Philippe Muray

muray

Ostracisé de son vivant, l’ethnologue de la postmodernité est aujourd’hui encensé par ceux-là mêmes qu’il tournait en ridicule. Heureusement, il reste irrécupérable. Philippe Muray se voulait le chroniqueur et le contempteur du désastre contemporain, cette époque où « le risible a fusionné avec le sérieux », où le « festivisme » fait loi. Son œuvre stigmatise, par le rire, la dérision et l’outrance de la caricature, les travers de notre temps. Sa phrase parfaite, tôt trouvée, sa phrase droite et tranchante, naturellement harmonieuse, sarcastique et souple, lui permet des morceaux de bravoure à couper le souffle.

Ce qu’attaque Muray avec une verve féroce, ce sont les manifestations de la sensibilité d’une gauche autoproclamée « moderne ». Au-delà de la satire du politiquement correct qui la traduit, il expose comment la démocratie libérale légitimée comme seule organisation politique respectueuse des libertés de chacun, chercherait à s’accomplir en « empire du bien ». Le Bien s’est depuis bien démené, et dans sa ruée furieuse, a même presque réussi à escamoter le Mal, à nous persuader que le dogme progrèsiste l’avait chassé. Mais il est difficile de mieux saisir les ressorts du vide, l’enseignement de l’ignorance, le règne des jongleurs d’âme et des princes de démagogie qu’avec la ligne Muray, garantie hors d’état d’illusion.

 Avec lui, l’Occident n’a pas besoin d’ennemis, il se détruit très bien tout seul en renonçant à l’héritage, en réclamant son incorporation dans le tout festif. Pour beaucoup, sa lecture fut une révélation, son auteur tantôt prophète, tantôt oracle de mauvais augure. Muray avait rapidement, dans l’anonymat qui convient aux non-affolés trop affolants, fustigé le ridicule avant même qu’on ait pu les identifier. Muray est un écrivain qui nous éclaire sur tout ce qui constitue notre présent. En guerre contre son époque, il n’avait nullement l’ambition de la réformer. Son obsession, se placerait plus volontiers dans la volonté de lui faire rendre gorge, de lui faire avouer ses forfaits.

Philippe Muray triomphe “post mortem”- Hommage de Pierre-André Taguieff

Faut-il en rire ou en pleurer, s’en féliciter ou s’en méfier ? Grâce à un spectacle destiné initialement à quelques happy few et à l’immense talent de Fabrice Luchini, Philippe Muray ressuscite, quatre ans après sa disparition. Au théâtre de l’Atelier, depuis le printemps, les spectateurs se pressent pour écouter et applaudir l’acteur dire, avec une jubilation et une gourmandise communicatives, quelques-uns des textes les plus savoureux et les plus iconoclastes de l’auteur d’Exorcismes spirituels et de Minimum respect. Un public manifestement cultivé et informé, sensible aux allusions et aux références de l’interprète, de Céline à Cioran, et qui ne manque pas, après le spectacle, de se précipiter sur les exemplaires des livres dont sont extraits les textes qui l’ont fait rire et réfléchir. Par ce truchement d’une parole inspirée, le “maudit” revient sur le devant de la scène et, de Libération au Nouvel Observateur, se voit porté aux nues et encensé par ceux-là mêmes qui l’ignoraient ou le vilipendaient dix ans plus tôt. Jolie revanche, hélas posthume !

Le petit cercle des admirateurs et soutiens “d’origine” de Philippe Muray s’en réjouit, bien sûr, tout en n’étant pas dupe de cette récupération qui vise à désamorcer et neutraliser la charge de dynamite dont son oeuvre était, est toujours, porteuse. Sur ces stratégies, dont il devait être lui aussi victime, Guy Debord a magistralement énoncé ce qu’il y avait à dire. En 1998, alors que je m’occupais de la Revue des deux mondes, j’avais proposé, avec Jeanne Caussé, à Philippe Muray de tenir un bloc-notes dans la vénérable revue à la couverture saumon. Muray avait accepté et, deux ans durant, nous donna les textes étincelants qui devaient composer Après l’Histoire I et II. Par la suite, l’écrivain publia dans d’autres organes de presse, des plus connus aux plus confidentiels, du Figaro à la Montagne, de Marianne à l’Atelier du roman ou à Art press, suscitant, à chaque fois, agacement, fureur, calomnies, mais aussi enthousiasme et éclats de rire salvateurs.

Dans ce monde terne, univoque et consensuel qu’est celui de « l’empire du Bien », les ruades et les insolences de l’écrivain représentaient un coup de soleil inattendu, une embellie, comme un corps de femme soudain dénudé dans un atelier d’artiste. Aujourd’hui que les « matons de Panurge » font repentance et saluent son oeuvre, il est instructif de rappeler quels concerts de protestations ou d’indignation accueillirent en leur temps ses livres. Lui-même s’était amusé, dans une chronique d’Après l’Histoire II, à recenser et à étriller les critiques dont il avait fait l’objet, sous le titre « Des critiques en déroute par temps hyperfestif ».

Pour commencer, Muray réfutait en bloc l’assimilation de sa lecture critique de l’époque aux catégories anciennes telles que “polémique”, “pamphlet”, “vitupération”, “vocifération” désormais hors d’usage. « Ces formulations, écrivait-il, relevant d’un ancien monde d’affrontements, ne sont encore utilisées, d’ailleurs sous leur aspect le plus péjoratif, par les salopards de la modernité en tant que souverain Bien, que pour faire croire que subsisterait, et justement grâce aux libéralités des maîtres du jour, un univers de conflits ou de contradictions, un monde d’alternatives et d’antinomies, là où ne demeure plus rien d’autre que le régime sans limites de la synonymie ; et où les petits hommes fourbus de la festivosphère ne trouvent de virulence que pour dénoncer à leurs maîtres celui qui serait assez effronté pour ne pas tout à fait se sentir en osmose avec ce régime. […] Le monde hyperfestif est un Empire sur lequel la loi du même ne se couche plus jamais. »

Ni polémiste ni pamphlétaire, ni prophète ni homme en colère, donc, car ces postures supposent une complicité avec ce qui est attaqué ou un espoir de changer les choses ; rebelle encore moins, car toutes les impostures de notre époque se réclament de la subversion, mais analyste aigu, implacable et serein, non pas de la société telle qu’elle est, mais telle qu’elle se loue. Et Muray, dans une longue séquence de tir aux pipes, de déquiller ses détracteurs imbéciles ou de mauvaise foi, qui dénonçaient en lui tantôt « un pamphlétaire à hurler de rire » (Libération), un « anar conservateur » (le Nouvel Observateur), un « anar de droite », un « nouveau réactionnaire » (Daniel Lindenberg), « un grincheux antimoderne de service » (Arnaud Viviant), un « essayiste amusant, au carnavalesque volapuk lexicoconceptuel » (Pierre Marcelle), un « imposteur du politiquement incorrect » (l’Événement du jeudi), un « triste alibi de l’intelligentsia en place » à propos de qui « Y a des coups de bite au cul qui se perdent » (sic) (Technikart)…

De son vivant, l’écrivain refusait de se laisser embrigader dans le classique jeu de rôle entre la droite et la gauche, la réaction à front de taureau et le progressisme bêlant. Si être “réac”, c’est refuser la vandalisation de notre civilisation et l’amnésie collective, « rien ne me paraît plus honorable », reconnaissait celui dont le talent éclatant renvoyait à son vide abyssal la cléricature du Bien. Peut-être aura-t-il fallu que l’homme s’éclipse pour que son importance soit enfin admise. C’est, hélas, souvent le cas dans notre beau pays lobotomisé où la faculté critique s’est fait la malle. Est-ce parce que l’époque s’est droitisée, comme le pense sa compagne, que l’auteur de Chers djihadistes… est désormais moins sulfureux ? Peut-être, mais il me semble qu’il s’agit plutôt de l’esprit de l’escalier mêlé à une certaine dose de remords et au désir sournois d’anesthésier l’éternel empêcheur de “penser” en rond.

L’homme qui se jurait de nous faire détester l’an 3000

Cette touchante et soudaine unanimité autour d’un Muray pour bobos festifs est plus suspecte que réjouissante et, sans doute, n’aurait-elle pas enchanté le pourfendeur du conformisme, acharné à réintroduire le coin de la négativité dans le tronc du positif. Mais est-il vraiment récupérable, celui qui se félicitait de constater qu’il n’entrevoyait pas « la plus minime lueur d’espoir dans cette nuit électronique où tous les charlatans sont gris et où les marchands d’illusions voient la vie en rose sur le Web », l’homme qui se jurait de nous faire détester l’an 3000 ? Nullement, et il faut se plonger dans le monumental volume d’Essais (1824pages, regroupant l’Empire du Bien, Après l’HistoireI et II, et Exorcismes spirituels) publié par son impeccable éditeur et ami, Michel Desgranges, pour le constater. Décidément non, l’inventeur d’« Homo festivus », à l’instar des hérauts antimodernes, de De Maistre à Chestov, de Bloy à Céline, l’énergumène qui ne sautait pas de joie comme un cabri progressiste devant les “avancées sociétales”, qui ne criait pas d’extase devant les vertueuses croisades contre l’amiante, la tabagie, l’homophobie, la xénophobie et le devoir d’ingérence humanitaire, qui n’applaudissait pas à l’“envie de pénal” et aux procès rétroactifs, ne sera jamais le gentil animateur pour Club Med que certains de ses nouveaux laudateurs voudraient qu’il soit.

Bruno de Cessole

 

Philippe Muray, né le 10 juin 1945 à Angers et mort le 2 mars 2006 à Paris, est un essayiste et romancier français. On sait peu de choses de la vie de Philippe Muray. Il est le fils de Jean Muray, écrivain et traducteur d’auteurs anglo-saxons, sa mère était une lectrice passionnée. Il reçoit une éducation religieuse catholique et  fait des études supérieures de lettres.

Dans les années 1970, il est assez proche de Philippe Sollers et de la revue Tel Quel. Il publie plusieurs romans à cette époque, et, en 1981, un essai controversé surLouis-Ferdinand Céline, dans lequel il refuse de séparer l’auteur du Voyage au bout de la nuit et le pamphlétaire antisémite de Bagatelles pour un massacre. En 1983, il enseigne pendant quelques mois la littérature française à l’Université Stanford, en Californie. C’est là que lui vient l’idée de L’empire du Bien et qu’il rassemble la matière du XIXe siècle à travers les âges, publié en 1984 par Philippe Sollers, devenu éditeur chez Denoël ; il s’agit d’une vaste fresque dans laquelle Muray souligne l’importance de l’occultisme dans la genèse de la pensée socialiste.

Il écrit ensuite de nombreuses chroniques, d’abord publiées dans des journaux ou revues (Revue des Deux MondesArt PressL’InfiniL’Idiot international,ImmédiatementLa MontagneMarianne), puis reprises en volumes dans Après l’Histoire et Exorcismes spirituels. Dans ces chroniques, il n’a de cesse de combattre le monde moderne sous ses diverses formes, utilisant, conformément à la tradition pamphlétaire, une prose riche en formules et en raccourcis.

Controverse avec Daniel Lindenberg

En 2002, dans son livre Le Rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnairesDaniel Lindenberg rapproche Philippe Muray de Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec, les rangeant (avec d’autres personnalités) dans la catégorie des « nouveaux réactionnaires ». En réponse, avec entre autres Alain FinkielkrautMarcel Gauchet,Pierre Manent et Pierre-André Taguieff, il signe un Manifeste pour une pensée libre contre le livre de Daniel Lindenberg.

http://philippemuray.e-monsite.com/pages/textes/les-nouveaux-actionnaires.html

Les trois derniers livres publiés de son vivant sont Chers djihadistes… (2002), Festivus festivus Conversations avec Elisabeth Lévy (2005) et Moderne contre moderne (octobre 2005). Dans Festivus FestivusElisabeth Lévy, directrice de Causeur, le caractérise comme un « vieux libéral ».

Mort le 2 mars 2006 d’un cancer du poumon, Philippe Muray est inhumé le 8 mars au cimetière du Montparnasse (10e division).

L’oeuvre de Philippe Muray

Il est l’auteur de plusieurs romans : Chant pluriel (1973) ; Postérité, (1988) ; On ferme (1997), ainsi que de près d’une centaine de romans policiers de commande sous un pseudonyme pour l’instant toujours inconnu, d’un essai sur Rubens (La Gloire de Rubens, Grasset, 1991) et d’un recueil de poèmes comiques (Minimum Respect, Les Belles Lettres, 2003).

Chroniques et essais sur l’« époque qui commence »

À l’image de Céline, avec un esprit critique développé, Philippe Muray se voulait le chroniqueur et le contempteur du désastre contemporain, cette époque où « le risible a fusionné avec le sérieux », où le « festivisme » fait loi. Son œuvre stigmatise, par le rire, la dérision et l’outrance de la caricature les travers de notre temps. Il inventa pour cela (dans Après l’Histoire) une figure emblématique de ce temps : Homo festivus, le citoyen moyen de la post-histoire, « fils naturel de Guy Debord et du Web ». À l’opposé d’une vision étroitement nihiliste, il avait le projet, contre le « règne du Bien » (décrit dans l’essai L’empire du Bien), de « réintroduire le négatif pour montrer que lorsqu’on l’évacue, on ne peut plus rien comprendre ». Il développa ce personnage sous le nouveau nom de Festivus festivus dans des entretiens avec Elisabeth Lévyparus pendant plusieurs années dans la revue Immédiatement.

Philippe Muray invente également le concept d’« envie du pénal », qui stigmatise la volonté farouche de créer des lois pour « combler le vide juridique », c’est-à-dire, selon lui, pour supprimer toute forme de liberté et de responsabilité. Envie de pénal qu’on retrouve aussi dans la judiciarisation de la vie quotidienne, autrement dit le recours permanent aux tribunaux pour régler les problèmes auxquels les individus sont confrontés.

Ce qu’attaque Muray avec une verve féroce, ce sont les manifestations de la sensibilité d’une gauche autoproclamée « moderne ». Au-delà de la satire du politiquement correct qui la traduit, il expose comment la démocratie libérale, légitimée comme seule organisation politique respectueuse des libertés de chacun, tout particulièrement depuis la chute de l’URSS et la dissolution du « péril rouge » dans les joies du marché, chercherait à s’accomplir en « empire du bien ». Une sorte de fétichisation du terme « démocratie » imposerait pour « unique projet collectif valide » d’œuvrer à concrétiser une « utopie zéro défaut », où pourraient enfin se déployer les valeurs morales identifiées comme démocratiques : celles qui relèvent du respect d’autrui. Ce serait là le rôle du politiquement correct. Inciter vigoureusement à être intensément vertueux, pour être intensément citoyen ; favoriser par là même l’extension des valeurs de progrès. Et réciproquement.

Les propos sarcastiques sur « la charité généralisée, la solidarité sans réplique, les droits de l’homme dans tous les coins, et le souci hygiéniste à chaque étage » sont ordinaires chez les tenants de la droite. Or, si Muray déplore la transformation de la société « en camp de boy-scouts » et la « prise de contrôle du genre humain par la surenchère des grands sentiments », ce n’est pas pour dénoncer le règne des assistés, mais pour souligner que ce consensus du vertueux est une machine à coincer les neurones : toute distance par rapport à ces normes ne serait par définition qu’antidémocratique.

Le « pathos homogénéisateur » tient lieu de vérité, remplace la pensée par un kit moralisant en noir et blanc, qui rend quasi impossible de « pouvoir supporter sans trépigner sur place l’exposé de quelques situations ambiguës ». Par exemple, la progressiste reconnaissance des différences ne serait-elle pas potentiellement à double tranchant —« affirmation du moi tribalisé, puis globalisé », tout autant que respect humain ? De façon plus générale, le réel lui-même « ne peut plus être toléré » s’il contredit les postulats progressistes. Il n’est fréquentable que neutralisé en « parc d’abstractions » dûment consensuelles, qui entreprennent de « tout réconcilier, mélanger, effacer ». En bref, pourHomo festivus, pour l’homme du temps du consensus, toute « pensée négative ou critique est maintenant le contraire de la pensée citoyenne », et donc du côté de l’intolérance, du fascisme, de la xénophobie. En dehors de l’orthodoxie de la sensibilité de gauche, n’y aurait-il donc que « réactionnarisme » ?

Le style de Philippe Muray

Le style de Philippe Muray est le plus souvent copieux, ardent et drôle. Il aimait créer des néologismes assassins, comme « Artistocrate » (pour décrire les artistes qui prêtent serment d’allégeance aux politiciens et aux fonctionnaires, et dont l’activité artistique devient une charge comme il en existait sous l’Ancien Régime), ou encore « rebellocrate » (ceux qui posent en rebelles tout en étant en réalité proches du pouvoir), « Mutin de Panurge » (individus dont la rébellion est factice et en accord avec l’air du temps) et « Maton de Panurge » (individus qui tentent par tous les moyens de faire taire les voix qui s’opposent au consensus politiquement correct), entre autres. Il a les tics délirants d’un langage outré, redondant, martelant et imagé, qui donne à ses textes polémiques la saveur de la littérature jouissive de Céline et de Thomas Bernhard mâtiné d’Alfred Jarry dont il semble avoir subi l’influence.

Postérité

La revue littéraire L’Atelier du Roman, à laquelle Philippe Muray avait collaboré, lui a consacré un numéro spécial en 2007.

En septembre 2010, le magazine Causeur publie également un numéro intitulé Muray revient. Et il n’est pas content, avec des textes d’Elisabeth Lévy, Pierre de Beauvillé et Alain Finkielkraut.

En avril, août, septembre et décembre 2010Fabrice Luchini lit des textes de Philippe Muray au Théâtre de l’Atelier.

En 2010, les éditions Les Belles Lettres publient une anthologie, Essais, « où sont réunis sept ouvrages que Muray a publiés pendant les quinze dernières années de sa vie, sa période la plus féconde et la plus épanouie. » « Discrètement annotée par Vincent Morch, cette édition monumentale […] contient près de 400 textes [dont aucun n’a] perdu son pouvoir d’élucidation. »

Pour en savoir plus:

http://www.philippe-muray.com/

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