsbourg n’a pas eu de succès avant la déflagration de La Marseillaise en reggae (1978), cet hymne prématuré, futuriste, pour la France black-blanc-beur de 1998 ou pour cette République scandée plutôt qu’on attend encore, assis sur le même banc de touche que François Bayrou, misère, pff…

Qu’est-ce qui a de la valeur ? On aura peut-être compris que l’actuelle crise : dite financière : pose cette question avec une acuité toute nouvelle, laquelle n’a rien d’économique en soi, mais est totalement philosophique.

Pourtant, la crise artistique l’avait déjà posée bien avant, avec, successivement, dans le XXe siècle, Dada, puis le Surréalisme, le Situationnisme, le Punk, et donc, par chez nous, exclusivement, dans ce qui semble toujours un dandysme de trois jours comme on le dirait d’une barbe, Serge Gainsbourg.

http://www.youtube.com/watch?v=zGaGoJ8wPGM

De là, à notre avis, l’actualité immédiate de notre homme : avec ce qu’il appelait son aquoibonisme, il nous démontre présentement, plus vivant que mort, qu’un monde enfin se termine dans un grand éclat de rire morose.

Arnaud Viviant

GainsbIO

De son vrai nom Lucien GINZBURG, Serge Gainsbourg est né le 2 avril 1928 à Paris.
Son père, Joseph GINSBURG, de nationalité russe, est un juif ashkénase. II est né a Odessa et a rencontre la future mère de Lucien (Oletchka) en Crimée. Premier prix de piano du Conservatoire de Musique (il sera quelques années plus tard pianiste de bar à Paris), il fuit la revolution bolchevique et son cortege d’atrocites et gagne la France, puis Paris et s’y installe avec Oletchka, qui est une femme d’une grande beauté au caractère trés enjoué.

A l’école communale de la rue Blanche, située prés du square de la Trinité, c’est un trés bon élève. Mais la guerre arrive, puis la débacle de 1940 et la famille se réfugie en Normandie ou Lucien découvre la peinture. A la liberation, il entre au Iycée Condorcet,.mais Lucien est un élève indiscipline et il se fait renvoyer avant de passer son baccalauréat. II entre alors aux Beaux Arts (Architecture). mais retourne rapidement à la peinture.

En 1948, il effectue son service militaire et, toujours indiscipline, fait connaissance avec le camp de Frileuse. II deviendra alors tireur d’élite à la mitrailleuse.
Son temps terminé, Lucien se remet à peindre, essayant différents genres et passant du figuratif au surréalisme, bifurquant vers le dadaisme et revenant a ses premieres amours: le figuratif. Pendant ce temps, il exerce quelques petits métiers et met notamment en couleurs les photographies que l’on trouvait exposées a l’entrée des cinémas dans les années 50.

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Puis, Lucien est engage comme pianiste au cabaret Milord l’Arsouille. II en profite pour changer de patronyme et de prénom: GINSBURG devient GAINSBOURG et Lucien devient Serge. (il trouvait que Lucien faisait garçon coiffeur).
Eté 1958, son premier album (un 33 tours 25 cm) sort avec 9 premieres chansons Du Chant à la Une dont Marcel AYME écrit la préface. L’Academie Charles CROS lui donne son grand prix et Boris VIAN est enthousiasme mais la critique boude.

Un deuxième et un troisième 33 tours 25 cm vont suivre, mais la critique est toujours trés réservée. Serge GAINSBOURG écrit alors pour les autres:Isabelle AUBRET, Hugues AUFRAY, Michèle ARNAUD, Brigitte BARDOT, Philippe CLAY, Pétula CLARK, Juliette GRECO, Gloria LASSO, Nalla MOUSKOURI, Jean-Claude PASCAL, Serge REGGIANI, Cora VAUCAIRE entres autres…

L’annee 1965 marque un tournant dans sa carriere avec le Grand Prix Eurovision de la Chanson qutil remporte avec France GALL, l’interprète de sa chanson  » Poupée de cire, poupée de son « .
En 1966 il écrit la bande originale de la comédie musicale (de Pierre KORALNIK): ANNA avec Anna KARINA. JeanClaude BRIALY, Serge GAINSBOURG. Cette comédie musicale fut réalisée pour la télévision.

L’année 1967 voit Serge faire chanter Brigitte BARDOT: Harley Davidson. Bonie and Clyde… En 1969 c’est le succès colossal de Je t’aime …moi non plus avec Jane BIRKIN

L’année 1971 voit naître Melody Nelson qui sera également un succès considérable.

http://www.youtube.com/watch?v=KvW2y6CbNXQ

En 1973 Serge a sa première alerte cardiaque.

L’année 1976 voit la sortie du film Je t’aime… moi non plus mis en scène par GAINSBOURG.

En 1978 il écrit et compose pour Jane BIRKIN. L’annee 1979 voit Serge monter sur scène avec le groupe BIJOU. II écrit des chansons pour Alain CHAMFORT et Alain BASHUNG. Mais surtout, il sort la version revue et corrigée de la Marseillaise: Aux armes, et caetera qui aura un succès énorme (disque de platine).

En 1980/1981 Serge écrit Euguenie Sokolov et sort l’album Mauvaises Nouvelles des Etoiles et écrit la bande originale du film « Je vous Aime » de Claude BERRI.

L’année 1981 voit Serge écrire un album pour Catherine DENEUVE. Gainsbourg fait la connaissance de Caroline Von Paulous dite Bambou, qui lui donnera quelques années plus tard le petit Lulu.

En 1983 c’est pour Isabelle ADJANI qu’il écrit un 33 tours dans lequel on trouve le désormais célébre Pull Marine. Il réalise également son deuxième long métrage: Equateur.

Les années 1984/1985 Love on the beat est disque de platine. Serge reçoit le Grand Prix de la Chanson décerné par le Ministre de la Culture. C’est le temps de gainsbarre et de la Provoc…

Il devient Officier de l’ordre des Arts et Lettres et chante au Casino de Paris pendant cinq semaines. En 1986 il écrit un 33 tours pour sa fille Charlotte « CHARLOTTE FOR EVER  » et réalise le long métrage du même nom.

L’année 1988 voit « Le Zenith de GAINSBOURG « .

En 1989 les chirurgiens lui enlevent un lobe hépatique. Il écrit pour Vanessa PARADIS.

L’année 1990 voit la réalisation du dernier long métrage de GAINSBOURG : Stan the flasher(la tragédie d’un exhibitionniste).

2 mars 1991 Décés de Serge GAINSBOURG

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Citations de Serge Gainsbourg]

L’idée du bonheur m’est étrangère, je ne la conçois pas donc je ne le cherche pas.

  • Gainsbourg, Gilles Verlant, éd. Livre de Poche, 2000, p. 902

C’est illégal ce que je vais faire mais je vais le faire quand même… Il faut pas déconner, ça c’est pas pour les pauvres, c’est pour le nucléaire.

  • Sur le plateau du 11 mars 1984 à l’émission 7 sur 7, Serge Gainsbourg brûle un billet de 500 francs.

Quand j’ai le delirium, je deviens très mince.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 14

Du champ’, du brut, des vamps, des putes.

Doit-on dire un noir ou un homme de couleur ? Tout ceci n’est pas clair.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 13

Doit-on dire un noir ou un homme de couleur ? Tout ceci n’est pas clair.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 15

Toutes les femmes sont à prendre
-Enfin
-Y’en a qui peuvent attendre.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 20

Certains s’effacent devant leur destin. Moi je le mets aux arrêts de rigueur. À fond de cale.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 24

Disons que pour la femme, je suis un mâle nécessaire et pour moi, elle est un bien inutile.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 25

Depuis la mort de mon père et de ma mère, je préfère l’asphalte. La terre est mangeuse d’hommes.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 27

Amour hélas ne prend qu’un M. Faute de frappe c’est haine pour aime.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 30

C’est une défense de me mettre un masque. Moi je crois que j’ai mis un masque et que je le porte depuis vingt ans, je n’arrive plus à le retirer, il me colle à la peau. Devant, il y a toute la mascarade de la vie et derrière, il y a un nègre, c’est moi.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 36

Ce qui me gêne dans la jument, c’est la queue.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 40

C’est normal d’être orphelin à cinquante-sept ans. Normal, mais inadmissible.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 48

D’un tableau de Francis Bacon
– Je suis sorti
– Faire l’amour avec un autre homme
– Qui me dit
– Kiss me Hardy

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 56

N’remue pas s’il te plait
-Le couteau dans la play
-Plus de flash-back
-Ni de come-back
-Les larmes c’est en play-back complet.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 57

La différence entre la beauté et la laideur, c’est que la laideur, elle, au moins, elle dure.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 67

Rendre l’âme ? D’accord, mais à qui ?

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 74

Moi je n’ai pas d’idée, j’ai des associations de mots, comme les surréalistes; carence d’idée. Ça cache un vide absolu, je suis sous vide.

Je serai fusillé d’une balle rouillée et mourrai du tétanos.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 74

Si j’étais Dieu, je serais peut-être le seul à ne pas croire en moi.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 78

Je serai fusillé d’une balle rouillée et mourrai du tétanos.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 99

Dieu est un fumeur de havanes
C’est lui même qui m’a dit
Qu’la fumée envoie au paradis
Je le sais ma chérie.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 136

Sur ma tombe je veux que l’on rédige cette épitaphe : « Ci-gît le renégat de l’absolu ». Dernière consigne : ne m’enterrez pas en grande pompe, mais à toute pompe!

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 141

J’arrête de fumer toutes les 5 minutes.

  • Sur l’antisémitisme : « Vous savez qui a coulé le Titanic ? Iceberg, encore un Juif ! »
  • Sur la gauche : « En 1981 je me baladais rue Saint-Denis, là je tombe sur une pute superbe, je lui dis – tu sais comment je m’appelle, mais toi quel est ton nom ? – socialisme. Alors je monte avec elle et dans la chambre je m’aperçois que c’est un immonde travelo, elle me dit alors – prends-moi par le communisme ! »
  • Sur la guerre d’Afghanistan (1979) : « J’ai 7 mots à dire : les Russes sont des en cu lés. »
  • « Pour l’amitié entre hommes et femmes, impensable. Parce qu’il y a toujours sous-jacent le désir animal. »
  • « J’ai eu une crise cardiaque ce qui prouve que j’ai un cœur. »
  • « J’arrête de fumer toutes les 5 minutes. »
  • « La connerie est la décontraction de l’intelligence. »
  • « Le comble de la misère c’est l’absence de papier cul. »
  • « Une Lolita , c’est une fleur qui vient d’éclore et qui prend conscience de son parfum et de ses piquants. »
  • À propos de France Gall : « Si vous savez ouvrir cette huître, vous trouverez la perle… Sinon, vous tomberez sur une moule. »[8]
  • « Juif : ce n’est pas une religion. Aucune religion ne fait pousser un nez comme ça. »
  • « Je fume, je bois, je baise. Triangle équilatéral. »
  • « Le snobisme, c’est une bulle de champagne qui hésite entre le rot et le pet. »
  • « J’ai retourné ma veste quand je me suis aperçu qu’elle était doublée de vison. » (prononcé pendant une émission télé Discorama).
  • « J’ai placé mon univers de la chanson dans une sphère de luxe et de névrose. »
  • « La chance est un oiseau de proie survolant un aveugle aux yeux bandés. »
  • « Un homme démaquillé est ambigu, alors qu’une femme maquillée est confuse. »
  • « Le succès et la gloire ne nous griseront jamais que les tempes. »
  • « Je ne sais pas ce qu’il faut faire, mais je sais ce qu’il ne faut pas faire. »
  • « Le masque tombe, l’homme reste, et le héros s’évanouit. »
  • « Qui promène son chien est au bout de la laisse. »
  • « L’homme a créé Dieu, l’inverse reste à prouver. »
  • « L’amour physique est sans issue. »
  • « L’amour est aveugle et sa canne est rose bonbon. »
  • « L’amour est un cristal qui se brise en silence. »
  • « Nous nous sommes dit tu. Nous nous sommes dit tout. Nous nous sommes dit vous, puis nous nous sommes tus. »
  • « Je trouve la gauche assez adroite, et la droite un peu gauche. »
  • « J’aime bien Mickey. Il est comme moi : il a deux grandes oreilles et une longue queue. »
  • « Je bois et je fume. L’alcool conserve les fruits ; la fumée conserve la viande. » (citation empruntée à Ernest Hemingway).
  • « La laideur est supérieure à la beauté en ce sens qu’elle dure. » (citation empruntée à Georg Christoph Lichtenberg).
  • « La gueule que j’ai aujourd’hui, je la regretterai dans dix ans. »
  • Sur un plateau télé, il déclare à propos de la chanteuse américaine Whitney Houston (alors assise à ses cotés…): « I want to fuck her! », ce qui signifie, en anglais, « Je veux la baiser ! » (revoir la vidéo [1])
  • « Il faut prendre les femmes pour ce qu’elles ne sont pas, et les laisser pour ce qu’elles sont. »
  • « J’ai mis mon génie dans ma vie et mon talent dans mon œuvre. » (citation empruntée à Oscar Wilde).
  • {{Citation|Quand les gens venaient me voir chanter, ils disaient que je n’avais pas de tenue scénique. Maintenant, j’ai une tenue cynique et on dit que je suis pretentieux. Il faudrait savoir !

 

Ne rien devoir à son époque, ne rien solliciter d’elle, parier contre ses goûts et ses fanatismes