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Serge Gainsbourg

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Tout de souffre parée, la légende de l’homme à la tête de choux menace d’habiter à jamais les esprits. Rassurez vous, tous n’y sont pas sensibles. Ou pas pour les bonnes chansons raisons. Ses mélodies au lourd parfum de décadence rythment la damnation des ondes. Comme si après lui la musique avait cessé de penser. Dynamitant les codes musicaux, paroliers, tantriques et idéologiques, il y a de quoi se détendre, méditer ou déprimer, c’est selon. Quand Gainsbourg se bourre, Gainsbar se barre. Oui, mais avec tant de brio qu’on aimerait payer sa tournée.

Dans cet art mineur qu’est la chanson, cet art cinétique qui ne semble répondre qu’aux mouvements de l’instant, ce n’est pas la valeur qui compte, mais l’impact. « Ce nazaréen qui n’avait rien d’un aryen »savait réenchanter le rêve, et dévoiler ses fracas. Ne se bardant pas d’illusions, il régalait. Une existence voluptueusement anarchic’, bordées d’inspirations éthyliques, comme s’il lui fallait verser dans l’excès pour affronter sa créativité cosmique. Pourquoi manque t-il tant? Une liberté sur lyrics qui ne fait jamais défaut. Foncièrement on se sent un peu abandonnés. A l’heure où la techno décérébrée et la comptine engagée trustent les cimes du fétiche box-office, une Gains dose apportera à tous les foyers une évasion dont on aurait tort de se défaire.

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Un spectre hante la France  : le spectre de Serge Gainsbourg. Dix-sept ans après sa mort, on le voit encore ici et là : à la télé, dans les livres,  en expo, au cinéma. Et puis, il passe encore beaucoup à la radio. Oui, cet agitateur depuis 1958, depuis « Le Poinçonneur des Lilas » : espèce d’hymne zazou de la classe ouvrière, quelque chose comme un « trouer plus pour gagner plus » : nous agite encore.

Dieu sait pourtant s’il n’était pas communiste, Serge Gainsbourg. Il ne perdra jamais de vue que son père avait fui la révolution bolchevique. En 1984, un an après que Mitterrand a largué le cadavre du socialisme dans un virage à 180°, celui de la rigueur, Gainsbourg brûle un billet de 500 francs dans une émission de télé restée célèbre, pour expliquer qu’il est taxé à 74 %.

Le bouclier fiscal n’existait pas alors, même si, contrairement à tant d’autres stars (Delon, Aznavour), Gainsbourg ne s’évadera jamais fiscalement en s’installant à l’étranger. C’est un Français qui entend le demeurer. C’est même, du fait de ses origines slaves, dans le faux paradoxe de l’assimilation, un plus que Français. Mais là, il est furax contre les socialistes. Dans cette même émission, il déclare, un rien démago : « J’aimerais que les pauvres aient tous des Rolls et moi j’ai vendu la mienne. Voilà le travail socialiste. »

Et puis surtout, il balance cette parabole du plus parfait mauvais goût : « En mai 1981, je me trouvais rue Saint-Denis. Et je vois une supernana qui faisait le trottoir. « Hey, Gainsbourg, tu montes »… « Toi tu connais mon nom, mais je ne connais pas le tien »… « Moi, je m’appelle socialisme ! » Elle est superbe, maquillée un peu outrageusement. Je lui dis : « Oui, mais combien tu veux »… « Tu paieras après. » On monte, elle se déloque et en fait, c’est un immonde travelo. Elle se tourne et me dit : « Tiens, prends-moi par le communisme ! » Bien, c’était une parabole. Ceci dit on va tellement dans le foutoir que bientôt, c’est plus du café qu’on va boire, c’est de l’eau chaude. »

AU BOUT DE LA MODERNITE

Dali avait dit : « Picasso est espagnol, moi aussi. Picasso est peintre, moi aussi. Picasso est communiste, moi non plus. » Et Gainsbourg, itou. Au contraire, ce dernier aimait l’ordre, la hiérarchie, les flics, les militaires. Fétichiste, collectionneur, il était comme tous les fétichistes et collectionneurs : à savoir, conservateur. Du passé, il faisait plutôt table basse, dans son hôtel particulier de la rue de Verneuil où s’empilaient ses souvenirs.

http://www.youtube.com/watch?v=ZUBXqFhP808

Certes, sur la question de l’ordre, il était sans doute un brin dérangé : chez lui, tout avait l’air en vrac mais en réalité posé dans un rapport millimétré, maniaque, inamovible dans l’espace. En fait, tout en lui, et ses déclarations, signale ce qu’on appelait à l’époque un anar de droite. D’où sans doute la rivalité de trente ans avec son collègue Léo Ferré, anar de gauche. A eux deux, dans les années 1970, ils vont en tout cas se partager l’extrême pointe de la modernité de la chanson française. L’un dira le signifié (Ferré), l’autre le signifiant (Gainsbourg). Car les anars de droite ont ceci de sympathique qu’ils ne sont jamais vraiment sérieux, d’un point de vue politique.

La politique n’intéressait pas beaucoup Gainsbourg. Mai-68, il a suivi ça à la télé, dans une chambre de l’hôtel Ritz, parce qu’il y avait l’air climatisé, expliquera-t-il. A l’époque, il vient juste de rencontrer Jane Birkin qui, devant la tournure prise par les événements, rentre en Angleterre. « La révolution, dira-t-il, c’est bleu de chauffe et rouge de honte. » En 1974, il appelle à voter Giscard avant de se rattraper aux branches et d’affirmer qu’il s’agissait d’un geste purement dadaïste… A dada sur Raymond (gains) Barre… Gainsbourg sentait que son public devait voter plutôt à gauche.

En revanche, il sera d’un antiracisme constant durant les années 1980 qui voient la montée du Front National en France. Alors qu’il est l’invité de la plus populaire des émissions télévisées de cette décennie, « Le Jeu de la vérité », animée par Patrick Sabatier, il raconte devant des millions de téléspectateurs la blague suivante : « Un immigré va voir Chirac (alors maire de Paris) et lui demande : « Combien tu me donnes pour que je m’en aille » Chirac lui répond : 5000 francs. Alors l’immigré va voir Pasqua (alors ministre de l’Intérieur), lui pose la même question, et Pasqua : 50 000 francs. Alors l’immigré va voir Le Pen, lui demande ce qu’il donnerait pour qu’il s’en aille, et Le Pen lui répond : cinq minutes. » Gainsbourg racontait que le lendemain de cette émission, il était dans une boîte des Champs-Elysées quand une jeune fille blonde vint le voir pour lui dire que son père s’était tordu de rire devant sa télé en entendant sa blague. Cette jeune fille, c’était Marine Le Pen, et Gainsbourg ajoutait qu’ils avaient fait ensuite la bringue toute la nuit.

 

LE TRAVAIL ET LA VALEUR

http://www.youtube.com/watch?v=jbJjcWJwfPE

Nous n’avons donc rien à voir politiquement avec ce Gainsbourg-là, et pourtant, dans ce recoin-ci de l’histoire, si. Sauf, en effet, à vouloir faire de l’esthétique une catégorie étrangère à la politique, voire pire, une catégorie transpolitique… Sauf à vouloir l’emmurer sous un tombereau de compliments sans intérêt, et passables comme tout compliment figé dans sa gelée, nous devons convenir que Gainsbourg s’est attaqué dans son œuvre à deux tabous : à moins que ce ne fût encore des totems : qui nous importent peu : le travail et la valeur. Même si les deux sont évidemment liés, commençons par le deuxième : la valeur. Comment, se demanderont certains, un même artiste est-il capable du meilleur (disons « Je t’aime moi non plus » ou « Je suis venu te dire que je m’en vais ») et du pire (disons « Sea, Sex And Sun » ou « L’Ami Caouette ») ?

http://www.youtube.com/watch?v=T4sregRBzOc

Les mauvaises langues et surtout ceux qui aimeraient que s’appliquent sans fin, ni fond véritable, les vestiges vertigineux du beau kantien, diront que c’est que Gainsbourg, dans certains cas, n’a pas assez travaillé, qu’il s’est plié à de quelconques facilités. Mais toutes les déclarations du principal intéressé sont assez claires sur ce point : ce que Gainsbourg a fait n’a, selon lui, aucune valeur : ou presque. Et soyons bien certains qu’au fond, nous en convenons nous aussi. On ne va surtout pas comparer Gainsbourg aux « grands » « artistes » de notre temps… Avec lui, quand même, toujours, fort heureusement, les pincettes restent de mise.

Dans cet art mineur qu’est la chanson, cet art cinétique qui ne semble répondre qu’aux mouvements de l’instant, ce n’est pas la valeur qui compte, en effet, mais l’impact. Mais à l’époque de Gainsbourg : ces Trente Glorieuses où l’on rigolait : on ne calcule pas encore l’impact en fonction d’une cible marketing. Comme disait Picasso, en ce temps-là, on ne cherche pas : on trouve. Ou pas. En son nom propre, Gainsbourg n’a pas eu de succès avant la déflagration de La Marseillaise en reggae (1978), cet hymne prématuré, futuriste, pour la France black-blanc-beur de 1998 ou pour cette République scandée plutôt qu’on attend encore, assis sur le même banc de touche que François Bayrou, misère, pff…

Qu’est-ce qui a de la valeur ? On aura peut-être compris que l’actuelle crise : dite financière : pose cette question avec une acuité toute nouvelle, laquelle n’a rien d’économique en soi, mais est totalement philosophique.

Pourtant, la crise artistique l’avait déjà posée bien avant, avec, successivement, dans le XXe siècle, Dada, puis le Surréalisme, le Situationnisme, le Punk, et donc, par chez nous, exclusivement, dans ce qui semble toujours un dandysme de trois jours comme on le dirait d’une barbe, Serge Gainsbourg.

http://www.youtube.com/watch?v=zGaGoJ8wPGM

De là, à notre avis, l’actualité immédiate de notre homme : avec ce qu’il appelait son aquoibonisme, il nous démontre présentement, plus vivant que mort, qu’un monde enfin se termine dans un grand éclat de rire morose.

Arnaud Viviant

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De son vrai nom Lucien GINZBURG, Serge Gainsbourg est né le 2 avril 1928 à Paris.
Son père, Joseph GINSBURG, de nationalité russe, est un juif ashkénase. II est né a Odessa et a rencontre la future mère de Lucien (Oletchka) en Crimée. Premier prix de piano du Conservatoire de Musique (il sera quelques années plus tard pianiste de bar à Paris), il fuit la revolution bolchevique et son cortege d’atrocites et gagne la France, puis Paris et s’y installe avec Oletchka, qui est une femme d’une grande beauté au caractère trés enjoué.

A l’école communale de la rue Blanche, située prés du square de la Trinité, c’est un trés bon élève. Mais la guerre arrive, puis la débacle de 1940 et la famille se réfugie en Normandie ou Lucien découvre la peinture. A la liberation, il entre au Iycée Condorcet,.mais Lucien est un élève indiscipline et il se fait renvoyer avant de passer son baccalauréat. II entre alors aux Beaux Arts (Architecture). mais retourne rapidement à la peinture.

En 1948, il effectue son service militaire et, toujours indiscipline, fait connaissance avec le camp de Frileuse. II deviendra alors tireur d’élite à la mitrailleuse.
Son temps terminé, Lucien se remet à peindre, essayant différents genres et passant du figuratif au surréalisme, bifurquant vers le dadaisme et revenant a ses premieres amours: le figuratif. Pendant ce temps, il exerce quelques petits métiers et met notamment en couleurs les photographies que l’on trouvait exposées a l’entrée des cinémas dans les années 50.

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Puis, Lucien est engage comme pianiste au cabaret Milord l’Arsouille. II en profite pour changer de patronyme et de prénom: GINSBURG devient GAINSBOURG et Lucien devient Serge. (il trouvait que Lucien faisait garçon coiffeur).
Eté 1958, son premier album (un 33 tours 25 cm) sort avec 9 premieres chansons Du Chant à la Une dont Marcel AYME écrit la préface. L’Academie Charles CROS lui donne son grand prix et Boris VIAN est enthousiasme mais la critique boude.

Un deuxième et un troisième 33 tours 25 cm vont suivre, mais la critique est toujours trés réservée. Serge GAINSBOURG écrit alors pour les autres:Isabelle AUBRET, Hugues AUFRAY, Michèle ARNAUD, Brigitte BARDOT, Philippe CLAY, Pétula CLARK, Juliette GRECO, Gloria LASSO, Nalla MOUSKOURI, Jean-Claude PASCAL, Serge REGGIANI, Cora VAUCAIRE entres autres…

L’annee 1965 marque un tournant dans sa carriere avec le Grand Prix Eurovision de la Chanson qutil remporte avec France GALL, l’interprète de sa chanson  » Poupée de cire, poupée de son « .
En 1966 il écrit la bande originale de la comédie musicale (de Pierre KORALNIK): ANNA avec Anna KARINA. JeanClaude BRIALY, Serge GAINSBOURG. Cette comédie musicale fut réalisée pour la télévision.

L’année 1967 voit Serge faire chanter Brigitte BARDOT: Harley Davidson. Bonie and Clyde… En 1969 c’est le succès colossal de Je t’aime …moi non plus avec Jane BIRKIN

L’année 1971 voit naître Melody Nelson qui sera également un succès considérable.

http://www.youtube.com/watch?v=KvW2y6CbNXQ

En 1973 Serge a sa première alerte cardiaque.

L’année 1976 voit la sortie du film Je t’aime… moi non plus mis en scène par GAINSBOURG.

En 1978 il écrit et compose pour Jane BIRKIN. L’annee 1979 voit Serge monter sur scène avec le groupe BIJOU. II écrit des chansons pour Alain CHAMFORT et Alain BASHUNG. Mais surtout, il sort la version revue et corrigée de la Marseillaise: Aux armes, et caetera qui aura un succès énorme (disque de platine).

En 1980/1981 Serge écrit Euguenie Sokolov et sort l’album Mauvaises Nouvelles des Etoiles et écrit la bande originale du film « Je vous Aime » de Claude BERRI.

L’année 1981 voit Serge écrire un album pour Catherine DENEUVE. Gainsbourg fait la connaissance de Caroline Von Paulous dite Bambou, qui lui donnera quelques années plus tard le petit Lulu.

En 1983 c’est pour Isabelle ADJANI qu’il écrit un 33 tours dans lequel on trouve le désormais célébre Pull Marine. Il réalise également son deuxième long métrage: Equateur.

Les années 1984/1985 Love on the beat est disque de platine. Serge reçoit le Grand Prix de la Chanson décerné par le Ministre de la Culture. C’est le temps de gainsbarre et de la Provoc…

Il devient Officier de l’ordre des Arts et Lettres et chante au Casino de Paris pendant cinq semaines. En 1986 il écrit un 33 tours pour sa fille Charlotte « CHARLOTTE FOR EVER  » et réalise le long métrage du même nom.

L’année 1988 voit « Le Zenith de GAINSBOURG « .

En 1989 les chirurgiens lui enlevent un lobe hépatique. Il écrit pour Vanessa PARADIS.

L’année 1990 voit la réalisation du dernier long métrage de GAINSBOURG : Stan the flasher(la tragédie d’un exhibitionniste).

2 mars 1991 Décés de Serge GAINSBOURG

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Citations de Serge Gainsbourg]

L’idée du bonheur m’est étrangère, je ne la conçois pas donc je ne le cherche pas.

  • Gainsbourg, Gilles Verlant, éd. Livre de Poche, 2000, p. 902

C’est illégal ce que je vais faire mais je vais le faire quand même… Il faut pas déconner, ça c’est pas pour les pauvres, c’est pour le nucléaire.

  • Sur le plateau du 11 mars 1984 à l’émission 7 sur 7, Serge Gainsbourg brûle un billet de 500 francs.

Quand j’ai le delirium, je deviens très mince.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 14

Du champ’, du brut, des vamps, des putes.

Doit-on dire un noir ou un homme de couleur ? Tout ceci n’est pas clair.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 13

Doit-on dire un noir ou un homme de couleur ? Tout ceci n’est pas clair.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 15

Toutes les femmes sont à prendre
-Enfin
-Y’en a qui peuvent attendre.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 20

Certains s’effacent devant leur destin. Moi je le mets aux arrêts de rigueur. À fond de cale.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 24

Disons que pour la femme, je suis un mâle nécessaire et pour moi, elle est un bien inutile.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 25

Depuis la mort de mon père et de ma mère, je préfère l’asphalte. La terre est mangeuse d’hommes.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 27

Amour hélas ne prend qu’un M. Faute de frappe c’est haine pour aime.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 30

C’est une défense de me mettre un masque. Moi je crois que j’ai mis un masque et que je le porte depuis vingt ans, je n’arrive plus à le retirer, il me colle à la peau. Devant, il y a toute la mascarade de la vie et derrière, il y a un nègre, c’est moi.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 36

Ce qui me gêne dans la jument, c’est la queue.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 40

C’est normal d’être orphelin à cinquante-sept ans. Normal, mais inadmissible.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 48

D’un tableau de Francis Bacon
– Je suis sorti
– Faire l’amour avec un autre homme
– Qui me dit
– Kiss me Hardy

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 56

N’remue pas s’il te plait
-Le couteau dans la play
-Plus de flash-back
-Ni de come-back
-Les larmes c’est en play-back complet.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 57

La différence entre la beauté et la laideur, c’est que la laideur, elle, au moins, elle dure.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 67

Rendre l’âme ? D’accord, mais à qui ?

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 74

Moi je n’ai pas d’idée, j’ai des associations de mots, comme les surréalistes; carence d’idée. Ça cache un vide absolu, je suis sous vide.

Je serai fusillé d’une balle rouillée et mourrai du tétanos.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 74

Si j’étais Dieu, je serais peut-être le seul à ne pas croire en moi.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006, p. 78

Je serai fusillé d’une balle rouillée et mourrai du tétanos.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 99

Dieu est un fumeur de havanes
C’est lui même qui m’a dit
Qu’la fumée envoie au paradis
Je le sais ma chérie.

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 136

Sur ma tombe je veux que l’on rédige cette épitaphe : « Ci-gît le renégat de l’absolu ». Dernière consigne : ne m’enterrez pas en grande pompe, mais à toute pompe!

  • Pensées, provoc et autres volutes, Serge Gainsbourg, éd. Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2-253-11941-8), p. 141

J’arrête de fumer toutes les 5 minutes.

  • Sur l’antisémitisme : « Vous savez qui a coulé le Titanic ? Iceberg, encore un Juif ! »
  • Sur la gauche : « En 1981 je me baladais rue Saint-Denis, là je tombe sur une pute superbe, je lui dis – tu sais comment je m’appelle, mais toi quel est ton nom ? – socialisme. Alors je monte avec elle et dans la chambre je m’aperçois que c’est un immonde travelo, elle me dit alors – prends-moi par le communisme ! »
  • Sur la guerre d’Afghanistan (1979) : « J’ai 7 mots à dire : les Russes sont des en cu lés. »
  • « Pour l’amitié entre hommes et femmes, impensable. Parce qu’il y a toujours sous-jacent le désir animal. »
  • « J’ai eu une crise cardiaque ce qui prouve que j’ai un cœur. »
  • « J’arrête de fumer toutes les 5 minutes. »
  • « La connerie est la décontraction de l’intelligence. »
  • « Le comble de la misère c’est l’absence de papier cul. »
  • « Une Lolita , c’est une fleur qui vient d’éclore et qui prend conscience de son parfum et de ses piquants. »
  • À propos de France Gall : « Si vous savez ouvrir cette huître, vous trouverez la perle… Sinon, vous tomberez sur une moule. »[8]
  • « Juif : ce n’est pas une religion. Aucune religion ne fait pousser un nez comme ça. »
  • « Je fume, je bois, je baise. Triangle équilatéral. »
  • « Le snobisme, c’est une bulle de champagne qui hésite entre le rot et le pet. »
  • « J’ai retourné ma veste quand je me suis aperçu qu’elle était doublée de vison. » (prononcé pendant une émission télé Discorama).
  • « J’ai placé mon univers de la chanson dans une sphère de luxe et de névrose. »
  • « La chance est un oiseau de proie survolant un aveugle aux yeux bandés. »
  • « Un homme démaquillé est ambigu, alors qu’une femme maquillée est confuse. »
  • « Le succès et la gloire ne nous griseront jamais que les tempes. »
  • « Je ne sais pas ce qu’il faut faire, mais je sais ce qu’il ne faut pas faire. »
  • « Le masque tombe, l’homme reste, et le héros s’évanouit. »
  • « Qui promène son chien est au bout de la laisse. »
  • « L’homme a créé Dieu, l’inverse reste à prouver. »
  • « L’amour physique est sans issue. »
  • « L’amour est aveugle et sa canne est rose bonbon. »
  • « L’amour est un cristal qui se brise en silence. »
  • « Nous nous sommes dit tu. Nous nous sommes dit tout. Nous nous sommes dit vous, puis nous nous sommes tus. »
  • « Je trouve la gauche assez adroite, et la droite un peu gauche. »
  • « J’aime bien Mickey. Il est comme moi : il a deux grandes oreilles et une longue queue. »
  • « Je bois et je fume. L’alcool conserve les fruits ; la fumée conserve la viande. » (citation empruntée à Ernest Hemingway).
  • « La laideur est supérieure à la beauté en ce sens qu’elle dure. » (citation empruntée à Georg Christoph Lichtenberg).
  • « La gueule que j’ai aujourd’hui, je la regretterai dans dix ans. »
  • Sur un plateau télé, il déclare à propos de la chanteuse américaine Whitney Houston (alors assise à ses cotés…): « I want to fuck her! », ce qui signifie, en anglais, « Je veux la baiser ! » (revoir la vidéo [1])
  • « Il faut prendre les femmes pour ce qu’elles ne sont pas, et les laisser pour ce qu’elles sont. »
  • « J’ai mis mon génie dans ma vie et mon talent dans mon œuvre. » (citation empruntée à Oscar Wilde).
  • {{Citation|Quand les gens venaient me voir chanter, ils disaient que je n’avais pas de tenue scénique. Maintenant, j’ai une tenue cynique et on dit que je suis pretentieux. Il faudrait savoir !

 

Anarchiste de Droite ?

ANARCHISTE DE DROITE !

L’expression sonne comme une insulte. Ou comme un compliment, c’est selon. Ça sent le souffre, la pédanterie bon marché, le mépris revendiqué. L’anarchisme de droite n’est pas une école de pensée. C’est une famille recomposée. Introuvable voire impossible. C’est que cet anar là est d’autant plus difficile à reconnaître qu’il ne se définit habituellement pas comme tel. Anarchiste ? Il se moque de tout, à commencer par lui-même. Tâte plus du salon feutré que le pavé.  De droite ? Rien ne l’agace autant que les snobs, le matérialisme et les bourgeois. Le confort n’est pas sa quête. L’anarchiste de droite n’occupe pas une position facile. Les uns lui reprochent d’être plus de droite qu’anarchiste ; les autres d’être plus anarchiste que de droite. Dans le fond, lui-même ne sait pas trop où il se situe. Les inquisiteurs perdent patience à les placer, ignorent comment les étiqueter; il faut reconnaitre que ces lurons déconcertent. Ils ne cherchent pas tant que ça à se faire remarquer ; se « distinguer » leur suffit. Si vous en suspectez un, ne le catégorisez jamais ainsi il se mettrait en colère, se considérerait marqué comme du bétail. Méfiant envers l’engagement, les slogans, les drapeaux, il aurait l’impression de s’enrôler dans un parti. Toute les étiquettes lui sont suspectes.

Devant la question: pourquoi suis-je anarchiste de droite ? La tentation est grande de s’évader dans l’anecdote, de sortir sa carte de crédit ou son colt, ou de se situer « à mi-chemin entre l’extrême droite et l’extrême gauche mais derrière l’hémicycle et en tournant le dos au Président. ».. On appartient à l’anarchisme de droite essentiellement par tempérament, qui désigne davantage une sensibilité qu’un véritable corpus philosophique. Ces hommes libres ont peu de goût pour les sentiers tracés, ont rapidement pris coutume de théoriser par eux-mêmes, en zigzag, quitte à y perdre en route un peu de sang et d’amitiés.

Les anarchistes de droite se sont donnés pour mission de trancher le col des convenances. Alliant la verve, le style, et la provocation ils ne se célèbrent pas dans un anticonformisme de façade ; ils ne cessent d’analyser, de moquer ou de dialectiser des phénomènes grotesques, qui à force de nous noyer, ont fini par apparaître souhaitables au plus grand nombre. Armés d’un subtil cocktail de cynisme, de perfidie et d’élégance, ils dégomment les démagogies.

Chacun, dans son art, a su s’affranchir des carcans, des mirages et des conservatismes pour transcender sa vérité. Cette chasse à la connerie doit malheureusement parfois cheminer à travers les invectives et outrances pour toucher son objet sans artifice. De façon parfois impatiente, polémique, et souvent forcenée. Qu’il en soit ainsi… Un certain ton, une violence, une intransigeance, une franchise, une hauteur, une exigence, autant d’indices à recueillir pour saisir les contours de cette appellation.

De Céline à Houellebecq, en passant par Gabin, Aymé, Bernanos, MicBerth, Nimier, Lévi Strauss, Audiard, Muray, Déon, Ariès,  Léautaud, Anouilh, Desproges, Audiard et autres trublions… Étrange et obscure recomposition familiale. Tous sont des représentants de ce qu’il y a de meilleur dans l’orgueil humain. Il serait néanmoins parfaitement illusoire de les considérer comme les défenseurs interchangeables d’une même cause. Opposés de par leurs activités, tempéraments, époques, réussites ; ces individus partagent néanmoins un certain lot de ressemblances, qu’on pourrait aisément qualifier de résistance. À l’ennui, à la bêtise, ou à la veulerie des temps..

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–> L’anarchisme est l’un de ces courants politiques sur lesquels plus on lit, moins on en sait. Quelle que soit l’approche, chaque livre allonge la liste des complexités, des nuances et des diversités internes. Cela ne facilite vraiment pas la tâche, surtout quand il convient d’être synthétique. Convenons-en d’entrée, il n’existe pas d’esthétique de l’anarchisme de droite unifiée, identifiée et uniforme ; mais de profondes ressemblances et un parfum de saine ivresse que ce blog propose modestement de synthétiser.

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Les thuriféraires de la pensée dominante auront tout le loisir de taxer ce mouvement d’hérétique et de barbare, prétendre qu’il est une absurdité sémantique, invoquer un combat rouge-brun d’arrière garde. L’anathème reste souvent le seul argumentaire et il parait donc logique que la dimension métaphysique de l’œuvre ait été complètement occultée. Hélas, il n’y a pas de rédemption ici-bas ! Juste la compilation d’individus, plus ou moins artistes, plus ou moins sérieux, qui ont dédié leur art à la recherche d’une certaine idée de la liberté. Ne cherchez ici aucune réponse aux maux dénoncés, aucune doctrine, aucun théorème figé. Il y a dans ce flot de constatations un parfum de déchéance et de brio qui peut plaire. Incontestablement cela flatte quelque chose en nous. Le simple fait de voir ses craintes justifiées vous offrira peut-être au moins la satisfaction d’avoir vu la débâcle arriver. Le mauvais esprit est dit-on à la mode, profitons-en, ces pourfendeurs de consensus ont un public qu’on espère toujours plus nombreux. Ils sont souvent applaudis des deux bords, en viennent souvent; ça pourrait être troublant.


 HISTORIQUE

histoire anarchie L’anarchisme est né, sous sa forme moderne, à la fin du XIXe siècle. D’où vient ce mot entaché du sens traditionnel de désordre ? Le terme grec « Anarkhia » signifie absence de chef.

L’anarchisme est né au XIXe siècle. Trop souvent confondu par les politologues avec les théories révolutionnaires de Proudhon et de Bakounine, ou réduit à travers l’imagerie populaire à sa plus simple définition, à son folklore et à sa violence. « Anarchiste » c’est l’observateur qui voit ce qu’il voit et non ce qu’il est d’usage que l’on voie.

Ce refus de toute autorité instituée, que l’on peut considérer comme une apothéose libertaire, a de nombreux antécédents politiques et philosophiques. Elle trouve son expression réelle il y a environ un siècle, quand les fondements de la civilisation industrielle apparaissaient établis, au moment où l’ordre du monde occidental semblait définitivement scellé par le goût du profit, les impératifs économiques et le sens de l’efficacité marchande ; tout ce que les financiers et les politiques de l’époque baptisent alors de « progrès » et que les anarchistes de toutes tendances refusent violemment au nom des droits, des devoirs et du devenir de l’homme. Il y a plusieurs variétés d’anarchistes mais toutes ont un trait commun qui les sépare de toutes les autres variétés humaines. Ce point commun, c’est la négation du principe d’autorité dans l’organisation sociale et la haine de toutes les contraintes qui procèdent des institutions basées sur ce principe. Ainsi, quiconque nie l’autorité et la combat est anarchiste. Contrairement à ce que l’on croit communément, l’anarchisme n’est pas un mouvement d’opposition univoque. Il convient donc de délimiter d’entrée la triple variété recensée ; susceptible, à n’en pas douter, d’être grandement contestée :

– Un anarchisme de gauche, issu de la pensée progressiste du XIXe siècle, qui joua un rôle important dans tous les mouvements d’émancipation des peuples et qui survit actuellement dans des groupes libertaires et des communautés autogestionnaires ;

– Un anarchisme brut, qui ne se réfère à aucune idéologie, et qui prône la liberté absolue et le rejet de tout pouvoir quel qu’il soit – dont l’un des maîtres fut Max Stirner – et que l’on assimile à un individualisme excessif;

– Et enfin un anarchisme de droite qui a selon F.Richard des sources dans le courant baroque et dans la philosophie libertine et qui développe depuis plus d’un siècle, en littérature et ailleurs, des thèmes aristocratistes et libertaires.

Cette tentative de synthèse entre un anarchisme foncier, coulé dans l’alchimie littéraire, et des exigences intellectuelles, morales et politiques intransigeantes, a souvent été jugée paradoxale, sinon suspecte par la critique : fascistes, totalitaires, individualistes, cyniques, polémistes enragés… L’anarchisme de droite s’est ainsi très habilement trouvé réduit à son aspect réactif et à sa seule historicité antidémocratique. C’est en tenant compte des affinités qui existent entre les mouvements baroques, libertins et l’anarcho-droitisme contemporain que l’on peut tenter de donner une définition précise de l’anarchisme de droite; selon François Richard il s’agit d’une révolte individuelle, au nom de principes aristocratiques, qui peut aller jusqu’au refus de toute autorité instituée.

Comme l’écrit Gomez Davila, « L’histoire nous indique qu’il existe 2 types d’anarchie: celle qui émane d’une multiplicité de forces et celle qui dérive d’une multiplicité de faiblesses. » L’anar de gauche rêve d’autogestion, même s’il la craint beaucoup. L’anar de droite soupire après une race de seigneurs, même si elle lui paraît sinon utopique, du moins derrière lui. Le premier généralise, le second restreint.

D’après Julius Evola, l’anarchiste de droite « se différencie des autres parcequ’il ne nie pas pour nier, mais parce qu’il a le sens de valeurs qui ne sont en rien incorporées à l’ordre existant, parcequ’il repousse le monde bourgeois, parce qu’il aspire à une liberté supérieure qui n’est pas séparée d’une discipline rigoureuse ».

Sans doute pourrait on gloser sur le raccourcissement opéré par beaucoup des membres du clan qui préfèrent se dire « anar ». Le flou culturel, le souffre qui mijote autour de la seule évocation de cette famille, la difficulté à en assumer l’appartenance provient moins de l’aspect difficilement saisissable d’une théorie, que du discrédit et de l’occultation dont il a longtemps souffert dans le monde des idées. Profitons-en pour en dévoiler les fondations.

DE DROITE

À la différence des droites politiques, les droites extra-politiques ne se basent pas sur un corpus idéologique précis mais sur des fraternités d’impressions et de sensations et se caractérisent d’abord par ce qu’elles pourraient ressentir devant un coucher de soleil, ce qu’elles éprouvent devant le mensonge, la saison dans laquelle elles aiment le mieux vivre, leurs écrivains préférés, leur allures plutôt que par leurs opinions à propos de questions politiques comme celles de la mondialisation, de la souveraineté, de la libre-entreprise, des services publics. Ainsi, les frontières entre droites extra-politiques sont poreuses : elles se rencontrent, se superposent, se multiplient.

L’anarchisme de gauche possède avec l’anarchisme de droite « un solide lot d’exécrations communes »: l’armée, la magistrature, l’Église, les « honnêtes gens », la modernité, la politique politicienne, le snobisme, les « gros » en général. Les uns et les autres ont tendance à adopter le point de vue, sinon à prendre la défense, du « lampiste ». La langue du populo devient une arme politique parmi d’autres. L’anar de droite parle volontiers du petit, aime à en traiter, mais en haine du gros et en mépris de l’inférieur.

« C’est la gauche qui m’a rendu de droite » (Audiard). Les distinctions gauche-droite sont essentielles dans la prévalence accordée aux devoirs par rapport aux droits, la façon d’appréhender les hommes et les choses.  L’anarchiste de droite, c’est quelqu’un à qui on ne la fait pas. La façade ne l’impressionne pas car il connaît les coulisses. Anarchiste, il se défie du pouvoir en tant que tel. Comme l’écrit Jacques Laurent « le pouvoir est méprisable, non parce qu’il est bas en lui-même mais parce qu’il est bas de le vénérer ». Notre anar est particulièrement mû par la volonté de liquider les idéaux égalitaires de 1789. «On n’a quand même pas pris la Bastille pour en faire un opéra» J.Yanne.

L’anar de droite déteste tout ce qui finit en « isme », à part peut-être l’individualisme.Il n’aime pas les étiquettes, mais est surtout mécontent de celles qu’on lui applique, facho, réac, cynique, nihiliste.. Le fait est que sa liberté de pensée a tendance à l’ostraciser, quitte à être classé, il finit souvent du coté de l’extrême droite, ce qui le ferait hurler, ou marrer; c’est selon.

Certains anars de droite se révèlent être d’anciens de gauche, fatigués de gueuler dans le désert. On y soupire une race de seigneurs imaginaires. D’un coté on tente collectivement d’incarner des idées, de l’autre on s’efforce individuellement de vivre toutes ses virtualités.« La grandeur de la gauche, commente San Antonio, c’est de vouloir sauver les médiocres. Sa faiblesse, c’est qu’il y en a trop ! »

Il a ses marottes; Le matérialisme vautré de notre époque, la technocratie, le snobisme, l’attention au collectif, l’affirmation d’une égalité, l’exaltation de notre sempiternelle perfectibilité. Ils aiment à tirer sur tout ce qui bouge, tout ce qui se costume en « avant-garde », esthétique, intellectuelle, politique. Le moderne quoi. Mal à l’aise dans son époque, il y flotte comme elle l’exige, même si elle est de moins en moins conforme à l’idée qu’il s’en fait. L’invention le déroute, elle le déjoue.

S’il est une notion qui lui est étrangère c’est celle de société, un de ces noms qui vous obligerait à croire au collectif. Compassion et empathie sont moqués. L’humanité figurerait plus volontiers dans son vocabulaire. Même si elle apparaît souvent pauvre, sinistre et sordide. Le capitalisme n’est pas dénoncé en lui-même, mais il est coutume d’afficher telle volonté de bouffer du bourgeois, de casser du ploutocrate. Au fond, ils reprochent à la bourgeoisie de ne pas se comporter en aristocrates.

Au fond, ce n’est ni le social, ni l’économique qui rapprochent une certaine droite intellectuelle de l’anarchisme, mais la morale, une conception exigeante de l’homme, de sa dignité, de son honneur. Ils aiment lire le monde comme un gigantesque théâtre de marionnettes mis en branle par des forces immaitrisables et à n’accepter pour seul projet esthétique possible que le dévoilement à l’encre sympathique des fils invisibles qui soutiennent ces marionnettes.

On pourrait s’offusquer de l’acception contemporaine qu’on en fait. L’expression flirte avec le fourre-tout : vanter un pouvoir fort par exemple ressort plus souvent d’un droitard libertaire que d’un « anar de droite ». De sorte qu’user du terme « anar » semble commode à certains pour se dédouaner d’être de droite auprès des « de gauche », et l’adjonction « de droite » permet d’atténuer le vocable « anar » auprès des « de droite », le tout cachant trop mal l’hypocrisie de ceux qui s’en réclament en se donnant des airs.

Deux articles du credo de gauche cristallisent le combat ; ce qui ressemble de près ou de loin à du progressisme, ce qui traite de près ou de loin à la démocratie.

LE REJET DE LA DEMOCRATIE

« En fait le nombre n’est rien, mais personne n’a le droit de le dire » (Anouilh).

Non seulement ils ne reconnaissent pas la prééminence du nombre, mais en plus ils considèrent la dimension collective comme néfaste à l’homme. Toute cette comptabilité conduit à un nivellement intellectuel et moral qui met en danger les capacités créatrices et la singularité. Le pouvoir démocratique est décrite comme une oligarchie de fait, qui a engendré un processus d’instabilité permanente, de matérialisme équivoque et de clientélisme dégradant.

La république étant « la surhumaine oligarchie des inconscients et le droit divin de la médiocrité absolue » (Léon Bloy). D’où le dégout face à « la division de l’Humanité en deux fractions à peu près égales : les bourreaux et les victimes »(Darien), et à l’égard de tout ce qui est foule, brassage indifférencié, mouvement de masses, prédominance quantitative. Il faudrait troquer le goût de la quantité par la qualité.

« Les lèchements de pieds, universels ou restreints sont destinés à tromper le peuple et à lui faire croire qu’il est souverain, comme cela se dit quelquefois au dessous de la devise Liberté Egalité Fraternité que j’interpréterai moi Vanité, Hérédité, Fatalité ! Il paraît que le peuple n’est pas dupe de cette comédie, encore qu’il la réclame et qu’il ait fait pour l’obtenir une révolution formidable» (Daudet).

La liberté leur apparaît toujours individuelle, elle se choisit, se prend, se mérite. L’égalité est foncièrement injuste et stérile, elle nuit à la diversité. La fraternité servirait quand à elle d’alibi moral à la rudesse et à l’efficacité bourgeoise. L’égalité peut accoucher de la médiocrité, la fraternité d’un étouffant collectivisme, et la liberté du narcissisme généralisé.

« La démocratie donne aux cons le pouvoir d’étouffer les intelligences ; c’est d’autant plus atroce que l’intelligence ne choisit pas son milieu social pour naître, les prolos donnent autant d’enfants rusés que les profiteurs » (MicBerth)

L’opposition politique

Sous la bénédiction démocratique on peut tout prétendre, tout entreprendre, tout exiger, sans se référer à la moindre transcendance morale ou religieuse ; et sans que cela nous engage aussi peu que ce soit, puisque de la Déclaration des Droits de l’Homme est né un homme abstrait, théoriquement pourvu de tous les droits, mais en réalité livré pieds et points liés à l’Etat. Nos anars n’ont de cesse d’alerter sur la différence éclatante entre les idéaux proclamés et les réalités existantes.

Le suffrage universel est décrit comme « l’élection du père de famille par les enfants », et comme l’abandon au néant de la conscience collective. La démocratie républicaine n’apparaît pas seulement illégitime, instable et corrompue ; ils la jugent aussi inefficace et vouée à l’impuissance.

« Depuis 50 ans, sous les noms de progressistes, d’opportunistes, de libéraux, de démocrates, de patriotes ou de nationaux, derrière les chefs les plus divers, on vous a vu perdre sur tous les tableaux, rater misérablement toutes les entreprises » (Bernanos)

L’universalisme est un leurre

La messe du « pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres » n’est pas dite. Ces anarchistes rejettent avec la même violence l’aspect messianique de la démocratie. Cette tendance à l’universalisation agissante des principes Liberté Egalité Fraternité, aujourd’hui fort éloignée de sa genèse antique. La démocratie ne prend en réalité cette signification moderne que sous le sceaux de la déclaration des droits de l’Homme. La nouveauté des penseurs du XVIII ème (Condorcet, Rousseau…) était d’avoir annoncé l’ère d’une libération généralisée de l’homme apparaître. Ce nouveau moralisme laïc sert de caution intellectuelle et morale aux appétits les plus incontrôlés. Cette volonté d’imposer un Ordre Moral apparait comme une tentative unique dans l’histoire de s’assurer une emprise idéologique.

«Les progrès de l’école et de l’éducation à partir du XVIème sont interprétés comme les étapes d’une acculturation, comme la mise au pas d’une culture sauvage par une culture raisonnable et morale» (Phillippe Ariès)

Ces valeurs sont aux antipodes de leur univers moral et politique. C’est pourquoi ils ont tous entrepris un combat virulent, non seulement contre la démocratie elle-même, mais aussi contre toutes les orientations culturelles de notre société car elles coupent la France et même l’occident de ses véritables racines, de son inaliénable identité, et elles laissent présager l’arasement de toutes les individualités et la consécration d’une homogénéisation.

INCARNATIONS

Comme toute idéologie d’envergure, l’anarchisme de droite a ses héros. Véritables figures tutélaires, les représentations se sont muées en incarnations. On a souvent reproché à certains d’être devenus plus des personnalités que des acteurs ou des écrivains ; d’écraser, une fois installés, leurs rôles sous leur interprétation. A force d’incarner ces personnages marginaux en constante opposition; on s’étonnera de remarquer qu’il n’y a bien souvent plus de frontières entre l’homme, l’oeuvre, l’auteur et l’interprète, le modèle et son image.

Tout seul ?

« C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un individu » écrit Céline dans L’Église et réitère 12 ans plus tard dans l’incipit de Mort à Crédit : « Nous voici encore seuls ».

Plus qu’une solitude subie, le comportement de l’anarchiste de droite impose l’idée d’une solitude choisie. C’est moins un homme seul qu’un solitaire. N’attend rien de la société et des institutions. Il n’est d’aucune tribu ni d’aucune communauté. Seul contre tous, mais fier de l’être, il est un loup parmi les hyènes.

Jean Anouilh dans Les Poisson rouges explose :« Est-ce qu’on ne peut pas lui foutre la paix, à l’homme et le laisser se débrouiller tout seul ? Il en crève, d’assurances sociales, votre homme. Il n’ose même plus faire un pet s’il n’est pas certain qu’il sera remboursé ! Il s’étiole à force d’être assuré de tout et perd sa vraie force – qui était immense ! C’était un des animaux les plus redoutables de la création. »

C’est dans le film policier à la française des années 70 que s’épanouit le plus cette figure du grand fauve trahi puis traqué par la société anonyme des imbéciles et des salauds. La scène d’entrée la plus familière serait une sortie de prison et le visage d’Alain Delon nous faisant comprendre que la vraie souricière est de ce côté-ci des murs. Les films de Jean-Pierre Melville (Le Samouraï, Le Cercle rouge), de José Giovanni (Dernier domicile connu) et bien sûr de Georges Lautner  sur des dialogues de Michel Audiard en constituent l’archétype.

Tous des cons ?

La dénonciation du con fait souvent figure de fond de commerce. A le lire, ou l’écouter on y découvre les nuances, les grains, les applications. Ses différentes qualités se reconnaissent aux proportions variables des trois composantes caractéristiques : la médiocrité, la couardise et la malveillance.

« Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». Gabin disait quant à lui : « Moi, je divise l’humanité entre les cons et les pas cons. Tout le reste, c’est de la littérature ». Dans le genre métamorphose des cloportes, la scène la plus typique est sans doute dans La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara. Gabin y insulte deux bistrots quinquagénaires qui exploitent une jeune fille juive dans le Paris occupé.

QUËTE INDIVIDUELLE D’ABSOLU

Une Révolte personnelle
La seule forme d’anarchie que ces hommes tolèrent c’est celle qui leur est personnelle. L’acte individuel de résistance apparaît de l’ordre de la légitime défense. La diffamation, et l’ostracisme culturel dans lequel ils furent parfois tenté d’être enfermés sont les armes les plus couramment utilisées par l’adversaire. Il faut reconnaître que beaucoup se sont ostracisé d’eux mêmes. Sans compter qu’il ne s’agit parfois que d’une posture.

« L’attitude naturelle de l’esprit est une attitude de rébellion… J’en appelle à l’Esprit de révolte, non par une haine irréfléchie, aveugle, contre le conformisme mais parce que j’aime encore mieux voir le monde risquer son âme que la renier» (Bernanos).

A l’heure où tout est théoriquement permis, mais où rien n’est plus pratiquement possible, La « révolution » qu’ils appellent parfois de leurs vœux, est un horizon d’utopie, une tentation à laquelle ils ne succombent que momentanément, lorsque leur lucidité cède le pas à l’exaltation littéraire ; en réalité cette révolte se doit avant tout d’être intérieure.

Beaucoup plus qu’une lutte inspirée de motifs politiques, il s’agirait d’une rébellion instinctive et esthétique contre la platitude et la banalité des esprits, du réflexe à la fois anarchique et aristocratique d’hommes menacés dans leur autonomie de pensée, méfiants à l’endroit des entrainements de foule.

On comprend aisément face à cette révolte que l’un des soucis majeurs de ces anars de droite a toujours été de se démarquer de la morale commune, mais aussi de toute tentative de récupération idéologique, au risque de devenir à jamais des écrivains maudits, bourreaux des autres et d’eux mêmes, non par une quelconque perversion de la pensée, mais par goût de la vérité, dite, écrite et recherchée jusqu’à l’excès. « Tout homme vaillant doit être un persécuteur, de lui même, du genre humain, et de Dieu. » (Bloy)

Ce souci de la quête d’une autre vérité les isole dramatiquement de la communauté humaine, d’autant qu’ils n’hésitent pas à se critiquer, entre hommes de même famille de pensée. La révolte anarcho-droitiste ne se limite pas aux domaines intellectuels, politiques, et moraux ; elle est plus globale et plus profonde, enracinée dans une nature d’homme particulière, violente et exigeante.

Un moi au dessus de tout

L’homme ne peut pas s’en remettre aux grandes abstractions humanitaires et aux grands slogans collectifs ; il doit se fier à ses seules qualités, à sa propre capacité d’appréhender. Il convient donc, en toute occasion de garder un esprit critique, non pas en référence à une doctrine extérieure, à des principes admis ou imposés, mais en fonction de ses convictions personnelles.

« La vraie liberté individuelle commence là où la société cesse de prétendre à un but moral ou religieux… quand on cesse de m’aveugler avec du devenir, je vois mon infini » (Pauwels)

Le moi anarchiste de droite est pour la majorité inutilisable, parce que trop violent, trop excessif et surtout trop lucide. Le moi y apparaît constamment comme une préférence instinctive et culturelle, l’origine et le garant de toute spécificité humaine.

Cette exigence qui les pousse à s’exposer aux rudesses de l’histoire, sans y laisser leur âme, et leur intelligence, renforce leur singularité et les isole encore davantage du monde qui les entoure ; car leur refus du pouvoir en place, leur rejet des idéaux progressistes majoritaires, leur dédain à l’égard des mouvements politiques, de quelque obédience qu’ils soient, créent autour d’eux un véritable désert d’hostilité, de peur ou d’incompréhension qui se traduit le plus souvent en réalité par une conspiration du silence à leur endroit.

Comme on ne parvient pas à les situer ni à les définir avec précision, on les ignore officiellement ou on les présente comme des personnages sulfureux. L’extrémisme est une notion, une nuance idéologisée, théorisée dans le souci de marginaliser. Elle évolue au fil du temps, selon les impératifs politiques. Il faut donc la relativiser, ne s’interdire aucune pensée.

Le divorce est donc total, la solitude des anarchistes de droite entière, la réprobation à leur égard quasi universelle. Quelque part tant mieux. « Il n’y a de pensée que s’il y a du défi » (Pauwels)

L’anarcho- droitiste enracine sa révolte et sa critique sociale dans une liberté intérieure intransigeante, qui est fidélité à la nature profonde et authentique de l’individu. Cette radicalité est souvent source de solitude, qui pousse à affirmer un honneur ombrageux.

L ARISTOCRATISME

Ce «Moi au-dessus de tout» fonde l’aristocratisme anarcho-droitiste. En effet, cette survalorisation du Moi n’engendre pas un individualisme démocratique ni une sensibilité romantique, mais bien un aristocratisme intransigeant, moral plutôt que social. Les anarchistes de droite se sont donnés pour mission de trancher le col des convenances, de claquer la cervelle des bien pensants en leur secouant sous le nez leurs extravagances et leur savoir vivre soufré de seigneurs empanachés d’outrecuidance, de froideur et de morgue aristocratiques.

L’aristocratisme proclame vouloir privilégier les devoirs sur les droits. Il cultive une intraitable nostalgie du passé, décanté. Cet aristocratisme est donc un traditionalisme, qui reconnaît la nécessité pour tout homme de qualité de se rattacher à une longue tradition supérieure, culturelle et politique. L’humanité irait, dans le mouvement d’une dialectique irréversible, vers l’indifférenciation des valeurs et des caractères, vers l’uniformisation. Ce qu’ils ne manquent pas de dénoncer.

Si les anarchistes de droite attaquent avec la plus extrême vigueur les hommes de pouvoir, d’argent et les autorités instituées, ils n’éprouvent pas plus de compassion pour les gens qui s’installent dans la soumission et le malheur. Ils jugent extrêmement négative l’attitude de ceux qui embellissent, par esthétisme et sentimentalisme, les « misérables ».

L’homme ne pourrait se réaliser intellectuellement et moralement que si on le met en face, même violemment de la vérité. Responsabiliser les êtres, ce n’est pas se contenter d’inculper perpétuellement les puissants, c’est voir et dénoncer la laideur, la médiocrité, la paresse, la lâcheté partout où elles se trouvent, sans aucune concession, et en espérant, de tous ceux qui en sont les artisans et les victimes, des sursauts salutaires et non un avachissement ou d’inutiles convulsions. « La religion de l’égalité absolue est comme toutes les religions absolutistes, elle rend fou » Pauwels

Tout cela ne signifie pas qu’à l’égalitarisme démocratique doive succéder un élitisme tout aussi absolu, forcené, mais ils reconnaissent que les options reconnues aujourd’hui comme fondatrices d’une morale universelles sont néfastes et erronées.

C’est dans la passivité ou dans l’emballement inconsidéré, qu’on permet non seulement les guerres et les phénomènes totalitaires mais aussi toutes les formes de conditionnement que nous connaissons bien, politiques, commerciales, humanitaires et socioculturelles. Par conditionnement comprendre manipulation, non complot.

Le film Les Visiteurs est l’actualisation de cette analyse d’aristocrate tombé de cheval que résume Jean Anouilh dans Pauvre Bitos (1958) : « On n’a jamais fait tant fortune que du jour où on s’est mis à s’occuper du peuple ».

Pourquoi ne pas dire clairement que toutes les actions d’envergure qui ont tissé la trame de l’Histoire ont été inspirées, mises sur pied et réalisées par des minorités ou des individualités agissantes avec la complicité, souvent passive, des peuples ? Que toutes les société sont régies par des structures hiérarchiques verrouillées par des critères élitistes ?

LA QUËTE DE VERITE

C’est le goût de la vérité qui se doit d’apparaitre comme l’épicentre de toute recherche. Même si cette exigence est exprimée de manière violente et outrancière, elle est le sens même de la vie pour ces pèlerins de l’absolu, un horizon vers lequel ils tendent obstinément.

Reconnaissons que toute quête réelle de l’absolu entraine fatalement ses auteurs du coté d’une certaine lucidité désespérée et qu’une telle attitude a peu de chances de rencontrer un écho favorable auprès de l’intelligentsia contemporaine. L’ échec de l’absolu anarcho-droitiste et le discrédit dont souffrent ses représentants en sont les conséquences.

Ils n’ont de cesse de déclamer l’ère de décadence dans laquelle nous avançons. Cette constatation lucide les invite à dénoncer le système qui permet la dissimulation de cet état de fait. Elle les conduit aussi à bien souvent flirter sinon avec la dépression, au moins avec le pessimisme. Ils n’attendent guère d’évolution positive du processus de moyennisation de l’individu, de l’égalitarisme ambiant, d’individus déboussolés par la technique.

LES INTELLECTUELS

L’intellectuel est honni, faut dire qu’il en rajoute: bon élève, prétentieux. La subtile course à la démolition de son arrogante bien-pensance est une charge constante qui ne cesse d’alimenter la créativité de nos anars.

Il faut dire que les intellectuels ont le mal du réel. L’hostilité des anarchistes de droite à l’encontre des écrivains, philosophes, journalistes « mainstream » n’est pas seulement lié à des options partisanes ; elle vise tout ce qui est d’obédience strictement théorique, tous ceux qui font passer leur goût de l’hypothèse et de la métaphore avant le sens de l’expérimentation et les dures leçons de faits.

Les anars de droite stigmatisent l’enfermement de certains penseurs dans le monde des idées, dénoncent un entêtement doublé d’impuissance. Sartre, un jour, a défini l’intellectuel comme quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas.

Mais de même que les droits de l’homme, au nom desquels ces ingérences devenaient des devoirs, ont progressivement servi à la gauche pour camoufler la disparition de toute doctrine, de même ont-ils été utilisés par l’intellectuel pour boucher le trou noir par où disparaissait sa pensée. C’est à ce moment, et afin que la machine donne l’impression de continuer à tourner en dépit de tout, que les intellectuels de l’intellecture se sont constitués en milices de vigilance systématique, en armée des ombres de la Vertu, en donneurs de leçons. L’intellectuel engagé s’est transformé en intellectuel enragé, mais seulement enragé d’épurations édifiantes et de procès avantageux.

A son fondement, il y a le ressentiment à l’égard du mode de reproduction à composante scolaire, à savoir la méritocratie républicaine qui a permis la promotion d’élites auto alimentées. La croyance en l’école est l’illusion sur laquelle repose l’erreur démocratique, à qui l’on doit l’avènement de l’individualisme et de l’utilitarisme matérialiste. C’est pour cette raison qu’ils aiment à se décrire self-made-man, en opposition avec les autres.

Produire des idées ne suffit pas, sinon on reste dans la spéculation gratuite ou les délices de l’imaginaire. Ce mouvement lutte contre ceux qui privilégient le sens de la métaphore au détriment de l’expérimentation, qui se bornent à exceller dans la culpabilisation.

http://www.wat.tv/video/qi-130-pierre-desproges-1reft_2gh7d_.html

La droite intellectuelle n’est nullement épargnée ; aucun accommodement n’est de mise quand il s’agit de dénoncer le divorce entre la pensée et la réalité. Qu’il suffise d’évoquer Pauwels: «La droite la plus bête du monde », « Mauriac sous de Gaulle » qui valut un procès à Jacques Laurent…

Les intellectuels cèdent aux délices de l’imaginaire et aux vertiges existentiels tout en prétendant assumer la responsabilité d’une hypothétique conscience universelle. « La fuite vers l’abstrait est la lâcheté même de l’artiste » (Céline). Au fond il s’agit moins de convaincre le public que de le discipliner. Les représentants du savoir acceptent qu’on pose les questions à condition qu’ils fournissent les réponses.

Les anarchistes de droite, quitte à être empli du plus lourd des pessimismes préfèrent chercher une autre réalité, souvent inconfortable, aux errements et falsifications des intellectuels.

L’illusion progressiste

L’anar de droite, s’il lui arrive de prendre conscience qu’il l’est, s’empresse de l’oublier. La gauche, elle, a son blason de gueules et de projets; il est établi qu’elle est le mouvement, l’avancée. Vers quoi ?

La première idée fausse qu’il leur paraît nécessaire de dissiper c’est cette représentation que se font les démocrates du « sens de l’histoire ». Cet ensemble de visions indémontables selon laquelle le finalisme historique serait une réalité et l’émergence de la démocratie un progrès décisif.

Nimier : « Les révolutions veulent changer le monde, mais le monde ne les attend pas pour changer. Tant qu’il s’agit d’argent, de réformes, on peut compter sur le cours de l’histoire. Les hommes ne savent que précipiter les situations qu’ils n’ont pas crées. ».

L’occident vit une ère de décadence, on crie à la fin de civilisation… On dissimule cet état de fait par des déclarations incessamment grandiloquentes. Le changement c’est maintenant…

Impasse individuelle, cul-de-sac collectif, réalité de violence et d’impuissance, l’univers contemporain traduit tous les paroxysmes négatifs possibles en matière de choix moraux et politiques. Ils jugent les intellectuels en grande partie responsables de cet état de choses, de la facilité avec laquelle ces penseurs cultivent les utopies.

La bonté originelle de l’homme est le mythe contre lequel ils s’insurgent. « Toute l’ignoble imposture de Jean Jacques : l’homme est bon » (Céline). Les progressistes considéreraient bien l’homme imparfait, mais souvent victime des circonstances, trop sensible aux emballements collectifs, entêtés dans ses vices et dans ses erreurs.

Pour les anarchistes de droite l’homme est au fond animal et instinctif. La fameuse devise d’Hobbes : l’homme est un loup pour l’homme est une hymne qu’ils incarnent. L’homme ne peut prendre une dimension morale, vraiment humaine, que s’il domine et sublime son animalité, sans se soumettre à quelque consensus généralisé. Les intellectuels noient le poisson par des procès d’intention, des bondieuseries grandiloquentes et une phraséologie pseudo-savante.

Ce qui détermine la violence des attaques contre les intellectuels, c’est moins leur irréalisme, que ce qu’ils jugent être une lâcheté morale et politique, qui, répercutée par la médiasphère exerce une influence qu’ils jugent néfaste sur l’opinion publique. Le summum de la rage est de voir l’intellectuel pseudo gauchisant exercer le pouvoir, pire lui donner des ordres. L’Anar de droite est avant tout tête brulée, il ne faut pas le pousser bien loin pour lui faire avouer tout le mépris qu’il ressent devant ceux qu’ils jugent embusqués intellectuels.

De la perversion au terrorisme idéologique

Répétitifs dans leurs erreurs et vices, beaucoup d’intellectuels n’analysent plus ; ils confessent en long et en large une foi auto-proclamée de représentants de camp du Bien en vue d’obtenir un brevet de perfection. La bataille qu’ils engagent ne vise plus à éclairer, elle a pour objectif de disqualifier. Leur éthique pétris d’universalisme droit de l’hommiste engagés pour la défense des opprimés, les expose à rester pour nos anars un objet d’exécration constant.

Un tel comportement serait sans importance si ces intellectuels se contentaient d’être des créateurs littéraire ou des bâtisseurs philosophiques ; mais comme ils se mêlent de déterminer de nouvelles orientations sociétales : leur confusion, irresponsabilité et de facto immunité constituent un danger qu’ils ne manquent pas de dénoncer. L’intellectuel se distingue du savant et du poète en ce qu’il est compulsivement animé d’un projet d’influence. Ce quémandeur d ’espace médiatique est poussé à parasiter pour exister. Je vous invite à davantage regarder la télé.

Les médias se sont sanctuarisés en se normalisant. Ils se sont rangés. Les « moi »ont perdu, mais le « nous »a gagné. Il s’émancipe et nous enchaine. La majorité est l’agent purificateur. Le sondage l’a dit, le camp du oui a gagné. Le progrès est acté.

L’homme est au fond animal et instinctif. Ne peut prendre une dimension morale vraiment humaine que s’il domine, sublime, renie son animalité et ne se soumet jamais au consensus général et à la médiocrité. L’homme ne peut jouir que des droits que lui confèrent ses propres qualités. Chez ces anars les droits semblent devoir passer après les devoirs.  l’Anar dénonce, accuse pour mieux exister.

Notre anarchiste garde une mentalité tête brulé, il ne faut pas trop le pousser pour lui faire avouer tout le mépris qu’il porte à ces embusqués intellectuellement illégitimes, moralement nuisibles.

L’homme moderne, rassemble tous les maux. L’homme moderne « peut en même temps vouloir la liberté intégrale et exiger sans cesse de nouvelles lois répressives et de nouveaux carnavals de repentance. Comme le chrétien se prépare à la mort, le moderne se prépare à la retraite » Muray.

Intellectuellement illégitimes, moralement nuisibles; non seulement les intellectuels ne remplissent pas leur rôle de guides, mais aussi pourrissent les fondements naturels et culturels de la société. Ils cèdent aux délices de l’imaginaire et aux vertiges existentiels tout en prétendant assumer la responsabilité d’une hypothétique conscience universelle. Leurs prises de position ressemblent trop souvent à des tentatives désespérés de prendre le train en marche en s’efforçant de faire croire qu’ils sont eux mêmes les locomotives. Les médias ont en grande partie perdu leur pouvoir de faire l’opinion. Ils en conservent un autre, tout aussi redoutable, qui est celui d’édicter des normes, de fixer le cadre de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. Au fond il s’agit moins de convaincre le public que de le discipliner.

« La ligue des droits de l’homme est très inquiète. Elle demande tous les jours avec angoisse si on en fusille assez» (Anouilh).

Céline n’a pas plus de considération pour les prolétaires, « ce sont des bourgeois qui ont échoué ».

Quant à Frédéric Dard, il laisse au moins San Antonio donner un coup de chapeau aux idéalistes: « La grandeur de la gauche, c’est de vouloir sauver les médiocres ; sa faiblesse, c’est qu’il y en a trop ! » mais écrit aussi que « le pauvre con subit et admire le sale con. C’est lui le peuple ! »

Il ne faudrait pas se méprendre sur son agressivité vis à vis des lâches ; on ne nous propose pas un couple courage-lacheté mais dominateur-dominé. Le con se reconnaît d’abord à ce qu’il se laisse manipuler. Cette tétanie de cons, stupides sous l’agression serait susceptible de renversement si d’aventure ils daignaient se réveiller. En même temps la foule est moins dangereuse dans ses aversions que dans sa versatilité.

anardroite

Il semblerait que des traces de cet état d’esprit subsistent, et que des avatars surgissent encore aujourd’hui, pas forcément reconnus comme dignes de succéder à leurs brillants prédécesseurs..Finalement vous devriez en réchapper. Pas indemne, certes… Oui, vous risquez d’avoir perdu quelque chose en route. Votre insouciance… votre naïveté. Et le pire, c’est que vous recommencerez. Nous espérons qu’il vous tarde désormais d’explorer les tréfonds de cette douce candeur qu’on vous a arraché.