Au premier rendez-vous de la Résistance

 

Documentaire inédit – Diffusé sur la Chaine Histoire le 8 juin – 20h40

Dans son discours du 25 août 1944, le général de Gaulle affirme que Paris s’est « libéré par son peuple avec le concours de la France tout entière », dans le même temps le parti communiste se présente comme «le parti des 75 000 fusillés». Bien qu’adversaires irréductibles, les deux grands courants politiques de la France d’après guerre partagent alors une vision de l’Histoire, laissant sur leurs marges des groupes entiers n’entrant pas dans leur configuration héroïque. A l’heure où la France, traumatisée par la débâcle et minée par une guerre civile larvée, affrontait le double impératif de la reconstruction et de la modernisation, les pouvoirs publics préféraient présenter l’image d’un peuple dressé contre le nazisme. En réduisant la Résistance à un phénomène guerrier, ils la désidéologisaient. Le vaste conglomérat de tendances idéologiques qui avait oeuvré à la libération du pays dut, dès sa révélation au grand jour, développer une rhétorique de rassemblement et d’unification afin de ne plus être contesté.

Du fait des circonstances politiques et des relectures historiques, l’idée même qu’on puisse simultanément ou conjointement être pétainiste, royaliste ou nationaliste et tout à la fois résistant ne se contenta pas de tomber dans l’oubli, elle devint de plus en plus improbable pour aboutir par sembler scandaleuse. Les ambivalences et les ambiguïtés, les itinéraires en clair-obscur n’ont pu supporter, une fois la paix revenue, la lumière irradiante de la ré-écriture stalino-gaulliste.

Considéré comme un soldat par défaut en 45, le résistant se métamorphosa à la fin du XXème siècle en pionnier des droits de l’homme, se battant non contre l’Allemagne hitlérienne mais contre le totalitarisme. La mémoire de la résistance brille, dans la France contemporaine, d’un éclat singulier : depuis la Libération, L’Etat veille à entretenir sa flamme. Mais l’écoulement du temps, l’ouverture des archives et des consciences ont permises, dans un tumulte de près de 70 ans, la ré-émergence de certaines vérités devenus désormais impossibles à occulter.

Ce film n’est en aucune façon une Histoire de la Résistance mais il a pour ambition, en prenant comme point de départ le refus de la capitulation dès l’été 1940, de donner aux spectateurs un certain nombre d’éléments leur permettant de mieux comprendre pourquoi certains hommes et femmes, pourtant formés politiquement à l’extrême-droite, antirépublicains, souvent même antisémites, furent parmi les tout premiers à s’engager. Honoré d’Estienne d’Orves, Gilbert Renault alias colonel Rémy, Pierre Fourcaud, Maurice Duclos, Jacques Renouvin, Marie-Madeleine Fourcade, Pierre de Bénouville, Georges Loustaunau-Lacau, le colonel Groussard…Tous ces proto-résistants sont issus des mouvements politiques les plus actifs de la « droite dure » qu’on croit, à tort, irrésistiblement liés à la collaboration, et sont pour la plupart issus des rangs de l’Action Française, de la Cagoule ou de mouvements anti-communistes.

Cette réalité historique reste encore difficile à accepter pour ceux qui ont décidé après coup que l’on ne pouvait être que d’un seul camp à la fois une fois pour toutes. Aujourd’hui, l’assimilation de la Résistance à la seule lutte antifasciste et à la défense des valeurs démocratiques et républicaines rend les parcours politiques de ces combattants peu compréhensibles. Pourtant, pour ces anti-conformistes au sang chaud, cet engagement leur semble dans le droit fil des valeurs dans lesquelles ils ont été formés :  « Opposants de naissance ou rebelles par tempérament, cultivant le mépris du conformisme bourgeois, habitués à narguer la légalité et ses représentants, rodés aux risques et aux ruses de la répression, initiés souvent aux pratiques clandestines, conspirateurs par esthétisme, nationalistes intransigeants et germanophobes, certains militants d’extrême droite sont mieux préparés que quiconque à s’engager par idéalisme, bravade, insouciance et générosité d’humeur dans des actions de résistance. » (D. Venner)

En faisant le choix de revenir sur l’histoire du nationalisme durant la Troisième République mais également sur les années cruciales de l’entre-deux guerres qui sont celles de la montée de tous les périls, le documentaire, composé d’images d’archives et de témoignages d’historiens, comble un vide historique. C’est tout un lot d’idées reçues qui volent en éclat, 1h45 qui aideront à lézarder les chapes de plomb mémorielles et manichéennes qui assaillent depuis la fin de la guerre notre compréhension de cette période ô combien trouble de notre Histoire.

Raconter leur parcours ne contribue pas à instaurer une confusion, mais bien au contraire à souligner le caractère exceptionnel d’un combat commun; la Résistance n’a pas été l’apanage d’un clan ou d’un camp, mais celui d’une nation fière et courageuse. C’est la force et l’honneur des résistants d’y avoir apporté une telle diversité et de l’avoir fondue dans une union efficace sur le moment et prestigieuse pour la postérité.

http://www.histoire.fr/actualités/thema-tics-semaine-spéciale-résistants-de-la-première-heure

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Une réflexion sur « Au premier rendez-vous de la Résistance »

  1. A propos de ceux qui, classés à droite, pétainistes, anti-communistes, etc., et qui n’ont pas accepté l’occupation, je peux donner l’exemple de mon grand-père maternel.
    Il était donc pétainiste, plutôt royaliste, probablement emprunt d’antisémitisme « soft », si l’on peut dire, et par ailleurs en charge en 1944 de responsabilités importantes à la SNCF à Valence.
    Constamment en conflit avec les communistes, auxquels il reprochait des actions de sabotage non discriminés sur le réseau avec les conséquences que l’on sait sur les otages pris par les allemands,
    il leur proposa cependant de leur donner des informations sur les convois ferroviaires allemands, pour que les actions de la résistance communiste soient intelligemment ciblées, et donc efficaces.
    Il était foncièrement anti-allemand, mais restait fidèle au Maréchal.
    Et bien ces chers communistes l’ont balancé à la Gestapo qui l’a arrêté et interrogé pendant deux jours.
    Par chance, mon aïeul comprenait parfaitement l’allemand, ce qu’ignoraient ses geôliers. Il pu ainsi s’en tirer miraculeusement.
    Plus de vingt ans plus tard, âgé et à la retraite, il devint gaulliste après 1968, par respect pour l’ordre, alors qu’il avait été jusque là farouchement anti-gaulliste…

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