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Henri Verneuil

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Verneuil, ce sont plus de 35 films, une filmographie qui sonne un peu à elle toute seule comme une page de l’histoire du cinéma français. Côté salles obscures; plus de 90 millions d’entrées. Face caméra; une galerie de monstres-sacrés portés au pinacle. En amont; des dialogues en béton, vernis d’une verve verneuillenne.

Faire reluire une certaine tradition du cinéma français avec des techniques et des recettes inspirées du cousin d’Amérique, ça ne date finalement pas d’hier. À mi-chemin entre l’américanophilie habitée d’un Melville et la fidélité tranquille aux principes routiniers du « cinéma de papa », Verneuil fut l’un des plus fervents à chercher l’efficacité technique hollywoodienne pour raffermir une mécanique de spectacle familière au public français. « Bon faiseur d’un cinéma du samedi soir » : cette critique, il la reprend à son compte.

Son style, son genre, lui ont valu les foudres de ceux qu’il appelait les « putschistes » de la « Nouvelle vague », mais lui, se considérait plutôt comme un « conteur oriental ».  Rassembler le plus grand nombre et réaliser ainsi des succès commerciaux n’est pas incompatible avec la qualité artistique. Sans doute s’agit t-il là de la grande leçon dispensée par ce metteur en scène mythique.

Apatride… C’est le premier mot de français qu’apprennent sa famille fuyant la Turquie, qui débarquent à Marseille un matin de décembre 1924: le fonctionnaire de police le marque au tampon encreur sur leurs passeports, les autorisant ainsi à rester en France. D’origine arménienne, Achod Malakian est né en Turquie, à Rodosto, le 15 octobre 1920.

Car il faut vivre, et avec un objectif absolu : faire faire des études au petit Achod. Malgré les difficultés évidentes et constantes auxquelles se heurtent ces réfugiés aux maigres ressources, qui parlent à peine français, jamais le clan ne perd l’espoir. Même lorsqu’il rentre épuisé de son dur labeur (de nuit, parce c’est mieux payé), le chef de famille, conteur merveilleux, narre à son Achod des histoire charmantes qui le font rêver.  Il se sent exclu par ses camarades issus de la « bonne société » marseillaise, et compense sa solitude en se racontant des histoires. En dépit de son isolement à l’école où, au début, le petit garçon souffre de sa situation d’immigré, la tendresse chaleureuse de tous les instants qui l’enveloppe lui assure un épanouissement certain et la promesse d’un avenir meilleur. En connivence permanente et totale, cette cellule familiale s’organise pour le protéger, le soutenir, l’encourager.

Le poids du passé, le vécu quotidien amènent doucement le jeune garçon à imaginer son avenir avec une grande ambition, pour sortir les siens de leur situation précaire. Un jour, il déclare à sa famille ébahie qu’il veut devenir « ingénieur mécanicien de la Marine militaire ». Pour y arriver, le chemin passe par les Arts et Métiers.
Le garçon se retrouve pensionnaire à Aix-en-Provence pour préparer, en quatre ans, le concours d’entrée. L’an 1940 arrive et, malgré les événements, le concours d’entrée a lieu en juillet. Achod Malakian est reçu « à titre étranger »: il ne sera naturalisé que vingt-cinq ans après son arrivée sur le quai de la Joliette, par un décret du 4 novembre 1949.


Pendant ses trois années à Aix, « Malaks » participe activement aux activités de sa promotion, développant des animations avec un sens musical et artistique évident, mais faisant aussi preuve d’originalité et de caractère. Lors d’une fête traditionnelle, il joue le rôle d’un metteur en scène en plein tournage devant une caméra de carton: hasard prémonitoire ou prémices d’une vocation ?
Son diplôme en poche, il s’oriente d’abord vers le journalisme. De 1944 à 1946, il est rédacteur en chef du magazine « Horizon », puis critique cinématographique et radioreporter. C’est alors qu’il s’essaye au court-métrage. En 1947, sa rencontre avec Fernandel et l’amitié qui en découlera seront des éléments déterminants de sa carrière. L’acteur accepte de tourner avec lui, un inconnu, un court-métrage sur Marseille: « Escale au soleil ».

Le jeune réalisateur est devenu entre-temps Henri Verneuil. « Dès cette époque, soulignerat-il plus tard, j’ai toujours fait ce métier avec entrain et jubilation. Si on tourne un film avec plaisir, on évite l’ennui à coup sûr. Tout le monde aime une histoire bien racontée : à l’écran, c’est la même chose. Il faut savoir placer la caméra au bon endroit et avec le bon angle, pour donner à l’histoire le maximum de vérité et de vie. Cet art de raconter, avec des moyens visuels, me vient sans doute de mon père qui possédait ce merveilleux talent souligné de gestes expressifs. »

A partir d’ici, merci à Laurent Ziliani

De 1946 à 1951,signant donc du nom d’Henri Verneuil il réalise une vingtaine de courts-métrages : comédies de première partie (À la Culotte de Zouave), évocations musicales (Cuba à Montmartre), tentatives insolites (Maldonne). Lors du tournage d’Escale au soleil, en 1948, il rencontre Fernandel qui, deux ans plus tard, accepte d’interpréter son premier long-métrage  : La Table aux crevés. Pour son premier film, Verneuil transpose le célèbre livre de Marcel Aymé, prix Renaudot en 1929, à un village de Provence. Il parvient toutefois à en préserver un certain esprit de « querelles de village », mais le film ne décolle jamais vraiment. Fernandel est égal à lui-même, excellent, mais envahissant et cabotin.

Monstre sacré, Fernandel place le réalisateur devant ses responsabilités : « Il m’a appris à diriger les acteurs, car j’ai compris que si je n’y arrivais pas avec lui, je me ferais dévorer tout cru. »

L’audace est payante. Le comédien redouté offre dès lors son concours, et parcourt avec lui toute la gamme de son talent : chronique provençale (Le Boulanger de Valorgue, 1952), pagnolade un peu fade. En dépit de la musique de Nino Rota, et bien que les dialogues de Jean Manse ne déparent pas — il y a même quelques traits acides, un des villageois déclarant par exemple « Je n’ai pas capitulé en 40 : mon bureau est resté ouvert » tout comme des allusions au marché noir — la trame reste trop classique

Film après film, Verneuil décroche des budgets de plus en plus importants. Son film suivant, L’Ennemi public n°1 (1953), est un hommage au screwball à l’américaine. A New York, à l’époque de la prohibition, Joe Calvet est un démonstrateur particulièrement timide et myope. Il ne peut pas voir à plus de vingt centimètres sans ses lunettes, et n’a presque aucune personnalité. Parce qu’il échange malencontreusement son imperméable avec celui d’un redoutable criminel, la police l’appréhende et il est jeté en prison. A la faveur de nombreux quiproquos, il réussit toutefois à fausser compagnie aux gardiens et rejoint la bande de malfrats qui le prennent pour leur chef. Comme on peut aisément le deviner à travers ce petit résumé, le scénario de Max Favalelli manque d’originalité. La présence de Sza Sza Gabor, de Saturnin Fabre ou de Louis Seigner, mais surtout de Fernandel rendent la farce agréable à voir, bien qu’elle n’échappe à aucun moment aux clichés.

En 1954, Le Mouton à Cinq pattes lance Verneuil dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger. Il n’obtiendra pas la fameuse statuette, mais c’est un signe que Verneuil, qui a maintenant 34 ans, maîtrise parfaitement le langage cinématographique. Le rythme est énergique, les acteurs excellents. Dans Le Mouton à Cinq Pattes, Fernandel, au sommet de sa forme, interprète six rôles, à la manière d’un Alec Guiness ou d’un Peter Sellers.

Dans un petit village, des quintuplés sont nés. Après leur enfance sans histoire, la vie les a séparés. Ils ont maintenant quarante ans. L’un est directeur d’un institut de beauté, l’autre est devenu un laveur de carreaux hypocondriaque, le troisième s’occupe du courrier du cœur dans un magazine, un autre est marin, et le dernier est aujourd’hui curé. Le maire a l’idée de les réunir à nouveau.

drame sentimental (Le Fruit défendu, 1952).

Et puis en 1959, c’est le très célèbre La vache et le prisonnier, leur dernière collaboration, la plus aboutie, et l’un des derniers grands films de Fernandel. De nombreuses rediffusions à la télévision n’ont pas su banaliser une trame de qualité.

Qui ne connaît pas encore La Vache et le Prisonnier ? Bailly (Fernandel) est prisonnier de guerre en Allemagne. Il y travaille dans une ferme. La vie n’est pas trop dure pour lui, pourtant le pays lui manque. Il décide de s’évader, et il a pour cela une idée pour le moins originale. Bailly s’évadera à pied, en uniforme de prisonnier de guerre, avec une vache. Ainsi, nul ne pourra s’imaginer qu’il prend la clé des champs. Bailly part sur les routes, et son idée paraît fonctionner à merveille. Un peu à la manière de la « La lettre volée » de Poe, le principe selon lequel le meilleur moyen de dissimuler quelque chose ou quelqu’un est de l’exposer aux yeux de tous fonctionne à merveille pour Bailly. Les scénaristes ont de la sorte disséminé des histoires authentiques et simples au fil de l’intrigue. Le tour de force de Verneuil est de faire de la vache Marguerite un vrai personnage. Lorsqu’il est temps pour Bailly de l’abandonner, une vraie émotion le saisit, que nous partageons.

Après 1959, Fernandel et Verneuil ne retravailleront plus ensemble. Verneuil a pris d’autres voies, délaissant la comédie, et Fernandel, sur le déclin, se fait vieux.

D’une longue collaboration avec Fernandel, Verneuil, de son propre aveu, aura appris avant tout à ne pas se laisser dévorer par un acteur qui peut être despotique. Fernandel lui a offert sa confiance et sa protection, et lui a apporté ainsi succès et popularité.

ACTE II

Entretemps, Verneuil a fait d’autres rencontres capitales, celle de Gabin notamment, avec qui il tournera cinq films, mais aussi Charles Boyer ou Françoise Arnoul.

Dès 1952 en effet, Verneuil collabore avec d’autres grands : Michel Simon dans le rôle de Maigret (Brelan d’As, 1952), puis Françoise Arnoul et Daniel Gélin en 1954 dans le magnifique Amants du Tage, d’après Kessel.

Mais tout le talent de Verneuil éclate en 1955, avec Des gens sans importance, qui reste sans doute l’un des ses meilleurs films.

Jean Viard (Jean Gabin) est un routier dans la quarantaine. Il n’est pas souvent à la maison, et quand il y est, il ne s’entend guère avec sa femme Jacqueline (Danny Carrel) et ses deux enfants. Ses longs périples répétés sur les routes lui ont donné l’habitude de se restaurer dans la même auberge, où sert la jeune Clothilde (Françoise Arnoul). Une idylle naît entre eux, qui se transforme en relation passionnée. Dès lors Jean s’intéresse davantage à Clothilde qu’à son travail, et se détache de sa famille.

Plus que jamais dans ce film, Verneuil parvient à saisir la banalité du quotidien, à travers les gestes ordinaires, les habitudes. Une mélancolie permanente survole le film. La relation entre Clothilde et Jean est évidemment vouée à l’échec dès le départ. Le spectateur, tout comme Berty, l’ami de Jean interprété sobrement par Pierre Mondy, ne l’ignorent jamais, et dès lors sont condamnés à assister à la triste dégradation de Clothilde et Jean, malgré leur passion toujours présente.

La désagrégation du couple Jacqueline / Jean, tout comme que le comportement indécis et un peu désinvolte de Clothilde ont la même origine : l’ennui, et c’est par cette composante que tous deux, qui n’ont par ailleurs pas grand-chose en commun, se rejoignent et s’unissent dans une véritable passion destructrice.

Le film a vieilli, mais la qualité de ses interprètes (Jean Gabin, plutôt discret et très attachant, et Françoise Arnoul, fragile et fascinante donnent une de leurs meilleures performances) et la photo impeccable de Louis Page le classe parmi les classiques des années 50.

C’est en dirigeant Charles Boyer que Verneuil réussit à renouveler l’exploit d’une peinture fine et juste de personnages « sans importance ». Malgré une première collaboration en demi-teinte (Paris Palace Hôtel, 1956), Boyer et Verneuil se retrouvent dans Maxime, avec Arletty et Michèle Morgan, un film majeur dans l’œuvre de Verneuil, bien qu’il fût peu remarqué à l’époque de sa sortie, et qu’il reste aujourd’hui très méconnu.

Dans les années qui suivent, Verneuil continue à beaucoup tourner. Il retrouve Gabin, avec notamment Le Président, où Gabin est aux côtés de Bernard Blier dans une adaptation de Simenon.

Le vieux Président à la retraite Emile Beaufort (Jean Gabin) vit aujourd’hui retiré dans une villa. Il n’intervient plus du tout dans la vie politique, et se consacre plutôt à des petites promenades ou à ses mémoires. Mais lorsqu’il entend à la radio que Chalamont (Bernard Blier), son ancien chef de cabinet, est en passe de devenir président du conseil, il sait que leurs routes vont devoir se croiser une dernière fois.

Malgré une scène remarquablement filmée au palais Bourbon, (le débat mouvementé concerne la construction européenne !), le film ne parvient pas à convaincre surtout à cause du jeu de Gabin, qui « gabine » comme jamais. En outre, tout y est vieilli et représenté avec une absence totale de réalisme.

Après La Vache et le Prisonnier (1959), qui clôt la période Fernandel, Verneuil poursuit sa carrière en réalisant un sketch du film La Française et l’Amour (1960). Le film composé de sept sketches (réalisés notamment par Boisrond ou René Clair) est un fiasco.

Un Singe en hiver est l’adaptation du roman d’Antoine Blondin, anar majeur, hussard devant l’éternité (prix Interallié 1959). Albert Quentin (Jean Gabin), buveur invétéré, et sa femme (Suzanne Flon) tiennent un hôtel dans un village de Normandie. L’alcool permet à Albert de retrouver le Yang Tseu-Kiang et de rêver à une autre vie. Mais voilà que les bombardements alliés pilonnent le village, et Albert et Suzanne se réfugient dans la cave de leur maison. Là, Albert promet à sa femme de ne plus jamais boire d’alcool.

Quelques années ont passé. Albert a tenu sa promesse. Pourtant, un soir, Gabriel Fouquet (Jean-Paul Belmondo) prend une chambre dans leur hôtel. Quitté par sa femme, il se soûle régulièrement pour oublier. Suzanne sent bien que c’est un mauvais exemple pour son mari et craint qu’à la vue de Gabriel, il rechute. Belmondo, star naissante du cinéma populaire (il vient de faire Cartouche) mais aussi un des symboles de la Nouvelle Vague (A bout de souffle) et Jean Gabin, le monstre sacré du cinéma français, réunis par l’alcool : le cocktail semble singulier, mais Verneuil a tapé juste, son film est profondément humain, en permanence sur le fil entre drame et comédie. Deux hommes faibles et malheureux, qui se comprennent à mi-mot, l’un en Espagne, l’autre sur le Yang Tseu-Kiang, grâce à la boisson qui les rend complices.

Humain et humaniste, le propos du film est aussi un hymne à l’ivresse, à la tentation. Il promeut la fantaisie et s’attendrit devant la faiblesse de ces deux hommes. Il affiche son affection pour ces deux enfants, encense leur désinhibition, plutôt que les faux-semblants, les hypocrites, les tricheurs comme cette mère supérieure qui prétend être anglaise, ces villageois qui attendaient patiemment et sans pitié qu’Albert se remette à boire. Il était inéluctable qu’Albert retournât vers la boisson. Il avait remplacé les verres d’alcool par les bonbons par amour pour sa Suzanne. Mais Albert est probablement incurable, il pleure sa jeunesse perdue, la vie qu’il n’aura plus jamais.

Le cas d’Antoine est différent. Quitté par sa femme, les racines de son malaise ne sont pas aussi profondes, mais il est blessé, perdu. Ils ont une génération d’écart, des vies et une situation familiale différentes (Antoine a un enfant), tout les sépare, à part une blessure commune qui les unit ponctuellement. Un Singe en Hiver démontre une nouvelle fois la capacité de faire de Verneuil le peintre de personnages simples et émouvants.

Avec les mêmes qualités, en 1964, Verneuil adapte Week-end à Zuydcoote, d’après Robert Merle. Malgré un gros budget et des milliers de figurants, le film échappe à la lourdeur des films historiques, parce que Verneuil se concentre sur le quotidien de quelques hommes qui pourraient être n’importe qui. Il convient de resituer brièvement le cadre historique. Mai 1940, les Allemands entrent en France après avoir écrasé la Hollande. Ils percent la défense alliée et atteignent Abbeville le 20 mai. Les soldats britanniques et français se retrouvent isolés dans la « poche de Dunkerque ». Mais le 24 mai au soir, Hitler ordonne l’arrêt des forces blindées(*). Grâce à ce répit, les Alliés se regroupent autour de Dunkerque et s’apprêtent à embarquer pour l’Angleterre.

C’est dans ce contexte assez méconnu que se joue Week-End à Zuydcoote. Zuydcoote est un village côtier du Nord, près de Dunkerque, dans lequel des milliers de soldats Alliés dont Maillat (Jean-Paul Belmondo), ses camarades Pierson (Jean-Pierre Marielle) ou Ahery (Pierre Mondy) se retrouvent acculés sous la poussée allemande. La survie s’organise. Ahery prépare son retour à la France occupée, tandis que Maillat cherche à tout prix à s’embarquer pour l’Angleterre. Il parvient à trouver un bateau mais il est coulé et Maillat se retrouve à son point de départ. De retour à Zuydcoote, il rencontre une jeune fille, Jeanne (Catherine Spaak) qui refuse de quitter sa maison, quoiqu’en sursis à cause des pilonnages allemands.

Week-End à Zudycoote est un film sans héros, qui montre un aspect inhabituel de la guerre, avec ses drames personnels, insignifiants à l’échelle mondiale mais tragiques à une échelle humaine.. Les soldats oisifs survivent comme ils le peuvent, certains pillent, trafiquent, violent, ou préparent l’après-armistice. Le film parvient à rendre avec force l’horreur et l’absurdité de la guerre, mais aussi celles des hommes. Un couple anglo-français tente de s’enfuir pour l’Angleterre et meurt dans le bombardement de leur bateau. Un militaire périt en allant chercher de l’eau. Des soldats violent une villageoise qui se refuse à abandonner sa maison bombardée…

Pourtant, le film ne se réduit pas à ses personnages. Les quelques scènes de guerre que Verneuil choisit d’intégrer à son récit sont mémorables. Il est difficile d’oublier ce parachutiste allemand fusillé par des centaines de soldats avant même qu’il ne touche le sol. Il en va de même pour le réalisme époustouflant des scènes de bombardements.

La même année, il réalise et scénarise une autre pépite cultissime. Aux portes du désert, Castigliano dirige une entreprise de transports routiers. Hans doit conduire un chargement clandestin de cent mille dollars au coeur de l’Afrique. L’apprenant, Rocco élimine le chauffeur, vole son véhicule et part avec sa complice. Castigliano promet alors une forte récompense à Marec s’il récupère le camion. Commence une folle poursuite… Bébel, Lino et Blier réunis pour une ironie et une intrigue à jubiler sans souffler.

Ainsi, Verneuil, à travers ces quelques films, a prouvé qu’il savait être riche d’humanité, tout en restant fidèle au grand public. Avec presque deux films par an entre 1951 et 1964, il a été un cinéaste français (et un anar de droite) majeur.

Henri Verneuil a désormais 44 ans. En remportant le Golden Globe du meilleur film étranger, il a attiré les regards des producteurs étrangers. Il s’agit du polar à l’américaine Mélodie en sous-sol (1961), d’après le thriller éponyme de John Trinian (dont le titre original est The Big Grab). Pour l’adapter au cinéma, le scénariste Albert Simonin a transposé le hold-up du livre au casino du Palm Beach à Cannes, il a francisé les noms, modifié la fin, et Henri Verneuil a su le mettre en images dans un suspense haletant.

Charles (Jean Gabin), vieux gangster fraîchement sorti de prison, décide de faire un dernier coup avant de se ranger. Son idée est de ravir la caisse d’un grand casino. Il fait du jeune Francis (Alain Delon) son complice, et tous deux commencent à exécuter un plan compliqué dont le terme est le braquage de la caisse, au sous-sol du casino.

Le film est un modèle du genre. Le rapport entre Charles, le vieux bandit expérimenté qui veut se ranger après un dernier coup, le plus gros de sa carrière, et Francis, le jeune et beau voyou un peu trop sûr de lui, est un parangon pour de nombreux films de gangsters. Entre eux s’instaure une relation conflictuelle, qui tient du rapport père / fils.

Avec sa réalisation impeccable et sa fin inoubliable, le film est remarqué aux Etats-Unis. Il décroche le Golden Globe du meilleur film étranger, bien qu’il soit peu apprécié par les critiques français. Il faut dire qu’Audiard est à l’opposée de la Nouvelle Vague qui secoue le cinéma hexagonal, et dans ce contexte de renouveau, Verneuil et Gabin, c’est un peu du « cinéma de papa ». Toujours est-il qu’avec ce film, Verneuil s’ouvre les portes des Etats-Unis. Il se rend à Los Angeles.

Verneuil parlait assez volontiers de cette époque dans les interviews, pendant laquelle il avait pu assister dans les studios de la MGM au tournage de Frontière Chinoise, le dernier film de John Ford, ou croiser King Vidor.

Avec son départ outre-Atlantique, la seconde période de Verneuil s’achève. Au cours de son périple américain, il va acquérir une notion assez précise du type de cinéma qu’il veut désormais faire.

ACTE III

Verneuil signe avec Carlo Ponti (le producteur notamment des films d’Antonioni, de Dr. Jivago ou du Mépris de Godard) puis avec Jacques Bar, et la MGM lui confie les rennes de deux films.

D’abord, La Vingt-cinquième heure avec Anthony Quinn, une adaptation assez réussie du livre de Gheorgiu, qui relate les tragiques pérégrinations de ce paysan roumain pendant et après la deuxième guerre mondiale. Puis La Bataille de San Sebastian, un Western mexicain avec Charles Bronson et Anthony Quinn, où ce dernier est un faux prêtre mais un vrai héros qui va sauver un village des indiens et des pillards.

Après cette expérience américaine, en 1969, Verneuil retrouve la France. Il est désormais qualifié de « plus américain des réalisateurs français ». A partir de cette période, ses films ont changé. Il tourne Le Clan des Siciliens. La réalisation impeccable, la musique (brillante) de Morricone, les images de Henri Decaë, et Gabin, Delon, Ventura, de même qu’une fameuse scène truffée d’effets spéciaux dans laquelle un jumbo jet se pose sur une autoroute en construction : tous les ingrédients sont réunis pour un succès public.

Grâce à la complicité de Vittorio Malanese (Jean Gabin), le jeune Roger Sartet (Alain Delon) s’évade des mains de la justice. Vittorio propose à Roger de monter un coup éblouissant. L’idée est de détourner l’avion transportant des bijoux et de le faire atterrir sur une autoroute en construction. Roger organise les préparatifs, mais il s’éprend de Jeanne (Irina Demick), la propre belle-fille de Vittorio.

Rediffusé de nombreuses fois à la télévision, avec trois grosses têtes d’affiche, le film a gardé aujourd’hui son aspect spectaculaire, même s’il est avant tout taillé sur mesure pour ses acteurs.

Verneuil réalisera par la suite une série d’œuvres interprétées par Belmondo. Ainsi, pendant quelques années, il réalisera des films « à la Lautner » en dirigeant Belmondo dans des histoires survitaminées (« Bébel », son personnage récurrent des années 70, mi-flic mi-voyou au cœur tendre mais aux poings durs).

Le Casse (1971),

Peur sur la Ville (1974)

puis Les Morfalous(1984)

Ce seront des gros succès du box office. Les cascades époustouflantes de Belmondo , les sujets très populaires (vol de bijoux, serial killer, braquage de banque…) et le grand savoir-faire de Verneuil expliquent ces réussites commerciales. Néanmoins, il n’y a plus dans ses films la sensibilité de naguère, et la profondeur des personnages s’est volatilisée au profit de l’action. Et ainsi, tout ce qu’il y a à retenir de cette somme toute médiocre période à la gloire de Belmondo, ce sont les coups de feu, les bagarres, et les crissements de pneus.

Le Corps de mon ennemi (1976) est une exception à la règle. Verneuil tente de se focaliser sur l’ambiance plutôt que sur l’action. Il construit un récit par flashes-back.

François Leclerc (Belmondo) vient de purger une longue peine de prison pour un double homicide qu’il n’a pas commis. A sa sortie, il se rend sur les lieux du meurtre. Il veut retrouver les vrais coupables et les punir. une chasse en règle contre l’endogamie et les faux semblants d’une bourgeoisie dévoyée.

Verneuil filme beaucoup moins désormais, avec des budgets importants, mais ses films n’ont plus qu’une qualité technique, à la manière des films d’action d’Hollywood.

Verneuil avait réuni Yul Brynner, Henry Fonda et Dirk Bogarde — trois stars vieillissantes — dans un thriller d’espionnage, Le Serpent, d’après Pierre Nord, en 1974. Le genre thriller politique plaît à Verneuil, puisqu’il écrit et réalise deux films par la suite.

Ainsi, il s’essaie en 1979 à un plus qu’ honnête thriller politique avec Yves Montand, I…comme Icare, qui met en scène l’assassinat d’un président dans un pays imaginaire.

Le président Jary est abattu par un tireur isolé. L’assassin présumé est retrouvé mort. Le procureur Volney (Yves Montand) et ses hommes mènent l’enquête. Le doute naît dans l’esprit de Volney quand il découvre trop d’invraisemblances. Le tireur ne peut pas avoir abattu le président. A noter également que Verneuil, fasciné par l’expérience sur l’obéissance menée par Stanley Milgram en 1963 à l’université de Yale, en introduit des éléments dans son film pour expliquer le conditionnement de fanatiques poussés à l’assassinat par une organisation. L’expérience est saisissante d’ingénierie et source de nombreuses explications sur la servitude volontaire qui asservit si souvent nos tendres moutons .

A noter quelques éléments similaires entre les dialogues de JFK d’Oliver Stone et ceux de Verneuil, à l’image de ces deux extraits : « Deux tireurs, c’est déjà une organisation. » (Yves Montand) et « And if there was a second rifleman, then by definition, there had to be a conspiracy » (Kevin Costner).

Mille Milliards de Dollars (1981), qui marque la seule collaboration Dewaere / Verneuil, est un thriller bien écrit et rythmé, interprété avec brio.

Paul Kerjean (Patrick Dewaere), journaliste dans un grand quotidien, reçoit un coup de téléphone anonyme. On lui annonce qu’un homme politique, Benoît-Lambert, aurait touché des pots-de-vin pour céder une entreprise d’électronique à une grosse société internationale.

Paul mène son enquête, qui le mène dans le milieu des multinationales. Les trente premières multinationales, découvre-t-il alors, pèsent mille milliards de dollars, l’équivalent du PIB d’un grand pays. Peu de temps après, Benoît-Lambert est retrouvé mort, suicidé, dans sa voiture. Mais était-ce vraiment un suicide ? L’histoire est habile, un peu binaire sans doute, et les rebondissements sont suffisamment nombreux pour susciter l’intérêt jusqu’au bout.

A partir des Morfalous, Verneuil ne reprendra la caméra que pour filmer son autobiographie, en deux parties Mayrig (1991) et 588 rue Paradis (1992), avec Claudia Cardinale, Richard Berry et Omar Sharif.

Hélas, deux films ratés, à cause d’effets trop appuyés. D’autant plus dommage que le livre Mayrig était écrit avec beaucoup de sensibilité et de talent. Verneuil y revient sur l’histoire de son arrivée en France dans le Marseille des années 20, sur ses difficultés d’intégration, sur l’amour de ses parents, sur ses études… Mayrig aura été un best-seller et fut traduit dans de nombreuses langues.

Depuis Mayrig et 588 rue Paradis, Verneuil n’avait pas renoncé au cinéma, puisqu’il parlait de temps à autre d’un projet de thriller.

Ainsi, la troisième période plus décevante de Verneuil ne doit pas faire oublier qu’il savait pourtant fait preuve d’une grande aptitude à peindre les anti-héros, à travers quelques-uns de ses plus meilleurs films.

Mais sa longue collaboration avec Audiard, dont les dialogues sophistiqués sont à l’encontre de ceux, épurés et improvisés, de la Nouvelle Vague, le dessert vis-à-vis des critiques dès les années 60, qui ne lorgnent désormais plus que vers Godard et Truffaut. Pour Verneuil, il s’agit d’un « putsch ». Ces putschistes n’auront de cesse de catégoriser Verneuil avec mépris dans les faiseurs de films du dimanche soir.

On peut néanmoins s’amuser à trouver des points communs entre le cinéma de Verneuil et celui de la Nouvelle Vague. L’utilisation fréquente des extérieurs au lieu des studios ou la peinture occasionnelle d’anti-héros symbolisés par le Belmondo d’A bout de souffle en sont des éléments incontestables.

Jean-Paul Belmondo, Lino Ventura, Michel Audiard, Andrea Parisi et Henri Verneuil à Cannes en 1964

Que l’on ne s’y trompe pas, nous ne prétendons pas rapprocher Verneuil de Resnais ou Rohmer. Mais à l’inverse, ignorer son talent de conteur serait une grave erreur. Peut-être est-il arrivé à une mauvaise époque. Son amour pour le cinéma américain hollywoodien et le cinéma « populaire », son intransigeance envers un certain cinéma d’auteur intellectuel et affecté le rangeraient aujourd’hui auprès de Besson, Kassovitz ou Gans. Si l’on veut bien chercher ses films plus méconnus, plutôt que de juger Verneuil à sa « troisième période » certes plus notoire, on comprendra aisément qu’il était plus que ce que certains journalistes ont péremptoirement écrit sur lui.

Mais les films de Verneuil ont vieilli. Le rythme du montage a accéléré, notamment sous l’influence du clip, et les acteurs, de gros bonnets du cinéma français, appartiennent maintenant au passé. Et si la photo est presque toujours extrêmement soignée (grâce aux talentueux Louis Page et Henri Decaë notamment), les décors, les costumes appartiennent manifestement au passé.

Chez Verneuil, en outre, les histoires sont incontestablement dominées par des hommes. Les femmes en sont étrangement absentes. A de rares exceptions près (comme dans Maxime ou dans Les Amants du Tage), elles ne tiennent que des rôles secondaires et caricaturaux. Machiste dans sa première période (c’est souvent le propre des Gabin et des Audiard), le cinéma de Verneuil se remplit de testostérone dès la fin des années 60 avec des héros supermusclés comme « Bébel ».

On regrettera sans doute que le Verneuil de Le Casse ou Les Morfalous ait pris le pas sur le Verneuil de Des Gens Sans Importance ou Week-end à Zuydcoote. Dans ces films de première période, il faisait montre de sa profondeur évidemment humaniste, moins spectaculaire mais plus profondément marquante que les films d’action qu’il a réalisés. Dommage qu’il ait cru devoir suivre un certain cinéma américain.

Il a mis dans les dernières années de sa vie ses origines au profit de la cause arménienne ; le film Mayrig aura vraisemblablement contribué à faire parler du génocide arménien et à obtenir sa reconnaissance par le Parlement français.

Il avait été admis depuis peu à l’Académie des Beaux-Arts, pour laquelle il avait composé un discours inaugurateur qui rendait hommage à ses films favoris. Il y citait de nombreux cinéastes, dont Besson, signe de son amour pour un cinéma commercial, proche du public. Le cinéma français l’a finalement gratifié d’un césar d’honneur en 1996, qu’il avait accepté avec beaucoup de plaisir. Deux récompenses, sans doute pour lui davantage deux reconnaissances, qui l’auront réconcilié avec un pays où il s’est souvent senti étranger.

Ainsi, Henri Verneuil, grand professionnel du cinéma qui adorait conter et raconter, n’est plus ; il a marqué à sa manière d’une empreinte tenace le cinéma français des années 50, 60 et 70, et a su presque à chaque coup obtenir l’adhésion du public. Aujourd’hui encore, à la télévision, nombre de ses films représentent des valeurs sûres, et rediffusion après rediffusion, on pourra constater sa contribution au patrimoine du cinéma populaire français.

http://www.ina.fr/video/CPD07008351

DECLARATIONS D’HENRI VERNEUIL

« Le cinéma est né dans les kermesses, a vécu dans les faubourgs, et s’est épanoui sans l’aide des gens cultivés. »

« Il se produit un phénomène très étrange dans notre pays. Prenons un film français et son équivalent américain inspirés par les mêmes sources. Le film américain provoquera un concert admiratif de louanges et le français se fera descendre. Simplement parce que chez nous sévit le manuel du parfait intellectuel, le bréviaire auquel on doit sans cesse faire référence si l’on veut briller. »

« Si je n’ai rien à raconter, je me tais. »

« Je dois mes débuts dans le long-métrage à Fernandel. »

Gabin-Delon par Henri Verneuil

« D’un côté, un pachyderme. Lent. Lourd. Les yeux enfoncés sous des paupières ridées et, dans l’attitude, la force tranquille que confère le poids. Celui du corps. De l’âge. De l’expérience. Quarante ans de carrière. Quelque soixante-dix films : Gabin. De l’autre, un félin. Un jeune fauve, toutes griffes rentrées, pas un rugissement mais des dents longues et, dans le regard bleu acier, la détermination de ceux qui seront un jour au sommet : Delon. » (Télé 7 Jours 6 juillet 1981)

Jean-Paul Belmondo par Henri Verneuil

« Mon regret, c’est de ne pas voir dirigé John Wayne, Clark Gable ou Spencer Tracy, mais j’ai eu la chance de travailler avec Jean-Paul Belmondo, qui, à lui seul, les résume tous. Ce qu’on admet chez Gary Cooper, on ne le reconnaît pas chez Jean-Paul Belmondo. Quand il descend le long d’un filin suspendu à un hélicoptère, il peut jouer Néron lorsqu’il arrive en bas. »

Ennio Morricone par Henri Verneuil

« Souvent on me demande comment j’ai pu travailler aussi longtemps avec un même compositeur sans avoir avec une seule langue en commun. La réponse est simple : Ennio est moi oeuvrons pour le cinéma, forme d’expression dont le langage est universel. Nous nous sommes aussi toujours compris à travers un charabia d’une grande efficacité. A d’autres reprises, je saisisssais parfaitement sa démarche – ou lui la mienne – en un mot, qu’il soit français, italien ou anglais. Sur ce plan, aucune ambiguïté : Ennio et moi sommes e la même nationalité par le coeur. »

Henri Verneuil : biographie

DECLARATIONS SUR HENRI VERNEUIL

Anthony Quinn

« Henri a le même sens du grand spectacle que les américains. C’est rare chez les réalisateurs européens. »

Jean-Paul Belmondo

« L’avantage avec Henri, c’est que quand je fais une cascade, je suis sûr qu’elle va être très bien filmée, que les gens vont la voir et que les gens verront que c’est l’acteur qui fait cette cascade. C’est déjà un atout énorme. »

Patrick Dewaere

« Henri sait exactement ce qu’il veut. »

« Quand Henri Verneuil vous propose de faire un film avec lui, on refuse pas, parce que Henri Verneuil c’est Henri Verneuil. C’est énorme dans le cinéma français et y a pas de raison que ça continue pas. »

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Philippe Tesson

La vie est un théâtre. Philippe Tesson l’a plus que quiconque compris. Ancien patron de presse, donc jalousé à plus d’un titre, il a conservé l’œil clair et ironique, la mèche avantageuse, la silhouette fringante du pigiste débutant et les dispositions qu’on attribue à celui-ci : curiosité, enthousiasme, disponibilité, et bonne humeur.

 Prenant le monde au sérieux, il envisage, ou affecte d’envisager, la vie avec légèreté. Elégance, courage, et inconséquence : pour moucher un impudent, le soufflet est un réflexe plus répandu que le procès en diffamation. Théâtral sans jamais sombrer dans le caricatural. Il soutient comme il critique, avec mordant et brio. Libertin impétueux, ébouriffeur obstiné,  Tesson ringardise le reste de sa caste, avec pour seule idéologie, son mauvais esprit !

Cette éminence polémique, au verbe aussi fringuant qu’injuste, continue du haut de ses 85 printemps à ferrailler contre les absurdités politiques avec une vivifiante franchise. C‘est que le cabot porte encore beau. Un anarchisme un peu trop velours côtelé pour s’en réclamer. Mais de ces journalistes qu’on se plaît à évoquer pour légitimer de conserver la TV, un vieux loup dont l’outrecuidance va au teint. 

Né en 1928 à Wassigny, chef-lieu de canton de l’Aisne, aux confins de la Thiérache, du Cambrésis et de la Belgique. Un coin de ce Nord gras, brumeux et poétique, que pas une guerre n’a oublié et qui n’en a oublié aucune. Ses parents d’origine paysanne ont accédé à la notabilité. Maître Tesson est le notaire du village et Philippe, écolier en blouse grise à la communale, enfant de chœur en aube blanche à la messe du dimanche. La religion est très présente, sans être oppressante. Du foyer familial, le fils se remémore la chaleur avec une émotion qui, cette fois, ne semble pas jouée. Lorsqu’il évoque les sortilèges de la campagne, ravivés par les vacances, le cercle de famille, les escapades de l’autre côté de la frontière (« Je me sens résolument franco-belge »), il revient visiblement à cette enfance rurale comme à sa « vraie patrie » (Mauriac). Mère a de l’ambition pour son fils. Elle l’installe à cinq ans devant un piano et l’inscrit à Stanislas, établissement parisien des plus recommandables. Mais le petit pensionnaire doit revenir à Wassigny. Son père est prisonnier. Des officiers allemands habitent chez lui.

« Je me suis mis à observer avec intensité ce qui se passait autour de moi. Sans être capable de l’analyser, je devinais que j’assistais à la grande Histoire en train de se faire. J’étais témoin d’un chamboulement de toutes les valeurs : autorité, honneur, liberté. Cela a eu, chez moi, un retentissement considérable. Outre que j’ai mûri plus vite qu’un garçon de mon âge en temps de paix, la guerre et ses conséquences ont déterminé à jamais ma façon d’appréhender le monde… Et d’un autre côté, j’y ai sans doute puisé – est-ce vraiment paradoxal ? – mon goût pour la langue et la littérature allemandes. En juillet 45, c’est-à-dire au lendemain de la libération, après avoir passé le bac, j’ai participé à l’un des tout premiers voyages d’étudiants outre-Rhin. C’était extrêmement troublant. L’affaissement de l’âme allemande y était palpable. Et pourtant, on allait bientôt voir flotter quelques drapeaux européens aux frontons d’hôtels transformés en colonies de vacances. »

Cependant, avant le baccalauréat, avant deux années d’immersion romantique à Tübingen, il y aura les classes de 5e, 4e et 3e au collège voisin du Cateau-Cambrésis, guerre oblige, où le meilleur copain, le presque frère, s’appelle Pierre Mauroy. Leur amitié persiste… On est sérieux quand on a 14 ans : on veut être écrivain. Ou, mieux encore : auteur de pièces de théâtre. « Peut-être que cette inclination me vient de ma mère qui extériorisait volontiers ses sentiments. Elle était même capable d’emportements. Pour elle, de toute façon : “il fallait dire”. Elle m’y a incité, moi et ensuite ses petits-enfants. En sorte que j’ai, très tôt, naturellement considéré que le théâtre était la forme supérieure de l’expression. C’est par la voix que passent les passions. »

Cet amour des planches, contracté à l’adolescence, ne s’est jamais démenti. Sa longue collaboration au Canard enchaîné portait sur le théâtre. Aujourd’hui encore, Philippe Tesson voit, en saison, trois pièces par semaine. Il dirige le bimensuel L’avant-scène théâtre et possède une librairie qui s’appelle Coup de Théâtre. Si on lui demande au débotté quels sont ses écrivains préférés, il hésite un peu avant de citer Chateaubriand (« par certains côtés, il est exaspérant. J’aurais bien aimé l’avoir comme stagiaire. Je lui aurais demandé de faire des portraits »), Céline (« ou plutôt “Le Voyage” dont l’humanité, la douleur m’ont bouleversé ») et les romantiques allemands (« pour moi, il s’agit d’une sorte d’écrivain collectif ») ; mais il s’empresse d’ajouter : « Naturellement, au-dessus, très au-dessus, je mets William Shakespeare, le plus grand écrivain de tous les temps. »

Semblable constance dans la dévotion théâtrale dépasse le loisir bourgeois et mérite qu’on s’y arrête. D’autant que pour nombre de « Tessonologues », elle constituerait la clé de sa personnalité. Bertrand de Saint-Vincent (ex-Quotidien de Paris) pirandellise : « C’est un acteur, un acteur excellent même, qui interprète divers personnages contradictoires dont il est à la fois l’auteur et le metteur en scène. Il est presque toujours en représentation puisque, pour lui, le monde est une scène. » Un autre : « Écoutez-le parler. Plus personne, et surtout pas dans l’audiovisuel, n’a cette diction, cette voix qui porte jusqu’au troisième balcon. » Si le monde est une scène, les spectateurs les mieux placés, autrement dit ses collaborateurs, considèrent sans exception que « La conférence de rédaction » fut un triomphe.

Dans un livre de souvenirs, moins vachard avec Tesson qu’avec ses autres patrons (nous reparlerons de cette mansuétude), Bernard Morrot croque ces « conférences de rédaction interminables, auxquelles pouvait assister et participer, dès 11 heures, qui venait à passer à proximité du brouhaha qu’elles généraient. Il présidait ces délires avec la grâce d’un chasseur de papillons attrapant au hasard un spécimen rare égaré parmi une nuée de lépidoptères ordinaires ». Créée à Combat, reprise avec succès au Quotidien, « La conférence de rédaction » de Philippe Tesson a finalement été beaucoup plus jouée que « Comme il vous plaira », voire « Boeing-Boeing ». Si Morrot estime, sans doute à juste titre, qu’elle « prêtait main-forte à la désorganisation », la plupart de ses interprètes s’en souviennent avec nostalgie. Emmanuel de Brantes : « Ça pouvait durer plus de deux heures et c’était fort distrayant parce que Tesson poussait perversement chacun à l’excès. Au fond, c’est ça qui lui plaisait : stimuler, faire passer de l’électricité dans le ronron franco-camembert. »

Cependant, rien a priori ne destinait le jeune nordiste au journalisme à haute tension. Après avoir obtenu de son père de lui épargner des études de droit pour soutenir ses ambitions littéraires (« Je sais, je suis un enfant gâté »), l’aimable débutant, sympathique et sociable, se met, comme il le dit plaisamment, « sur le marché ». « J’étais un Rubempré au petit pied, plutôt lucide, me semble-t-il. Je n’avais pas de génie, je ne serai pas un grand écrivain mais il ne me paraissait pas extravagant d’envisager une carrière littéraire. » Il y a un projet de « Vigny par lui-même » au Seuil, qui n’aboutit pas. Des amitiés se nouent dans le Paris des années cinquante, capitale Saint-Germain-des-Prés.

Parallèlement, l’emploi fort recherché, parce que bien rémunéré et, somme toute, paralittéraire, de secrétaire des débats parlementaires (qu’exerçaient comme lui Michel Cournot et Bernard Pingaud) l’introduit dans le sérail politique et ménage d’autres contacts. Roger Stéphane, Pierre Boutang et Maurice Clavel, trio qui laisse rêveur, opèrent la jonction avec le journalisme et, en particulier, Combat, où les uns et les autres donnent des tribunes. Rencontre décisive avec Smadja, Clavel et la presse. « Je n’ai pas eu la vocation. Je voulais écrire, pas devenir journaliste. Mais voilà, je me suis rendu rue du Croissant. J’y ai respiré l’odeur de l’encre, ressenti la fièvre du quotidien, la seule, la vraie. J’ai éprouvé cette griserie de la page ouverte, du maintenant-on-efface-tout-et-on-recommence. Presque sur-le-champ, j’ai compris que c’était pour moi, qu’il y avait là de quoi répondre à ma curiosité, à mon goût du monde, mon désir de comprendre, de faire partager par le discours, l’écriture. »

Smadja, médecin et homme d’affaires tunisien, est riche à Tunis, mais désargenté à Paris où il s’obstine à maintenir l’illustre titre. Smadja, déjà âgé, a besoin de quelqu’un de jeune à ses côtés. Smadja, qui ne connaît ni la politique française ni ses acteurs, a besoin d’un conseiller et d’un porte-plume. Smadja a besoin d’un fils. « C’est sans doute ce que j’ai été pour lui », reconnaît Tesson, « et il a été un second père pour moi, jusqu’au meurtre que constituait le fait de créer Le Quotidien avec une partie de la rédaction de Combat, de toute façon condamné… » A 32 ans, Philippe Tesson devient rédacteur en chef d’un quotidien au titre prestigieux. Certes la rotative ahane à la cave. Il pleut sur le marbre, l’escalier n’a plus toutes ses marches ; mais il y rôde encore l’ombre de Camus, plus grande, au demeurant, que le temps qu’il lui a réellement consacré.

La promptitude de cette ascension explique le dédain de Tesson, en matière d’embauche, pour les CV de dix pages. « Il pêche son personnel, écrit encore Bernard Morrot, à l’intuition, à la gueule du client. » Il n’hésitera jamais à faire du stagiaire engagé le lundi un éditorialiste du mardi ou un critique de cinéma du mercredi, selon affinités. S’explique également ainsi le fait que Combat puis Le Quotidien aient constitué une sorte d’école de journalisme des quatre jeudis, où l’on essuyait parfois des coups de semonce, car le maître était capable de colères subites. D’autant plus vite oubliées qu’elles étaient, faut-il le préciser, aussi bien jouées qu’au Français. Rien d’étonnant à ce que les anciens élèves pullulent du Point au Canard enchaîné, de Libé à National Hebdo et au Nouvel Observateur, d’i-télé à TF1. On en déduit que l’enseignement y était modérément idéologique.

Quant à Maurice Clavel, troisième larron de la révélation, il fut évidemment l’homme lige de mai 68. A force de rappeler l’« article prophétique » de Pierre Viansson-Ponté, on a oublié que Combat anticipa le mouvement et fut certainement plus en phase avec lui que Le Monde, du moins dans sa dimension lyrique et insurrectionnelle.

Aux élections de juin 1968, Tesson et Clavel jouent les prolongations en présentant une liste « Combat pour une société nouvelle » dans le IVe arrondissement de Paris, autant dire le casse-tête assuré. « Trois mois de bonheur : la permanence rue Saint-Benoît, dans un petit appartement au-dessus de chez Marguerite Duras, les “affiches” quotidiennes de Maurice, les cohortes d’étudiantes, les meetings sous les préaux, les débats sur la place publique. » On le croit sans peine : des tréteaux, une estrade, du public, des bravos et des lazzis pour de vrai. Enfin le théâtre !

Trois ans plus tard, Tesson, qui s’est marié avec une jeune femme médecin, propose à quelques investisseurs un projet qui les estomaque : « Quoi, un journal uniquement pour des médecins ? Et quotidien par-dessus le marché ! Vous êtes fou, ça ne marchera jamais. » Il fait le tour de France des laboratoires pharmaceutiques, en contacte une quarantaine. Une demi-douzaine suivent. Non seulement Le Quotidien du médecin marche tout de suite mais, dès le dixième mois, il commence à rapporter gros. L’as du bricolage, des bouts de chandelle et des bouclages tardifs n’est pas fâché de faire la nique aux experts du marketing.

La suite coule de source. Tesson a l’âge et le désir de devenir son propre patron. Il vient d’y goûter. Smadja a 80 ans et n’entend pas renoncer à sa danseuse, même si celle-ci n’est plus très ingambe. Le Quotidien de Paris naît en avril 1974 de l’impossible succession, dans une grande rigueur managériale : pas d’étude de marché, ni régie publicitaire ni plan médias, pas de mailing, pas d’accord avec le Syndicat du Livre, recrutement au pied levé et surtout, pas de numéro zéro. Publicitairement exsangue, mais servi par la disparition rapide de Combat et un assez joli succès d’estime, le nouveau-né se maintient à la voltige jusqu’à ce que l’élection de François Mitterrand ouvre, à un journal d’opposition moins académique que Le Figaro, un boulevard où Le Quotidien choisit de s’engouffrer tous phares allumés.

« Essayer d’imaginer Tesson avec une moustache ! »

Un anti-mitterrandisme féroce dope les ventes (jusqu’à 350 % sur un titre), lui fait parfois doubler Libération, qui plafonne pour des raisons inverses, et friser les 100 000 exemplaires en 1982. Une blague, qui circule encore aujourd’hui, résume assez bien le ton. François Mitterrand annonce qu’il va traverser la Seine sans se mouiller. Le jour dit, il descend sur la berge, les eaux s’écartent, et le Président traverse à pied sec. Que titre Le Quotidien ? « Mitterrand ne sait pas nager. » Néanmoins, à proportion que la résistance au monarque s’émousse, l’irrévérence systématique à son endroit fait moins recette et Le Quotidien décline doucement jusqu’à s’éteindre en 1994. Philippe Tesson peut, enfin, faire ses débuts.

Quel regard porte-t-il sur cet itinéraire singulier, c’est-à-dire sur lui-même ? « D’abord, je me suis beaucoup amusé et je continue à le faire. Ce n’est pas si mal. Ma curiosité, mon goût des autres – on n’aime jamais assez – ont nourri ma conception, à bien des égards incohérente, de ce métier. Mais c’est le dogmatisme qui est cohérent et je suis le contraire d’un dogmatique. Je suis toujours allé où m’a guidé mon intuition. J’assume donc mon inconséquence et mes contradictions. Le seul talent que je me reconnaisse est d’avoir su quelquefois rassembler les talents des autres. »

Rideau ? Non. Certains membres de la troupe dispersée ont un mot à ajouter. Dominique Jamet : « Tesson est l’incarnation de ce que devrait toujours être un journaliste, quelqu’un de cultivé, de libre, dont la curiosité est sans cesse en éveil. Un modèle, en voie de disparition, de journaliste global. Aujourd’hui, la spécialisation fait que chacun creuse son sillon en ignorant le reste. Lui s’est toujours intéressé à tout. De la première page à la plus humble des rubriques. Et derrière ses pirouettes, il cache une grande force de caractère. »

Bertrand de Saint-Vincent : «  Il a quelque chose de charismatique, qui tient à son intelligence, à son enthousiasme, à son côté libéral ascendant libertaire. Du style, du panache et assez de générosité pour qu’on lui pardonne sa mauvaise foi et ses foucades. Il est imprévisible. Il aime mieux laisser faire que donner des leçons. C’est un peu l’anti-Plenel. Essayez d’imaginer Tesson avec une moustache ! »

Laurent Joffrin : « Un personnage de roman, vif-argent, charmeur. Une figure parisienne comme il en existait au XIXe siècle, qui aime prendre la posture, de sorte que ses emportements le conduisent parfois au-delà de ce qu’il pense réellement. »

Jean-Marie Borzeix : « Pour moi, c’est d’abord un grand rédacteur en chef. Attentif aux autres mais également très respecté. Ne vous y trompez pas : tous les godelureaux qu’il a couvés le vouvoyaient. On n’était pas à Libé et c’était le patron. Libéral ? Assurément, mais pas au sens où on l’entend désormais. Disons qu’il aime tellement la liberté d’expression qu’il mettra toujours un point d’honneur à publier une opinion contraire à la sienne. Enfin, beaucoup d’entre nous lui sont redevables de nous avoir permis d’être ce que nous avions rêvé d’être. »

La vérité oblige à reconnaître que cet envoi de fleurs ne sera pas contrebalancé, comme il conviendrait, par une volée de bois vert, voire un coup de pied de l’âne un peu vicieux. Même en sollicitant quelques mauvaises langues patentées, nous ne sommes pas parvenus à collecter des avis défavorables qui soient argumentés. Ou alors de vagues « farceur », « creux », « dénué de conviction », « vaniteux », « réac », aussitôt regrettés : « Ne l’écrivez pas, au fond je l’aime bien. »

Nous en sommes donc réduits à nous interroger sur ce respect général. Suffirait-il de durer pour faire l’unanimité ? Nous n’aurons pas la cruauté de démontrer, exemples à l’appui, que cette hypothèse ne tient pas. Est-ce un effet de réseau ? Ses anciens protégés resteraient-ils ses débiteurs ? Peu probable : beaucoup ne le voient plus, ou rarement ; et de l’eau a coulé sous les ponts. De la crainte ? Il n’a guère de pouvoir de rétorsion, si tant est qu’il en ait jamais eu. Se pourrait-il, en fin de compte, qu’il profite indirectement d’une déploration inavouée ? Auquel cas, cet empressement à célébrer la personnalité, la liberté de ton du franc-tireur Philippe Tesson et son statut de fauteur de trouble, au sens qui inclut évidemment la séduction, auquel cas cet empressement serait, aussi, une façon de signifier que la presse quotidienne actuelle manque cruellement de personnalités, de liberté de ton, de francs-tireurs, et surtout de fauteurs de trouble.

Poser la question, est-ce y répondre ?

par Pierre Veilletet

Je ne sais pas si je suis de droite ou de gauche ; je suis objectivement de droite par mon éducation, par le système des valeurs qui m’a été inculqué, par un souci incontestable d’ordre et d’autorité qui appartiennent plutôt à la droite qu’à la gauche, par une forme de réalisme aussi héritée de mes origines paysannes. Je suis sans doute à cet égard de droite mais, malheureusement, c’est contrarié par des pesanteurs qui, elles, sont plutôt de gauche, c’est-à-dire un goût immodéré de la liberté, une sensibilité aux injustices…
 PORTRAIT PARU DANS LIBERATION….
Philippe Tesson

Par EDOUARD LAUNET

Il y a les gens auxquels il est inutile de présenter Philippe Tesson. Ceux-ci, ayant vécu tout ou partie de la deuxième moitié du XXe siècle, savent la place qu’y tint ce polémiste élégant et mordant, amateur de théâtre, journaliste curieux, pas franchement à gauche mais pas trop à droite non plus, rédacteur en chef de Combat puis créateur du Quotidien de Paris. Ce patron de presse a contribué à donner du relief à ces années-là, ce qui n’est pas rien, y faisant un peu plus que de la figuration, y tenant un peu moins qu’un premier rôle. Et puis il y a d’autres gens, plus jeunes probablement, qui ne connaissent de Tesson que sa dernière fonction, celle de réac de service dans diverses émissions, de vieux singe au registre de grimaces d’autant plus étendu qu’il en a produit d’inédites. Ceux-là voient sans doute ce fringant octogénaire, dont les doigts n’ont jamais approché d’autre clavier que celui d’un piano, comme un Jean d’Ormesson caustique et anticonformiste, vestige intéressant d’un temps où la presse était encore riche de dandys.

Eh bien aux uns comme aux autres, tentons de révéler ici une troisième facette du personnage : l’animal métaphysique. Attention ! Tesson étant un acteur né et ce portrait résultant d’une maigre après-midi passée en sa compagnie, il est possible que certaines des informations qui suivent soient de pure fantaisie. Mais soyez assurés qu’elles nous ont été confiées sous le sceau de la plus grande sincérité.

Au questionnaire de Proust, il répond avec application. Le trait principal de son caractère ? «L’énergie, au sens étymologique. Il y a en moi une source de vie inépuisable, un énorme amour de la vie : les rapports humains, l’action, le corps, tout. L’angoisse et même l’anxiété me sont étrangères.» Heureux homme ! La médaille aurait son revers : «Je ne suis pas un métaphysique» (nous en doutons). Explication : «Chez moi les questions naissent de la curiosité, pas de l’inquiétude.» Conclusion : «Je n’ai pas l’étoffe d’un écrivain, pas la matière d’une œuvre.» Ce qu’il aurait aimé être ? «Ecrivain.»

Le patron du Quotidien de Paris a aimé «l’écriture rapide, nerveuse et superficielle» de la presse, il s’y est senti à l’aise, mais en connaît les limites. C’est pourquoi il a particulièrement aimé diriger les Nouvelles littéraires (de 1975 à 1983), hebdomadaire qui lui a permis de «gravir un échelon dans la hiérarchie de la distance». Son plus grand défaut ? «Le désordre.» Dans sa tête. «Cela se traduit par de la légèreté, de l’inconstance, de l’infidélité. J’inachève.» Philippe Tesson a inachevé beaucoup de choses dans sa vie : des journaux, des émissions de télé, des livres. Sa vie même. Ce qu’il voudrait être, demain ? «Un artiste.» Acteur, peintre, peu importe : un créateur. Demain est, pour un homme de 83 ans, un pays improbable. Mais Tesson affirme n’être pas entré encore dans «la résignation joyeuse des vieillards», selon la formule d’Albert Cohen. Sauf pour la joie peut-être. Il y a en tout cas chez lui moins d’acidité, plus de rondeur. Et il assure : «Je ne me reconnais pas dans les gens de mon âge.» D’ailleurs la plupart de ses amis d’enfance sont morts.

Il a 12 ans lorsque les Allemands envahissent son pays, la Thiérache, dans le nord de l’Aisne. Son père, notaire, est fait prisonnier. Une nouvelle autorité envahit la maison, celle de l’occupant : des officiers allemands viennent habiter chez lui. Des gens pas désagréables, «avec des qualités humaines». «J’ai véritablement vécu le Silence de la mer» (le roman de Vercors). De 12 à 16 ans, c’est-à-dire durant cette période bouillonnante où la sensibilité et l’éthique se forment, le jeune Philippe va devoir vivre dans l’incongruité de la culture et de la brutalité réunies. Cela a laissé des traces sur lesquelles il a voulu méditer, notamment par le biais, juste après guerre, d’une thèse sur le romantisme allemand et les sources littéraires du nazisme.

Il se couche tard, vers 2 heures, vestige des bouclages de Combat et des soupers d’après-théâtre. Il se lève tôt, vers 7 heures, pour commencer sa journée de pigiste de luxe à Radio Classique puis dans divers shows télévisés, le tout lui rapportant encore quelque 10 000 euros par mois. «J’ai un besoin biologique de la télé. C’est une scène, un média sportif, une activité physique nécessaire.» Cela semble fort efficace. Sa qualité préférée chez une femme ? «La tendresse.» Il ajoute tout à trac : «Je suis fasciné, obsédé par la maternité. Le rapport d’une femme à son bébé, c’est le plus beau sacrifice que l’on puisse imaginer.» Il a trois enfants (un écrivain, une metteure en scène et une journaliste). Mais un seul petit-enfant. «C’est peut-être parce que je me suis beaucoup occupé de mes enfants, qui sont restés des enfants.»

Le reste de la journée, il s’occupe de sa maison d’édition spécialisée dans le théâtre, qui publie une soixantaine de titres par an et un bimensuel : l’Avant-Scène Théâtre. Il fréquente encore un peu les politiques. Son auteur préféré ? «Shakespeare.» Tesson, s’amuse un de ses amis, est un type capable d’arriver à une soirée avec un jeune homme à son bras et de repartir avec au même bras une jeune fille. L’intéressé ne nie pas mais nuance : «Je sais que je peux paraître homosexuel mais je ne le suis pas.» Il ne faudrait pas voir de sexualité là où il n’y aurait qu’une immense tendresse, explique-t-il. «J’ai une véritable passion pour tout ce qui est jeune, inachevé, en promesse.» Cette sensibilité exacerbée pour l’innocence et la grâce, c’est la même, dit-il, que celle qui le rend admiratif devant le couple mère-enfant. Celle aussi qui lui fait admirer le monde «inondé de fraîcheur, de liberté et d’innocence» des pièces poétiques de Shakespeare.

Il écrit vite, à la main, d’une écriture calligraphiée qui déroule infailliblement 32 lignes par page. D’Internet, il ne connaît que ce qu’on lui en rapporte. Sa devise ? «Un peu trop, c’est juste assez pour moi.» Son occupation préférée ? «La musique.» Il possède deux Pleyel demi-queue dans sa maison de Chatou, où il joue du Debussy le week-end. La semaine le voit dans son appartement germanopratin, à deux pas de sa maison d’édition. L’octogénaire n’est pas du genre «c’était mieux avant», serait plutôt de la famille «ça sera mieux demain». Il est persuadé qu’après le chaos actuel – effervescence technique et sociétale qui ne laisse guère le temps de réfléchir – une nouvelle civilisation va naître. Un peu comme l’Age classique a succédé à la Renaissance. Il aurait bien aimé voir ça.

La dernière fois qu’il a pleuré, c’était devant la télé en regardant DSK traîné de commissariat en tribunal. «Pas par sympathie pour l’homme. C’est le tragique de la condition humaine qui m’a ému.» En 2012, il votait Sarkozy. «Uniquement parce qu’il incarne un principe d’énergie. Une énergie un peu désordonnée, hélas.» Comment aimerait-il mourir ? «Subitement. D’une mort subite du vieillard comme il existe une mort subite du nourrisson.» Ses affaires sont en ordre.

 

1er mars 1928 Naissance à Wassigny (Aisne).

1960 Rédacteur en chef de Combat.

1974 Création du Quotidien de Paris.

1994 Arrêt du Quotidien de Paris.

Michel Déon

 

O’Déon…

L’écrivain Michel Déon vient de nous quitter. Ce n’est que partie remise, tant il a de bonnes raisons de nous apparaitre immortel. Réfractaire en habit vert, son oeuvre, toute entière colorée de délicieuses incertitudes et de plaisirs partagés, est inscrite pour continuer sa propagation d’enchantements. Sans doute l’ignoriez-vous, mais le parfum déonien continue d’aimanter des générations d’apprentis aventuriers, de lectrices avides de courtoisies chevaleresques, de rêveurs en quête d’un monde où rien n’est résolu… Une arche, ou tout au moins une famille d’âmes exigeantes, qui possède aujourd’hui quelques bonnes raisons de se sentir bruyamment orpheline. Il est difficile, malaisé même, parlant de ces écrivains qui influent, de faire la part entre la dette et la légende, l’influence des ombres ou des lumières qu’ils ont su propager, mais pour tout le bonheur du monde, il ne faudrait jamais oublier ce jeune homme éternellement vert qui, après une odyssée de près d’un siècle vient d’être rappelé pour un déjeuner de soleil bien mérité avec le Dieu pâle.

Il est un romancier. Ce n’est pas une lapalissade. Car parmi ceux qui écrivent, il y a très peu de romanciers. Académicien certes, mais rebelle toujours, résolument contre l’air du temps, les idées toutes faites, les adresses définitives, Déon brouille les pistes, et ne se trouve jamais où on l’attend.  On a longtemps fait de lui le « romancier du bonheur » alors que ses livres finissaient souvent mal. Puis l’étiquette a changé, et il est devenu le « romancier de la désinvolture ». Michel Déon a profité de ses errances pour bifurquer vers l’essentiel: une chasse au bonheur tempérée par la fascination de la solitude. Sa fortune vient de ce qu’il a réussi à organiser sa vie, son talent, son bonheur suivant les règles d’une émigration prévoyante.

Michel Déon occupe une place singulière dans la littérature française contemporaine.  L’omniprésence de ces cultures au sein de cette panoplie révèle l’amplitude d’un rêve intérieur qui témoigne d’une curiosité insatiable pour les êtres et la littérature. Distribuant à l’excès tant de choses qui ne laissent pas de traces, aussi simples et essentielles que la gaieté, la fidélité, et une certaine désinvolture lucide. Délivrant de sentiment dépouillés d’artifices, on lui doit de finir par trouver sacré le désordre de son esprit ! Qu’il soit l’auteur d’une œuvre qui a aimanté plusieurs générations d’écrivains, la chose est entendue. Que l’homme soit de la même qualité, voilà qui est rare, et moins notoire.

Derrière le tragique des trépas, se cache paradoxalement certains bienfaits: pendant quelques heures ou jours selon la publicité accordée, on évoque le talent, l’influence ou les raisonnances de ceux que les anges ont eu le mauvais gout de rappeler à leur cotés. La lumière médiatique se charge alors d’éclaircir, entre archives, témoignages et biographies, le passage ici-bas des tout frais défunts. C’est dans ce court interstice que vivants et morts, oublieux de cette fragile et dérisoire cloison qui les sépare, continuent de fleurir coude à coude.

Que de sentiers parcourus par Edouard Michel depuis sa naissance à Paris en 1919. Très tôt, on le souhaite mobile, il bivouaque, d’abord à Monaco, puis flottant à Nice. Il lit beaucoup, navigue non moins, accompagné de son père, conseiller à la cour du prince Louis II. C’est une enfance heureuse, du moins comme peut l’être celle d’un fils unique qui voit son modèle disparaitre pour ses 13 ans. « Nos plus ineffaçables chagrins sont d’enfance. Le reste de l’existence se passe à les défier ou à redresser des ruines. » Revenu à Paris, lycéen à Janson-de-Sailly, Edouard Michel, un moment tenté par le communisme, prend au lendemain des manifestations du 6 février 1934 sa carte de lycéen d’Action Française. Au delà des outrances de langage et des égarements conceptuels, ce mouvement offre une caisse de raisonnance au long cortège d’allégresses anarchiques de l’adolescent, elle lui tient lieu d’école, de rencontre et d’éveil. Michel Déon, nostalgique des grandeurs fanées, demeurera sa vie durant monarchiste. De coeur, de raison, ou par baroud d’honneur, sans doute considère t-il que c’est bien plus beau quand c’est inutile.

1939. L’abîme où nous menèrent les diplomaties de Versailles ne sauraient ébahir ceux qui, en lecteurs attentifs de Jacques Bainville, ont désespérément vu grossir l’hydre du ressentiment allemand. Déon n’est donc pas surpris, juste dépité d’avoir vu l’orage rugir et les Cassandres méprisées. Fantassin, il a vingt ans et ce qui lui reste de naïveté derrière lui. Il se bat dans les Ardennes, échappe de justesse à la captivité. Au contact de compatriotes de tous horizons confondus, il s’imprègne et muri. Cette fraternité des ruines lui garantira sa vie durant un puissant vivier créatif: « tout le temps où un écrivain voit les autres il cesse de regarder son nombril ». En novembre 1942, il rejoint Lyon, devient secrétaire de rédaction à L’Action Française auprès de Charles Maurras. Edouard Michel va chercher ses articles, reçoit ses conseils, lui sert de chauffeur, parfois d’oreille, et peu à peu le vieux maitre devient pour lui une sorte de père de substitution, même s’il sait notamment vis à vis de la question juive, s’en écarter; « il n’y a rien de tel pour respecter un homme que d’en connaître les faiblesses ». Encombrant héritage, mais Déon n’en a cure, il est et restera fidèle, en amitié comme en admiration. Ce qui continuera de lui valoir de tenaces a priori. Fuyant le journal saboté, il débarque à Paris quelques jours avant la Libération. Encore et toujours à rebours, il « aurait aimé participer à la joie générale, si basse fut-elle, mais quelque chose (le) retenait, une tristesse affreuse à la pensée de ces millions de morts sur qui la victoire était bâtie et dont nous aurions du en ce jour nous souvenir en silence. » Paris libéré, mais Brasillach fusillé, Drieu suicidé, Maurras enfermé. Par capillarité littéraire pris de justice, Déon se retrouve deux ans privé de carte de presse. Les bruits de la guerre venaient juste de s’éloigner, mais il avait gardé le goût de l’aventure. N’aspirant qu’à vivre sa jeunesse par la guerre envolée, Déon suit sa bonne étoile buissonnière, il voyage. Rien à voir avec l’errance de troupeaux contemporaine, sous ses semelles cette quête d’ailleurs reprend une allure qu’on aimerait seulement pouvoir encore imiter, peuplée de découvertes allaitantes et de mystères familiers. Sous noble patronage, sur les pas de Stendhal ou Larbaud, «parcourir le monde redevient une aventure heureuse, une manière de tenter de nouvelles chances.» L’écrivain Jacques Chardonne résumera quelques années plus tard la technique d’exploration déonienne: « Déon ne voyage pas comme nous ; il s’incruste. Esprit un peu lent, qui cherche ses propres sources. Il creuse. » Déon prend un peu d’air avant de se lancer dans la mêlée, il se bronze l’âme et virevolte déjà dans l’existence comme il écrit: à sa guise, peaufinant ce quelque chose que beaucoup ne tarderont pas à lui lui envier, cette zone obscure et féconde qu’on nomme communément l’art de vivre.

Entre-temps un grand souffle de bonne volonté a entrepris d’abreuver le pays: les lumières du Plan Marchall scintillent dans les coeurs, on quitte les abris pour les caves, on découvre le jazz, Jean Paul Sartre et son fatras conceptuel qu’on éleva au rang d’opium du peuple: l’existentialisme. La grande famille des Lettres su profiter de ces étourdissements. Prenant gout aux excommunications, elle se repris, par commodité et sous liste noire, à traiter les adversaires de fasciste. Déon comprend qu’au fond la guerre n’est pas finie; de la chaude à la froide, elle s’habillait désormais littérairement d’un label, le roman devait s’enticher d’engagement. À la veille des années cinquante de prometteuses étincelles de dissensus émergent en ordre dispersé, notamment une poignée de jeunes frondeurs qu’une légende tenace réunira sous les traits martiaux du hussard, avec Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin pour tête de gondole. L’histoire littéraire a offert une postérité à cette appellation, acceptons-le, profitons-en, d’autant qu’à bien y regarder, cette école de la désinvolture, auquel on ajoute rapidement Michel Déon (et quelques autres), n’est pas dénuée de fondations. Sans chef ni manifeste cet attelage partage quelques goûts communs, aussi simples, tenaces et essentiels que le rejet d’un supposé sens de l’Histoire, une fâcheuse tendance à ne pas se courber devant les conformismes, une bonne éducation dans le choix des tristesses, un certain appétit pour l’absolu sentimental, le lever de coude ou la religion de l’amitié. Cela paraît aujourd’hui bien banal, presque conforme. C’était pourtant déjà trop de libertés pour le zèle des maitres-censeurs qui réclamaient déjà la conjonction de la pensée et de l’écriture. Comme le mauvais bétail et les hors-la-loi, ces jeunes hommes pressés se retrouvèrent étiquetés: déviants, comprenez de droite. Malgré l’évangile en vigueur, le refus de troquer le plaisir contre le devoir maintiendrait cette réaction néo-classique à contre-courant. Roland Laudenbach pressentant « les frémissements d’une école de l’insolence », saisit la nécessité d’affuter les armes et de réunir les insolences. Contre la nausée et l’asphyxie des temps, il crée les éditions de la table ronde, « agréable refuge où régnait un climat d’improvisation ingénue ». Cette fratrie s’entiche, charge ou chahute, mais chacun vole de ses propres ailes.

Sans foi ni roi, Michel Déon, par simple plaisir de baguenauder sans chaine ni collier, continue de suivre l’inclinaison de sa curiosité. A son retour d’un voyage d’un an à travers les États-Unis, il revient au journalisme, tient la rubrique théâtrale d’Aspects de la France, chronique ses émerveillements pour la Gazette de Lausanne, Paris Match, Marie-Claire ou à la Parisienne, squatte l’appartement d’Antoine Blondin, brule quelques chandelles chez les limonadiers, devient conseiller littéraire aux éditions Plon, sympathise avec Coco Chanel, Marcel Aymé, André Fraigneau, Jean Cocteau ou Salvador Dali.. Au delà des coteries, Michel Déon commence surtout à publier quelques romans emprunts de banalités somptueuses, peuplés de chevaliers déchus et de frivolités profondes, tels que Je ne veux jamais l’oublier (1950), Les Trompeuses Espérances (1956), Tout l’amour du monde (1956)… Remarqués, ils ne trouvent encore d’autre succès que d’estime, grappillant quelques prix et l’éloge de glorieux ainés en instance de décontamination. Conséquence d’une labeur qui tranche avec sa réputation nonchalante, les fresques de Déon prennent de l’ampleur, son ami Paul Morand le note : « sa palette s’est simplifiée, ses portraits se sont touchés de caractère, son trait a gagné en muscle, sans perdre de sa gaieté foncière ».

Tout ne saurait être rose, « Paris était plein de pièges pour les curieux, plein de réminiscences, de regrets, de désirs. » Des années de noctambulisme rigoureux ont rendues l’atmosphère de la capitale avilissante. Pour « fuir la nuit où l’on périt à petit feu », Déon choisi l’exil. Loin des transhumances saisonnières et des clubs Méditerranéen, il prend le large et s’y installe; le voyage devient pour lui une manière de s’enraciner. Déon se plait surtout dans les îles, ces « défis insensés lancés à la mer », et ses peuples où une « humanité en réduction s’y révèle sans masques ». LGrèce, l’Irlande et l’Académie Française deviendront ses « arches de Noé », ses refuges, en même temps que celui des dernières aristocraties: « Elles sont pauvres, on y vit donc sans besoins, elles sont riches en beautés, on y vit donc dans l’illusion.» Il n’est pas un voyageur comme on l’entend communément, plutôt un flâneur. Ce « nomade sédentaire » comme le surnomme Paul Morandne se contente pas d’observer le monde, il se l’approprie pour en faire l’objet d’une méditation, teintée de nostalgie bienveillante: il crée ni plus ni moins un style de vie qui se confond avec un style littéraire. « Il ne faut espérer trouver qu’un même éclairage: celui d’un écrivain qui aime les mots plus que les idées, la beauté des êtres plus que la beauté des choses, le coeur plus que de l’esprit. » Disponible aux élans qui mènent au bout des rêves, cet écrivain de l’immersion balade sa plume dans divers fugaces édens pour nous les restituer, la verve haletante et le rictus gorgé de complicité: « J’ai décidé depuis assez longtemps de vivre sur une planète dont je ne serai pas le lugubre croque-mort, mais l’amusé spectateur au cœur sensible ». Face au progrès qui a force de niveler rend tout indistinct, il glane ce qu’il reste au bon goût de lueurs et d’éclats, cueille les derniers éclats d’héroïsme dans les décadences, remue les cendres, tente de les arracher à la nature pour l’annexer à sa civilisation, la seule déontologie qui vaille, celle de ses livres.

« A une certaine époque, écrivait Blondin, la France commença à perdre ses colonies et beaucoup de l’empire qu’elle aurait dû conserver sur elle même». Déon et ses camarades rompent avec leur vocation au désengagement:, ils soutiennent une cause perdue d’avance forcément, la défense de l’Algérie française. Refusant de porter le deuil d’une grandeur évanouie, Déon vadrouille quelques mois en Algérie, rédige reportages, articles et récits, ferraillant jusqu’à la fin de cette guerre qui n’ose dire son nom, contre les reniements et l’air constipé des gouvernants.« Le simple fait de voir ses craintes justifiées donne au moins la satisfaction d’avoir vu la débâcle arriver. » Face à ce morceau de France qui se détache, Déon et son quarteron de vagabonds célestes lèveront leur irrévérence pour mieux contempler l’agonie d’une France raccourcie. Cela finira de ternir leurs réputations et de détourner définitivement Michel Déon de l’hexagone et provisoirement du roman, il s’abstiendra dix ans. Choix judicieux; à mesure qu’il s’éloigne, le public le rejoint. Sa gloire littéraire débute réellement à la cinquantaine avec les poneys sauvages (prix interallié 1970), le taxi mauve (Grand prix du roman de l’Académie française 1973), ou le jeune homme vert (1975).

Sanctionnant une aisance qui parait germer d’elle même, les critiques l’affublèrent d’une nouvelle étiquette, celle de romancier du bonheur. Ce n’est pas tant que ce soit infamant, juste étrange, tant chez lui cet état parait inatteignable, et lorsque par chance il se laisse effleurer, c’est enivré de la pleine conscience du précaire. Déon sait retranscrire les heures de la vie où l’on se sent le mieux vivre, il rend l’agrément des minutes condamnées: des bribes d’allégresse, un espace de vérité ou quelques murmures irrévocables guident ses pas. Ardeur à vivre et renoncement, ses romans aboutissent souvent dans la triste lucidité de l’échec. En toute sphère, Déon a admis qu’on n’abuse pas sans risque de sa faculté de douter et qu’aucun paradis ne fait l’économie du désenchantement, il est un pessimiste heureux, un nostalgique enjoué dans la veine de ce qu’évoque Blaise Cendrars « pour être désespéré, il faut avoir beaucoup vécu et aimer encore le monde ».

De la flanelle au tweed, Déon s’est allégé, sans jamais s’asseoir, il s’est assagi. Marié, père de deux enfants, l’esprit irlandais a fini de le captiver; « ses songes féeriques, son extraordinaire faculté de s’évader de l’épuisante réalité, pour vivre de fantasmes ». Pour les nouveaux arrivants, sans attendre le purgatoire, il toilette ses oeuvres passées, les revisite: «par respect pour les lecteurs, je me devais de donner la meilleure copie possible. J’avais l’impression d’être un professeur corrigeant un jeune élève». Modeste ou ambitieux, le plaisir est ragaillardi. L’ancien presbytère de Tynagh d’où il rayonnait hier encore, lui permettent d’entretenir sa curiosité de galvanisantes perspectives. Convertissant peu à peu son handicap idéologique en atout esthétique, il publie des récits autobiographiques: Mes arches de Noé(1978) et Bagages pour Vancouver (1985), où plus que des confidences, il livre des aveux. Sans jamais délaisser le roman : Un  déjeuner  de  soleil (1981), Je vous écris d’Italie… (1984) La Montée du soir(1987) qui lui vaudront, entre autres, une reconnaissance définitive. Le président Mitterrand le remercie « vous n’aimez pas ma politique. J’aime vos livres ». Qu’on se rassure, ni l’âge ni les honneurs ne sauront domestiquer son indiscipline organisée.

Plutôt que de se risquer à cartographier l’ensemble et de ranger l’auteur sous les épithètes, l’usage commanderait plutôt de se cantonner à une analyse succincte des personnages. Jean-Marie Rouart le note, « les héroïnes de Déon ont toujours le même destin: faire rêver, donner l’illusion de se donner et faire souffrir. » ce constat d’amertumes successifs ne saurait rester sans conséquence. La recherche de ces créatures d’une beauté effrayante, presque spectrale, donc inaccessible entraine les héros sur les précipices d’une folie qui les tentent. Instables et inadaptés, coupables de « s’être aventuré à la légère sur un terrain mouvant », ils sont trop libres, purs et obstinés pour se satisfaire de l’injonction d’une existence lisse et prédéfinie. Pol Vandromme remarquait que dans l’oeuvre de Déon « le mystère du mal empoissonne l’aspiration au bonheur; l’énergie, sans s’illusionner sur son pouvoir, porte le défi comme une élégance ». Perdus dans les brumes mélancoliques du hasard, la trajectoire de ces personnages s’articule sans s’équilibrer dans un furieux galop, le lecteur est conduit mais les héros s’égarent. À travers les brèches du fatum, ils avancent, trébuchent, s’écorchent et se relèvent; avec l’illusion qu’ils prennent leur destinée en main. De cette fatalité jamais ils ne s’écartent, anarchistes par passion de l’ordre, ces dissidents sans projets préalables fuient, lézardent ou fanfaronnent, toujours en zigzags dans les méandres d’un univers pas foncièrement préposé à leurs déambulations.

On cède souvent à la tentation de chercher un auteur dans ses romans, il n’est pas nécessaire d’ici trop forcer le trait pour voir poindre entre l’oeuvre et l’existence de l’ex-dernier-hussard plus d’un brin d’harmonie. Déon riposte: « n’avons-nous pas, nous les funambules de l’imaginaire, le droit d’inventer à notre usage une vie privée, après en avoir tant prêté à d’autres qui ne nous en savent aucun gré ? » Comme souvent avec lui, on s’accorde: il a raison. Mousquetaire d’une espèce en voie avancée d’extinction, Déon a délivré plus que des injonctions ou des maximes, une éthique : « vivons dans les délicieuse incertitudes ». En nous offrant le récit de ses plénitudes, comme le tableau de ses désordres, son oeuvre continue sa généreuse entreprise d’ensoleillement des imaginaires. Au crépuscule d’une existence rompue aux effervescences, scrutant de son bureau la joyeuse agonie d’un monde qui à mesure de désagrégation, n’était depuis longtemps plus vraiment le sien, l’immortel peaufinait son épopée d’outres tombes: Port-Amen (2019?). Un testament dont la lecture ne devrait pas manquer de rappeler à nos pauvres consciences le plus terrifiant de ses aveux, un constat qui mijote dans les songes de ceux qui s’essoufflent de trop l’avoir trop constaté: « nous allons vers un monde où il y aura de moins en moins de poneys sauvages ».

« Je te salue au seuil sévère du tombeau. Va chercher le vrai, toi qui sus trouver le beau ». V. Hugo

Que de chemin parcouru depuis sa venue au monde, sous le nom d’Edouard Michel, le 4 août 1919 à Paris, rue de la Roquette. Mais déjà la capitale se montre impuissante à retenir le nomade en herbe que sollicite la chaude lumière du Midi et l’insistante musique du bonheur. C’est d’abord Monaco, lié au souvenir fugace d’un père conseiller à la cour du prince Louis II, puis les rues du vieux Nice, et la faculté de droit de Paris après Janson-de-Sailly. Au carrefour d’une jeunesse prématurément livrée aux emballements de l’histoire, le jeune étudiant hésite entre trois voies qui s’ouvrent devant lui comme autant de tentations incertaines : la politique à l’ombre du vieux Maurras et de L’Action française, la guerre rapidement entrevue sous De Lattre, la littérature à l’appel de ces maîtres exigeants que l’on se donne à vingt ans et pour toujours. Mobilisé de 1940 à 1942 (152e RT) et démobilisé à Lyon en novembre 1942 il devient en zone sud, secrétaire de rédaction à L’Action française auprès de Charles Maurras. Privé pour deux ans de carte de presse à la Libération, l’écrivain ployant désormais sous les honneurs, se considère pourtant comme une sorte de paria depuis 1944. Il ne peut s’empêcher de flétrir ceux qu’il perçoit comme des nomenklaturistes de la République, tels Jean-Paul Sartre et surtout François Mauriac, qui cumule trois fautes à ses yeux : la résistance, l’anti colonialisme, le gaullisme….

Après la Guerre, il commence une vie de voyages qu’il n’arrêtera plus et qui nourrira constamment son œuvre romanesque. Le « nomade sédentaire », pour reprendre le joli mot de Paul Morand, a toujours eu la bougeotte. Enfant, on le croisait à Vannes, rue Descartes, puis à Monaco, où il eut son premier bateau à voile à l’âge de douze ans. Jeune homme, il a sillonné les Etats-Unis en train et en bus Greyhound grâce à une bourse de la fondation Rockefeller. Adulte, il allait considérablement étendre son champ d’action.

Au retour, fin 1951, se consacre de nouveau au journalisme et commence de publier régulièrement des romans. En 1956, entre comme conseiller littéraire aux éditions Plon qu’il quitte, en 1958, pour séjourner près d’un an au Portugal, puis dans le Tessin, enfin en Grèce, à Spetsai. À Paris, collabore aux éditions de La Table ronde et tient la chronique dramatique des Nouvelles littéraires. En 1963, repart il pour la Grèce et s’installe pour cinq ans à Spetsai. Engrange les prix de la ville de Nice couronner Je ne veux jamais l’oublier (1951), le prix des Sept Le Dieu pâle (1954), le prix Kauffmann Le Balcon de Spetsai (1961).

Michel Déon, bien qu’il s’en défende aujourd’hui, rejoint « ce groupe de jeunes écrivains que, par commodité, je nommerai fascistes », comme les diabolisa Bernard Frank, dans les Temps Modernes, les affublant néanmoins du nom de « Hussards » qui passera à la postérité. L’amour du style, un style bref, cinglant, « à chaque phrase, il y a mort d’homme », caractérisaient ces « Hussards ». La plupart des « Hussards », Roger Nimier en tête, militeront pour l’Algérie française, manifestant ouvertement leur hostilité à la politique du général de Gaulle en Algérie. Michel Déon retrace cette épopée dans les « Gens de la nuit », dont le grand prêtre fut sans conteste Antoine Blondin : « Le noctambule qui découvre, chaque nuit, une métaphysique dans la machine à sous d’un bar-tabac de la rue du Bac. »

Puis, Michel Déon s’éloigna de ces nuits trop arrosées pour la lumière de la mer Égée où il partagea la vie du peuple grec qui, aujourd’hui comme hier, écrit-il, « mange, boit, chante, danse, peine, souffre, et un jour meurt, passant du rire aux larmes aussi vite qu’il passe des larmes au rire. »

Michel Déon se sentait proche de l’identité politique et ethnique de l’Irlande, mais aussi en grande fraternité avec ses écrivains. C’est là qu’il a bâti tour à tour ses plus grands romans : Les poneys sauvages (1970, Folio), prix Interallié,

Un taxi mauve (Folio cinéma, livre et DVD du film d »Yves Boisset), couronné par le grand prix de l’Académie française, et Le jeune homme vert (1975, Folio), qu’il lui fallut séparer en deux parties à cause de son ampleur.

Vivant entre la Grèce et l’Irlande, il est élu le 8 juin 1978 à l’Académie française en même temps qu’Edgar Faure. Il y est reçu en 1979 par Félicien Marceau et fait l’éloge de son prédécesseur Jean Rostand. Est-ce le dernier avatar de cette liaison tumultueuse, ponctuée de ruptures et de retrouvailles, entre la Ville Lumière et ce vagabond stendhalien toujours en partance ?  Il est vice-doyen d’âge et vice-doyen d’élection de l’Académie. Il est aussi commandeur de la Légion d’honneur.

Les fonctions de Michel Déon au Grand prix du roman de l’Académie française font de celui-ci un lecteur régulier de notre littérature contemporaine. Recevant une moyenne de cinq livres par jour, il ne nous cache pas que la plupart ne valent rien. Mais il n’en est pas pour autant pessimiste, ce qui le distingue une fois encore de certaines ganaches passéistes toujours promptes à vomir l’avenir.

En littérature, les influences de Michel Déon apparaissent aussi nombreuses que variées, tant françaises qu’étrangères, de droite ou de gauche. Ses Lettres de château récemment publiées en donnent un bon aperçu. Il faut d’abord citer Paul Morand, qui fut son ami et que l’on présente souvent comme le père spirituel, avec Chardonne, des « Hussards ». Mais il y a aussi Giono, dont les romans fascinèrent très tôt Déon, et même André Gide, incontournable pour un jeune intellectuel des années 30, fut-il d’extrême droite. À propos de ce dernier, Déon loue particulièrement le constant souci qu’il avait des jeunes littérateurs. Toute mauvaise blague mise à part, il remarque en effet que Gide s’est toujours intéressé de près aux écrivains naissants, leur adressant des encouragements, leur prodiguant des conseils, sans jamais faire montre d’aucune condescendance ni d’aucune supériorité. C’est ainsi qu’il rappelle comment le grand écrivain répondit fort poliment et en s’excusant à la lettre d’un jeune inconnu qui, après un envoi, se plaignait de n’avoir toujours pas reçu de réponse de la part de la NRF. Ce jeune inconnu s’appelait Valéry Larbaud.
C’est justement Larbaud qui apparaît peut-être comme la principale référence littéraire de Michel Déon. Cela n’a rien de surprenant si l’on songe que Déon a passé sa vie à voyager à l’instar de l’écrivain vichyssois. Mais au-delà des seuls récits de voyage de ce dernier, il n’hésite pas à conseiller la lecture d’un ouvrage trop peu connu encore, A.O. Barnabooth, qui annonce selon lui le Ulysse de Joyce, dont Larbaud fut d’ailleurs le premier traducteur.

 Gallimard — Vous sentez-vous plutôt anarchiste ou plutôt iconoclaste ?

  Michel Déon — L’anarchiste est un iconoclaste ! Mais je ne suis pas un iconoclaste systématique : par exemple, je ne maltraite pas la littérature. En revanche, je suis beaucoup plus dur pour l’art contemporain ! De même pour les maux du siècle : le tourisme, l’humanitarisme, les Droits de l’Homme… En résumé, tout ce qui provoque des guerres et des désastres sans fin.

Si on regarde d’un peu près : le tourisme est un facteur de destruction de civilisations, un prédateur, un avilisseur. L’humanitarisme ne fait que déclencher des catastrophes : c’est presque pire que la liberté ! Quant aux Droits de l’Homme, je préfère déclarer les Devoirs de l’Homme ! Ne parlons pas de l’information : seules les catastrophes intéressent les médias, et si une information n’est pas réellement catastrophique, il faut absolument la grossir ! Comme le fait ironiquement remarquer un des personnages à propos d’une bagarre dans un bar : « Attendez l’article dans le journal de demain. Ils ont toute la journée pour broder. Stalingrad ne sera qu’une escarmouche en comparaison. » !

Loin des transhumances saisonnières, il s’appliqua à découvrir les peuples et les pays au point de s’y installer quelques jours, quelques mois ou quelques années car «L’homme n’est pas fait pour le mouvement. Il a besoin d’ombre et de paix, de compréhension et d’amitié, sans quoi il risque la folie ou la haine.» C’est souvent à l’ombre ou sur les pas d’autres écrivains que Déon prit le large car en leur compagnie «parcourir le monde redevient une aventure heureuse, une manière de tenter de nouvelles chances.» Il se souvient ainsi avoir été «un heureux qu’un automne à Venise, un hiver à Florence, un été en Andalousie et toute une année à pratiquer les Etats-Unis d’Amérique et y revivre les livres tant aimés de Faulkner, Dos Passos, Hemingway, enchantent comme de suivre Stendhal en Italie, Valery Larbaud au Portugal, Paul Morand partout dans le monde.»
ces textes parfois vieux de plusieurs dizaines d’années, certaines phrases prennent aujourd’hui un écho particulier, à l’image de cet hommage au tempérament grec : «Le Grec est doué pour le travail intermittent. Au cours des longues récréations qu’il s’impose, il discute du temps, des verres de raisiné qu’il a bus dans la mâtinée, de ceux qu’il boira dans la soirée». À Londres, dès 1970, bien avant que l’on parle de communautarisme et des «bobos» , Michel Déon aperçoit le monde à venir et les futurs visages de la «City» : «Londres n’assimile plus les émigrants et les émigrants ne l’assimilent plus. Irlandais, Polonais, Grecs, Italiens, Espagnols, Portugais et surtout les Noirs carribéens ou africains truffent la capitale de communautés qui ont de plus en plus tendance à s’isoler. Il a suffi de quelques années pour que Londres devienne la ville la plus cosmopolite du monde (…) J’aime qu’à Londres le monde de demain, préfiguré par des outrances qui indignent peu, côtoie sans heurts le monde d’hier. À Chelsea, la nouvelle bohème a trouvé abri dans un ravissant quartier et le préserve jalousement des urbanistes (…) Des projets ambitieux menacent la silhouette traditionnelle de Londres. Déjà des gratte-ciel, une tour de télécommunications (on aurait presque souhaité qu’elle fût gothique) ont modifié le panorama et les habitudes de vie.»

A propos du jeune homme qu’il fût, l’écrivain écrit dans une préface inédite : «C’est le désir un peu fou de partager les bonheurs de ses découvertes qui l’a poussé à écrire. Des romans… oui bien sûr, mais aussi des choses vues célébrant le monde qui ont fait ce qu’il est devenu.» Cette générosité fait le prix des plus beaux récits de Déon dont Pages grecques et Pages françaises. «Je crains qu’il faille garder des images fugitives, des regrets superficiels pour aimer ce que l’on a quitté. Pour revoir les choses, il ne faut plus être seul, il faut les partager», lit-on dans Partir… Comme les voyages, la littérature est un exercice solitaire qui ne prend sens que lorsqu’il est partagé.

Extraits entretien Le Point 2010:

Peut-on parler d’une génération perdue ?

Pas perdue, mais qui a beaucoup souffert. Les événements d’aujourd’hui sont plutôt économiques. La chute de l’euro, ça ne vous blesse pas au coeur, alors qu’habiter dans un pays qui s’effondre et se retrouve occupé par l’ennemi, c’est bouleversant. Paradoxalement, c’était une époque formidable pour la littérature, avec les premiers livres de Camus, Beauvoir, Sartre, Roland Cailleux. Beaucoup de choses étaient étouffées, mais il y a eu une volonté de dire : vous, vous avez des chars et des canons, mais nous sommes intellectuellement plus forts.

« Nous avons tous été tentés par le communisme, le leurre d’une république musclée, le fascisme et peut-être même pour certains, peu nombreux, par le nazisme, mais tout plutôt que de rester passifs et veules », écrivez-vous. Pourquoi ce besoin d’idéologies ?

Pour combler un vide. Une idéologie, c’est très commode, car elle a réponse à tout. La tentation était très grande pour ma génération. Le Quartier latin, où je suis arrivé en 1937, était alors furieusement à droite. Je connaissais aussi des communistes, et il y avait des groupuscules fascistes, mais peu de modérés.

Vous n’avez jamais renié votre jeunesse maurrassienne et votre engagement dans l’Action française…

Je n’y vois rien de honteux. J’étais un grand lecteur des classiques, de latin et d’historiens, c’était mon jus. Maurras détestait le fascisme. Il pensait que la monarchie, c’était le pouvoir modéré, qui ne tient pas sa force des élections, mais des traditions. Nous étions aussi fascinés par Jacques Bainville, notre grand penseur. Dans Les conséquences politiques de la paix, il avait tout prévu, y compris la date de la chute de la Yougoslavie.

Etes-vous toujours monarchiste ?

Le spectacle qu’offre le monde n’est pas fait pour me convaincre que la démocratie est universelle. Je constate que les monarchies se reforment dans des pays – en Syrie, en Corée du Nord, au Congo-Kinshasa – où les mêmes familles ont le pouvoir sur plusieurs générations. Et aux États-Unis, si vous vous appelez Kennedy, vous êtes automatiquement élu président (rires).

Extrait ITV au cœur du nationalisme: « Dès qu’on l’installe un peu partout, la démocratie, c’est le désordre, le chaos financier et économique et, au final, la guerre. Ce que je voudrais, c’est la république, dans le sens romain du mot : aristocratique – une oligarchie intelligente. »

Déon le dandy

Le dandy est donc un parent éloigné du chevalier du moyen âge, mais sa courtoisie représente un renversement cynique des valeurs. L ’esthétique tient lieu de l’éthique, l’art prime la vie, l’inutile passe l’utilitaire, l’exclusivité élitiste est l’affirmation d’un individualisme exacerbé et l’enjeu du combat social est caractérisé par la dialectique nietzschéenne du maître et de l’esclave. D’où le masque social, nécessaire pour tromper les autres, mais aussi pour se protéger, ne serait–ce que contre soi–même.

Par rapport aux autres hussards, notamment en comparaison avec Roger Nimier, le dandysme de Déon apparaît sous des couleurs estompées. Il n’en est pas moins présent dans la typologie des personnages déoniens. Patrice Belmont de Je ne veux jamais l’oublier , Pierre Gauthier de La Corrida, Jean Dumont ou Michel Kostro des Gens de la nuit en sont les prototypes de leur époque. Jeunes chevaliers déchus, héros blessés et rejetés par l’histoire (la guerre), ils sont dandys moitié par vocation, moitié par révolte contre la médiocrité ambiante.

La soif des instants parfaits ou la rage de ne pas pouvoir y parvenir est un des thèmes récurrents qui accompagnent les dandys déoniens.

« En ce qui concerne la liberté, il y a longtemps que j’en ai fait mon affaire personnelle et ne me suis pas trop mal défendu dans ce monde où, chaque jour, on attente je ne dirais pas à notre liberté mais à nos libertés. »

 

Description de la journée du 8 mai 1945 dans son roman « Les poneys sauvages » (Gallimard, 1970) :

« Tout Paris était dans les rues. Deux projecteurs de l’armée dessinaient derrière l’Arc de Triomphe, dans le ciel noir, un V gigantesque. Un précoce été avait éclaté sur la France comme pour saluer la victoire. Place d’Italie, les paulownias fleurissaient une dernière fois dans l’air que ne saturaient pas encore les vapeurs d’essence. Il faisait chaud et les hommes étaient en bras de chemise, les femmes en robes légères, jambes nues, marchant encore – du moins les plus honnêtes – avec des semelles de bois qui clapotaient sur le ciment des trottoirs. La mode zazou triomphait toujours : pour les garçons cheveux dans le cou, pantalons étroits à hauts revers, trop courts ; pour les filles, brioches sur le sommet du crâne et jupes au-dessus du genou. Elles n’eurent jamais autant l’air de bonniches. Elles baisaient d’ailleurs comme des bonniches sans place. Tout soldat allié qui réclamait son dû pouvait les baratter dans les buissons d’un square. Du Rond-Point des Champs-Elysées jusqu’à la Concorde, sous les couverts des Tuileries, s’élevait un long râle d’amour hystérique. Il n’y avait plus de repos pour les guerriers. On les assaillait de toutes parts, on se ruait sur leurs cigarettes, leurs provisions de bonbons, leurs chewing-gums et leurs braguettes que, trop las, ils ne prenaient même plus la peine de refermer entre deux escarmouches. Dans les métros qui allaient circuler toute la nuit, on s’écrasait à hauteur du bassin, et les secousses des arrêts et des départs scandaient un long coït commencé à Vincennes et achevé à Neuilly. Des jeeps disparaissaient sous des grappes humaines comme des chars de Carnaval, grimpant à Montmartre par la rue Lepic dont les trottoirs ruisselaient de vomissures, déferlant vers Montparnasse où le marin américain, bien moulé dans son pantalon de danseur de charleston, cotait dans les cent francs de l’heure. Peu avant le dîner, un camion militaire fou avait tourné une dizaine de fois autour de l’Obélisque. Une fille, nue jusqu’à la ceinture, coiffée d’un plat à barbe anglais, assise sur la cabine du chauffeur, brandissait un drapeau français. La vérité oblige à dire que ses seins étaient assez beaux. Un virage un peu brisque l’avait jetée sur la chaussée et elle s’était relevée en sang, agrippée à la hampe du drapeau que les agents essayaient de lui arracher. Le camion avait fui. Dans les sacristies, les curés qui voulaient mêler leur Dieu à la grande frénésie de la victoire sonnaient frénétiquement les cloches. Au bistrot, les patrons, hilares et suants, raflaient la monnaie en versant un vin acide et amer, le vin de la capitulation allemande. C’était l’allégresse la plus forniquante, la plus éthylique qu’ait connue un peuple vaincu et relevé par la victoire de ses alliés. Il fallait oublier la honte.

« Ce soir-là, après une longue promenade dans Paris, je revins chez moi, préférant à la foule mon balcon des quais d’où l’on apercevait le grand V dilué dans le ciel sillonné d’avions. Les lourdes odeurs de la nuit d’un été précoce montaient jusqu’à moi. Paris avait été beau ce printemps, avec ses larges avenues vides, ses jardins triomphants. J’aurais aimé participer à la joie générale, si basse fût-elle, mais quelque chose me retenait, une tristesse affreuse à la pensée de ces millions de morts sur qui la victoire était bâtie et dont nous aurions dû, en ce jour, nous souvenir en silence. Oui, décidément, cette aube de paix se levait sur trop de sacrifices et de cadavres, et la guerre – l’Europe l’oubliait – continuait dans le Pacifique. Il y avait des ombres au tableau idyllique de la paix. Ombres du passé : morts pourrissant dans les plaines de Russie, sur les plages de Normandie, dans les Ardennes. Ombres du présent : les prisons pleines et les fusillés au petit matin à Vincennes et à Montrouge qui mourraient en criant : « Vive la France ! », cris que leurs bourreaux essayaient en vain d’étouffer. Ombres de l’avenir : cette paix était à peine un sursis. Nous entrions dans une nouvelle ère de violence et d’oppression. Il fallait être imbécile ou fou pour ne pas le pressentir, pour ne pas avoir le cœur serré d’angoisse. Nous devions dire adieu à notre avant-guerre. A vingt-six ans, nous n’étions plus la jeunesse. On nous avait volé le temps de joie, tué nos amis, ruiné nos enthousiasmes. Nous ne pourrions plus jamais croire à la Vérité, à la Justice, à l’Honneur ».

English: Michel Déon, a french author from the...
(Photo credit: Wikipedia)

Extraits ITV pour Zone Critique;

Z.C.: Qu’est-ce donc, au-delà de l’opposition au nouveau roman, et à la figure sartrienne de l’intellectuel, qui unissait,littérairement, le mouvement des « Hussards », dont vous êtes, selon l’expression consacrée, « le dernier des représentants » ?

M.D.: Ce qui faisait lien entre nous était sans doute plus extérieur que littéraire. J’étais très ami avec Antoine Blondin, qui était comme un frère pour moi. Nous vivions ensemble en tout bien tout honneur. Je me souviens d’avoir été séparé de lui par une porte, et de temps en temps y frapper pour lui dire : « qu’est-ce que tu penses de tel ou tel passage ? ». Aujourd’hui je lutte comme je peux contre la vulgarisation de son œuvre. Il y eut une grande exposition à la Mairie du VIème, à l’intérieure de laquelle on pouvait voir trois grandes salles remplies de photographies, et ce n’était lui qu’avec des cyclistes, des footballeurs, des gens de rugby… Vraiment, il eût des idées drôlement formidables, extrêmement bien traitées, mais qui se sont vites enfermées dans un système : il fallait faire rire, faire quelques calembours. Jacques Laurent n’est pas celui duquel j’étais le plus proche. Vraiment c’était un esprit supérieur, avec une envergure très grande.  Ses romans n’étaient peut-être pas des chefs-d’œuvre mais en tous les cas des romans de l’époque. J’aimais beaucoup tout ce qu’il écrivait, je crois qu’il n’aimait pas beaucoup ce que j’écrivais, si jamais il m’a lu (rires). Il m’a entendu en tous les cas puisque c’est moi qui l’aie reçu à L’Académie française. Roger Nimier, bon, était aussi quelqu’un mais qui m’amusait plus qu’il ne m’intéressait. Son œuvre romanesque n’est pas, disons, accrochée à grand-chose sinon à quelques petites acrobaties verbales. En revanche son œuvre de critique littéraire et d’historien de la littérature est prodigieuse. Vraiment, L’élève d’Aristote, Les journées de Lecture, tout cela est de premier ordre. Cela devrait être au programme de l’Université. L’œuvre de critique littéraire et d’historien de la littérature de Roger Nimier est prodigieuse

Z.C.: Pourquoi justement l’œuvre des hussards n’est pas plus étudié à l’Université, contrairement au courant du nouveau roman par exemple ?

M.D.: Vous savez, c’est la guerre en Littérature. Nous avons été présentés les uns et les autres comme des fascistes. Or il n’y en a rien de tout cela, ni dans mon œuvre, ni dans celle d’Antoine Blondin. Il y a simplement une très grande liberté. Et cela n’est pas toléré.

Z.C.: N’y a-t-il pas également entre vous tout de même quelques connivences stylistiques dans la brièveté de l’écriture, et le sens affirmé de la formule ?

M.D.: Oui, certainement. Cela peut se sentir parce que nous avons aimé les mêmes écrivains : Paul Morand, Jacques Chardonne, Marcel Aymé, Anouilh au théâtre…D’ ailleurs c’est frappant, vous verrez que va sortir à la fin de l’année la correspondance Morand-Chardonne, dans laquelle on peut lire les pires choses sur nous alors que nous avions au contraire l’impression qu’ils nous soutenaient, et qu’ils avaient grande estime pour nous. Enfin, c’est la méchanceté des vieillards, vous avez pu l’entendre à l’instant. (Rires). Je pense donc que l’admiration pour certains écrivains déteint nécessairement. Ils nous précédaient de beaucoup cependant. Morand était un homme très célèbre en 1939. Il avait eu d’immenses succès. Et puis il y avait une légende de Paul Morand. Marcel Aymé avait beau être un auteur très silencieux, nous savions qu’il était là, derrière nous.

Michel Déon : l’anarchisme de droite, ça conserve !

michel-deon

Le 7 mai 2013:  par José Meidinger  pour Boulevard Voltaire. (Titre original)

À l’âge de 94 ans, Michel Déon, le dernier « Hussard » vivant, le « jeune homme vert », n’a guère les faveurs des gazettes littéraires bien-pensantes. Un ostracisme qu’il partage outre-Rhin avec l’un des plus grands écrivains européens du siècle dernier, l’Allemand Ernst Jünger, qui a atteint l’âge mémorable de 103 ans. L’anarchisme de droite, ça conserve !

Michel Déon, comme Ernst Jünger, demeure sans doute l’exemple rare d’une « littérature qui ne se donne pas aux éphémères », selon l’élégante formule de son ami Dominique de Roux, mort lui trop tôt, à 42 ans. Avant de partir vivre en Grèce, qui lui a inspiré ses plus beaux récits (Le rendez-vous de Patmos, Le balcon de Spetsai, etc.), Michel Déon avait partagé durant la guerre, à Lyon, l’aventure éditoriale de Charles Maurras comme secrétaire de rédaction de l’Action française. Dans les années 50, Michel Déon, bien qu’il s’en défende aujourd’hui, rejoint « ce groupe de jeunes écrivains que, par commodité, je nommerai fascistes », comme les diabolisa Bernard Frank, dans les Temps Modernes, les affublant néanmoins du joli nom de « Hussards » qui passera à la postérité.

L’amour du style, un style bref, cinglant, « à chaque phrase, il y a mort d’homme », caractérisaient ces « Hussards » réunis autour de Roger Nimier, le plus brillant d’entre eux, Blondin le plus insolent, François Nourissier, Félicien Marceau ou encore Jacques Laurent, plus grand public. Hétéroclites certes, hérétiques virulents dans leur négation de l’existentialisme ambiant, ils ferraillaient contre l’intellectualisme engagé de Saint-Germain-des-Prés. Dans leur ligne de mire, les « papes » de l’existentialisme, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, qu’Antoine Blondin, en singe désaltéré, rhabilla pour l’hiver : « Un agrégé replet et une amazone altière troussaient des concepts en toute simplicité à deux pas du croquant, comme on fabrique des gaufres. »

La plupart des « Hussards », Roger Nimier en tête, militeront pour l’Algérie française, manifestant ouvertement leur hostilité à la politique du général de Gaulle en Algérie. Michel Déon retrace cette épopée dans les « Gens de la nuit », dont le grand prêtre fut sans conteste Antoine Blondin : « Le noctambule qui découvre, chaque nuit, une métaphysique dans la machine à sous d’un bar-tabac de la rue du Bac. »

Puis, Michel Déon s’éloigna de ces nuits trop arrosées pour la lumière de la mer Égée où il partagea la vie du peuple grec qui, aujourd’hui comme hier, écrit-il, « mange, boit, chante, danse, peine, souffre, et un jour meurt, passant du rire aux larmes aussi vite qu’il passe des larmes au rire. » Et même s’il a voulu en faire abstraction, la mythologie l’a souvent rattrapé, omniprésente dans la vie quotidienne.

 

Pierre Desproges

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Pitre, provocateur, amuseur public, misanthrope, moraliste, pourfendeur de l’hypocrisie et de la médiocrité de son temps, chroniqueur de la haine ordinaire… Pierre Desproges, maître es humour noir, tirait sur tout ce qui bougeait et sur tout ce qui était immobile. Les pauvres, les riches, les militaires, la gauche, la droite, les hommes, les femmes, »l’intelligentsia crapoteuse », « les humanistes sirupeux », l’armée, le Pape, les jeunes, les politiques, les journaleux, les Restos du cœur, SOS Racisme…

N’hésitant pas à s’attaquer aux sujets les plus sensibles avec une verve féroce. Aimant « trop les hommes pour les tolérer médiocres », son courroux n’épargna à peu près rien ni personne. Mais Desproges aime surtout  les mots. Il les aime d’un amour obsessionnel, partial et toujours facétieux.

En débroussaillant les sentes escarpées de la cruauté, il a influencé beaucoup d’autres humoristes, mais personne n’a placé le sarcasme à de telles altitudes. « A part la droite, il n’y a rien au monde que je méprise autant que la gauche. » Sa prédilection pour les provocations destinées à prendre le public à contre-pied des positions convenues l’ont longtemps rendu difficilement classable.

Desproges est né le 9 mai 1939 à Pantin de parent originaire de Châlus en Haute-Vienne, nous célébrons cette année les 25 ans de sa disparition.

Avant de se tourner vers la carrière de comique qu’on lui connait, il entamera des études de kinésithérapie qu’il abandonnera assez vite, écrira des romans-photos (qui seront publiés), vendra  des assurances-vies (qu’il rebaptise assurances-morts) puis des poutres en polystyrène expensé.

Presse et Média

Par la suite, son amie d’enfance Annette Kahn le fait entrée à l’Aurore où il devient journaliste. Jacques Perrier, qui était alors le chef de services aux informations générales, n’aimant pas son humour, le fait renvoyer. Il travaillera pour Paris-Turf jusqu’à ce que Benard Morrot (qui remplace Perrier licencié en 1968) le fasse revenir à l’Aurore pour lui confier une rubrique des brèves insolites. Desproges la nommera « Rubrique des chats écrasés ».  Il s’adonne à l’ivresse des « actu générales » et se fâche au passage avec l’idole des jeunes de gauche, Jacques Mesrine, qu’il qualifie de « fanfaron suicidaire ». L’ennemi public n°1 lui répond par courrier : « J’ai connu beaucoup de clowns qui, s’amusant à mes dépens, ont fait leur dernier tour de piste ! »

Il devient chroniqueur dans l’émission de Jacques Martin, Le Petit Rapporteur, dans lequel ses prestations avec Daniel Prévost ont fait date dans l’histoire de l’humour noir et du cynisme. Il finira toutefois par claquer la porte, ses interventions étant de plus en plus souvent coupées au montage, et retournera à l’Aurore.

En 1980 et 1981, il collabore à Charlie Hebdo avec une petite chronique intitulée Les étrangers sont nuls ;

Il participera et animera plusieurs émissions sur France Inter entre 1978 et 1986:

  • en 1978 et 1979, il anime en compagnie de Thierry Le Luron l’émission hebdomadaire Les Parasites sur l’antenne
  • entre 1980 et 1983, il est le procureur du Tribunal des Flagrants délires en compagnie de Claude Villers et Luis Rego. Ses féroces réquisitoires commencent invariablement par son célèbre : « Françaises, Français, Belges, Belges… » et par « Public chéri, mon amour ! » pour se terminer par une sentence sans appel : « Donc, l’accusé est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi. » ;
  • il anime en 1986 une chronique quotidienne intitulée Chronique de la haine ordinaire, où il traite de sujets qui le révoltent, à travers des coups de gueule de deux ou trois minutes environ.

Entre 1982 et 1984 sur France 3 il assure « La minute nécessaire de Monsieur Cylcopède »  qui, selon lui, divise la France en deux : « Les imbéciles qui aiment et les imbéciles qui n’aiment pas. »

La Scène

En 1975 et les années suivantes, Pierre Desproges est à l’Olympia sur scène aux côtés de Thierry Le Luron. En 1978-79, il débute en tête d’affiche sur scène dans un petit théâtre du quartier Mouffetard, le Théâtre des 400 coups. Il joue devant un maigre public une pièce de théâtre drolatique: « Qu’elle était verte ma salade »… Il est aussi avec Thierry Le Luron à Bobino.

Il introduit à plusieurs reprises les tours de chant de Dalida. Dans les coulisses, les rapports sont houleux avec Orlando, le frère de la chanteuse, qui ne comprend pas toujours le second degré de l’humoriste.

Sur les conseils de Guy Bedos, il remonte sur scène en 1984 au Théâtre Fontaine et en 1986 au Théâtre Grévin

Cancer, décès et inhumation

En 1986, une douleur dorsale le foudroie alors qu’il joue au golf avec le chanteur Renaud. Les médecins qui l’opèrent ne peuvent que constater les dégâts : ses deux poumons sont atteints par un cancer, l’humoriste est condamné. En accord avec Hélène Desproges, son épouse, ils décident de lui cacher la vérité et prétendent avoir retiré une tumeur sans conséquence. Lentement, l’état de santé de Pierre se dégrade. L’humoriste ressent une fatigue chronique mais continue d’honorer ses engagements professionnels sans se douter que le cancer le ronge. Pour tenir le rythme de la tournée de son spectacle, des cocktails de remontants lui sont administrés directement dans les muscles. En mars 1988, il accepte d’interrompre sa tournée pour reprendre des forces à l’hôpital. Il y meurt le 18 avril, entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1988. Ses obsèques se déroulent au Cimetière du Père-Lachaise à Paris après une messe.  Sa sépulture est un minuscule jardinet entouré d’une grille avec une simple plaque, où une partie des cendres a été mélangée à la terre (sur dérogation de la Ville de Paris) 

Contrairement à ce que prétend la légende, ce n’est pas lui qui a rédigé la dépêche annonçant sa mort (« Pierre Desproges est mort d’un cancer. Étonnant, non ? » en référence à la phrase de conclusion rituelle sur FR3 de « La minute nécessaire de Monsieur Cylcopède »   ), mais Jean-Louis Fournier, réalisateur de la Minute nécessaire et proche de Desproges. Au départ, cette dépêche devait être « Pierre Desproges est mort d’un cancer sans l’assistance du professeur Schwartzenberg », proposée par Hélène Desproges. Mais elle a finalement renoncé à inclure cette précision afin d’éviter d’éventuelles poursuites.

A part la Droite il n’y a rien que je déteste autant que la Gauche…

Un humour grinçant

Célèbre pour son humour grinçant mis en valeur par une remarquable aisance littéraire, Desproges s’est notamment illustré avec des thèmes souvent évités, quoique mal à l’aise face à certaines personnes, « stalinien pratiquant», « terroriste hystérique» ou « militant d’extrême-droite ». Comme il le disait lui-même : « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ».

Ses traits d’humour révèlent généralement un personnage bon vivant,individualiste et anticonformiste. Différentes sources le qualifient d’« anarchiste de droite » (entre autre:« Pierre Desproges, anar de droite », L’Evènement du jeudi, no 733-739, 1998) bien que sa prédilection pour les provocations destinées à prendre en permanence son public à contre-pied des positions convenues le rende difficilement classable. Il n’hésite pas à s’attaquer aux sujets les plus sensibles avec une verve féroce.

La plume de Desproges est le couteau suisse de l’écriture : une lame tranche dans le lard de la bêtise, l’autre creuse l’hypocrisie, la troisième lime les tabous, la quatrième déquenouille les angoisses du ­caveau. Digressions interminables truffées d’adjectifs, raccourcis cinglants (« Mesdames, pour rester belles, suicidez-vous à 39 ans et demi »), verbe fleuri soudain ensemencé de crottin, il jouait en permanence sur les décalages, à tel point qu’il était impossible de deviner au début d’un texte où il voulait en venir : « Ce qui doit faire marrer les gens, ce sont mes phrases très clean qui, tout d’un coup, tombent dans un ravin ». Un don inné ? Que nenni. « Pour cinq minutes de ma verve, je passe des heures dans les transcendances de l’écriture. C’est du travail. » Se considérait-il pour autant comme un écrivain ? « Sûrement pas, Maurice Genevoix qui marche pensivement dans la forêt en regardant les écureuils s’enculer dans les arbres, ça, c’est un écrivain. Je suis un écriveur, peut-être. »

La Démocratie

Les non-handicapés

Non aux jeunes

Rire de tout ?
« On me dit qu’il y a des Juifs dans la salle ? » Ce texte incroyablement culotté, peut-être le plus audacieux de sa carrière, serait-il audible aujourd’hui ? On veut croire que oui, même si déjà, à l’époque, Desproges n’était pas sûr de lui et misait sur les quinze degrés de lecture de son brûlot humoristique : « Les ­antisémites n’osaient pas rire et les Juifs se croyaient obligés de rire. » Pour se convaincre qu’on peut rire de tout, même en 2008, il faut le réécouter, le relire. Là où Dieudonné se casse la figure, sans style, dans des sketchs de brasserie viennoise, ­Desproges joue le funambule suspendu aux extrémités d’un humour qui touche l’intouchable (« Quand on me dit que, si les Juifs allaient en si grand nombre à Auschwitz, c’est parce que c’était gratuit, je pouffe »). Rire de tout, mais pas avec tout le monde : « Il vaut mieux rire d’Auschwitz avec un Juif que jouer au Scrabble avec Klaus Barbie. »

Violence et vitriol
Les victimes de Desproges ne riaient pas du tout. Il était capable d’une violence dévastatrice. En plein spectacle, alors que Christine Ockrent­ avait fait plusieurs fois la une de Télé 7 jours avec sa famille ou son nouveau-né, il lâche une grenade : « Si elle avait fait une fausse couche, elle aurait posé avec le placenta. » Au Tribunal des flagrants délires, il assassine à tout-va. Le 29 octobre 1982, Patrick Poivre d’Arvor, « un homme déchiré par les contradictions insupportables de sa personnalité de dieu vivant, moitié Chateaubriand, moitié Jean-Claude Bourret », est débité en copeaux à l’occasion de la sortie de son premier livre, Les Enfants de l’aube : « Un livre qui nous conte l’histoire d’un adolescent leucémique qui rencontre dans un hôpital à leucémiques une jeune Anglaise leucémique. Dans un style leucémique également, l’auteur nous conte la passion brûlante et désespérée de ces deux êtres fragiles […]. 203 pages de romantisme décapant pour le prix d’un kilo de débouche-évier. » En comparaison, le drôle Stéphane Guillon a des manières de jouvencelle pusillanime.

Incorruptible
Desproges tirait sur tout ce qui bougeait et sur tout ce qui était immobile. Pauvre Patrick Sabatier (« La vulgarité, ce n’est pas dire des gros mots. C’est Patrick Sabatier qui fait semblant d’être apitoyé par le destin d’une matrone variqueuse dont il n’a rien à foutre, et qui lui offre une Fiat alors qu’elle ne sait pas conduire »). Il était la mauvaise conscience des années 80, qui dégonflait les baudruches des bons sentiments et les révoltes trop courageuses (dénoncer Pinochet à 10 000 kilomètres de Santiago). Quand Guy Carlier roucoule comme un pigeon de printemps à l’oreille de Johnny, Desproges fusillait ses amis (Renaud, par exemple).

En débroussaillant les pdeentes escarpées de la cruauté, il en a influencé beaucoup d’autres humoristes (« l’esprit » Canal+ lui doit beaucoup). Mais personne n’a placé le sarcasme à de telles altitudes. En même temps, Plastic Bertrand n’a pas d’héritier non plus. On ne peut donc rien en conclure.

Les rues de Paris ne sont plus sûres

Que choisir

BHL

Lettre ouverte au cardinal Lustiger

A l’usage des rustres et des malpolis ( 1981 )

  • Les bonnes manières à la guerre
    • Quand un Inférieur croise un Supèrieur, l’Inférieur doit saluer le Supérieur.
      À un général, on dit mon général.
      À un colonel, on dit mon colonel.
      À un adjudant, on dit mon adjudant.
      À un deuxième classe, on dit ta gueule, à condition d’être adjudant.
    • L’ennemi : pour quoi faire ?
      Sans l’ennemi, la guerre est ridicule.
    • Comment reconnaître l’ennemi ?
      Voici quelques critères de base permettant à coup sûr de reconnaître l’ennemi.
      L’ennemi est bête : il croit que c’est nous l’ennemi, alors que c’est lui ! J’en ris encore !
    • Un foie, deux reins. Trois raisons d’utiliser la baïonnette.
      Le 11 novembre 1914-18, naissance à Bayonne de Césarien de la Boïonnette. Son père était tailleur, mais sa mère était là, c’est le principal.
  • Comment déclancher poliment une bonne guerre civile
    • La seule guerre raisonnablement envisageable, c’est la guerre cent pout cent française, entre français. Et puisque la haine est le moteur de la guerre, apprenons à nous haïr entre nous.
    • Les Béarnais sont-ils des gens comme nous ? Je dis non.
      Vous voulez savoir ce qu’ils mettent dans la sauce béarnaise, les Béarnais ? C’est une honte : huile de soja : 63%, farine de maïs 0.9%, estragon, cerfeuil 1.9%, excipient E312 0.2%
      Huile de soja 63% d’où vient tout ce soja ? Mais de Chine, bien sûr. De là à prétendre que les béarnais ont signé un pacte secret avec la Chine rouge, il n’y a qu’un pas.
      Sus mes preux ! Mort aux béarnais !
    • Les Bourguignons sont-ils des gens comme nous ? Je dis non.
      Dans la fondue bourguignonne, ils mettent de la sauce béarnaise ! Ce sont donc des collabos, n’ayons pas peur des mots.
      Quant aux dijonnais eux-mêmes, leurs moeurs sont une insulte permanente à la mémoire de Louis XI, qui fut à la fois le père de la réunification de la Bourgogne, qui commença par le traité d’Arras en 1482, et l’amant de Charles Martel qui commença par le traiter de connasse en 1483. Sus mes preux ! Mort aux burgondes !
    • Les bordelais sont-ils des gens comme nous ? Je dis non.
      Certains habitants du Bordelais doivent du vin de Bourgogne. Ce sont des collabos, n’ayons toujours par peur des mots.
      Sus mes preux ! Mort aux bordelais !
    • Les normands sont-ils des gens comme nous ? Je dis non.
      En 1420, les anglais s’était rendus entièrement maîtres du duché de Normandie. Ils se mirent à genoux pour remercier Dieu, puis à plat ventre pour violer les normandes.
      Sus mes preux ! Mort aux normands !
    • Les bretons sont-ils des gens comme nous ? Je dis non.
      On a pu prouver scientifiquement que le breton était têtu.
      Mais jusqu’à ce jour jour aucun breton contacté pour aider la science dans ce domaine n’a voulu prêter son concours. Donc le breton est têtu.
      Par sa faute, la recherche française marque le pas. Et c’est navrant, quand on songe que les américains ont d’ores et déjà réussi à démontrer que les nègres étaient solubles dans l’acide sulfurique.
  • Les enfants sont des cons
    • Double V. C. Fièlds ( je dirait « DA-BELL-YOU-CI FILDS » le jour où les américains dirons « CHAMPS-ÉLYSÉES » au lieu de « TCHEMPZILAÏZIZ » )
      Double V. C. Fièlds disait : Quelqu’un qui n’aime pas les enfants ne peut pas être tout à fait mauvais . Je ne sais pas si Monsieur Fièlds a raison. Tout ce que je sais c’est que Dieu l’a puni en lui donnant un prénom de chiottes.
    • Quand un enfant veut s’amuser, il ramasse un bout de bois, il dit Poum-Poum , et son copain tombe par terre, en disant Damned , s’il a appris le français dans Tintin , ou ARRG ! s’il a appris le français dans Spirou . Puis le copain se relève en disant : On dirait que j’en suis un autre .
    • Par ailleurs, la naïveté grotesque des enfants fait peine àvoir, surtout si l’on veut bien la comparer à la maturité sereine qui caractérise les adultes.
      Par exemple, l’enfant croit au Père Noël. L’adulte non. L’adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote.
  • Sachons reconnaître une femme d’un homme
    • On reconnaît l’homme à la rugosité brutale de son teint buriné, et la femme à l’incomparable fraîcheur de son teint scandinave.
    • Déshabillons un homme et une femme. Si la personne dit : Oh ! oui Albert, soit mien ! , c’est une femme. Si la personne dit : Alors Albert mon pote, ça va pas la tête ? , c’est un homme.
    • Quand vient la saison des amours, l’homme frotte la rugosité brutale de son teint buriné contre l’incomparable fraîcheur du teint scandinave de la femme, et leurs corps se mêlent dans un élan d’amour puissant et magnifique, mais il ne faut pas non plus exagérer vu que finalement c’est pareil pour les cochons, les vaches et même les phacochères. Au bout d’un laps de temps plus ou moins long, la femme dit : Oh oui olala et l’homme allume une cigarette. On dit alors que la femme est heureuse . Neuf mois plus tard, pendant que la femme accouche, elle tient la main de son mari. Ainsi il a moins peur, et il souffre moins.
  • Comment aborder une jolie femme ? Pourquoi aborder une femme laide ?
    • Il y a un seul cas où il est convenable d’aborder une femme laide. C’est pour lui demander si elle ne connaît pas l’adresse d’une jolie femme. C’est tout ce qu’il y a à dire sur ce sujet.
    • Naguère, quand j’était encore plus jeune et encore plus beau qu’aujourd’hui, j’abusais de formules toutes faites : je n’y ai gagné que déboires et coups de pied dans des endroits que la morale réprouve. Je pense notamment au jour où j’ai dragué une louloute à l’hôpital Cochin. Elle était dans un poumon d’acier. Vous venez souvent ici ? risquais-je.
    • Pour draguer, une seule méthode, dite méthode Louis XIV car le Roi Soleil l’utilisait fréquemment quand il chassait le boudin dans la galerie des glaces. Il regardait les courtisanes au fond des yeux, puis il triait les belles des moches, et disait aux courtisans : Mes amis, servez-vous : les mignonnes, c’est pour vous ; les tas, c’est moi ! .
  • Comment distinguer l’amour des toilettes ?
    • C’est extrêmement simple : l’amour est enfant de Bohème, alors que les toilettes sont enfant du couloir, à droite.
    • [..] Joséphine de Hautecloque. Mais s’appelle-t-elle seulement Joséphine ? Et sait-on seulement quelle est la hauteur de sa cloque ? ( Ce jeu de mots impérial d’une grande beauté formelle m’a valu le prix Mongolia 1981 aux jeux Olympiques cérébraux pour handicapés mentaux alpins, au col de l’aut’taré )
  • Les gens malheureux ne connaissent pas leur bonheur
    • À l’instar de la zizette quand il fait grand froid, le bonheur est un sujet difficile à appréhender.
    • Aspect footballistique du bonheur.
      À la fin du match Saint-Étienne – Nantes, Saint-Étienne gagne. Si vous êtes de Saint-Étienne, c’est le bonheur. Si vous êtes de Nantes, c’est le malheur. Si vous êtes de Brive, vous vous en foutez : c’est pas du rugby.
    • Aspect sentimentalistique du bonheur.
    • Aspect démocratitisque du bonheur.
      Lecanuet est une créature de Dieu, sauf les dents qui sont de chez Paul Beuscher.
    • Aspect évangélistique du bonheur.
      Dieu fait le bonheur. N’importe quel chrétien venant de recevoir l’eucharistie vous le confirmera : Dieu fond dans la main, pas dans la bouche.
  • Marions-nous bien poliment
    • Le tendre penchant peut se manifester à tout moment et en tout lieu, au bal, à la fête foraine, dans l’autobus, plus rarement au cours d’une mêlée ouverte dans le Tournoi de cinq nations.
      Généralement, c’est au cours d’une valse qu’une tierce personne, camarade des deux parties et donc amie des valseuses …
      Pouf, pouf …
      Généralement, c’est au bal qu’une tierce personne, amie des deux parties, présente l’un à l’autre chacun des futurs tendres penchés.
    • La cérémonie à la mairie a été simplifiée à l’extrême.
      Le maire ne dit plus : Albert Lepied, voulez-vous prendre pour épouse mademoiselle Josiane Legenou ici présente ? Mademoielle Josiane Legenou, voulez-vous prendre pour époux monsieur Albert Lepied ici présent ?
      Mais simplement : Lepied voulez-vous prendre Legenou, Legenou, voulez-vous prendre votre pied ?
  • Qui emmener en voyage de noces ?
    • Au départ, afin de mettre toutes les chances de votre côté pour que votre voyage de noces soit un succès total sur le plan touristique, sentimental et sexuel, la première chose à faire est de partir SEUL.
    • Ce conseil vaut évidemment autant pour l’époux que pour la jeune mariée. Encore qu’on peut se demander ce qu’irait raisonnablement faire une jeune femme seule à Venise, avec toute cette vaisselle qui s’accumule à Paris.
      C’est une excelente question, et je me remercie de me l’être posée. Et je me répond aussi sec : Halte là, mon garçon, point de misogynie !
      ( Quand je suis tout seul, j’avoue qu’il m’arive de m’appeler mon garçon . Je m’appelle beaucoup moins souvent ma fille  : ça m’excite et ça me retarde dans mon travail. )
    • Et puis, sourtout, ne l’oublions jamais, à Venise, on reçoit très bien Antenne 2.
  • L’hétérosexualité : pour quoi faire ?
    • Une précision d’ordre grammatical, en passant. On ne dit pas : Je suis ‘H’étérosexuel avec un ‘H’ aspiré ; on fait la liaison : Je suis ‘Z’étérosexuel . Au reste, il est interdit, en France, d’aspirer du ‘H’.
    • Comment reconnaître un hétérosexuel d’un homosexuel à sa façon de se tenir à table ?
      C’est bien simple : servons à ce bel inconnu une banane flanbée. S’il regarde la banane flambée sans piper, c’est un hétérosexuel. Mais s’il regarde la banane flambée en lui disant : Comment tu t’apelles ? , c’est une autre paire de manches.
  • Les bonnes manières au lit
    • Présentez-vous simplement, en ajoutant un petit mot gentil, même banal, qui sera toujours bien reçu pourvu qu’il ne s’écarte pas des limites du bon gout.
      Exemple : Bonjour ! Je m’appelle Robin des Bois. Tu la sens ma grosse flèche ?
    • Ces présentations devrons être simples et dépourvues d’emphase. Toute attitude pompeuse apparaîtrait déplacée. ( C’est une image : ne prenez pas l’expression attitude pompeuse au pied de la lettre. )
    • L’homme pourra avantageusement dire : Oh oui oh lala ah oui ah oui puis, appuyé sur un coude au dessus de la femme pantelante, il dira : Alors, heureuse ? .
      La femme pourra avantageusement dire : Oh oui oh lala ah oui ah oui ah oui, encore, encore, apothéose ! . Puis : Oh ! Albert, c’est la première fois que je connais un tel bonheur dans les bras d’un homme. Une simple petite phrase comme celle-ci suffit à ensoleiller la journée d’un honnête homme, sauf s’il ne s’appelle pas Albert.
  • L’autre façon d’être un con
    • Comment reconnaître un con ?
    • Y a-t-il des têtes de cons ?
    • Existe-t-il des signes extérieurs de connerie ?
      Quand quarante personne s’habillent comme un con, c’est l’ACADÉMIE FRANÇAISE. Quand mille personnes s’habillent comme un con, c’est l’ARMÉE FRANÇAISE.
    • Peut-on reconnaître un con à se démarche ?
      Quand il part, on dirait qu’il revient.
      Et les cons infirmes direz-vous ? Eh bien … Ils vont à Lourdes.
    • Quelles différences y a-t-il entre un imbécile et un con ?
      L’imbécile lit France-Dimanche , le con écrit Ici-Paris
    • Les cons ont-ils bon moral ?
      Oui. Par exemple, ils croient vraiment que si la chemise de Paul est plus blanche que la chemise de Jacques, c’est grâce à Persil anti-redéposition.
    • Comment vivent les cons ?
      L’hiver, les cons se massent sur des gradins et crient : Allez les verts ! . Le fait de se tasser sur des gradins en criant Allez les verts ! est un signe irréfutable de connerie. D’autant que cette année, à mon avis, c’est Nantes qui va gagner.
    • Les cons militaires sont-ils plus dangereux que les autres ?
    • Les enfants peuvent-ils être cons ?
    • Y a-t-il des cons célèbres ?
      Oh oui ! Hélas, la liste en est beaucoup trop longue. Je citerai celui qui, à mon avis, est le roi des cons. J’ai nommé le célèbre mathématicien Euclide qui affirme sans rire, je cite : La ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre. Quelle connerie ! chacun sait en effet que la ligne droite ne peut être le plus court chemin d’un point à un autre. Sauf , évidemment, si les deux points sont bien en face l’un de l’autre.
  • Et l’intelligence, c’est du poulet ?
    • La grande différence entre l’homme et la bête, c’est l’intelligence. Comme le rire, l’intelligence est le propre de l’homme, et beaucoup plus rarement de la femme, mais c’est de moindre importance car la femme, pour peu qu’elle soit belle, n’a guère besoin d’être intelligente. Pour peu qu’elle soit moche, elle a encore moins besoin d’être intelligente.
    • À ce propos, je citerai le mot admirable de Louis XIV, à la veille de son mariage avec l’infante d’Espagne.
      Sire, dit Marie-Thérèse, ne souffrez-vous point que l’on vous donne pour épouse si pauvrette damoiselle ? Car point jolie ne suis, et point non plus ne brille par l’esprit.
      _ Madame,
      répondit Louis, c’est très bien ainsi. Car s’il y a un truc qui ne va pas avec le boudin, c’est bien la cervelle.
  • Résistance ou Collaboration. Que choisir ?
    • Tout, dans la vie, est l’affaire de choix. Cela commence par : la tétine ou le téton ? Et celà s’achève par : le chêne ou le sapin ?
    • Que choisir quand on a trente-cinq ans en 1940 ?
      La Collaboration, c’était le bon droit, la respectabilité.
      Oui mais, la Résistance, c’était la vie au grand air, youkaïdi youkaïda.
      Oui mais, la Collaboration, c’était la possibilité d’apprendre une jolie langue étrangère à peu de frais.
      Oui mais, dans la Résistance on s’amuse : Boum, le train ! Boum, le petit viaduc !
      Oui mais, dans la Collaboration, on ne fait pas sauter des ponts, mais on peut sauter des connes.
      Oui mais, dans la Collaboration, pour bien gagner sa vie, il faut dénoncer des Juifs. Ce n’est pas très marrant de dénoncer.
      Oui mais, dans la Résistance, on ne dénonce pas les Juifs, mais il faut vivre avec.
    • En bref, à force de tergiverser, je n’avais toujours pas pris décision le 25 août 1944.
  • Comment vieillir sans déranger les jeunes.
    • Un jour, comme ça, par hasard, on voit Guy Béart chanter en duo avec Jeanne Moreau à la télévision, et tout à coup l’on se demande lequel est le grand-père de l’autre …
    • Chers vieux, chères vielles, pendant que vous vous tassez doucement, profitez-en pour vous écraser mollement :
      • En toutes circonstances, effacez-vous, gémissez doucement, claudiquez sans à-coup, emmitouflez vos vieux os, gantez vos arthrites métacarpiennes disgracieuses, étouffez vos tristes toux matinales, minimisez vos cancers.
      • À table, broutez sobrement, sans forcer sur les protides qui sont hors de prix.
      • Ne soyez pas un poids mort pour vos chers enfants. Rendez-vous utiles dans la maison. Profitez de vos insomnies pour rentrer le charbon, faire les cuivres, ou pour repeindre votre chambre qui sera bientôt transformée en salle de jeux quand vous ne serez plus là ; quand votre fille reçoit, déguisez-vous en bonne à tout faire et server à table.
    • P.S. : Maman, si tu me lis, tout ça, c’est pour rire. Viens à la maison. J’ai fait les cuivres.
  • Sachons mourir sans dire de conneries Les dernières paroles des tués au volant sont généralement décevantes. C’est le plus souvent du style : Ah ! Merde, j’ai fait tomber ma ciga… BOUM ou encore : Ah ! Merde, on va rater Guy Lux, faut foncer sinon AAAH ! BOUM !
  • Comment se suicider sans vulgarité
    • La mort du scorpion n’est point un scuicide. Elle est purement accidentelle, car le scorpion, contrairement à mon beau-frère qui est gémeaux, ne sait même pas que sa queue est venimeuse.
    • Nous avons vu comment nous jeter dans le vide ( voir plus bas ) ou comment nous pendre ( voir plus haut ).
  • Ceci est mon testament
    • C’est horrible : partir comme ça, sans avoir vécu la Troisième Guerre Mondiale avec ma chère femme et mes mes chers enfants courant nus sous les bombes.
    • Mourir avec au coeur l’immense question restée sans réponse : si Dieu existe, pourquoi les deux tiers des enfants du monde sont-ils affamés ? Pourquoi la terre est-elle en permanence à feu et à sang ? Pourquoi vivons-nous avec au ventre la peur incessante de l’holocauste atomique ?
    • Mais moi, je vous préviens, croque-morts de France : mon cadavre sera piégé. Le premier qui me touche, je lui saute à la gueule.
Français : L'humoriste français Pierre Desprog...
Français : L’humoriste français Pierre Desproges en scène à Morlaix (Bretagne, France) le 26 janvier 1985. (Photo credit: Wikipedia)

Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis (1985)

Voici le plus petit dictionnaire de monde.
Il existe sur le marché des dictionnaires imprimés tout menu. Mais, à y regarder de plus près, ils comportent, sous un format réduit, un très grand nombre de mots. Celui-ci est le seul à ne comporter qu’un seul mot par lettre de l’alphabet. C’est par souci de clareté qu’il ne comporte que 52 mots, à savoir 26 mots communs et 26 noms propres, séparés par des pages roses pour faire joli.
C’est encore par souci de clareté que ces mots ont éété répertoriés suivant l’ordre alphabétique, a avant b, b avant c, c avant d, et ainsi de suite jusqu’à z.
Il va de soi que les mots écartés du Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis ne l’on pas été arbitrairement, mais à la suite d’un choix réfléchi et en étroite collaboration avec les plus hautes autorités morales, politiques et religieuses qui s puissent rencontrer dans mon bureau, c’est-à-dire moi et mon chat sur les genoux car octobre est frisquet.
L’auteur
 
* a
 
Alunissage
 
n.m., du latin luna, la lune, et du préfixe a, très joli également.
Procédé technique consitant à déposer des imbéciles sur un rêve
enfantin.
 
* b
 
Bleu,e
 
adj, et n.m.
Qui est d’une couleur voisine du rouge, mais pas très : un ciel bleu,
des yeux bleus, les flots bleus, une Opel Kadett bleue. Fig. Bouch. :
un steak bleu ; s’emploie pour désigner un steak rouge. Fig. Mar. :
bizut ; « Faut pas me predre pour un bleu » (Rackham-le-Rouge)
 
* c
 
Chaussure
 
n.f.
La pénurie de chaussure désoblige le grincheux.
 
* d
 
Directeur
 
n.m., du latin di, la première porte, et rectus, à droite.
On ne dit pas un petit directeur, on dit un chef de rayon. On ne dit
pas un grand directeur, on dit un chef de diamètre.
Le féminin de directeur est la femme du directeur
 
* e
 
Endive
 
n.f.
L’homme qui s’adonne à l’endive est aisément reconnaissable, sa
démarche est moyenne, la fièvre n’est pas dans ses yeux, il n’a pas de
colère et sourit au gichet des Assédic. Il lit Télé 7 Jours. Il aime
tendrement la banalité. Aux beaux jours, il vote, légèrement persuadé
que cela sert à quelque chose.
 
* f
 
Femme
 
n.f.
La femme est une substance matérielle organique composée de nombreux
sels minéraux et autres produits chimiques parés de noms gréco-latins
qu’on retrouve également chez l’homme, mais dans des proportions qui
forcent le respect.
Dépourvue d’âme, la femme est dans l’incapacité de s’élever vers Dieu.
En revanche, elle est en général pourvue d’un escabeau qui lui permet
de sélever vers le plafond pour faire les carreaux.
 
* g
 
Gynécée
 
n.m.
 » Ou kilé li misée di lôvre ? _ Gynécée pas. « 
 
* h
 
Hémiplégique
 
adj. et n.
Relatif à l’hémiplégie. Personne atteinte d’hémiplégie, c’est-à-dire de
la paralysie de la moitié du corps provoquée le plus souvent par une
lésion cérébrale dans l’hémisphére Nord, où les nuit sont plus
fraiches.
 
* i
 
Insecte
 
n.m.
Les insectes sont des invertébrés de l’embranchement des articulés. Il
n’y a pas de quoi se vanter.
Ce qui est étrange, chez la libellule, c’est qu’elle respire par où
elle pète. Maurice Genevoix, Humus
 
* j
 
Judaïsme
 
n.m.
Religion des juifs, fondée sur la croyance en un Dieu unique, ce qui la
distingue de la religion chrétienne, qui s’appuie sur la foi en un seul
Dieu, et plus encore de la religion musulmane, résolument monothéiste.
 
* k
 
Kamikaze
 
n.m.
Le mot kamikaze a désigné, pendant la Seconde Guerre Mondiale, les
pilotes-suicide japonais qui venaient s’écraser sur les porte-avions
américains pour vérifier le principe d’Archimède dans la rade d’Hawaii.
Pour se reproduire, le kamikaze, après une danse d’amour assez
fastidieuse et suintante de simagrées extrême-orientales, dispose la
kamikazette au centre du lit nuptial. Puis il grimpe sur l’armoire
Henrito II et se jette dans le vide en criant : Bito, bito, ce que
signifie littéralement : I love you. Quand le lit casse, on dit que
l’hiver sera rigoureux.
 
* l
 
Lazariste
 
n.m.
Nom donné aux membres de la Société des prêtres de la Société des
prêtre de la Mission, fondée en 1625 par Saint Vincent de Paul, et
appelés ainsi parce qu’ils adoraient la gare Saint-Lazare, alors qu’il
n’y a pas de quoi.
 
* m
 
Mégathérium
 
n.m., du grec méga, grand, et thérion, bête.
Le seul ancêtre connu du mégathérium est le maximégathérium, dont la
taille pouvait atteindre vingt-cinq mètres. On peut raisonnablement
penser qu’il ne s’entendait même pas péter.
 
* n
 
National-socialisme
 
n.m.
On dira plus volontiers nazisme, c’est plus joli. Contrairement à la
rage, le nazisme n’est pas remboursé par la Sécurité Sociale. Il est
pourtant contagieux. Sa prévention passe obligatoirement par le respect
des synagoges, le mépris de la mitraille et un minimum de réceptivité
cordiale au chant plaintif des violons tziganes.
 
* o
 
OEil
 
n.m.
L’ oeil est un outil merveilleux. C’est grâce à lui que l’homme peut,
en un instant, reconnaître à coup sûr une langoustine d’un autobus, ce
qui lui confère évidemment un immense sentiment de puissance sur la
nature.
L’oeil humain est une mécanique merveilleuse dont la réussite parfaite
nous conforte dans notre foi en Dieu. On regrettera seulement que
l’oeil de cochon d’Inde ou du verrat périgourdin bénéficient de la même
géniale complexité. C’est vexant.
Le clin d’oeil permet au drageur de se faire connaître avec une
relative retenue et une certaine discrétion qu’on ne retrouve pas dans
la main au panier.
 
* p
 
Pangolin
 
n.m.
Le pangolin ressemble à un artichaut à l’envers avec des pattes,
prolongé d’une queue à la vue de laquelle on se prend à penser qu’en
effet, le ridicule ne tue plus.
 
* q
 
Quadrumane
 
 
* r
 
Rouquin,e
 
On reconnaît le rouquin aux cheveux du père, et le requin aux dents de
la mère.
 
* s
 
Sens
 
n.m.
Les sens, chez Gégène, et, par extension, chez l’homme en génerél,
sont : la vue, le goût, l’odorat, le tocher, et Louis.
o La vue est l’organe des sens le plus important. Il suffit pour
s’en covaincre d’observer le comportement d’un aveugle pendant une
exhibition des ballets Moïsseiev : il maugrée, bougonne,
s’impatiente. C’est un être aigri, frustré, peu ouvert à la
facétie : offrez-lui un bilboquet, il se blessera.
o Louis n’est pas mal non plus. Sans Louis, comment savoir que c’est
le plombier ?
o Le toucher est le moins passionnant des cind sens. Nous nous
contenterons de l’effleurer.
o L’odorat. Pour l’homme privé d’odorat, le No 5 de Chanel c’est de
la merde.
o Le goût, enfin, que nous avons gardé pour la bonne bouche, peut
être considéré comme le plus distingué des cinq sens. Au reste, il
fait généralement défaut chez les masses populaires oû l’on
n’hésite pas à se priver de caviar pour se goinfrer de
topinambours ! On croit rêver !
 
* t
 
Torture
 
nom commun, trop commun, féminin, mais ce n’est pas de ma faute.
Bien plus que le costume trois-pièces ou la pince à vélo, c’est la
pratique de la torture qui permet de distinger à coup sûr l’homme de la
bête.
Il fallut attendre l’avènement du christianisme pour que la pratique de
la torture atteigne un degré de raffinement enfin digne de notre
civilisation. Aujourd’hui encore, quand on fait l’inventaire des
ustensiles de cuisine que les balaises du Jesus’fan Club n’hésitaient
pas à enfoncer sous les ongles des hérétiques, ce n’est pas sans une
légitime appréhension qu’on va chez sa manucure.
 
* u
 
Uropygienne
 
adj.f.
 
* v
 
Vélo
 
n.m., abrév. de vélocipède
Une erreur courante consite à penser que le vélo est le mari de la
bicyclette. C’est faux. C’est son amant.
 
* w
 
Whisky
 
n.m.
Le whisky est le cognac du con.
 
* x
 
Xiphophore
 
n.m.
Le xiphophore est un petit poisson de coloration variée, de six à dix
centimètres de long et originaire du Mexique.
Au moment de se reproduire, le xiphophore émet un crit strident :
Christiane ! pour appeler la xiphophorette qui accourt bientôt ventre à
flotte, la caudale en feu. S’ensuit alors une danse d’amour effrénée
dont le tendre spectacle ne peut que toucher le coeur de tout homme
capable de supporter un documentaire écologique marin sans balancer
ensuite une grenade offensive dans le lac d’Enghien.
 
* y
 
Ysopet
 
n.m.
Nom donné, au Moyen Âge, à des fables ou recueils de fables.
Avec cet effroyable cynisme d’emperruqué mondain qui le caractérise, La
Fontaine n’hésita pas à puiser largement dans les isopets des autres
pour les parodier grossièrement et les signer de son nom. Grâce à quoi,
de nos jours encore, ce cuistre indélicat passe encore pour un
authentique poète, voire pour un fin fin moraliste, alors qu’il ne fut
qu’un pilleur d’idées sans scrupule, doublé d’un courtisan lèche-cul
craquant des vertèbres et lumbagoté de partout à force de serviles
courbettes et honteux léchages d’escarpins dans les boudoirs
archiduchaux où sa veulerie plate lui assura le gîte, le couvert et la
baisouillette jusqu’à ce jour de 1695 où, sur un lit d’hopital, le rat,
la belette et le petit lapin lui broutèrent les nougats jusqu’à ce que
mort s’en suive, ce qui prouve qu’on a souvent besoin d’un plus petit
que soi. Essayez de vous brouter vous-même les nougats, vous verrez que
j’ai raison.
 
* z
 
Zeugna
 
n.m.
Procédé qui consiste à rattacher grammaticalement plusieurs noms à un
adjectif ou à un verbe qui, logiquement, ne se rapporte qu’à l’un des
noms.
Exemples de zeugma :
o En achevant ces mots, Damoclès tira de sa poitrine un soupir et de
sa redingote une enveloppe jaune et salie. André Gide.
o Prenant son courage à deux mains et sa Winchester dans l’autre,
John Kennedy se tira une balle dans la bouche. Richard Nixon, J’ai
tout vu, j’y étais
o Plus périlleux, le double zeugma : Après avoir sauté sa
belle-soeur et le repas du mini, le Petit Prince reprit enfin ses
esprits et une banane. Saint-Exupéry, Ça creuse
Une récente statistique nous apprend que plus de 95% des mineurs
lorrains ignorent totalement ce qu’est un zeugma !! Est-ce que cela les
empêche d’aller au charbon ? Mais introduisez maintenant l’un de ces
mêmes mineurs dans un salon mondain, et branchez la conversation sur le
zeugma : qui a l’air con ? C’est le merle des corons, avec ses gros
doigts noirs sur la flûte à champagne.
 

* Locutions Latines et Etrangères (Pages Roses)
 
o Alea jacta est : Ils sont bavards, à la gare de l’Est.
o Alea jacta ouest : À Montparnasse aussi.
o Fiat lux : Oh, la belle voiture
o Manu militari : Germaine s’est engagée dans les paras
o Mettez-moi donc un kilo de tomates, Mrs Carrington. Non. Pas de
celle-là. Ma femme dit qu’elle est farineuse. Extrait de Ma vie à
Londre en 1940 par Charles de Gaulle. Peut s’utiliser chez
n’importe quel détaillant en légumes. Penser à changer le nom de
la marchande.
o Motus Vivaldi : Ta gueule, Vivaldi. Chut (en vieux vénitien)
o Testis unus, testis nullus : On ne va pas loin avec une seule
couille.
o Veni, vidi, vici : Je suis venu nettoyer les cabinets. Titre de
l’hymne des travailleurs immigrés arrivant en France.
o Vis comica : On devrait enfermer les comiques.
 
* a
 
Afrique
 
Les Noirs ont le rithme dans la peau, la peau sur les os et les os dans
le nez.
Peu doué pour la planche à voile, le ski de fond, le marchandising et
la bourrée poitevine, le Noir moyen, à sa naissance, présente peu de
chances de devenir un jour président des États-Unis. Pour l’y aider
néanmoins, l’homme blanc, reprenant à son compte un vielle coutume
appelée esclavage, l’envoya gratuitement en Amérique où il fit
merveille dans les plantations de coton. Au début, les américains ne
virent dans l’homme noir qu’un grand enfant, mais, peu à peu, ils
durent se rendre à l’évidence : c’était également un excellement appât
pour la chasse à l’alligator.
Quand un Blanc dit qu’un Noir est un con, on dit que le Blanc est
raciste. Quand un Noir dit qu’un Blanc est con, on dit que le Blanc est
un con. Ce en quoi l’on a tort. On peut très bien être noir et con.
Sauf en Afrique du Sud où seuls les Blancs sont cons. A part Ted.
 
* b
 
Bastille (la)
 
Célèbre forteresse construite à Paris, à la porte Saint-Antoine, entre
1370 et 1382.
Le plus célèbre prisonnier de la Bastille fut évidemment Voltaire. Le
moins célèbre fut Jean-Paul Petit-Boudu : moi-même, je ne sais pas qui
c’est. C’est vous dire.
Voltaire connut bien les geôles de la bastille à une époque où, sauf
son respect, il avait encore des couilles au cul : par la suite, fort
nous est d’admettre qu’il se plia devant les puissants, et
singulièrement devant Frédéric II de Prusse, en périlleuses et
dégradantes courbettes d’une servilité qu’on ne rencontre guère, de nos
jours, que chez les producteurs de télévision vautrés au paillasson des
directeurs de chaînes.
 
Terminons en rappelant que la Bastille était quasiment vide lorsqu’une
brassée d’excités la prit vaillamment d’assaut un jour d’été 1789.
C’était la révolution des bourgeois.
Ils sont toujours au pouvoir.
 
* c
 
Cannes
 
Haut lieu du tourisme balnéaire international, célèbre pour sa
croisette bordée de palmiers et pleine de connes emperlousées traînant
des chihuahuas, Cannes brille surtout pour son festival annuel du
cinéma où les plus notables représentants de la sottise journalistique
parasitaire côtoient les plus éminentes incompétences artistiques
internationales.
 
* d
 
Douaumont
 
Sans Verdun, on n’aurait jamais abouti à l’armistice de 1918, grâce
auquel l’Allemagne humiliée a pu se retrouver dans Hitler. Hitler sans
lequel on n’aurait jamais eu l’idée, en 1945, de couper l’Europe en
deux de façon assez subtile pour que la Troisème soit désormais
inévitable.
 
* e
 
Éluard
 
(Chritian), dit Cricri
Fils caché de Paul.
Des écrits de Cricri, peu méritent d’être cités dans le présent
ouvrage. Nous leur préférerons cette admirable page de Paul Éluard. Ami
lecteur, si tu la connais, tu m’errêtes.
 
Sur le collier du chien que tu laisses au moins d’août
Sur la vulgarité de tes concours de pets
Sur les blousons kaki, sur les képis dorés
Sur la croix des cathos, le croâ des athées
Sur tous les bulletins et sur toutes les urnes
Où les crétins votants vont se faire entuber
Sur l’espoir en la gauche
Sur la gourmette en or de mon coiffeur
Sur l’asphalte encombré de tes cercueils à roulettes
Sur les flancs blancs d’acier des bombes à neutron
Que tu t’offres à prix d’or sur tes impôts forcés
Sur le mur de la honte et sur les barbelés
Sur les fronts dégarnis des commémorateurs
Pleurant au cimetière qu’il ont eux-mêmes empli.
Sur l’encéphalogramme éternellement plat
Des musclés, des Miss France et des publicitaires
Sur la Bible et sur Mein Kampf
Sur le Coran frénétique
Sur le missel des marxistes
Sur les choux-fleurs en trop balancés aux ordures
Quand les enfants d’Afrique écartelés de faim
Savent que tu t’empiffres à mourir éclaté
Sur le cahier d’écolier de mes enfants irradiés
J’écris ton nom
HOMME
 
* f
 
François
 
prénom masculin, signifiant littéralement: « mon Dieu, quel imbécile! »;
du celte fran (« mon Dieu ») et cois (« quel imbécile »!). En effet, tous
les gens qui s’appellent François sont des imbéciles, sauf François
Cavanna, l’écrivain, François Chetelt, le philosophe et François
Cusey,de chez Citroën, qui a honoré l’auteur de son amitié pendant leur
incarcération commune au dix-huitième régiment des Transmissions, à
Epinal. Tous les François sont des imbéciles. La preuve en est que,
lorsqu’ils croisent un imbécile, certains l’appellent François. Le plus
souvent, l’ambition, pour ne pas dire l’arrivisme, des François, est à
la mesure de leur imbécillité, bien que je n’arrive pas à me faire à
l’idée qu’il y ait deux « l » à l’imbécillité alors qu’imbécile, lui,
n’en prend qu’un. Dura lex, mais bon. Quand ils sentent le vent
tourner, grâce à leur instinct d’imbécile, les François n’hésitent pas
à s’engager dans la résistance en 43, 44, 45, voire, pour les plus
sots, 46. grâce à la longueur de leurs crocs, qui laissent des traces
sur les moquettes ministérielles où ils plient l’échine jusqu’à ramper
pour obtenir la moindre poussière de pouvoir, les François peuvent
espérer se hisser un jour sur le plus élevé des trônes, celui duquel,
dans l’ivresse euphorique des cîmes essentielles, l’imbécile oublie
enfin qu’il a posé son cul.Alors serein, benoît, chafouin, plus
cauteleux que son hermine et plus faux que Loyola, il entraîne
paisiblement le royaume à la ruine, en souriant comme un imbécile.
 
* g
 
Gaulle (Charles de)
 
En 1913, au bal, cette appendice nasal considérable fait forte
impression sur la jeune et belle Yvonne qui avait ouï-dire que plus un
homme avait le nez long, plus longue était son espérence de vie.
Le 16 juin 1940 il fait 27 degrés à l’ombre à Paris. De Gaulle gagne
l’Angleterre le 17.
Le 18 juin, d’un bureau climatisé de la BBC, il lance l’appel du même
nom, au terme duquel il demande aux français de résister à la chaleur
en allant batifoler dans les sous-bois jusqu’à ce que ça fraîchisse.
Le 6 juin 1944, enfin, le thermomètre n’affiche plus que 13 degrés à
six heures du matin. On peut faire du bateau au bord les plages
normandes sans riquer l’isolation. Ce jour-là, on verra même des
Américains (tous de grands enfants) se baigner tout habillés pour
aller pêcher le pruneau de mer.
Mets une laine, dit Yvonne de Gaulle à son mari, qui sort pour prendre
le pouvoir sous la pluie. Les vivats surexcités de milliers de cons
gelés, fébrilement accupé à retourner leur veste, l’accueuillent sur
les Champs-Élysées et renforcent en lui l’idée que les français sont
des veaux.
 
* h
 
Hélène
 
princesse grecque
Hélène était la fille de Léda et de Zeus. Ce dernier, dont la moralité
n’aurait pas résisté à une fouille à la frontière turque, eut recours
au plus odieux des stratagèmes pour séduire Léda.
Les Hélène qui sont nées sous le signe des gémeaux connaîtront un grand
amour avec moi, mais pas maintenant, il faut que j’attaque la page des
‘I’.
 
* i
 
Indre-et-Loire
 
* j
 
Jaurès (Jean)
 
Homme de gauche intelligent et honnête
Malgré sa grande propreté morale, il devient député du Tarn. En 1893,
il adhère au socialisme par conviction (authentique !), et organise
l’unité du Parti Socialiste.
Sinon, les enfant l’aiment bien, et il carresse les chiens, même quand
il n’y a pas de photographe de presse autour.
D’une constitution physique très robuste, Jean Jaurès, selon son
médecin, était bâti pour vivre cent cinquante ans. Mais Dieu, dans son
infinie sagesse, ne voulut pas que cet homme connût le déshonneur de
voir les néo-socialites au pouvoir en France dans les années 1980.
 
* k
 
Kafka (Franz)
 
Écrivain tchèque de langue allemande
Il avait le désir d’aimer mais ne savait pas. Souvent lui venait
l’envie de dire : Bonjour, homme mon frère, mon semblable, mets ta main
sur mon épaule, porte un peu mon chagrin, viens chanter dans ma vie.
Mais quelque chose l’en empêchait, et il disait : Bonjour, monsieur
Odradek,. Espérons qu’il ne va pas pleuvoir.
 
* l
 
Larminier (Pierre-Henri)
 
Homme de science et chercheur français célèbre pour avoir vaincu le
cancer.
Il prouva de façon formelle que le cancer est une maladie provoquée par
les cancerologues.
 
* m
 
Morituri (Léonidas)
 
En 2009, il révolutionnait le tourisme vénitien en créant les premières
gondoles à moteur six cylindre en V à boîte de vitesses; automatique,
et le 4 mars 2010, méritait le prix Nobel de physique en traversant le
grand canal de Venise en sept secondes huit dixièmes ; les gondoliers
pouvaient désormais transporter 11 234.7 amoureux à l’heure.
 
* n
 
Noël
 
Nom donné par les chrétien à l’ensemble des festivités commémoratives
de l’anniversaire de la naissance de Jésus-Christ, célèbre
illusionniste palestinien de la première année du premier siècle
pendant lui-même.
Ces festivités sont :
o Le dîner : généralement frugal ; rillettes, pâté, coup de rouge,
poulet froid, coup de rouge, coup de rouge.
o Le messe de minuit : c’est une messe comme les autres, sauf
qu’elle a lieu à vingt-deux heures, et que la nature
exceptionnellement joiale de l’événement fêté apporte à la
liturgie traditionnelle un je-ne-sais-quoi de guilleret qu’on ne
retrouve pas dans la messe des morts.
o Le réveillon : d’après les chiffres de l’UNICEF, l’équivalent en
riz complet de l’ensemble foie gras – pâté en croûte – bûche au
beurre englouti par chaque chrétien au cours du réveillon
permettrait de sauver de la faim pendant un an un enfant du Tiers
Monde sur le point de crever et le regard innomable de ses yeux
brûlants levé vers rien sans que Dieu s »en émeuve, occupé qu’Il
est à compter les siens éructant dnas la graisse de Noël.
o La remise des cadeaux
o Le déjeuner de réveillon : ô bûches de Noël, indècents mandrins
innervés de pistanche infamante et cloqués de multicolores
gluances hyperglycémiques, plus douillettement couchées dans la
crème que Jésus sur la paille, vous êtes le vrai symbole de Noël.
o La bise à la tante qui pique : après avoir vomi son déjeuner, le
chrétien reçoit la tante qui pique et la donne à sucer à ses
enfants.
 
* o
 
Océanie
 
Un des cinq continents, poliment méprisé par la plupart des quatre
autres.
L’Océanie produit du café, des épices, du quartz aurifère, du camphre
et de l’indigo qui donne son bleu soutenu à la moquette de la salle des
fêtes de l’Association sportive de Fontainebleau.
 
* p
 
Paris
 
Ville de France aux murs chargés d’histoire et au sol couvert de
crottes de chiens.
Paris est le siège du gouvernement de la France. Tous les cinq ou sept
ans, une bande d’incompétents cyniques de gauche succède à une bande
d’incompétents cyniques de droite, et le peuple éperdu d’espoir
s’écrie : On a gagné à tavers les rue de Paris , sans même s’apercevoir
qu’il continue de glisser dans la merde de la Bastille à la Nation.
Voyons maintenant la ville de Paris arrondissement par arrondissement :
o 2me arrondissement : la Bourse à ma gauche, les putes à ma droite,
c’est donc l’arrondissement de l’argent en gros et de l’amour en
stock.
o 4me arrondissement : le centre Pompidou a longtemps divisé les
parisiens en trois grandes catégories : ceux qui trouvaient ça
laid, ceux trouvaient ça beau, et ceux qui se demandaient s’il
fallait trouver ça laid ou beau pour avoir l’air dans le coup.
o 5me arrondissement : on en retiendra l’hôpital du Val-de-Grâce oû
les militaires ont le bon goût de souffrir un peu.
o 9me arrondissement : appelé ainsi en hommage à Blanche de Castille
qui s’y fit engrosser neuf fois par Henri le Mutin.
o 11me arrondissement : il est anti-monumental. Et ne me parlez pas
de l’église Saint-Ambroise. Quand je la croise, j’ai honte pour
Dieu.
o 17me arrondissement : La fesse gauche de mon professeur de philo
avait été mordue par un obus allemand, et le maître de chimie
avait la voix flûtée. Nous les appelions Demi-Lune et
Quart-de-Couille. La honte aujourd’hui encore m’empourpre.
o 20me arrondissement : on me dit que c’est un quartier populaire.
Il faudra que j’aille voir.
 
* q
 
Québec
 
Province du Canada située au nord-est des États-Unis, essentiellement
peuplée de Berrichons en Cadillac appelés Québécois. La langue
officielle est le français, qui est mâché par six milliers de
personnes.
La québécois est ospitalier, travailleur, rarement iroquois, souvent
chômeur. Il est extraordinairement ouvert et souriant. On a même déjà
vu des fonstionnaires québécois dire bonjour.
L’hiver, sa tête émerge à peine de deux mètres de neige. Il se bat
contre la glace à coups de pelle fracassants que sa stature bûcheronne
autorise à merveille. Détruire la glace est l’unique souci hivernal du
québécois.
Au beaux jours, il stocke [l’eau] bien vite dans des congélateurs
considerables et des distributeurs de glaçons que le visiteur étonné
découvre à tout bout de champ de maïs en la moindre gargote. Conserver
la glace est l’unique souci estival du québécois.
 
* r
 
Reiser (Jean-Marc)
 
Philosophe français né d’un péché de la chair et mort d’un cancer des
os (1941 – 1983)
 
* s
 
Saint-Gilles-Croix-de-Vie
 
Station de bains et port de pêche vendéen.
De mi-juillet à la la fin août, l’ouvier parisien, debout dans son
caleçon coloré, les mains sur les hanches et tourné vers le large, se
demande ce qu’il fait là.
Au midi surchauffé, des connes définitives brûlent au second degrè avec
un soin extrême, se craquèlent et se cloque sans frémir d’un orgueil,
dans l’espoir fou de se donner au cuir le couleur brun luisant des
cacas bien portants.
 
* t
 
Tintoret
 
On ressent assez vite, à la contemplation d’une toile du Tintoret, un
léger ennui qu’on ne retrouve pas à la lecture de Fluide glacial, où
Edika dessine très bien les bites.
 
* u
 
Unesco
 
La maison de l’Unesco, à Paris, est l’oeuvre des architectes Zehrfuss,
Nervi et Breuer, qui feraient mieux de se cacher.
 
* v
 
Vivaldi
 
* w
 
Warszawa (fr. Varsovie)
 
Ville polonaise où les arbres ont le droit de pousser la nuit.
 
* x
 
Xaintrailles (Pierre-Henri de)
 
Zoologue français
Avant de mourir, le 6 mars 1980, broyé sous un cageot d’asperges, alors
qu’il étudiait le rat des villes à la loupe devant chez Faucon,
Xaintrailles dit : Aaaah.
 
* y
 
Yang-Tseu-Kiang
 
Le plus long fleuve de Chine, appelé aussi fleuve bleu bien qu »il tire
sur le rouge (1).
 
(1) En chine, il est interdit de tirer sur quelque rouge que ce soit.
 
* z
 
Zamenhof (Lejzer Ludwik)
 
Médecin et linguiste polonais, né à Bialystok (1859-1917). On lui
doit l’invention de l’espérando.
Tout le monde s’en fout et c’est dommage. Quand on sait qu’à la base de
tous les conflits, de toutes les haines, de toutes les guerres de tous
les racismes, il y a la peur de l’Autre, c’est-à-dire de celui qui ne
s’habille pas comme moi, qui ne chante pas comme moi, qui ne danse pas
comme moi, qui ne prie pas comme moi, qui ne parle pas comme moi ;
quand on sait sait chose, dis-je, on est en droit de se demander si,
l’usage d’une langue universelle ne saurait pas nous aider à résoudre
nos litiges et à tolérer nos différences avant l’heure du fusil qu’on
décroche et du clairon qui pouète. Enfin. Bon. Utopie.
* Le monégasques
 
La principauté de Monaco est administrée par un tyranneau bouffi dont
la femme se faisait sucer la langue par Cary Grant dans les films
d’Hitchcock avant que son père, parvenu dans les cimenteries
américaines, ne l’oblige à épouser le magestueux, rondouillard
susnommé.
Les monégasques ont-ils âmes ?
Pour le savoir, ouvrons un monégasque, grâce à la vivisection dont nous
déonseillons vivement la pratique sur les chiens car c’est fort
douloureux. Que voyons-nous ? Entre la médaille de la Sainte Vierge et
les poils du pubis, le monégasque ouvert sent la merde chaude : c’est
l’intestin. Mais d’âme, point.

Benoît Poelvoorde

 Benoît Poelvoorde. © Jérôme Bonnet pour  Télérama

Il y a toujours une bonne raison de regarder Benoît Poelvoorde : un personnage de plus, une nouvelle corde à son arc d’acteur comique capable d’émotion, de vérité, de liberté, de bêtise utile et d’intelligence en prime. Aura-t-on jamais fait le tour d’un tel phénomène ? Car si l’artiste étonne, l’homme est plein de surprises aussi, pas toujours là où on l’attend, frondeur mais aussi sensible, honnête et foncièrement attachant.

  Le système Poelvoorde : un flow ininterrompu de dingueries, un sens du détail qui fait mouche, un cynisme effronté, une émotion sincère, le tout servi par une insatiable vitalité dédiée au rire. ça tombe bien ce dernier se faisait rare. Authentique et spontané, brillant et illuminé, on n’est pas prêt de voir le mythe s’essouffler. Partout où il promène son improbable faciès, le sourire suit. Un clown écorché, dont il convient de se demander s’il n’est pas perpétuellement sérieux.

Extrait : « A une autre époque, on m’aurait sans doute catalogué dans les anarchistes de droite. En qui je me reconnais assez, je dois dire. » Telerama

 

Quand vous étiez jeune, vous n’avez jamais été tenté par l’idée d’une révolution, par l’anarchie ?
L’anarchie, peut-être, mais pas de façon militante. Le non-travail, c’est ça qui m’intéressait. C’est d’ailleurs la seule chose que je pourrais vraiment défendre comme ce personnage de punk : le fait de ne rien foutre. C’est facile de dire ça quand on a un métier comme le mien, je me garderai donc de faire un discours ! Mais être acteur, c’est aussi une manière de ne rien foutre.

 <p>Avec Albert Dupontel, dans <em>Le Grand Soir,</em> de Gustave Kervern et Benoît Delépine. © DR</p> <p>

Dans votre jeunesse, comment s’exprimait cette envie de ne rien faire ?
Avec mes potes, on faisait des compétitions de sommeil. On avait même vu un film grec où des gens se laissaient mourir à force de dormir. Ce n’était pas comme Alexandre le bienheureux, qui veut rester bienheureux. Eux, ils ne faisaient plus rien et ils finissaient par en crever. Je n’arrive pas à retrouver le titre de ce film, j’en ai parlé avec des Grecs mais ils n’ont pas su me dire ce que c’était. Dans ma jeunesse, c’était l’absence de combat qui rendait la situation intéressante. Et puis il y avait le refus de l’autorité. Ça, je l’ai gardé. A une autre époque, on m’aurait sans doute catalogué dans les anarchistes de droite. En qui je me reconnais assez, je dois dire.

Vous avez dit un jour que la Belgique avait le cœur à gauche. Pas comme vous, donc ?
J’avais dit ça pour souligner une sorte d’automatisme politique qui fait que, sans se poser de questions, les gens considèrent que toutes les valeurs généreuses sont à gauche. Moi, je ne vote pas, donc ça m’est égal. Mais je ne trouvais simplement pas logique de considérer que la gauche avait le monopole du cœur.

Vous suivez l’actualité politique ?
Pas tellement l’actualité belge car c’est trop compliqué, mais l’actualité française, oui ! Parce que chez vous, c’est bien fait, c’est de la politique-spectacle, on peut suivre ça comme un film. Et dès que quelqu’un dit quelque chose, la phrase sort partout et tout est remis en question. Ça rebondit sans cesse, c’est très amusant. En Belgique, les hommes politiques ont moins de charisme et sont plus difficiles à décrypter. On n’a pas une vraie culture politique, et maintenant c’est devenu impossible de s’y retrouver avec tous les noms des partis flamands…

Cette complexité est même perceptible de l’extérieur !
Elle est perceptible parce que tout est devenu très simple à force d’être compliqué : on n’a plus de gouvernement. Ça, c’est facile à comprendre. Aujourd’hui, si on ne simplifie pas le propos, on n’intéresse personne. Alors là, on a pu intéresser du monde. Mais la complexité qu’il y a dans tout ça, personne n’est capable de se la farcir, surtout pas moi.

Oublions l’engagement politique. Avez-vous d’autres perspectives ?
Je cherche… J’en suis déjà arrivé à me dire que le cinéma n’est pas toute ma vie. Après, il faut creuser, et aussi garder à l’esprit que je ne veux quand même pas trop me fatiguer. En ce moment, j’essaie de monter un truc avec des amis… un festival littéraire… Car je suis de plus en plus passionné par la littérature. Davantage que par le cinéma, même si je n’y boude pas mon plaisir. Aller à Cannes m’excite moins que d’aller dans une librairie écouter un écrivain. Je trouve plus de réponses dans les livres. Mais c’est normal, c’est de mon âge. J’aime les auteurs éclairés, contradictoires, qui peuvent vous faire partager une vision.

Des noms ?
Surtout pas dans Télérama ! Je ne veux pas qu’on dise que je me la pète parce que j’aligne quatre noms d’écrivains ! Je suis très éclectique, je lis tout, bon ou mauvais.

Vous avez mené votre carrière sans sembler vous préoccuper de votre image.
Je ne veux pas citer de noms, mais il y a des acteurs qui commencent à jouer en rentrant le bide et en redressant le dos, simplement parce qu’ils ont la trouille de ce que ça va donner à l’image ! Et maintenant on a des générations d’actrices anorexiques qui ont toutes une haleine de poney parce qu’elles ne bouffent plus rien. Heureusement que le cinéma n’est pas en odorama ! J’ai toujours refusé de me laisser parasiter par des soucis d’image, je ne me regarde jamais, je ne garde pas de photos de moi. J’ai même demandé à être maquillé devant un miroir recouvert d’une serviette. Je veux me dégager de mon enveloppe personnelle.

En vingt ans de carrière, si vous avez changé de classe sociale, avez-vous trahi vos origines populaires ?
Non ! Je suis resté un plouc. Les acteurs sont des parvenus. Ils veulent singer les riches. Comme dans les romans de Scott Fitzgerald. Mais vous aurez beau avoir la même voiture qu’un riche, vivre dans les mêmes hôtels, sortir avec les mêmes femmes, vous êtes un plouc et vous resterez un plouc. Les riches sont les riches et resteront les riches. C’est la grande souffrance de Fitzgerald. J’aurais pu écrireTendre est la nuit. Mais j’ai une chance inouïe, c’est que je continue à faire la fête avec mon garagiste et c’est comme ça que je m’amuse le plus.

suite; http://www.telerama.fr/cinema/benoit-poelvoorde-je-suis-reste-un-plouc,82547.php

 

Benoît Poelvoorde, fils cadet d’un père routier (décédé alors qu’il avait 12 ans) et d’une mère épicière, fait ses études chez les Jésuites à l’internat de Godinne en Belgique, puis, à 17 ans et demi, quitte le domicile familial pour suivre des cours d’arts appliqués.Il ne dissimule pas sa personnalité un peu fêlée, où l’on entrevoit encore le petit garçon placé en internat après la mort de son père, chauffeur routier. L’internat n’est pas un bagne. Mais celui-ci avait la particularité d’être situé seulement à quelques centaines de mètres de l’épicerie familiale. Même quartier, même son familier des cloches de l’église voisine. Une forme d’apprentissage douloureux de l’absurdité de la séparation.

Poelvoorde se passionne pour le théâtre et se fait remarquer grâce à ses interprétations atypiques. Destiné à une carrière de dessinateur, il pratique également une seconde activité : la photographie. Durant ses études de graphisme à l’École de recherche graphique de Bruxelles, il se lie également d’amitié avec André Bonzel et, avec Rémy Belvaux, ils réalisent Pas de C4 pour Daniel Daniel.

Quatre ans plus tard, en 1992, le trio récidive, avec un coup de maître, en réalisant le long métrage : C’est arrivé près de chez vous. Inspiré de la célèbre émission belge Strip-Tease, mélangeant cynisme, humour et drame et réalisé avec relativement peu de moyens, ce film obtient rapidement un succès retentissant, qui le propulse au rang de film culte. Cette même année, Poelvoorde rencontre sa future épouse, Coralie, alors assistante à la Semaine de la Critique auFestival de Cannes.

Poelvoorde passe ensuite au café-théâtre, en jouant Modèle déposé de Bruno Belvaux, le frère de Rémy Belvaux, puis se met au service du petit écran avec deux projets humoristiques : Jamais au grand jamais (série de sketches diffusés en 1996)

et les célèbres Carnets de Monsieur Manatane, diffusés sur Canal+.

Poelvoorde enchaîne une série de films à partir de 1997 et rencontre le succès auprès d’un large public, grâce notamment à ses interprétations dans Les RandonneursLe Boulet et Podium. En 2001, avec Philippe Harel, il joue dans un film sur ce qui deviendra l’une de ses passions, le cyclisme, avec Le Vélo de Ghislain Lambert. En 2002, Benoît Poelvoorde se voit attribuer le prix Jean-Gabin, récompensant les meilleurs acteurs en devenir. En 2008, sa performance dans le film Astérix aux Jeux olympiques est saluée aussi bien par la critique que par le public.

Benoît Poelvoorde est également un ami de l’acteur Jean-Claude Van Damme, avec qui il a pu jouer dans Narco.

Lors de ses interventions médiatiques, Benoît Poelvoorde ne cache pas son décalage avec cet univers des médias. Il compte d’ailleurs focaliser les promotions de ses films sur le Web, qu’il juge plus interactif que la télévision, trop formatée, « extrêmement ringarde et répétitive ».

Poelvoorde dit s’apparenter volontiers à Michel Simon et à Raimu, des comiques qui alliaient humour et gravité : « La gravité n’est pas exempte de rire et le rire n’est pas exempt de gravité ».

L’acteur a souffert de dépression et a été hospitalisé brièvement à sa demande dans l’unité psychiatrique de l’hôpital de Namur du 17 au 19 novembre 2008. Il a repris immédiatement après le tournage de Coco avant Chanel d’Anne Fontaine.

  • « La littérature est un grand mot, souvent utilisé avec emphase ; alors que c’est avant tout un rendez-vous qui nourrit chacun de nous. »

    • « Je viens de recevoir le cerveau de mon ami Francois Valery, le chanteur, rien à voir avec le poète, et bien, il me l’a laissé en dépot parce qu’il n’en a pas l’usage…  »

      •  Seule une femme peut vous consoler d’être moche. »

  • « Lorsque le couperet de la justice se met en travers de son chemin, l’homme du monde se doit de changer de trottoir. »

« Un homme du monde qui veut ses amis conserver, doit accepter d’à quelques règles se plier pour ses connaissances inviter…  »

« Je me sens chrétien parce que c’est mon éducation, et je ne crois pas qu’on puisse renier les choses qui vous ont fondé. J’ai été élevé par une mère très croyante et par des curés qui ne m’ont pas battu ni traumatisé, contrairement à tous les clichés à la mode, qui m’énervent assez. J’ai la foi, et je crois que Dieu est amour. « Aimez-vous les uns les autres », c’est la phrase la plus culottée du monde, parce que si on se regarde, on n’est pas programmé pour s’aimer. »

 

Peut-être aussi par besoin : la dépression n’était-elle pas votre seule porte de sortie possible ?

Non, parce que… [longue pause]. Oui, peut-être par besoin. Par instinct de survie.

Comment choisissez-vous vos films ?

Pour le plaisir. Je n’ai plus besoin de travailler. J’ai assez d’argent, une vie modeste et des exigences de pauvre. Pour L’Autre Dumas, je voulais tourner à nouveau avec Gérard Depardieu (lire la rencontre croisée Depardieu/Poelvoorde). Plus exactement, lui donner la réplique. Et vivre à ses côtés. Ce que j’aime le plus pendant un tournage, ce sont les moments entre les prises. On devrait taxer les acteurs sur ces moments de bonheur-là.

Vous allez encore alimenter l’idée selon laquelle les acteurs sont payés à ne rien faire…

Je persiste et je signe : les acteurs ne foutent rien. Les génies sont paresseux, les crâneurs sont fainéants. Je n’accepte pas d’un comédien qu’il me dise qu’il en a bavé. Jamais. Et ce n’est pas de la démagogie. C’est quoi ces conneries du personnage qui sort de toi ou qui entre en toi ? ! On a l’impression que ces acteurs-là ont honte de venir avec leur bite et leur couteau. Il faut un coach pour apprendre à fumer une clope ? ! Je ne dis pas que tout le monde peut faire ce métier, je dis qu’il y a de la mauvaise conscience. C’est le syndrome de l’imposture. Comme François Cluzet, je revendique la désinvolture. Que l’on soit clair : je parle des acteurs de cinéma, pas de théâtre. Comédien de théâtre, c’est un vrai métier. Je sais ce que c’est. J’ai fait du one-man-show il y a une quinzaine d’années. Et je ne le ferai plus. J’ai un grand respect pour eux. Ayons l’honnêteté de dire que nous faisons un métier de fainéant et qu’on sera punis.

 

Votre dépression n’a-t-elle pas déjà été une punition ?

Non, elle m’a amené à me rendre compte que j’étais plus con que je ne l’imaginais. Donc, je serai puni et j’irai en enfer. Mais, ce ne sera pas forcément une punition, en fait. J’y retrouverai tous les gens que je connais, et il y aura de très jolies filles. Alors qu’au paradis, il y a soeur Sourire !

Mais vous n’êtes pas croyant !

J’ai été élevé ainsi. Ma mère, elle, a la foi absolue. Un jour, elle m’a dit : « Tu sais quel est ton problème ? Tu ne crois en rien. » Je ne m’attendais pas à ça de la part de ma mère, parce qu’elle ne dit jamais rien contre moi. C’était vrai. Et j’ai pleuré. Mais, du coup, je m’attends à toutes les trahisons. Je ne crois pas en moi. Je crois en mon chien. Le matin, il est toujours content de me voir. Quand j’étais mal, ce chien m’a sauvé la vie. Vraiment. J’ai encore deux films à faire et après je monte une crèche avec des animaux.

 

Jean Yanne

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« Ni dieu, ni maître, ni nageur »… Enfant des banlieues ouvrières, Jean Yanne traitait avec un égal mépris les bourgeois arrogants et les révolutionnaires en chambre. Au cinéma, à la télévision, à la radio, au cabaret, en chanson et même en bande dessinée, ce touche-à-tout génial traquait sans répit les ridicules de son temps.

Chansons, sketches, revues, plus tard feuilletons radiophoniques ou BD, tout lui est bon pourvu que ça fuse, rapide et dru, dans un désordre d’à peu près et d’à propos, de calembours faciles et de coups de patte ravageurs.  Quoiqu’il touche, il finit toujours par brouiller à mort les ondes, avec sa façon incontrôlable d’improviser en usant de mots grossiers, de foncer dans le lard de tous, des trop bien assis aux soumis, conservateurs et révolutionnaires, traditions et modernité, ordre établi et grands cris libertaires.

Sans autre boussole que sa haine du con, il incarnait des types bourrus au coeur d’or comme les crapules les plus ignobles, jouant aussi bien chez Chabrol, Godard et Pialat que dans des comédies populaires ou des téléfilms à succès. Indomptable, Jean Yanne fut assez vigoureusement vilipendé. On le traita d’anarchiste, de démagogue ou d’affreux réac. Grand bien lui fasse, peut-être se contentait-il sous le masque de l’éternel second degré d’être trop lucide pour prendre l’univers autrement que tel qu’il devrait nous apparaitre: absurde et infini…

D’une famille d’origine bretonne, son père est lithographe, puis ébéniste et sa mère couturière chez de grands-couturiers. Ancien élève du lycée Chaptal, il avait commencé des études de journalisme qu’il abandonna pour écrire des sketches de cabaret. Ses condisciples du Centre de formation des journalistes (CFJ) de Paris se souviennent de ses talents d’amuseur et de provocateur, avec lesquels il mettait en révolution cet établissement.

Il commence une carrière de journaliste au Dauphiné libéré, puis d’animateur à la radio au début des années 1960. Il se lance également dans la chanson, comme compositeur et chansonnier, dans des émissions comiques avec Jacques Martin, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, notamment un disque de rock sous le nom de Johnny RockFeller et ses RockChild, avec des titres comme J’aime pas le rock, Le rock coco, Saint Rock, en 1961 ; également des parodies .

Avec Jacques Martin, il apparaît dans une émission de télévision, 1 = 3, très caustique pour son temps, qui est arrêtée après trois numéros. Mais, passant à 20h30 sur l’unique chaîne de l’époque, les deux compères sont immédiatement connus de la France entière.

Sa carrière prend le tournant du cinéma en 1964 dans La Vie à l’envers d’Alain Jessua. Il tournera dans des dizaines de films, en multipliant les seconds et premiers rôles. Il incarnait, avec une gouaille très parisienne et un humour grinçant, une figure de Français moyen, râleur, vachard, égoïste et roublard, mais avec un grand cœur.

Une confusion du public entre l’acteur et les rôles que celui-ci incarnait ne servit pas son image, au début. Sa manière de plaisanter, agressive, débraillée, versant du vitriol sur des plaies ouvertes, tenant la compassion pour obscénité, choquait un peu la France de l’époque. Bref, il fut viré de la radio, ce qui ne manquera pas de l’inspirer.

En 1967, il joue dans Week-End de Jean-Luc Godard,

puis se révèle véritablement en 1969 dans Que la bête meure de Claude Chabrol, où il incarne un homme intelligent, mais d’une absence de sensibilité qui le rend brutal.

Il enchaîne avec Le Boucher de Claude Chabrol, où il se retrouve en inquiétant commerçant, amoureux et assassin.

Avec Maurice Pialat, en 1971, il tourne Nous ne vieillirons pas ensemble, où il incarne à nouveau son personnage d’insensible, et pour lequel il obtient le prix d’interprétation au festival de Cannes, récompense qu’il n’ira pas chercher.

Voulant changer de registre et plutôt se tourner vers la comédie et l’humour satirique, raffermit très sensiblement sa veine anarchiste. Jean tourne ses premiers films à partir de 1972, dans lesquels il veut donner toute sa mesure à son esprit caustique, anticonformiste, parodique et parfois à la limite du délire.

Avec son compagnon d’écriture Gérard Sire, il brocarde la radio, qu’il connaît bien, dans le film Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil en 1972.Yanne tire à gros boulets sur l’Eglise, les médias, la mode, le conformisme, les pouvoirs politiques et économiques. Derrière l’utilisation des références religieuses, le cynisme et l’inhumanité de l’esprit d’entreprise sont dans la ligne de mire

la politique avec Moi y’en a vouloir des sous en 1973. jean Yannes’en prend ici au capitalisme en général. Il en montre les avantages, mais surtout les limites, nous amenant à penser que capitalisme et social sont totalement incompatibles. D’où la phrase de ce patron surpuissant interprété par Jean Yanne, « alors même quand je veux faire du social, même quand je veux faire un cadeau aux ouvriers, je gagne de l’argent ? ». Quel que soit le bord politique, la quête de profit reste toujours le principal objectif. Les syndicalistes ne sont pas épargnés, tant pour l’absurdité de leur comportement (plutôt ruiner une entreprise que laisser croire qu’un patron peut être bon) que pour leur double jeu et leur complicité avec le grand capital

Les Chinois à Paris en 1974. Souvenirs de l’Occupation (1940-1944) (et la Libération) à Paris. Né en 1933, Jean Yanne devait en conserver un souvenir vivace… Le film évoque pêle-mêle les pénuries alimentaires, la délation, la collaboration, le marché noir, la rafle du Vel d’Hiv, le pillage économique (la confiscation des automobiles), les résistants (surtout ceux de la vingt-cinquième heure), les femmes tondues, l’épuration (organisée par d’anciens collabos), l’exil de derniers pétainistes à Sigmaringen. La crainte des Chinois et de leur nombre (le « péril jaune »). Le marxisme-léninisme et le maoïsme. La nullité et la démission des élites.

le monde du spectacle avec Chobizenesse en 1975, Le film le plus noir, le plus caustique, le plus violent de Jean Yanne. Bien entendu, il n’eut aucun succès : le public s’attendait à un film comique.

et celui de la télévision avec Je te tiens, tu me tiens par la barbichette en 1978.

L’imprécateur », film étrange, prescient, passionnant et… introuvable. Les employés d’une multinationale se déchirent dans une Tour Montparnasse en voie de s’effondrer. Jean Yanne, Piccoli, Marielle et Michael Lonsdale partent en vrille. Intelligent. redécouvrir d’urgence.

Les Chinois à Paris et plus encore Chobizenesse lui attirent l’attention des producteurs américains en raison des sujets traités, moins franco-français que dans les deux films précédents, notamment le recours aux danses et ballets2.

Il réalise ensuite une parodie de péplum, Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (1982), avec Coluche et Michel Serrault, qui remporte un gros succès public,

puis, de nouveau, une charge contre le monde politique avec Liberté, égalité, choucroute. Jean Yanne réécrit l’histoire et c’est irrésistible! Entre satire de la vie politique française et tentative d’essai historique, il multiplie les références qui nous ridiculisent tous. Gauche, droite, communistes, la lâcheté des uns fait l’illégitimité des autres

Jean Yanne oscillait entre deux faces d’un même personnage :

  • l’une, se plaisant à jouer ce que Cabu a nommé un « beauf ». Il s’en donnait tellement bien l’allure que beaucoup l’assimilaient aux personnages qu’il incarnait, et pensaient que ses rôles n’étaient pas de composition. Lui-même se délectait sans doute de cette ambiguïté en pensant, comme l’avait énoncé Courteline, que « passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet ». Film typique : Que la bête meure.
  • l’autre, nettement plus positive, d’homme gardant les pieds sur terre quand tout le monde semble fou autour de lui, et ne se faisant guère d’illusion sur la condition humaine qu’il considère avec un détachement amusé. Films typiques : Tout le monde il est beau…, Êtes-vous fiancée à un marin grec…, L’Imprécateur, La Raison d’État ou Les Chinois à Paris (ce personnage était déjà en germe dans La Vie à l’envers). Dans ce style, Jean Yanne incarne tout à fait le Français moyen qui conserve son esprit critique, se moque bien de l’autorité, et à qui « on ne la fait pas », pour le délice de son public.

Il s’expatrie, en 1979, pour raisons financières, à Los Angeles (Californie), mais revient régulièrement en France, pour se ressourcer dans sa propriété de Morsains, petit village d’une centaine d’habitants en Champagne, entre Montmirail et Esternay ; pour apparaître dans des émissions de radio, comme sa chronique matinale sur RTL et aussi pour tourner au cinéma et à la télévision, la plupart de ses derniers rôles ressemblant à ceux de ses débuts, mettant en scène des personnages râleurs et individualistes, mais au grand cœur.

Il fut également l’un des plus brillants sociétaires des Grosses Têtes, l’émission de Philippe Bouvard sur la station de radio française RTL, aux côtés de ses amis Jacques Martin et Olivier de Kersauson, se livrant à d’hilarants numéros d’improvisation. Il rejoint l’émission de Laurent Ruquier « On va s’gêner » sur Europe 1 en 2000.

Côté audiovisuel, il est également le créateur, avec Jacques Antoine, de Je compte sur toi !, jeu diffusé sur La Cinq. Présenté par Olivier Lejeune, le programme a créé une polémique, à l’époque de sa diffusion car, lors de l’épreuve finale, les candidats devaient compter des centaines de véritables billets de banque pendant qu’ils étaient déstabilisés par de nombreux éléments perturbateurs. Si le compte des billets était bon, la somme était gagnée. Cet étalage d’argent en choqua beaucoup, qui considéraient cela comme vulgaire et choquant. Pourtant, cette émission ne faisait que parodier les codes existants des jeux télés (femmes-objets sur le plateau, étalage de cadeaux de luxe pour appâter le candidat…).

Une extraordinaire créativité dans critique de la modernité, et à ses travers. Dénonçant médias, élites et manipulations, longtemps considéré comme un simple amuseur, Jean Yanne prend, avec le temps, la dimension d’un authentique critique des ridicules de son époque. En s’attaquant, comme ses comparses, aux dérives et aux absurdité du système, Jean Yanne mérite sa place au firmament des anar de droite !

Jean Yanne est également l’auteur du célèbre slogan Il est interdit d’interdire, qu’il prononça par dérision, lors d’une de ses émissions radiophoniques du dimanche au printemps 1968, et qu’il fut tout surpris d’entendre repris ensuite « au premier degré ».

La bêtise humaine

« Si le gouvernement créait un impôt sur la connerie, il serait tout de suite autosuffisant ».

« Ce n’est pas possible ! Pour être aussi con, tu as appris ».

« Le jour où le flagrant délit de connerie sera passible des tribunaux, il y a pas mal de juges qui n’auront pas à quitter la salle ».

« Le monde est peuplé d’imbéciles qui se battent contre des demeurés pour sauvegarder une société absurde ».

La solitude

« Vivre seul, c’est prendre plaisir à manger du céleri rémoulade dans son papier d’emballage ».

« Le plus beau compliment que je puisse faire à une femme est de lui dire : je suis aussi bien avec toi que si j’étais tout seul ».

« J’adore les chaises longues parce qu’il n’y a pas de place pour deux ».

« Ce n’est pas que je n’aime pas les autres, c’est que je n’en ai pas besoin ».

« J’ai déjà essayé de payer mes impôts avec le sourire. Ils préfèrent un chèque ».

« Le trésor public fait de plus en plus de retenues à la source. J’attends l’étape suivante, quand le percepteur viendra demander du fric directement aux mecs qui vont bosser le matin. On paie, sinon on ne peut pas aller travailler ».

« Le Nobel, j’aurais bien aimé l’avoir… pour l’argent ».

« L’idéal, ce serait de pouvoir déduire ses impôts de ses impôts ».

« Cette manière d’élever le journalisme à la hauteur d’un spectacle permet à ses promoteurs de laisser croire qu’ils ont du talent ».

« A mon avis, si les critiques littéraires ne lisent pas les livres, c’est tout simplement par peur d’être influencé dans leur a priori ».

« Comment voulez-vous que les hommes politiques n’aient qu’une parole, étant donné le nombre de médias ! »

« J’ai déjà eu de mauvaises petites coupures de presse mais jamais de grosses blessures d’amour-propre ».

« Les hommes naissent libres et égaux en droit. Après ils se démerdent ! »

« L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, c’est une connerie. Prenez les éboueurs… »

« Ça serait bien plus facile de faire du syndicalisme s’il n’y avait pas de travailleurs ».

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Bernard Lugan

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« Ma philosophie est celle de Lyautey qui disait : La République, c’est comme la syphilis : quand on l’a attrapée, soit on se fait sauter le caisson, soit on essaie de vivre avec. J’essaie donc de vivre avec la société qui m’entoure en prenant garde à ne pas me faire happer par ses travers. Et je regarde couler le Titanic depuis le bar des premières classes en dégustant un vieux porto… »

Ancien président du service d’ordre de l’Action Française, Bernard Lugan détonne dans le milieu universitaire français. Africaniste, ethnologue et historien, ce chevalier sorti d’un autre temps,  ne se pare pas de faux semblants. Fustigeant toute velléité de repentance, ferraillant gaiement contre les idées reçues et le panurgisme galopant. L’anarchisme de Lugan, tendance mousquetaire, a la brillante audace de briser d’indicibles tabous ou mythes.

Bernard Lugan est né le 10 mai 1946 à Meknès (Maroc). Fils d’un officier de marine installé au Maroc après la Seconde Guerre Mondiale, Bernard Lugan effectue sa scolarité chez les Oratoriens à Meknès. Il quitte le Maroc en 1959 pour Paris où son père a ouvert un cabinet d’avocat. Il poursuit ses études secondaires au lycée Claude Bernard puis au lycée de St-Cloud avant d’entamer des études de droit à Assas et de s’orienter vers des études d’histoire à Paris X-Nanterre . En 1968, il est membre de l’Action Française, chargé des « commissaires d’AF », service d’ordre qui menait des opérations contre les groupes-commando d’extrême Gauche.

Parcours Universitaire

En 1969, Bernard Lugan est licencié d’histoire et de géographie à Paris X- Nanterre. Après avoir soutenu un mémoire de maîtrise sur l’histoire militaire coloniale sous la direction de Frédéric Mauro, il entame une thèse sur le soldat colonial au 18e siècle sous la direction d’André Corvisier, thèse qu’il abandonne deux ans plus tard pour partir comme coopérant au Rwanda.

Il met un terme à ses activités politiques à la fin de l’année 1970. En 1971, sous la direction du professeur Frédéric Mauro, il soutient une maîtrise dont le titre est « La présence militaire française dans la vallée du Mississippi et dans le Centre-Ouest américain de 1699 à 1760 ». Éditée en 1994 sous une forme augmentée sous le titre Histoire de la Louisiane française (1682-1804). Perrin, voir la bibliographie.

De 1972 à 1982, il est coopérant au Rwanda, assistant d’histoire et de géographie à l’Université Nationale puis à celle de Butare dans l’équipe de Pierre Sirven et enfin à celle de Ruhengeri. En 1976, il obtient son doctorat de troisième cycle avec une thèse intitulée L’Économie d’échange au Rwanda de 1850 à 1914. En 1977, le CNU ( Conseil National des universités) l’inscrit sur la Lafma (Liste d’aptitude à la fonction de maître-assistant).

En 1982, il est recruté à l’Université Jean Moulin-Lyon III, et passe l’année suivante sa thèse d’État Entre les servitudes de la houe et les sortilèges de la vache : le monde rural dans l’ancien Rwanda, sous la direction de Jean-Louis Miège (voir plus bas l’évaluation de sa thèse). Il y enseignera son histoire de l’Afrique jusqu’en 2009 avant de partir, lassé d’esquiver les attaques répétées des « officines de police » d’une université passée entre les mains d’un « bas-clergé » qu’il abhorre. Vous l’aurez compris, la singularité du bonhomme tient pour beaucoup à cette répartie délicieusement agressive et qui n’est pas sans rappeler les envolées les plus tranchantes de la veille droite monarchiste.

En , il est maître-assistant à Lyon 3 (promu maître de conférences de 1re classe en 1990). Il entre au CNU deux années plus tard.

En 1986, Bernard Lugan publie son premier ouvrage, consacré à l’Afrique du Sud. La revue L’Histoire lui aurait ouvert ses colonnes pour un débat contradictoire avec deux autres spécialistes de l’Afrique du Sud ayant publié récemment un ouvrage sur ce pays.

En1990, dans le quotidien Présent, il publie un Manifeste pour les libertés universitaires après que Bernard Notin a publié un article révisionniste:

« À Lyon, l’une des Universités a été sommée de se prononcer sur les thèses exprimées par l’un des siens dans une revue connue et de bonne tenue scientifique. […] Injonctions et pressions ont contraint le Président de l’Université à saisir la commission disciplinaire, dont la compétence est en l’occurrence douteuse. Nous appelons nos collègues […] à défendre les libertés universitaires contre l’insupportable police de la pensée. »

Le 10 octobre 1997, le Conseil d’Etat condamne l’État à verser à Bernard Lugan 10 000 francs de dommages et intérêts, et annule le recrutement de professeur d’histoire pour lequel sa candidature avait été indûment exclue (arrêt du Conseil d’État n°170341, rapporteur Valérie Pécresse).

En mars 2001, Bernard Lugan est promu « maître de conférences hors classe » sur le contingent de l’Université. « La décision provoque la colère des associations et même […] une pétition signée par plus de cinquante africanistes français dont certains sont assez connus«  (Rapport Rousso). Ils affirment dans la pétition :

« Nous nous élevons avec vigueur contre cette distinction qui est susceptible de jeter le discrédit sur l’ensemble des études africanistes en France. En effet, qu’il s’agisse de l’Afrique du Sud, du Maroc ou de l’Afrique des Grands Lacs, les travaux de Bernard Lugan ne sont pas considérés comme scientifiques par la plus grande partie de la communauté universitaire. En revanche, à travers des articles élogieux et des interviews complaisantes, parus dans Minute, Présent et National Hebdo, ces travaux ont servi de support à des thèses défendant l’apartheid en Afrique du Sud, les fondements racialistes de l’histoire africaine et faisant l’apologie de la colonisation. Nous nous élevons donc contre cette promotion et demandons aux autorités compétentes de suspendre son application.  »
Bernard Lugan a proposé un débat public et contradictoire aux signataires de la pétition, sans obtenir de réponse. Il a réitéré cette offre sur les ondes de Radio Courtoisie.

Ces universitaires, qualifiés d’« africanistes tiers-mondistes » par Lugan, dénoncent une « vision racialiste » de l’histoire (ses livres sur le Rwanda, le Maroc et l’Afrique du Sud sont visés).Une répartie qui lui aura valu un paquet de procès et les attaques répétées du monde universitaire et journalistique. Force est de reconnaître que notre homme sort rarement à couvert, en particulier lorsqu’il affirme au cours d’un entretien avec Robert Ménard que « Nelson Mandela n’a rien fait du tout pour l’Afrique du Sud » et qu’ « il a tout raté ». Difficile d’égratigner avec tant de virulence les symboles. Pourtant, Bernard Lugan prend toujours un malin plaisir à dégoupiller les anathèmes, lui qui dénonce dans son dernier essai, Décolonisez l’Afrique !, « le couple sado-masochiste composé de la repentance européenne et de la victimisation africaine », qui a enfanté d’ « une Afrique immobile attribuant tous ses maux à la colonisation », n’hésitant pas à prôner la suppression de l’aide vers les pays africains. Les éditorialistes du Monde diplo apprécieront.

Gilles Guyot, président de l’université Lyon III dénoncera une « querelle d’africanistes jaloux », « parisiens », reconnaîtra que Lugan « a beaucoup d’ennemis dans la profession » et soutiendra la promotion approuvée par 13 voix sur 19 au nom de la liberté de pensée universitaire (interview à M Lyon de novembre 2001). Lugan commente : « En France, la compétence n’est pas reconnue, il faut être pédé,franc-maçon, ou syndicaliste de gauche pour progresser »

En 2001, Bernard Lugan est promu au dernier grade de la grille de « maître de conférences » sur le contingent de l’Université Jean-Moulin de Lyon.

Entre 1990 et 2002, Bernard Lugan a intenté et gagné plusieurs procès pour diffamation à l’encontre de diverses publications et personnalités qui l’avaient qualifié notamment de « révisionniste » ou de « négationniste ». Il a déclaré à ce sujet à la revue Média :

« J’ai fait condamner Ivan Levaï qui ne s’en est jamais vanté, et ce fut le premier de la longue série de mes procès gagnés. La presse lyonnaise a largement fait écho à ces attaques en ne tenant jamais compte de mes explications, de mes démentis, des jugements rendus et qui m’étaient tous favorables. J’ai eu affaire non à des journalistes, mais à des inquisiteurs, à des militants politiques. À cette occasion, France Info Lyon s’est particulièrement distinguée. Les plus malhonnêtes furent cependant les journalistes du Figaro Lyon, les moins malhonnêtes, ceux de Libération Lyon. J’ai d’ailleurs intenté des procès au premier et pas au second. Je ne me suis pas laissé faire : j’ai engagé dix-sept procès, que j’ai tous gagnés. Ça m’a permis de refaire une partie de la toiture de la superbe maison que j’avais en Bourbonnais. Le Canard enchaîné et L’Événement du jeudi m’ont, quant à eux, payé la réfection d’une très belle cheminée du xvie siècle… Depuis que je n’ai plus de procès, mon train de vie a baissé… »

Sensibilité politique et influence

Bernard Lugan se dit de sensibilité monarchiste mais a appartenu brièvement au Parti Républicain, ancêtre de Démocratie libérale. Devant le TPIR, « accusé par le procureur d’être un anarchiste de droite, il a admis cette qualification en y ajoutant une « tendance mousquetaire« . Compte rendu d’audience sur le site de l’agence Hirondelle. Arusha, 5 septembre 2007 (FH-TPIR/Renzaho).

http://www.revue-medias.com/bernard-lugan-pour-le,811.html

Le Figaro, c’est mieux que Le Monde ?

Le Figaro, cette Pravda des mollassons qui ne f ait jamais le moindre écho à mes livres, n’a qu’un seul intérêt pour moi : son carnet mondain, pour savoir qui se marie, qui a rejoint « la maison du Père », et c’est tout. Je ne lis pas Le Figaro. Mais Libération, oui. Au moins, on y trouve des choses amusantes, et même parfois des photos de femmes nues que j’apprécie, car en plus de toutes mes tares, je suis un hétérosexuel assumé. J’aggrave mon cas… Vous le voyez, je suis un anarchiste de droite, je ne suis pas classable.

Aujourd’hui éloigné du monde universitaire, Bernard Lugan a tout le loisir de se consacrer à ses travaux d’expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et continue à dispenser des cours à l’École de guerre – ça ne s’invente pas. Si certains seraient tentés de voir en lui le simple trublion d’une droite déliquescente, les pavés consacrés à l’histoire du continent africain qu’il publie chaque année sont là pour rappeler qu’il est avant tout un chercheur. Ses lames, loin d’être rangées et toujours aussi coupantes, s’aiguisent désormais sur son site et dans les pages de sa revue, L’Afrique réelle, au travers desquels il continue à jouer sa meilleure partition : ferrailler contre cette bien-pensance qu’il exècre autant qu’il méprise ceux qui l’alimentent, ces « boutors de la sous-culture journalistique » et autres « lapins de coursive de la presse française », qu’il considère comme ses ennemis les plus farouches. Non content de croiser le fer avec la caste journalistique, notre mousquetaire ne laisse pas en reste les élites occidentales , accusées de tout confondre, sur fond d’inculture et d’idéologie. L’Histoire n’est pas une matière molle que l’on peut tendre et distendre au gré des bons sentiments, elle est une histoire du temps long qui implique distance et parfaite connaissance des faits. Et la pensée unique n’y a pas sa place.

En fait, Bernard Lugan oppose à une société « dévirilisée », les vertus de la parole vraie et de l’exactitude scientifique. Il revendique sans trembler « une conception aristocratique de la vie », préférant toujours à l’idéologie « lumiériste » de Léon Blum le génie colonisateur du maréchal Lyautey, aux syndicats les corps francs, à l’égalitarisme l’affirmation des différences, à la République une France charnelle . Quand Bernard-Henry Lévy se veut le sauveur du peuple lybien, il prévient lui d’une intervention qui risque de bouleverser la géopolitique d’un continent qu’il connaît sur le bout des doigts. À la confluence de l’intellectuel/écrivain engagé du début du 20ème siècle – on ne parle pas là du « philosophe militant » BhLien – et du pragmatisme universitaire anglo-saxon, Bernard Lugan est bien décidé à poursuivre un combat entamé dans ses premières années de jeune homme, la tête haute, le verbe acéré et la moustache toujours saillante. Comme une réminiscence d’un temps où la France se battait dans la rue, en queue de pie et nœud papillon.

Bernard Jean René Lugan

Né le 10 mai 1946 à Alger.

Étudiant en histoire à Paris X Nanterre. Milite à la FNEF (Fédération nationale des étudiants de France) aux côtés de Jean-Pierre Stirbois, Alain Renault, le bras droit de François Duprat, et de Bruno Gollnisch.

1968 : En charge des commissaires de l’Action Française, service d’ordre du mouvement maurrassien.

1969 : Licence d’histoire et de géographie à Paris X Nanterre.

1976 : Thèse de 3ème cycle. L’Économie d’échange au Rwanda de 1850 à 1914 sous la dir. de André Bourde, Université d’Aix-en-Provence.

1972 -1982 : assistant d’histoire et de géographie coopérant. En poste à l’Université Nationale du Rwanda, à Butare puis à Ruhengeri.

1982 : recruté à l’Université Jean Moulin Lyon 3, « dans le cadre d’une procédure spéciale qui permet à d’anciens coopérants ayant des états de service, de rejoindre l’enseignement supérieur et de s’y faire ensuite titulariser » (Rapport Rousso, p. 71). Dans une lettre émanant du recteur de l’Académie de Lyon adressée au Président de l’Université de Saint Etienne, en date du 10 août 1982, il est indiqué « St Étienne n’en veut pas – proposé à Lyon 3 par le ministère ».

1983 : Thèse d’État. Entre les servitudes de la houe et les sortilèges de la vache : le monde rural dans l’ancien Rwanda, sous la dir. de Jean-Louis Miège, Université d’Aix-en-Provence. Dans le rapport de soutenance, son directeur de recherches ne cache pas « ses réticences, ouvrant une discussion approfondie sur les sources, la bibliographie et déniant au travail le caractère d’histoire fiable ».

Depuis le début des années 1980 : Bernard Lugan participe à des journaux liés à l’extrême-droite (Minute-La France, Présent, National-Hebdo, Enquête sur l’Histoire, Nouvelle Revue d’Histoire, Identités, Les Cahiers de Chiré, Terre et Peuple).

19 janvier 1984 : Les circonstances de son retour en France de Bernard Lugan font l’objet d’un recours devant le tribunal administratif de Lyon. Le ministère des Relations extérieures « invoquait pour justifier son rapatriement une demande des autorités rwandaises qui auraient jugé le comportement de l’intéressé « incompatible avec ses fonctions de coopérant » et « de nature à nuire aux relations de la France avec le Rwanda » (Rapport Rousso page 72). Le Tribunal ne suit pas néanmoins les justifications du Ministère.

1985 : Maître-assistant à Lyon 3.

28 octobre 1985 : Bernard Lugan préside le jury d’une thèse de 3e cycle d’un étudiant tunisien, Abdelhamid Bdioui, soutenue à Lyon III, portant sur « L’image de l’Arabe et du Musulman dans la presse écrite en France (1967-1984) » sous la direction de Roger Deladrière, responsable de la section d’arabe de la faculté des langues de Lyon 3. Dans cette thèse, le MRAP est qualifié de « mouvement judéo-bolchévique » et la LICRA « mouvement judéo-capitaliste ». « Elle comporte des citations des Protocoles des Sages de Sion et reprend l’idée de « l’existence d’un groupe de pression à l’échelle internationale qui manie les mass-médias » (…). Cette thèse a été admise en soutenance mais elle a obtenu la mention « passable », la plus mauvaise. » (rapport Rousso, page 73) Pour sa défense, Bernard Lugan a souvent expliqué qu’ « il avait été « réquisitionné » (par Jacques Goudet) pour faire partie du jury et que dans le rapport, il a fait état de ses réserves quant à ce travail  » (Rapport Rousso, page 73)

1987 : Bernard Lugan est membre du C.N.U. (Comité National Universitaire)

1990 : nouvelle édition de l’ouvrage de Bernard Lugan, Histoire de l’Afrique du Sud. De l’Antiquité à nos jours, Paris, Perrin, 1986 (rééd.1990 et 1995). « L’auteur critique l’idée d’un État pluri-éthnique et plaide pour un partage territorial entre « Blancs » et « Noirs » » (Rapport Rousso, page 151).

1990 : Maître de conférences 1ère classe.

10 août 1990 : En pleine « affaire Notin », du nom du maître de conférences en économie auteur d’un article négationniste, Bernard Lugan rédige au magazine Présent un « Manifeste pour les libertés universitaires » qui sera ensuite salué par la Revue d’Études Révisionniste « A Lyon, l’une des Universités a été sommée de se prononcer sur les exprimées par l’un des siens dans une revue connue et de bonne tenue scientifique. (…) Injonctions et pressions ont contraint le Président de l’Université à saisir la commission disciplinaire, dont la compétence est en l’occurrence douteuse. » « Nous appelons nos collègues (..) à défendre les libertés universitaires contre l’insupportable police de la pensée ».

12 novembre 1990 : Participe à une « Causerie sur l’Afrique » auprès de l’Association pour la défense de la Mémoire du Maréchal Pétain.

1991 : « Rassemblement de la piété française », auquel participe activement Bernard Lugan. Il s’agit d’un rassemblement organisé dans le village de Martel dans le Lot pour célébrer une bataille où Charles Martel aurait « anéanti les Arabes ». Bernard Lugan soutien que cet « anéantissement » n’a pas eu lieu à Poitiers en 732 comme on le dit, fondant son argumentaire d’universitaire averti sur … la notice du Guide Michelin (Le Monde, 25/10/1991). Interdit par la mairie, ce pseudo pèlerinage rassemblera quelques militants d’extrême-droite, notamment issus des milieux catholiques traditionalistes et du mouvement extrémiste l’Oeuvre Française.

1991 : Bernard Lugan participe au recueil Rencontres avec Saint-Loup, une série de textes réunis par son collègue de Lyon 3, Pierre Vial, membre du Front National. Saint-Loup (1908-1990) est le pseudonyme de Marc Augier, membre de la L.V.F et responsable S.S. dans la division Charlemagne. « Condamné à mort par contumace, il fuit en Argentine. À son retour, il exerce une grande influence sur le petit monde des néonazis. Il préside le Comité France-Rhodésie, lancé par Europe Action en faveur de l’État raciste d’Afrique australe » (Angelfire.com).

23 février 1993 : Mardi-Gras à Lyon 3. Comme c’est le cas depuis plusieurs années, Bernard Lugan fait cours revêtu d’un uniforme du 6ème Régiment de Lancier du Bengale, avec couvre-chef et cravache à la main. Le thème du cours du jour porte sur « la chanson comme source auxiliaire de l’Histoire ». Au dessous du texte du chant en question, La Coloniale, « ouvertement raciste et sexiste » (Rapport Rousso, page 151), on pouvait lire le programme suivant : « La poésie musicale et la riche diversification du chant que nous allons commenter aujourd’hui constituent le point d’orgue, pour ne pas dire l’Oméga de toute pensée historique digne de ce nom […]. Ce Chant nous entraîne à la recherche de cet horizon toujours plus lointain qui a toujours lancé sur les pistes les hommes en bonne santé morale. Il y a cinq siècles nos ancêtres découvraient l’Amérique, il y a cent ans l’Infanterie de Marine faisait retentir ses mâles chansons du Tonkin jusqu’au Soudan. »

Le cours se termine en bagarre générale entre les militants du CAFAR (Comité Antifasciste et Antiraciste) et les militants d’extrême droite qui entouraient Bernard Lugan. Colette Demaizière, doyenne de la Faculté des Lettres et ancienne militante de l’UNI, absout Bernard Lugan par le communiqué suivant : « Il est inadmissible que des éléments extérieurs interviennent pour interdire de parole tel ou tel. Il est intolérable que des cours, même détournés exceptionnellement en plaisanterie carnavalesque, tournent au pugilat. Il est anormal que des étudiants qui n’ont pas la compétence pour le faire, s’érigent en juges de la qualité des cours d’enseignants ».

20 septembre 1993 : Bernard Lugan crée la Société Unipersonnelle à responsabilité limitée « Afrique Réelle », siège social rue de l’Horloge à Charroux (Allier), RCS Cusset 392 770 962

Décembre 1993 : Bernard Lugan conseille à ses étudiants la revue Enquête sur l’Histoire, dirigée par l’extrémiste Dominique Venner (membre du GRECE et ancien membre de l’OAS)

12 février 1994 : Bernard Lugan donne une conférence à l’Institut d’Action Française sur le thème « la démocratie est-elle possible en Afrique » avec mention de son rattachement universitaire. Après une lettre de l’association Hippocampe, l’Université demande le 14 février 1994 dorénavant de ne pas mentionner publiquement « en dehors du cadre universitaire », le rattachement professionnel à l’université Jean Moulin Lyon 3 car cela « engage une collectivité de travail, professeurs, personnel administratif et étudiants » (rapport Rousso, page 154)

14 août 1995 : Bernard Lugan rend hommage à l’un de ses anciens camarades maurassiens, Jean-Claude Poulet-Dachary (militant actif du Front National dans le Var), dans le journal d’extrême droite National-Hebdo. Il termine le texte par ces mots : « Adieu, vieux camarade, que la terre de Provence que tu t’efforças de défendre contre les nouveaux barbares te soit légère. Tes ennemis vomissent sur ta dépouille, tes amis qui te pleurent leur feront rendre gorge. »
27 mars 2001 : Sous la présidence de Gilles Guyot, Bernard Lugan est promu « Maître de Conférences Hors Classe » sur le contingent de l’Université alors que le C.N.U a toujours refusé de l’avancer. Le bureau de l’Université a proposé Bernard Lugan alors que 46 autres maîtres de Conférences pouvaient prétendre à cette promotion. 14 ont plus d’ancienneté et 23 un échelon supérieur à celui de Bernard Lugan. Plusieurs sont agrégés. Un ancien doyen aurait également pu recevoir cette distinction. Par ailleurs, Bernard Lugan a rédigé peu d’articles pour des revues aux normes scientifiques. La plupart de ses contributions sont parues dans sa propre revue : L’Afrique réelle. Cette promotion provoque en outre le lancement d’une pétition fondée sur le texte suivant : « Les soussigné-e-s ont récemment appris par la presse la promotion de Bernard Lugan comme maître de conférence hors classe par le conseil d’administration de l’université Lyon 3. Cette procédure vise habituellement à reconnaître l’apport scientifique exceptionnel d’un chercheur et/ou les services rendus à son université. Nous nous élevons avec vigueur contre cette distinction qui est susceptible de jeter le discrédit sur l’ensemble des études africanistes en France. En effet, qu’il s’agisse de l’Afrique du Sud, du Maroc ou de l’Afrique des Grands Lacs, les travaux de Bernard Lugan ne sont pas considérés comme scientifiques par la plus grande partie de la communauté universitaire. En revanche, à travers des articles élogieux et des interviews complaisantes, parus dans Minute, Présent et National Hebdo, ces travaux ont servi de support à des thèses défendant l’apartheid en Afrique du Sud, les fondements racialistes de l’histoire africaine et faisant l’apologie de la colonisation. Nous nous élevons donc contre cette promotion et demandons aux autorités compétentes de suspendre son application »

La pétition compte alors parmi ses signataires : Anne Hugon, M. M’Bokolo, Jean-Pierre Chrétien, Catherine Coquery-Vidrovitch, Françoise Raison, Daniel Rivet, Jean-Louis Triaud.

« S’il est vrai qu’aucun des signataires ne se range à l’extrême droite, la pétition montre à tout le moins que Bernard Lugan apparaît très isolé dans sa propre communauté scientifique, un élément dont n’a pas tenu compte le conseil d’administration en lui accordant cette promotion. » (rapport Rousso, page 219).

Gilles Guyot avait précisé à l’époque que Bernard Lugan « n’est pas d’extrême droite» et est « l’un des meilleurs spécialistes de l’Afrique ».

Du 31 août au 7 septembre 2001 : Conférence de l’ONU contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée à Durban (Afrique du Sud). « Intervenant à son tour pour mettre en lumière les formes contemporaines de racisme, le Président du Sénégal, Abdoulaye, Wade a déclaré « En ce qui concerne l’esclavage, la thèse la plus courante est que les Noirs ont vendu des Noirs et les marchands d’esclaves n’en sont pas responsables. Dans mon livre « Un destin pour l’Afrique », j’ai souligné que l’Afrique a subi plusieurs siècles d’esclavage par notamment le Portugal, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Italie, et ensuite le colonialisme. Je voudrais que l’on retienne de l’histoire que l’Afrique a été vaincue sans toutefois abandonner les armes. Aujourd’hui, le Professeur Bernard Lugan de l’université Lyon III (France) a renversé l’histoire, soulignant que tout ce qui a été soutenu par des écrivains africains est faux. C’est ce que je qualifie de racisme intellectuel. Plusieurs civilisations existaient en Afrique, contrairement à ce qui est avancé par le Professeur Lugan qui prétend que la contribution des Noirs est dérisoire. Des scientifiques américains insistent sur le fait que les « nègres » sont inférieurs aux autres. L’assistance aux personnes défavorisées au sein de la communauté noire américaine est inutile car du fait de leur infériorité intellectuelle les personnes ne pourront jamais jouer un rôle crucial dans le pays. Il y a une bataille intellectuelle à mener contre le racisme et la discrimination ».

29-30 novembre 2003 : Bernard Lugan est cité comme « témoin-expert » au Tribunal Pénal International pour le Rwanda par la défense d’Emmanuel Ndindabahizi, ancien ministre des Finances rwandais, alors accusé de génocide et de crimes contre l’humanité. Ndindabahizi a par la suite été condamné, le 15 juillet 2004, à la prison à perpétuité par le TPIR.

18 mai 2005 : Bernard Lugan dissout la société de publication de L’Afrique Réelle. Le rapport de la gérance sur la dissolution de la société en date du indique que la société « a perdu plus de la moitié de son capital social ».

Octobre 2005 : L’association étudiante AE2L « convie » « le professeur « Bernard Lugan (il n’est que Maître de Conférences) à un entretien pour leur revue L’Indigeste. Il soutient dans l’interview, que sur le problème rwandais, « aucune étude sérieuse n’a été faite jusqu’à présent sur la question ». Selon lui, « La France ne porte aucune responsabilité dans un génocide commis par des Rwandais qui ont massacré d’autres Rwandais ». Quelques jours plus tard, les responsables de l’AE2L, Lionel Sok et Valentin Goux, publient un numéro spécial intitulé Mea Culpa et présentent leurs excuses aux étudiants de Lyon 3. Dans le même temps sur le blog qui lui est consacré sur le site Internet de Radio-Courtoisie, Bernard Lugan évoque en ces termes le génocide rwandais : «  »Manches longues ou manches courtes ? » à propos des exactions à la machette sur les populations civiles du Rwanda » (http://radio-courtoisie.over-blog.com/article-780468.html)

Novembre-décembre 2005 : Le journal Le Figaro (24/10/2005) indique que Le « colonel de l’Apocalypse » Théoneste Bagosora, accusé d’avoir supervisé et planifié le génocide rwandais par le Tribunal Pénal International, avait décidé, pour sa défense, de faire appel « en tant qu’expert » à Bernard Lugan.

Ces journalistes, tels des hyènes…

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Un combattant des forces spéciales risquant actuellement sa peau au Mali pour y réparer les erreurs de ces irresponsables politiques français qui n’ont pas su prévoir l’enchaînement des évènements, va probablement être sanctionné ou faire l’objet d’une ferme remontrance. Son crime : un « fouille-m… » à carte de presse l’a photographié alors qu’il s’abritait le visage du vent de sable au moyen d’un foulard portant en impression une tête de mort. Horreur, abomination aux yeux des aventuriers du brunch dominical !

Le fond du problème est que la « niche écologique » des journalistes ayant disparu avec internet, ils tentent désormais de survivre tels des sangsues dans une mare asséchée. Ceux de la presse écrite s’imaginent créer quand ils ne font plus que gloser, et ceux de la presse parlée se pensent tels des Cicéron cependant qu’ils lisent des textes écrits par d’autres… Quant à nombre de reporters, sortant de leurs hôtels climatisés pour rôder tels des hyènes à la recherche de carcasses puantes, ils ne sont plus capables que de rapporter des clichés faisandés. Et encore… quand ils n’enfreignent pas les consignes des militaires en allant se faire capturer en zone interdite, mettant ainsi en danger la vie de ceux qui seront chargés d’aller les délivrer.

Jamais un Lartéguy, un Schoendorffer ou ce cher Yves Débay n’auraient publié un tel cliché. Mais il est vrai que des rizières de Bac Ninh aux djebels du Constantinois, ces géants partageaient la vie des combattants, ne cherchant jamais à les trahir.

Nous savions donc de quoi sont capables certains de ces « journalistes »auxquels aucune bassesse n’est décidément étrangère. Mais que la hiérarchie militaire ait cru nécessaire de devoir diligenter une enquête, à propos d’une histoire que tout cavalier qualifierait de « corne-cul », en dit long sur les pertes de repère d’une société dévirilisée, ou plus exactement« découillée ».

Vive le duel !

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En ces temps de rigueur budgétaire, tout citoyen lucide, responsable et patriote, se doit de proposer des solutions permettant de réaliser ces véritables économies qui permettront de moins saigner les 57% de Français payant l’impôt sur le revenu.

Ayant une solide expérience de procès gagnés contre les principaux organes de presse français, je me fais un devoir de proposer à Madame LE ministre Taubira la solution qui lui permettra de boucler avec efficacité et élégance le budget de son ministère.

Les statistiques montrent d’une manière éloquente que les tribunaux sont engorgés par d’innombrables procédures en diffamation ou injure publique engagées contre des journalistes. Or, pourquoi aller devant les juges quand le duel s’impose naturellement comme le moyen le plus sûr, le plus rapide et le plus économique de régler ce type de contentieux ?

Trois grandes raisons militent en effet pour le rétablissement du duel en matière de diffamation ou d’injure publique :

1- Alléger le travail des juges alourdi par ces affaires en définitive subalternes.

2- Responsabiliser les diffamateurs qui ne supportent jamais les conséquences de leurs actes puisqu’ils sont défendus par des avocats soldés par leurs journaux.

3- Supprimer des procédures longues, coûteuses et finalement inutiles étant donné qu’aucune publicité n’est faite aux jugements rendus et que les condamnations ne sont jamais à la hauteur du préjudice subi.

La justice étant finalement impuissante, seul le duel apparaît donc comme ayant une valeur à la fois directement réparatrice et hautement pédagogique ; tout en soulageant les magistrats et en permettant à la place Vendôme de réaliser de considérables économies.

C’est dans cette optique éminemment altruiste que, en 1990, Vladimir Volkoff et moi-même avons créé l’Association pour le rétablissement du duel en matière de presse.

L’ARDP s’inscrit dans la tradition du Code de l’Honneur et du Duel car, contrairement à ce que voudraient faire croire certains esprits chagrins, le duel n’est pas une tentative « légale » d’assassinat. A partir du moment où les adversaires constituent leurs témoins, ils s’en remettent en effet en tout et pour tout à leur décision. Or, ces derniers sont seuls habilités à décider s’il y a lieu ou non à rencontre puisqu’ils ont l’obligation de s’opposer à tout combat décidé pour un motif futile.

Les offensés ont le choix des armes, pourvu qu’elles soient à poudre ou d’acier. Ma préférence, bien connue de ces journalistes auxquels j’ai — toujours en vain… —, demandé réparation, va à la rencontre au sabre et à cheval. Dans le cas où le butor ne trouve pas le fond de sa selle, j’accepte le combat à pied, si possible à la dague, arme de contact par excellence.

A ce propos, je fais une autre proposition à finalité économique, mais à Monsieur le ministre de l’Éducation nationale cette fois. Pourquoi ne pas rendre obligatoire et naturellement éliminatoire, l’enseignement du combat à cheval dans les écoles de journalisme? Une telle discipline si hautement formatrice et pédagogique serait en effet à la fois créatrice d’emplois d’écuyers et de maîtres d’arme, tout en permettant de désengorger en amont les salles de rédaction, évitant ainsi ces plans sociaux douloureux qui traumatisent une profession sinistrée et projettent dans la précarité des plumitifs trop longtemps bercés d’illusions.

Pour en revenir au duel, un procès-verbal de carence est dressé contre l’offenseur qui se dérobe en refusant de constituer témoins et publicité est ensuite donnée au lâche comportement du défaillant.
En définitive, qu’il y ait rencontre ou non, que de paperasse écartée, que d’effets de prétoire évités, que d’économies réalisées…

Dans l’attente de sa reconnaissance pour utilité publique, l’Association pour le rétablissement du duel en matière de presse n’accepte pas de membres, refuse tout don ou cotisation et considérerait comme une injure grave l’octroi d’une subvention.

Pour l’ARDP, son président,

Les guerres d’Afrique
Le Rocher, 2013
Disponible à l’Afrique Réelle
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 Mythes et manipulations de l’histoire africaine
L’Afrique Réelle, 2013
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 « L’Afrique : il faut y être»

 ARTICLE PARU DANS LE MAURICIEN | 9 SEPTEMBER, 2013 – 19:00

Qui est Bernard Lugan ?
Je suis africaniste. Je travaille sur l’Afrique depuis 1972. J’ai été pendant une douzaine d’années professeur à l’université du Rwanda. J’ai enseigné dans toute l’Afrique de l’Est. J’ai beaucoup travaillé sur l’Afrique du Sud, l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’ouest. J’ai publié à peu près 30 livres sur l’Afrique. Je suis expert pour l’ONU, pour le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Je suis professeur à l’Ecole de guerre à Paris. Et enfin j’anime un blog, qui s’appelle « l’Afrique Réelle », avec une revue que je distribue par Internet et que je distribue à mes abonnés.

Vous dites que “l’Afrique est un continent complexe, d’une extrême diversité, avec des zones de tension et certains états particulièrement fragiles”. D’abord, en quoi l’Afrique est-il un “continent complexe” ?
La première chose qu’il faut savoir c’est que je ne parle jamais de « l’Afrique », mais « des Afriques ». Il est évident qu’entre l’Afrique du nord et l’Afrique du sud, entre l’Afrique centrale et l’Afrique du littoral, entre l’Afrique des îles et l’Afrique des déserts, il y a des mondes différents. Et dans ces mondes différents, vivent des populations différentes qui ont des préoccupations politiques et économiques différentes. Il faut par conséquent approcher ces régions avec un esprit excessivement ouvert et surtout basé sur le réel. Répudier toute approche philosophique ou idéologique, comme le disent les anglo-saxons “the land and the people”. Et à partir de là approcher chacune de ces zones et ces sous-zones (parce qu’il faut aller au niveau des sous-régions…

Comment expliquez-vous le fait que l’Afrique soit un continent si méconnu dans le monde ?
Tout simplement parce que chacun a « sa » vision de l’Afrique. Par exemple, les Européens ont une vision très différente de l’Afrique. Pour un Français l’Afrique c’est l’Afrique du Nord, le Sahara… Un autre Européen qui a visité l’Afrique profonde, ce sera l’Afrique congolaise.
Il y a une vision fragmentaire de l’Afrique. Les gens projettent sur l’Afrique les connaissances qu’ils ont eues – qui sont des connaissances politiques, médiatiques, littéraires ou autres. En projetant ces connaissances, qui sont des connaissances partielles, ils font un tout. Il y a une globalisation, la réalité qu’il faut regarder. Car il y a des pays pauvres, des pays qui sont dans des situations de perdition et d’autres qui vont très bien. Il y a de grandes inégalités entre les pays africains. Et c’est ce problème-là qu’il faut savoir en partant toujours du réel.

Vous parlez également de “certains états africains fragiles”. Qui sont-ils ?
A l’heure actuelle, vous avez deux catégories d’états africains fragiles. Il y a ceux qui sont en conflit et d’autres qui sont dans de longues durées de fragilité.
Là où il y a des conflits, c’est le chaos, l’anarchie. Il y a des pays comme le Mali qui est dans un état en crise. Ils essaient de se reconstruire lentement, mais je pense que c’est provisoire. Car les grands problèmes n’ont pas été réglés ; la Somalie et tous les pays qui visiblement semblent porter une malédiction. Je pense ici à un pays gigantesque qui a toutes les potentialités de développement qui est la République Démocratique du Congo (RDC), l’ancien Zaïre.

 

 

 

 

 

 

Histoire des Berbères
L’Afrique Réelle, 2012
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 Décolonisez l’Afrique !
Ellipses, 2011
Disponible à l’Afrique Réelle.
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Histoire du Maroc
Ellipses, 2011
Disponible à l’Afrique Réelle.
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Histoire de l’Afrique du Sud
Ellipses, 2010
Disponible à l’Afrique Réelle.
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Histoire de l’Afrique, des origines à nos jours
Ellipses, 2009
Disponible à l’Afrique Réelle.
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Rwanda. Contre-enquête sur le génocide
Privat, 2007
Pour en finir avec la colonisation
Edition du Rocher, 2006
François Mitterrand, l’armée française et le Rwanda
Edition du Rocher, 2005
Rwanda : le génocide, l’Église et la démocratie
Edition du Rocher, 2004
God Bless Africa :
Contre la mort programmée du continent noir

Carnot, 2003
Disponible à l’Afrique Réelle dans sa version en anglais.
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Histoire de l’Égypte, des origines à nos jours
Edition du Rocher, 2002
Atlas historique de l’Afrique des origines à nos jours
Édition du Rocher, 2001
Histoire du Maroc : des origines à nos jours
Perrin, 2000
La guerre des Boers : 1899-1902
Perrin, 1998
Histoire du Rwanda : de la préhistoire à nos jours
Bartillat, 1997
Ces Français qui ont fait l’Afrique du Sud
Bartillat, 1996
Afrique : de la colonisation philanthropique
à la recolonisation humanitaire

Bartillat, 1995
Histoire de la Louisiane française : 1682-1804
Perrin, 1994
Afrique, bilan de la décolonisation
Perrin, 1991
Cette Afrique qui était allemande
Picollec, 1990
Disponible à l’Afrique Réelle.
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Villebois-Mareuil, le héros de l’Afrique du Sud
Edition du Rocher, 1990
Disponible à l’Afrique Réelle.
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Robert de Kersauson : le dernier commando boer,
Edition du Rocher, 1989
Disponible à l’Afrique Réelle.
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Afrique : l’Histoire à l’endroit
Perrin, 1989
Huguenots et Français : ils ont fait l’Afrique du Sud
La table ronde, 1988
Le safari du Kaiser
avec Arnaud de Lagrange
La table ronde, 1987
Histoire de l’Afrique du Sud
Perrin, 1986

Citations

Le réel africain est ethnique. Contrairement à ce qui est couramment et faussement affirmé, l’ethnisme n’est pas source de division puisqu’il est au contraire le fédérateur naturel du tribalisme. C’est ce dernier qui est émiettement, mais encore faut-il, pour le savoir, connaître la différence entre ethnie et tribu…

La vulgate historique officielle prétend que l’Afrique est sous-développée pour trois grandes raisons: – primo, la traite esclavagiste l’a vidée de sa substance, -secundo, l’Europe a bâti sa révolution industrielle sur ses profits, – tertio, la colonisation a ensuite pillé le continent. C’est sur ces trois postulats que repose le paradigme de la culpabilité européenne. Or ils sont faux (…)

En Afrique, l’autorité ne se partage pas et l’idée de contre-pouvoirs est inconnue. Dans ces condition, les Etats issus de la décolonisation n’ont pas pu inventer un moyen de représentation ou d’association des peuples minoritaires. Ecartés du pouvoir, ces derniers n’ont le choix qu’entre la soumission ou la révolte, notions peu porteuses de potentialités fusionnelles nationales.

(…) les jeunes Etats africains n’ont pas pu se transformer en nations comme l’avaient pourtant postulé les anciens colonisateurs. (…) Bâtis à l’intérieur de frontières artificielles emprisonnant des peuples différents et sans passé commun, ces Etats ne sont en effet que des coquilles juridiques vides ne coïncidant pas avec les patries charnelles fondatrices des véritables enracinements.

(…) l’idée de nation n’est pas la même en Europe et en Afrique puisque, dans un cas, l’ordre social repose sur les individus et dans l’autre sur les groupes. Or, le principe européo-américain du « one man, one vote », interdit précisément la prise en compte de la grande réalité politique africaine constituée par les groupes (ethnies, tribus, clans ou lignages).

La génétique montre que l’ancienne Égypte était en partie, et même largement Berbère.

  • Histoire des BerbèresBernard Lugan, éd. Bernard Lugan, 2012, p. 27